je viens de lire le débat depuis plusieurs pages, entre autre sur le liban, les pays arabes et israel. c'est dommage que les termes du débat n'étaient pas les plus propices à un débat saint et ouvert alors qu'à d'autres moment, les mêmes interlocuteurs ont montré en être capable. je vais essayer d'apporter plus de détails sur plusieurs points et mon opinion personnelle, qui est bien entendu personnelle, non objective et discutable (
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pour commencer je considère clairement que pour le problème des réfugiés, la responsabilité principale incombe avant tout à israel.j'ai étudié et lu des écrits d'auteurs du sionisme, je connais très bien leur contexte d'émergence et je n'ai pas de problème avec ça. cependant, je continue de rejeter la légitimité des revendications du sionisme sur la palestine. il est vrai, je le reconnais volontiers, que les juifs ont été rejetés par les nouveaux nationalismes des pays d'europe de l'Est au début du XXème, et que cela s'inscrit dans une histoire beaucoup plus ancienne et noire. mais je ne considère pas que la solution apportée par les sionistes soit appropriée. bref. le sionisme est une idéologie politique avant tout et peut l'être en tant que telle.
du point de vue palestinien, il était clairement inacceptable de considérer la possibilité d'un partage de leurs terres avec des nouveaux immigrés, principalement sous le prétexte que ceux ci étaient persécutés dans un autre continent. le problème n'est pas avec l'accueil de ces populations. les arméniens ont été accueillis par exemple après le génocide turc. cela n'a pas posé de problème car ils n'avaient pas de revendications nationales sur la palestine.
mais bien que la responsabilité originelle du problème des réfugiés soit portée par israel, les pays arabes ne sont clairement pas exempts de tout reproche. au nom d'un prétendu panarabisme, pansislamisme, "socialisme arabe", marxisme, ils ont tous, chacun à leur tour, tenter d'instrumentaliser la cause palestinienne pour leurs desseins propres. c'est évidemment le cas de nasser, mais aussi des partis baath syriens et irakiens. ainsi, chacun a tenter de s'approprier le mouvement national palestinien, notamment en le divisant et en encourageant les divisions pro syriennes (la saiqa, fatah intifada/abu mussa, fplp-cg, etc), pro irakienne (abu nidal à certaines époques, alf, etc), pro lybienne, etc. dans le même temps, seuls leurs intérêts nationaux prévalèrent. ainsi la jordanie a sauver son régime illégitime en massacrant la résistance en 70-71, tandis que l'irak qui avait promis son aide n'a pas bougé et que la syrie, ses divisions et les menaces israéliennes l'ont empêché d'intervenir.
plus tard, pendant la guerre du liban, chaque pays a instrumentalisé ses milices pour faire passer ses intérêts nationaux avant tout. les plus grandes responsabilités incombant à la syrie de par son poid au liban et à la real politik de hasez al asad. ainsi la syrie n'a pas hésité à soutenir des blocus contre les camps palestiniens, quand elle n'intervenait pas plus directement pour tuer le mouvement national palestinien (tripoli en 83) ou en faisant une guerre sanglante par proxys aux camps palestiniens (beyrouth de 85 à 88).
un point où je rejoins dworkin, je lui avais déjà fait remarquer, est que je suis d'accord que le rôle très préjudiciable d'israel est très souvent mis en lumière tandis que les actions des autres pays arabes ne sont pas vraiment mis en avant. par exemple le grand public a en général entendu parler de sabra et chatila, du fait de la responsabilité indirecte d'israel, mais très peu savent ce qui s'est passé à tal al zaatar en 76 et surtout dans les camps palestiniens lors de la guerre sanglante déclenchée contre eux par la syrie de 85 à 88. il est vrai qu'israel se réclame démocratique et a donc plus de responsabilité par la même, et que les actions sanglantes que ce pays a déclenché doivent être dénonçée. cependant il ne s'agit pas de cacher ce que les voisins ont fait. c'est ainsi que plus de crédibilité pourront être accordé aux critiques d'israel, car sans deux poids deux mesures.
concernant les populations arabes, je ne détiens en aucun cas la vérité et ce que j'en pense ne dépend que de mes expériences et de mon ressenti causé par celles ci. en aucun cas il n'y a de bases objectives là dedans.
ce que je vois est que beaucoup de populations ont été instrumentalisée par leurs états qui ont ainsi pu mettre sous silence leurs propres politiques et propres responsabilités, tout en justifiant le maintient au pouvoir de régimes militaires, autocratiques et illégitimes. il est certain qu'une partie de ces populations doit être honnête dans son soutien pour les palestiniens et qu'elle ressent une empathie concernant leur situation. mais ce n'est pas vrai pour tout le monde.
j'ai rencontré beaucoup de personnes qui étaient les premiers à être contre israel et officiellement "pour" la résistance palestinienne, sans se soucier de la population palestinienne qui vit dans ces pays là.
cette attitude je l'ai ressenti avant tout au liban, beaucoup moins qu'en syrie par exemple (où cependant il n'y a aucune liberté d'expression et donc on ne sait jamais si la personne avec qui on parle le fait en craignant le régime). je connais des sunnites, chrétiens, musulmans qui soutiennent les palestiniens et sont contre israel, tout en maintenant des préjugés racistes et odieux contre les palestiniens qui vivent à deux pas de chez eux dans des camps misérables. alors oui certains peuvent soutenir le hizbullah, le hamas, etc, mais dans le même temps ils n'iront jamais dans un camp de réfugié palestinien voir la population et diront à tous les étrangers de ne jamais aller.
sans vouloir faire d'angélisme et sans être lénifiant, l'accueil qui m'a à chaque fois été réservé dans les camps palestiniens au liban était tellement chaleureux qu'il y a peu de mots pour décrire cette population. je suis également aller à nahr al bared après les combats après fatah al islam, et malgré l'extrême détresse et les conditions misérables des réfugiés qui y vivaient toujours, j'ai toujours bien été acceuilli, les familles invitant tout les étrangers qui étaient présent (et sans jamais demander de l'argent, pour les mauvaises langues). alors que vraiment, j'insiste là dessus, leurs conditions de vie sont inqualifiables. voir des parents et 3 enfants vivrent dans une salle avec 3 murs portant encore les traces des incendies et des balles, sans aucun sanitaire, sans lit, sans rien, est difficilement imaginable. encore aujourd'hui, après l'avoir vu, je ne peux pas réaliser que ces personnes vivent vraiment dans cette pièce.
idem pour les autres camps où j'ai pu aller et où les gens vous salue quand vous passer auprès d'eux. d'ailleurs l'une des choses qui revenait le plus souvent dans ce qu'ils disaient était qu'ils étaient toujours surpris que seuls les européens venaient les voir dans les camps. ils ne voient quasiment aucun libanais et l'immense majorité des étrangers qui viennent sont de plusieurs pays européens.
quand j'ai proposé à des amis libanais de venir avec moi, à des gens sunnites ou chiite pro résistance d'ailleurs, ils ont tous poliment refusé... je ne juge pas, ils ont un autre vécu, une autre histoire. mais le fait est là.
sur les communautés libanaises, le constat que j'ai pu faire après avoir vécu au liban est assez pessimiste. mon impression est qu'il y a un trou noir généralisé au pays sur la guerre civile et que les gens ne veulent pas en parler, mais sans avoir pour autant oublié et pardonné. après la guerre civile on a désarmé les milices et donné une amnistie générale à tout les criminels de guerre mais sans jamais essayé d'en parler. je ne dis pas que j'aurais fait mieux, mais il s'avère que ce n'est pas la solution idéale. quand on essaie d'en parler, on voit que peu ont vraiment oublié, même pour la jeune génération qui n'a pourtant pas vécu la guerre.
de plus la politique libanaise est restée trop confessionnelle, et cela s'est renforcé depuis 2-3 ans. après quelques mois j'ai d'ailleurs moi même adopté cette mentalité. alors qu'en france je ne considère pas la religion des gens comme étant importante et à considérer pour les connaitre, au liban je n'ai pas ce recul. en vivant là bas, j'ai pris le réfléxe dès que je parle à un libanais de poser quelques questions pour mieux savoir qui il est et sa religion (en demandant son prénom, puis éventuellement son nom de famille puis son lieu d'origine. avec ces trois questions en général on peut savoir la religion des gens). bien qu'il existe des exceptions à la règle, ce critère est souvent déterminant pour connaître quelqu'un et ses idées. je suis le premier à le regretter mais c'est un fait, encore maintenant. je le regrette mais c'est devenu un reflex. même quand je croise des libanais en europe et que je leur parle, je ne peux pas m'empêcher de leur poser ces questions.
de plus les relations restent très tendues. un exemple, un jour il y avait une manifestation contre les coupures de courant dans le sud de beyrouth, le soir même 6 personnes furent tuées et les rpg étaient sortis dans les rues, et cela de manière très, trop, rapide. encore hier des combats entre allaouites et sunnites à tripoli ont fait 6 morts. et le bain de sang dans le nord du liban entre ces 2 communautés ne semblent pas prêt de s'arrêter hélàs. ce sont des comptes vieux de plus de 25 ans qui s'y règlent.
à une tout autre échelle, j'ai étudié à l'université américaine de beyrouth. c'est une université clairement bourgeoise et recrutant dans un milieu assez élitiste. à priori on penserait que les gens y sont les plus ouverts et les plus multi confessionnels. c'est vrai dans une certaine mesure. des chrétiens, sunnites, chiites, druzes sont amis et cohabitent sans aucun problème. ils sortent, boivent, font la fête ensemble sans que la religion ne soit un critère déterminant. cependant même là rien n'est réglé.
c'est une anecdote, mais les élections étudiantes sont très symptomatiques des troubles qui persistent. alors qu'aucun problème ne semble exister durant toute l'année, le jour des élections, l'université, pourtant bourgeoise et élitiste, devient une caserne cernée de centaines de soldats en armes, de humvee et parfois de tanks. toute l'université se sépare en deux entre supporters de la majorité et de l'opposition, les slogans et les insultes fusent de part et d'autre, chacun accusant les leaders de l'autre camps de collaboration avec l'ennemi. et cela même chez des gens que l'on croyait non politisés. il ne s'agit pas de généraliser sur tout le monde, mais je trouve cela assez symptomatique de la situation. lors d'élections similaires dans une autre université plus "populaire", les rixes avaient tourné au drame et des affrontements à la kalashnikov avaient fait plusieurs morts. pour des élections étudiantes sans enjeux réels...
et là le problème n'est pas seulement confessionnel mais aussi politique. bien que l'écrasante majorité des sunnites soient avec le 14 mars, idem pour les chiites mais avec le 8 mars, les chrétiens par contre sont extrêmement divisés. mais du coup c'est assez paradoxal de voir des étudiantes chrétiennes occidentalisés portant les couleurs du hizbullah et de amal, et de aoun, insulter d'autres étudiantes chrétiennes affiliées cette fois aux forces libanaises ou au phalangiste.
pour terminer sur une note positive, voir tali fahima, une juive israélienne anciennement de droite puis devenue sympathisante des palesitiniens, accuser zacharias zubeidi, ancien leader des brigades des martyrs d'al aqsa à jénine, d'être devenu une salope du shin bet: ça n'a pas de prix!