maxouw a écrit :
On a tendance à raisonner en allure spécifique exprimée en distance (AS5, AS10, AS21, AS42, AS100...) car la plupart des compétitions sont en distance. Plusieurs constats intéressants : - à cause de ce fait, chaque coureur va courir une compétition donnée (par exemple un semi) à une intensité différente. Pour un amateur de type "lent" (à ne pas confondre avec débutant) en 2h sur semi, ce sera une intensité bien moindre que pour l'élite en 1h. En effet l'amateur lent sera significativement en dessous du seuil anaérobie SL2, il sera d'ailleurs à l'intensité de l'élite sur son marathon en 2h ; l'élite sera lui au SL2 sur semi, qui est d'ailleurs l'intensité d'un coureur "lent" qui court le 10km en 1h. - ainsi, il est dommage de raisonner en distance en préparation générale. Quand on s'adresse à des coureurs, il est la plupart du temps préférable et plus juste de raisonner en durée. Prenons l'exemple de fractionné court sur 400m : si tout un groupe doit courir une fraction toutes les deux minutes, celui qui finit son 400m en 1'10" aura plus de temps pour récupérer avant de repartir que celui en 1'30" qui ne fera pas du tout le même type d'effort (dans le cas d'un départ commun toutes les 2'). En développement général, le calibrage des intensités et la répartition (x/x/x par exemple 80/15/5 entre EF/rés douce/rés dure) doit se faire en raisonnant par rapport aux seuils (EF, SL1-, SL1, SL1+, SL2-, SL2, SL2+, vo2max) plutôt que par rapport à une allure spécifique en distance. - certaines courses, notamment le 24h en ultra, sont exprimées en durée : tout le monde est à égalité d'un point de vue durée d'effort et donc intensité, quelque soit notre vitesse on devra faire un effort de 24h à notre allure 24h, ou de X heures à notre allure X heures. On pourrait d'ailleurs raisonner en compétition de 30min, compétition d'1h, de 2h... Dans ce cas tout le monde s'entrainerait pour courir à une même intensité (même si cela se fait sur des distances différentes selon le niveau de chaque coureur, ce sera un effort physiologiquement équivalent). - ce qui fait progresser, ce n'est pas de courir X kms, c'est bien de courir X heures par semaine. Daniels le rappelle dans son livre : il peut être bénéfique de faire certaines séances intenses sur tapis avec une pente réglée suffisante pour une vitesse réduite donnant un effort équivalent pour limiter l'impact musculaire (et donc réduire le risque de blessure) lorsque le but de la séance est de développer le système aérobie plutôt que la foulée en elle-même (différence fondamentale entre seuil, I-pace et R-pace / travail neuro-musculaire ; chaque séance a un but précis et on ne mélange pas tout - en principe, car certains en France mélangent tout en faisant de la VMA intense avec récup pincée). - ainsi en phase générale (typiquement en ce moment, et idéalement au moins 6 mois dans l'année, et pour tous les débutants), je conseille de raisonner uniquement en durée sans se préoccuper de la distance. Une bonne règle est alors de ne pas dépasser à l'entraînement 50% ( "1/2" ) du temps de soutien d'une intensité. Par exemple, 30' de volume au SL2 sur une séance (car c'est l'allure associée à une intensité tenable 60' environ) ; 120' de volume au SL1 (car c'est l'allure associée à une intensité tenable environ 240'=4h). Mais ce volume de 1/2 du temps de soutien c'est déjà costaud pour l'entraînement, on peut commencer par 1/4. En-dessous de 25% du temps de soutien, on peut raisonnablement estimer qu'on ne travaillera pas beaucoup (peu de sollicitations). On peut en fait définir les intensités associées à une multitude de durées en complément des seuils physiologiques SL1 (1h) et SL2 (4h) : l'allure 1h30, l'allure 3h, l'allure 5h (le haut de l'EF typiquement), l'allure 10h (le bas de l'EF), etc. Typiquement l'allure 3h est le milieu de la zone de résistance douce : volume de travail de 45' à 1h30 max à l'entraînement. - venons en au dernier cas à traiter, celui de la phase spécifique (quelques semaines à quelques mois précédant une compétition) : cette fois pour un coureur donné, à un moment donné de sa progression, on peut faire l'équivalence AS10 = allure durée cible sur 10km, AS42 = allure durée cible sur marathon, etc. et ensuite raisonner soit en distance soit en durée, en conserver la règle des 1/2 du temps de soutien mais en ayant la possibilité de la convertir en distance dans ce contexte bien précis. Par exemple si je vise 3h au marathon, soit je raisonne en durée pour mes entraînements spécifique (45' à 1h30 soit 25% à 50%), soit en distance (10.5 à 21kms soit 25% à 50%), dans les deux cas c'est équivalent (mais attention ce n'est pas équivalent pour tous les coureurs qui ne préparent pas tous la même intensité, donc en vérité ne travaillent pas tous la même compétition). Certains s'apprêtent à courir proche de leur seuil aérobie, une allure assez cool, sur une longue durée, d'autres à une allure plus proche de leur seuil anaérobie, bien moins confortable mais sur une durée plus courte. Pour le coureur en 4h, même chose : volume de 1h à 2h soit en distance 10.5 à 21 kms. C'est en cela que l'allure spécifique en distance fait office d'exception : quand on veut généraliser à plusieurs coureurs, on préférera systématiquement les intensités associées à des durées, et des préconisations de durées, sauf pour le travail pré-course d'allure spécifique où seules les préconisations en distance seront universelles pour une compétition classique en distance (cela n'empêche pas chaque coureur de reconvertir en durée pour ensuite suivre sa charge hebdo en % du temps passé dans les différentes zones, notamment pour respecter le 80/20) - mon avis : pas mal de coureurs gagneraient (dans l'optique de réaliser leur progression à long terme) à prévoir des phases foncières et des phases de développement général sur plusieurs mois sans préparer une compétition. Ca n'empêche pas de remplacer une séance de qualité par une course, soit courue à fond en allégeant un peu, soit courue à une intensité moindre, mais sans que ce soit un objectif, plus pour le plaisir et pour l'entraînement. Donc des cycles de X mois sans parler d'allure spécifique ; pour mesurer la progression on se référera plutôt à nos allures aux SL1 et SL2 (tout est intéressant pour cela : les sensations, la fc, et l'allure sur le plat à conditions identiques), sans s'inquiéter de variations court-terme qui peuvent être le reflet d'un grand nombre de facteurs (conditions météo, dénivelé/parcours, digestion, forme du jour) mais en tenant compte de toute régression durable (surentrainement, défaut de sommeil chronique, stress important, etc)
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