l'argumentation est parfois simpliste (au moins autant que celle du gouvernement) mais ca donne une vision différente:
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Retraites : contribution de Denis Collin, professeur de philosophie au Lycée
Briand ,Evreux
Dernier ouvrage paru: Morale et justice sociale
"Il y a en gros trois positions sur la question de la réforme des régimes de
retraite.
1. Ceux qui pensent que la question n'est pas dans les retraites et qu'on
doit
exclure toute réforme dans la voie d'une part accrue de capitalisation
ou d'un allongement de la durée des cotisations. La seule réforme
envisageable
est l'abrogation de la réforme Balladur et le retour à 37,5 annuités de
cotisations pour tous. C'est la position soutenue par FO et une très large
part
des militants et structures de la CGT.
2. Ceux qui, tels le MEDEF ou le gouvernement Raffarin annoncent la
catastrophe
et, sous couvert de sauver les retraites veulent augmenter
significativement la part de la capitalisation (la répartition n'assurant
que le
minimum vieillesse) et allonger la durée de cotisation, d'abord en
alignant les fonctionnaires sur le régime général, puis en allongeant
l'ensemble
dans un premier temps à 42,5 ans de cotisation.
3. Ceux qui refusent la solution brutale de la droite et du MEDEF mais
admettent
la nécessité de réformes, avec le développement de l'épargne
salariale (des fonds de pension déguisés et repeints en rose) et des
"retraites
à la carte ". C'est la position de la direction du PS, de la CFDT, des
" modernistes de la CGT, en bonne partie aussi celle du PCF, du MRC, etc.
Je voudrais montrer ici quelles bonnes raisons nous avons de défendre la
solution (1) et de refuser la solution (3) comme une escroquerie montée au
profit des thèses chiraco-raffarinesques.. En fait entre les tenants de (2)
et
ceux de (3), il y a comme dans les polars une répartition des rôles :
le dur qui cogne et le flic sympa ? et il ne nous resterait plus qu'à passer
aux
aveux ! L'argument massue des " réformateurs " de tous poils tient en
un mot : démographie. Le renversement du rapport entre actifs et inactifs
mettrait en cause les retraites sous leur forme actuelle. Incontestablement,
on ne peut dissocier le financement des retraites du rapport
actifs/retraités.
Mais une fois qu'on a énoncé cette banalité, il ne s'ensuit nullement
ni qu'il faille trouver de nouveaux moyens de financement, ni qu'il faille
allonger la durée de cotisation.
Voyons-en les raisons. Le rapport actifs/inactifs n'est pas la seule
dimension
du problème. En réduisant le problème à cela on oublie tout simplement
la croissance de la productivité du travail. Michel Hussonet les chercheurs
de
la fondation Copernic ont depuis longtemps montré que les projections
catastrophistes reposaient sur une hypothèse de croissance zéro. Une
croissance
raisonnable suffirait largement à assurer les nouveaux besoins. La
question alors n'est plus une question de retraites, mais une question de
répartition des " fruits de la croissance " entre le capital (les profits)
et le travail (c'est-à-dire les salaires, y compris le salaire indirect que
sont
les cotisations sociales et vieillesse). Admettons cependant que la
croissance ne soit pas au rendez-vous dans des proportions suffisantes. Dès
lors, pourtant, ce ne serait pas nécessairement un argument pour
l'allongement de la durée de cotisation. Le problème réel est le produit "
durée
de cotisation X nombre d'actifs cotisants ". Il suffit d'augmenter le
nombre de cotisants de 6,6% pour obtenir l'équivalent d'un allongement de la
durée de cotisation de 37,5 à 40 ans. Comme il y a (officiellement) 9% de
chômeurs, le passage au plein emploi résoudrait largement la question des
retraites ! Et si ajoute aux chômeurs officiels, tous les chômeurs non
recensés, tous les salariés mis sur la touche par les plans de pré-retraite,
tous ceux qui sont à temps partiel non souhaité, tous les jeunes qui font
semblant de faire des études alors qu'ils souhaiteraient travailler, on voit
clairement qu'on dispose d'une réserve importante d' "
années-actifscotisants ".
On nous dira que le plein emploi est impossible sans croissance.
Effectivement,
c'est peut-être le cas. Mais alors, l'allongement de la durée de
cotisation n'est pas possible non plus ! En effet, aujourd'hui, 1 actif sur
2
est déjà dans un dispositif de pré-retraite au moment où il prend sa
retraite officielle. Il est presque impossible de retrouver un emploi quand
on
est licencié entre 50 et 55 ans. Par conséquent l'allongement de la
durée de cotisation n'allongera pas la durée réelle de cotisations
effectives
mais fera tout simplement qu'un nombre croissant de salariés sera dans
l'impossibilité de bénéficier d'une retraite à taux plein et que pour
pouvoir
cesser de courir après un emploi introuvable il devra prendre une
retraite partielle complétée par un bon fond de pension.
Ainsi l'allongement de la durée de cotisation n'est que le moyen de
contraindre
les salariés à adhérer à des fonds de pension auxquels ils
n'adhéreraient pas spontanément. En ce qui concerne l'épargne salariale, les
choses sont tout aussi claires. Il s'agit ni plus ni moins que d'une
augmentation des dépenses nécessaires à financer un niveau de retraites
convenables. Au lieu d'augmenter les cotisations qui serviraient directement
à
financer les retraités actuels, on inciterait les salariés à épargner pour
mettre à disposition des entreprises les capitaux ainsi mis de côté. Mais
pour le salarié, cela signifie tout simplement une ponction faite sur son
pouvoir d'achat. Et du même coup, c'est la croissance qui sera ralentie ?
aggravant le problème des retraites.
En ce qui concerne la démographie, les arguties des tenants des thèses (2)
et
(3) sont, elles aussi, des monuments de mauvaise foi. La baisse annoncée
de la population française est basée sur des calculs erronés. Depuis des
années,
Hervé le Bras s'opposent aux Cassandres démographiques en essayant de
montrer que le taux de fécondité instantané sur lequel on base les
projections
est absurde parce qu'il ne prend pas en compte l'élévation de l'âge
auquel les femmes ont leur premier enfant. Les démographes ont fini par
admettre
ses arguments et par considérer que le point important à considérer
est la descendance finale de chaque femme. Or, si le taux instantané est de
1,8
enfant(s) par femme, la descendance finale est de 2,1, ce qui signifie
tout simplement que le remplacement des générations est assuré.
La croissance de la population mondiale va nécessairement reposer la
question de
l'immigration. Si on examine les questions globalement, il est
évident qu'une nouvelle répartition de la population mondiale s'imposera et
qu'il vaut mieux s'y préparer dès maintenant, n'en déplaise aux défenseurs
de la pureté de la race, des " Français d'abord " et autres borborygmes
pétainistes. Enfin, comme la tartufferie des gouvernements n'a pas de borne,
on doit rappeler qu'il y a, depuis deux ou trois ans, une notable remontée
de la
natalité, qu'on souhaite si peu que les enfants qui naissent
aujourd'hui ne trouveront de place ni en crèche, ni en maternelle, ni à
l'école
primaire, puisque ce sont les secteurs où Ferry-Raffarinont fait les
coupes les plus franches dans le plan de recrutement des enseignants
qu'avait
établi Lang. Tout le monde sait également que si les jeunes trouvaient
plus vite un emploi stable et un logement décent, de nombreuses jeunes
femmes
auraient plus vite leur premier enfant et que plus d'une femme sur deux
désirerait un enfant de plus ? si les conditions économiques le
permettaient. Au
total donc, tous les arguments des " réformateurs " des retraites ne
sont que des sophismes hypocrites. Ces gens, méprisant toute logique, nous
prennent pour des imbéciles. En réalité, la question des retraites n'est
que la tactique mise en oeuvre pour opérer un raid brutal contre le niveau
de
vie des travailleurs et un hold-up au profit des banques et compagnies
d'assurance, les bailleurs de fonds de l'Union pour la Magouille
Politicienne (ainsi que l'a si justement dénommée Philippe de Villiers, qui
les
connaît bien).
En conclusion, la ligne à suivre est simple : pas de négociation. Retour aux
37,5 annuités pour tous.
Denis COLLIN