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Lutte anti-dopage : 50 ans de foirage
Alberto Contador, triple vainqueur de la compétition, est de retour, un an après avoir été contrôlé positif à un produit dopant. Jean-Pierre de Mondenard, ancien médecin du Tour de France, livre une analyse accablante de la situation du dopage dans ce sport miné par les scandales.
Le dopage est-il inévitable dans le cyclisme ?
Tout d’abord il faut savoir que le dopage est une question de société. Toutes les catégories de la population, qu’elles soient, politiques, sportives, même amoureuses, avec les dopants sexuels, sont exposés au dopage. A chaque compétition la probabilité de se doper est forte. C’est-à-dire que c’est la compétition qui génère le dopage. Celui-ci n’est donc pas une histoire de cyclisme ou de sport mais bien une histoire d’homme face à la compétition. La triche et le mensonge sont consubstantiels à l’Homme. A partir de cette analyse nous pouvons parler du vélo.
Ce qui a accéléré la lutte anti-dopage ce sont les morts que celui-ci a engendré, devant le public en direct, lors de courses de cyclisme dans les années 50 et 60. A partir de là, M. Herzog, qui était le Haut-commissaire à la jeunesse et au sport, a tout fait pour qu’une loi anti-dopage voit le jour. Il faut aussi savoir que la première loi, du 1er juin 1965, est une loi anti-stimulant. A l’époque seuls les stimulants étaient considérés comme des produits dopants. Ce n’est donc pas une loi anti-dopage. Si on prend les premiers contrôles anti-dopage officiels qui datent de 1966, pour le cyclisme et les autres sports, et bien 85% sont effectués dans le vélo. De plus, à cette période aucuns contrôles n’ont été effectués dans le tennis, le football ou encore la formule 1. Les premiers contrôles anti-dopage dans le football vont apparaître en 1978, c’est-à-dire douze ans plus tard. A la suite d’un match de Coupe de France, quatre footballeurs vont être contrôlés positifs, et ils ont été prévenus à l’avance. Ceci montre la différence de traitement entre les cyclistes et tous les autres sports. A partir de là vous avez plus de chance de trouver des personnes dopés dans le cyclisme que dans le football.
D’autres éléments interviennent. Le Tour de France est un tambour médiatique. Il a lieu au mois de juillet, beaucoup de personnes sont en vacances. Cela pousse à parler du Tour de France. Les premières étapes des sprinters ne sont pas très passionnantes donc parler de dopage permet de doper les audiences. En tout cas c’est ce que l’on croit, mais c’est faux. En réalité, il n’existe pas plus de raisons qu’il y ait plus de tricheurs dans le cyclisme que dans le football ou l’athlétisme.
La difficulté du Tour de France et ses étapes très compliquées parfois inhumaines ne poussent-elles pas les cyclistes à se doper ?
C’est une idée reçue. Le Tour de France n’est pas inhumain, loin de là. Il existe une appréciation erronée du cyclisme chez les gens. Les cyclistes du Tour de France sont autour de 35 000 kilomètres par an, et font des étapes très compliquées toute l’année. Pour eux cela devient facile et habituelle. La vraie difficulté est de suivre quelqu’un qui va à deux kilomètres heures plus vite que vous. A partir de ce moment-là, l’Homme est ainsi fait qu’il ne croie jamais que l’autre est plus fort. Il va donc prendre un produit dopant pour le battre. Par exemple l’emblématique Ben Johnson (NDLR : coureur de 100 mètres canadien) en 1988, s’est fait prendre sur un cent mètres de dix secondes. Ce n’est donc pas la difficulté de l’effort qui l’a poussé à se doper. C’est la compétition qui pousse les sportifs à se doper mais aussi l’égo. Tout le monde pense que pour être admiré, il faut être premier.
Pourquoi les choses n’ont toujours pas changé au niveau du dopage dans le cyclisme ?
Dès le départ l’affaire, c’est-à-dire depuis 1966, était mal engagée. En effet, c’est le monde du sport qui doit se tirer une balle dans le pied. Si on demande aux fédérations de sanctionner les sportifs, de faire des contrôles, ils ne le feront pas puisqu’elles veulent être l’ami des champions. Elles vont donc tout faire pour empêcher que cela se produise. Tant que la lutte anti-dopage sera à la main des fédérations, les choses ne changeront pas. D’habitude les politiques, lorsque des affaires foireuses éclatent sont les premiers à lancer l’étendard de la révolte. Depuis 1965, rien n’a changé. Ce sont toujours les fédérations qui s’arrangent. Leur but est de montrer qu’elles luttent contre le dopage, mais en prenant le moins possible de sportifs.
Que faut-il faire pour changer le système et mettre en place une véritable politique anti-dopage au sein des fédérations ?
Il faut tout simplement sortir la lutte anti-dopage du monde sportif. S’il n’existe pas un système indépendant qui est à la tête de la lutte anti-dopage, rien ne changera. Mais les fédérations n’en veulent pas en entendre parler. De plus à la tête des agences, que ce soit l’agence mondiale ou les agences nationales, qui régulent la lutte anti-dopage sont dirigés par des gens, qui la plupart du temps sont des grands serviteurs de l’Etat. La veille, ils ne savent même pas si le dopage s’écrit avec un seul ou deux « p », et le lendemain, ils sont interrogés par des confrères comme des spécialistes du dopage. Comment donc voulez-vous être crédible ? Les sportifs se marrent et n’ont absolument pas peur. Je commencerai à croire que nous allons vraiment lutter contre le dopage quand nous mettrons à la tête de l’AMA, l’agence mondiale anti-dopage, des gens concernés. Mais quand on est met un ancien Ministre de l’Economie australien, au chômage, Président de l’AMA, c’est certain que ce n’est pas comme que l’on va révolutionner les choses. Mais si on mettait plutôt quelqu’un comme Sandro Donati, qui a permis de faire tomber Francesco Conconi, le fameux médecin italien qui a introduit l’EPO dans le monde du sport, je commencerai à croire que la lutte anti-dopage deviendra un sujet sérieux.
Lors de la dernière Coupe du Monde de football ont eu lieu 532 contrôles anti-dopage. Ils se sont tous avérés être négatifs, et la FIFA se tape le ventre en se félicitant de ces résultats. C’est quand même aberrant, et personne n’a été viré alors qu’ils n’ont pas été capables de trouver quoi que ce soit. Dans la lutte anti-dopage il se passe le témoin de père en fils. Cela fait 50 ans que nous sommes dans un système qui foire et nous continuons.
Que pensez-vous de l’affaire Contador ?
Je vais vous surprendre. Pour moi, la version de Contador sur son histoire de dopage au clenbuterol est la bonne. Et je pense qu’il va être blanchi par l’AMA. Depuis le début de l’histoire je suis convaincu qu’il va être blanchi, c’est d’ailleurs ce que j’ai expliqué à plusieurs médias. C’est facile de comprendre pourquoi il ne sera pas sanctionné. Le 20 juillet, jour de course il subit un contrôle anti-dopage, duquel il sort négatif. Dans la soirée il raconte qu’il a mangé un bifteck. Le lendemain jour de repos, il passe un contrôle et on lui trouve une dose infime de clenbuterol. Il faut savoir que ce produit est utilisé pour se doper dans deux situations. La première façon est d’en prendre un seul jour, en une seule prise pour avoir un effet stimulant sur l’appareil respiratoire. Mais pour que ça marche, il faut le prendre le jour de la compétition. En effet si on veut avoir un effet anabolisant, une des particularités de ce produit, comme en boucherie où il est utilisé pour faire croitre les animaux, il faut le prendre pendant plusieurs semaines, ce qui n’était pas le cas de Contador. S’il l’a pris un jour pour se doper il l’a pris lors de son jour de repos. Imaginez-vous une seconde qu’au niveau où Contador, vainqueur de plusieurs tours de Franece, d’Espagne et d’Italie, évolue, il est pu faire une chose pareille. Il est soit suicidaire, soit débile. C’est évident que c’est une contamination alimentaire. http://www.atlantico.fr/decryptage [...] 37069.html
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