CR Marathon de Reims 16/10/22
My very first one…
Background :
Adepte de la càp depuis bientôt 4 ans, à un rythme de 2 sorties par semaine en complément de 2 séances de crossfit, l’idée de me défier sur un marathon a commencé à me titiller après avoir fait mon deuxième semi en octobre 2021- en 1h43 - inscrit sur un coup de tête 48h avant le départ. On se monte tranquillement le bourrichon au sujet du marathon entre 3 collègues qui courrons ensemble.
J’hésiterai à me lancer jusqu’au mois de Juin, n’ayant pas l’intention d’entrer dans une préparation millimétrée à XX semaines qui m’obligerait à sacrifier le crossfit, mon objectif premier étant d’avoir une pratique équilibrée entre ces des deux sports. Je ne veux pas que l’un prenne le dessus sur l’autre.
Entre les mois de juin et juillet, deux ou trois matchs de foot en salle me bousillent les adducteurs (pubalgie ?) et m’empêchent de courir sans souffrir pendant plusieurs semaines. J’ai très peur de devoir arrêter tout sport durant 1, 2 voire 3 mois
Je passe le mois d’août dans le doute (!) avec une semaine complète off, bien frustré de ne pas pouvoir courir sur mon lieu de vacances… j’ai besoin que mes satanés adducteurs soient rétablis. Je bannis le foot en salle !
Début septembre, la douleur a disparue, je peux enfin enclencher l’objectif… dans 6 semaines ! C’est acté.
Objectif premier: être finisher. Je suis assez confiant sur cet objectif, ayant effectué mon premier trail dont je ne suis pas peu fier, en mai dernier (30km/900D+ en 3h16)
.
Ma préparation se résumera à 3/4 sorties par semaine, alternant fractionné, EF et SL ; toujours en parallèle du crossfit. Le sub 4h, soit 5’40 okilo, me semble à la fois raisonnable et challengeant.
J-3 : Go stockage de glucides : je commence à prendre de la malto pour la fois – faible que je suis à lire le forum! Et une plâtrée de riz complet quasiment à chaque repas avec sardines et pain complet jusqu’à J-1
.
J-1 : Rdv pour une séance de réflexologie plantaire offerte par Madame pour mon anniversaire. Ca devrait me détendre, ça ne peut que me faire du bien… eh bien, si c’était à refaire, je ne le referai surement pas avant la course !
Jour J : levé à 6h15, morning routine : salutation au soleil pendant que le café passe, petit dèj à base de céréales sans sucres et de noix, douche froide. Bide bien rempli depuis 3 jours, je fais une affaire technique mais je sens que ce n’est pas assez… il m’aura fallu plusieurs jours après le marathon pour enfin comprendre que le riz, ça constipe.
Nous prenons la route avec Madame qui est inscrite sur le semi (avec seulement 30km au compteur YTD, mais bon, en tant que coach sportif elle a le cardio et les jambes
).
km0 – 9
On part en même temps que le semi et le parcours est commun sur les 9 premiers km. Lors de l’inscription, le sas 4h est le même que 1h50 sur le semi (celui de Madame). J’avais prévu de démarrer les premiers km avec elle (ce qui n’arrive jamais au quotidien) mais arrivé sur place, on nous annonce que le sas 4h part avant, avec le 1h30. Mes collègues sont sur le sas 3h30. Tant pis, je partirai tout seul.
Première partie en ville, j’ai prévu de me caler sur le meneur d’allure. Le groupe sera constamment à 50m devant moi, je trouve qu’on va trop vite à 5’30 au kilo. Le temps est gris et très humide (95%) mais il n’y a pas de vent. Pluie légère annoncée. Je sue déjà au km3
. Je me sens ballonné et lourd, j’ai bouffé trop de riz ! Et je n’arrive pas à me concentrer ni à entrer dans la course, il y a toujours, par vague, un flux de bourrins du semi qui me dépasse et perturbent mon rythme.
Km9-17
On se sépare du semi, c’est parti pour la pampa ; enfin, la route, direction les vignes. Le meneur d’allure s’arrête au ravito pour pisser, j’en fais autant. Je me sens mieux, enfin libéré des bœufs du semi.
Je suis à présent avec le groupe du meneur d’allure, tout va bien, je profite. Je me sens malgré tout toujours lourd. J’entame la discussion avec un mec du groupe.
Première côtelette. Ils ralentissent trop, je passe devant. Je me ferai rattraper un peu plus loin.
Première côte, entrée dans le village de Rilly la Montage. Ça grimpe assez. J’ai le meneur d’allure à côté de moi, plus personne ne parle, tout le monde est dans l’effort.
D’après mon analyse du profil du parcours sur google map, nous sommes avons fait les deux tiers du D+. Je vais rapidement me rendre compte que mon analyse était fausse, nous n’en seront qu’à la moitié du D+.
Km17-28
Traversée des villages champenois et des vignes.
Ça monte, ça descend. Ambiance sympathique dans chaque village mais très bref. On se tape des parties montantes dans les chemins montants caillouteux des vignes. Je commence à ne plus avoir envie de rigoler.
Km28 – 34
Il fait toujours gris, on se tape 2 km d’une départementale toute droite au milieu des champs. Ça devient déprimant. Les 2 ponts passant au-dessus de l’autoroute et de la ligne TGV n’aident pas à retrouver un brin de sourire. Nous rejoignons le canal dans un village au km30. Je sais qu’une purge m’attend au niveau du parcours : 8km le long du canal sans aucun spectateur et une densité très faible de coureurs. Je commence à subir très sérieusement. Je tiens mais mon rythme se dégrade. Je me fais doubler par le meneur d’allure. Je vois mon objectif de 4h partir avec lui. Le moral est au plus bas mais je vais me rendre compte qu’il peut l’être encore plus. Je prends un gel qui devait être l’avant dernier mais qui sera finalement l’ultime, j’ai le ventre complètement plein et je ne vois pas le bout.
Km34 - 38
Game over au km34. Plus de jambes, HS. Je lâche et me mets à marcher. Je m’en veux d’avoir été aussi prétentieux d’avoir envisagé les 4h. Moi qui croyait avoir un minimum de mental, le marathon, ce temple de l’humilité, m’a mis une bonne grosse claque… Pas assez de foncier, c’était écrit. Je broie du noir. Je relance puis marche puis relance… pourquoi tous les sacrifices de ces dernières semaines ? Pourquoi je j’inflige ça ? Terminé la course à pied, plus jamais ça. Quelle expérience de merde. J’envisage d’abandonner. L’idée part aussi vite qu’elle est venue. Je relance.
S’en suivra une alternance de marche/course
Km38 - 42
Je me mets à marcher au niveau d’un autre coureur qui marche lui aussi.
-« c’est vraiment dur » lui dis-je
-« j’en peux plus, je suis à bout » me répond-il
-« on le savait »
Je lui demande s’il a le dénivelé sur sa montre. Il me répond que non, il ne l’a pas programmé. Moi non plus. Je lui dis que j’estime entre 200 et 250 de D+ d’après Google Map. A cet instant, un groupe de 3 coureurs aux maillots jaunes d’un même club ayant entendu notre conversation nous doublent en râlant : « on ne s’attendait pas à ce dénivelé, c’est une vacherie !! ».
Le gars relance avant moi. On retrouve le parcours du 10km. On se noie avec la masse des coureurs de fin de panier du 10. J’en double un nombre incalculable. Les spectateurs et l’ambiance sont là. Je suis encouragé par des coureurs du 10 qui voient mon dossard de marathonien, ainsi que par les spectateurs. Ca remotive et fait partiellement oublier les douleurs aux jambes. J’ai 2 crampes par jambes et un point de côté.
J’encourage le gars avec qui j’ai discuté qui marche alors que je le double. Dans quelques centaines de mettre ce sera l’inverse. Et encore. Et encore.
Plus que 2 km, je le double à nouveau alors qu’il court. Je lui dit : « viens mon pote, on finit ensemble ! ». Il me répond : «non, vas-y tu vas plus vite que moi ». Je me remets à marcher 500m plus loin. Je n’en peux vraiment plus. Quel échec. Je me dis qu’heureusement que mes 3 filles ne sont pas dans les spectateurs à voir ma déchéance. Je relance. Je remarche. A 800m, on me tape dans l’épaule : c’est mon compère ! Je me mets dans ses pas. On va finir ensemble. Avant dernière longue ligne droite, on ne voit toujours pas l’arrivée. Je connais cette fin de parcours, ultra démotivant. Mon pote de galère me dit qu’il va s’arrêter. Je lui dit : « non ! ne lâche pas, l’arrivée est juste après le virage ! ». Il ne lâche pas.
A 5m de l’arrivée, il choppe mon bras et le lève en l’air avec les siens. Ça donnera une superbe photo finish ensemble, les bras en l’air.
On se « checke » et on se prend dans les bras. Le calvaire est enfin terminé. Aucune joie, dégoûté. Pourquoi tant de souffrances ? Néanmoins, ce qui vient de se passer avec mon pote de galère m’a marqué. Et puis plus les minutes passent, plus la fierté de l'avoir fait et d'avoir tenu malgré tout grandit en moi. Je n'ai jamais autant souffert de ma vie.
4h11’53’’
300D+
Je retrouve Madame qui a fait 1h59 sur le semi et m’attends depuis plus d’1h. Mes collègues ont fait 3h45. On a tous perdu plus ou moins 15 minutes sur notre objectif.
Epilogue
Frustré de ne pas avoir atteint les 4h mais performance biaisée par le dénivelé. Ma stratégie de prise de glucide avec le riz complet est à mettre à la poubelle. Fier malgré tout d'avoir surmonté ces difficultés et ces souffrances, je vais de prendre ma revanche sur cette course
Prochaine promenade ce dimanche : le p'tiot sparnatrail (33km 810D+).
PS :
Spoiler :
quelques jours après le marathon, je me rends sur la page facebook de la ville où des photos des 3 épreuves ont été prises et où j'apparais sur l'une d'entre elles. Sous cette photo, un commentaire...
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