Allez un petit CR de ma première expérience de pacer à Annecy (attention pavé) :
Il y a quelques mois j'avais convenu avec le Boucher de l'accompagner sur la fin de son marathon, au vu de ses séances d'entraînement et de ses chronos sur 10k et semi
je tente de me défiler la semaine dernière mais il insiste et le rendez-vous est donné au 30ème kilo, tempo à tenir : 4'29 (c'est précis
).
Je pars un peu avant le départ officiel et me poste au km5 pour voir passer les coureurs. Un premier groupe de 5-6 kenyans passe en 15', un français dans les 16', les kenyanes en 17' et à partir de 18' c'est un peloton continu qui défile devant moi.
J'aperçois le boucher qui passe en 22', je lui dit de pas partir trop vite puis Tyler et Yipi en 26'. Tout le monde est très souriant et facile à ce moment là.
Je laisse passer tout le peloton et je redémarre derrière le vélo balai, un peu frigorifié par les 20min sans bouger (il fait un temps idéal pour les coureurs : 12° et pas de soleil). Je cours très doucement pour pas me cramer et rester derrière les derniers coureurs, on n'a pas une aussi belle vue qu'à Paris avec la Tour Eiffel mais ça reste correct :
Au km 7 un jeune coureur du dimanche en marcel me dépasse, s'arrête au ravito un peu plus loin et commence à se goinfrer de bananes et fruits secs
Il est pas dégonflé lui de profiter du ravito, me dis-je en le passant. Puis en regardant mieux lorsqu'il me redépasse, il a bien un dossard, à mon avis il a dû avoir une panne de réveil, rater le départ et il prend son petit déj sur ce premier ravito
Au km 8 je dépasse le dernier coureur qui marche déjà en boitant, je m'apprête à lui demander si ça va mais je le vois réajuster une grosse genouillère, je me demande alors comment on peut prendre le départ d'un marathon en étant blessé
Juste après je rattrape un papy qui courre en boitillant, je l'encourage et il entame la conversation
J'apprend qu'il a 65ans, qu'il faisait le marathon en 2h40 dans sa jeunesse mais qu'il a des gros problèmes de genoux depuis un accident de ski. Il est en aisance respiratoire mais son handicap l'empêche de courir plus vite. Je décide donc de continuer avec lui et on discute pas mal des courses que l'on a fait, des dérives commerciales du monde du running, ... Il me donne pas mal de tuyaux sur les courses sympas du coin (même si la plupart ont disparu depuis
), on commence à croiser les premiers kenyans qui sont sur le retour puis sans m'en rendre compte je me retrouve déjà au km15 (soit le km29 du retour). Je laisse donc mon papy continuer seul en lui souhaitant bonne chance et j'attend le boucher qui ne devrait pas tarder, le soleil commence à faire son apparition sur le lac :
Je vois un collègue qui me dit qu'il est cuit et qu'il vient de lâcher le meneur des 3h, puis arrive le boucher, j'emboîte sa foulée et nous voilà partis pour les 13 derniers kils. Il est chaud bouillant, pile poil dans son allure entre 4'25 et 4'30, dans le premier km on double une vingtaine de coureurs, je me dis alors qu'il va tous les croquer.
Au km30 l'allure commence à chuter mais c'est un faux plat montant, je l'encourage au "sommet" et ça relance bien pour revenir en 4'35 dans le faux plat descendant qui suit mais 500m plus tard l'allure dérive de nouveau progressivement vers les 5'. Je continue à l'encourager gentiment, il reste quand même 10km et j'ai pas envie qu'il force trop et explose totalement par la suite. Je le sens complètement désespéré, il regarde sa montre toutes les 5s et voit son objectif s'envoler, c'est assez frustrant pour moi car je voudrais l'aider plus mais je ne peux que l'encourager. Autour de nous c'est un peu un champ de bataille, des coureurs marchent, d'autres accélèrent et on en voit même un allongé par terre perclus de crampes, pourtant on est dans les temps de 3h10 donc c'est pas des mickeys les types, autant sur le chemin de l'aller je me disais que ça pouvait être sympa le marathon, là ça m'a vacciné
Au 35ème ça devient très difficile pour le boucher, il marche par moment mais je lui dis d'oublier le chrono, qu'il faut juste finir que ça lui servira par la suite et qu'il aura des regrets s'il abandonne maintenant. Il se reprend bien, puise dans ses dernières forces et parvient à tenir une allure proche des 5'/km. A ce moment on rattrape le collègue que j'avais vu au 29ème, il marche sur le bord, complètement à plat, j'essaie de le rebooster et lui dit d'essayer de nous accrocher mais il a moins de volonté que le boucher et on le distance rapidement. Les kilomètres défilent lentement pour mon compagnon qui souffre de plus en plus (c'est vraiment violent le mur
), plus que 3km, plus que 2km, allez dernier kilo ! Sentant la ligne d'arrivée il reprend un peu du poil de la bête, un spectateur lui lance "Allez, 4ème barbu !" et l'allure remonte pour les derniers hectomètres, je le quitte à 300m de la ligne pour le laisser profiter et je regarde la montre : 11h45
Il va tenir les 3h15 le bougre, on m'aurait dit ça au 35ème j'y aurais jamais cru, il s'est vraiment bien accroché sans flancher complètement, 5min c'est rien vu le mur qu'il s'est pris, franchement bravo et respect le Boucher
On attend Tyler et Yipi (qui s'est aussi pris un bon mur au 25ème, voir plus bas) qui bouclent leur marathon en 3h50, très contents
On profite un peu du soleil et du parc d'arrivée pour récupérer lorsque mon 2ème coureur à pacer (Julien sur le semi) commence à stresser et m'inonde de textos ("T'es au départ, c'est bon ?" "Du calme mon gars, c'est dans 1h30 ta course .." ). Du coup je quitte les marathoniens qui se tournent vers leur boisson protéinée de récup le MacDo et me dirige chez moi pour manger un bout et me changer avant le semi, et là
j'ai les cuisses et les mollets durs comme du bois, comme si j'avais couru le marathon en entier, pas sûr que je puisse pacer la fusée bien longtemps. Je décide donc d'un plan avec mon co-pacer (Burblee qui a couru un trail de 28km hier) : il attend Julien à 6km du but, tient le plus longtemps possible et je prend le relais à 3km de l'arrivée.
Comme pour le marathon je vais me placer au km5 pour voir passer le peloton et c'est saisissant la différence, tous les coureurs (même les premiers) montrent déjà des signes de souffrance, j'encourage Julien qui est déjà sur une bonne allure puis le peloton grossit et grossit si bien qu'il prend toute la piste cyclable et le trottoir, les spectateurs sont obligés de se mettre sur la route pour ne pas gêner, c'est impressionnant à voir et il n'y a que 4500 coureurs au départ, j'imagine même pas les grands marathons avec 40 000 partants
Au retour Julien passe dans les 100 premiers avec sa tenue de mickey accompagné par le co-pacer en vert fluo avec bonnet à ponpon, ils sont beaux à voir ces deux-là...
J'emboîte la foulée, c'est moins pire que je pensais, il est à 4'/km donc je dois pouvoir tenir les 2,5km restants. A 1km de l'arrivée Julien place une accélération qui distance le pacer au bonnet, je m'accroche et heureusement au bout de 100m il se rend compte que ça fait mal aux jambes et ralentit un peu
. Je l'abandonne à 300m de la ligne qu'il franchit en 1h25, pas mal pour un randonneur.
Au final c'est vraiment une super expérience, surtout le marathon, j'étais vraiment plongé dans l'ambiance au cœur de la course, la cerise sur le gâteau aurait été que le boucher rentre dans l'objectif mais son courage m'a impressionné, merci de m'avoir proposé de t'accompagner ![[:nino555] [:nino555]](https://forum-images.hardware.fr/images/perso/nino555.gif)