Le voici, le voilà! Mon CR du Marathon de New York!
J'vais pas vous mentir, je me suis fait plaisir...
ALERTE CR FLEUVE
Prologue
[Fin octobre 2013]
Je suis en vacances à New York. Je suis venu pour visiter, pour le MoMa, pour sortir, pour voir la parade d’Halloween… Je ne sais même pas que le marathon est à cette période de l’année.
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Depuis 4 mois maintenant, je cours. J’ai pas vraiment identifié les raisons, à part une rupture un peu difficile quelques mois avant, je ne suis pas sûr que ce soit lié ; mais j’ai pas d’autres d’explications logiques. J’ai pris le sport qui me semblait le plus difficile pour moi (la course à pied) et un soir en sortant du boulot, je cours 4 km… puis comme prévu j’explose en mille morceaux ! C’est horrible, j’ai chaud, je crache mes poumons, j’ai mal partout, je me sens minable : c’est donc décidé, je vais courir !
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New York… Avec le décalage horaire, je me lève à 6h du mat’ et je vais faire un jogging autour du réservoir de Central Park. Avec le levé du soleil, c’est grandiose.
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Ouai, c'est beau
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Le jour du marathon arrive, je suis invité par une copine à une « marathon party ». Elle habite sur la première avenue, c’est la tradition, celui qui habite sur la parcours, invite tout le monde pour faire la fête toute la journée : on picole non stop à partir de 9h du matin sur le roof top, et on encourage les coureurs. L’ambiance est indescriptible.
J’ai les yeux qui brillent (parce que je suis passablement bourré)… Mais un jour, je vais courir ici !
[Novembre 2013]
Je viens de courir le 20km de Montpellier, j’ai passé la ligne mais je suis épuisé, mon père m’a suivi en vélo sur 3 kms pour m’aider, j’ai vraiment lutté sur la fin… Pourtant j’ai envie d’aller plus loin, ça ne peut pas s’arrêter là. Je dis rien, mais je commence à le penser.
[Janvier 2014]
Cette année, je cours le marathon ! La décision est prise. Ce sera celui de New York ! J’arrête net de fumer, j’achète un bouquin sur la préparation, je lis Murakami le soir pour me motiver et surtout je retourne ciel et terre pour obtenir un dossard.
La bonne nouvelle tombe mi février. Un ami d’ami, d’ami qui connaît un mec qui connaît un gars d’un magasin de course à Montpellier (true story), a réussi à m’obtenir un dossard ! – Je paye le resto aux 3 premiers intermédiaires.
Incroyable ! J’ai du mal à y croire mais je vais vraiment le faire (en tout cas je vais essayer) .
A partir de ce moment, et pendant 10 mois, tout ce que je vais faire, va être dirigé vers cet objectif, je vais courir 5 semis, 4 trails et faire un triathlon avec comme unique idée en tête ; d’être prêt le 2 novembre. C’est loin, et proche aussi, à ce moment, ça me paraît vraiment infaisable. Mais j’y pense déjà tous les jours.
La préparation
L ‘année a été « saine », j’ai bien couru, mais là, je reviens de vacances au Sri Lanka, et je suis déprimé. Entre temps, je me suis remis avec mon ex (pas la peine de me dire, on te l’avait dit… je le sais). Mêmes causes, mêmes conséquences, me suis encore fait plaquer un peu « sèchement », juste avant le départ, j’avais rendu mon appart, préparer plein de choses, j’esperais qu’elle viendrait à New York avec moi pour m’encourager, là c’est le coup de mou…. Du coup, pendant les congés, je bois comme un trou, et surtout je re-fume. C’est mal, je m’en veux. Je ressasse.
Mais voilà, le marathon est exactement dans 11 semaines. J’vais pas tout gâcher pour un coup de blues typique post trentenaire, c’est trop cliché :
- J’imprime un plan de préparation (je décide de m’entrainer pour 3h45 en visant l’objectif finisher sub 4h). Je le colle au mur à mon bureau, et chez moi
- J’achete des nouvelles chaussures
- Je fais le plein de Nok, de produits en tout genre
- Je re-ecrase ma dernière (dernière) clope
- J’arrete de boire
Pendant 11 semaines, je vais donc faire 4 sorties hebdomadaires (2 sorties en endurance, 1 séance de fractionné et 1 sortie longue), j’’essuis quelques fails, j’ai mal partout successivement (genoux, tendon d’achille, pieds, tibias, ampoules…), je suis fatigué, voir très fatigué parfois et jee colle des sachets de petits poids surgélés tous les soirs sur mes jambes. J’envoie 3 mails par semaine à la Poutance pour lui demander des conseils (et pour me rassurer aussi un peu) et puis je passe vous voir aussi hein… Alors petit à petit, le moral remonte...
Je suis en mission, je m’acharne comme une machine et je vais finalement rater une seule sortie sur tout le plan. Mais j’avais une bonne excuse.
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C'est précisément là que je fais mon fractionné
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Je cours 600 kms en 11 semaines. Seule déception, je suis encore très lourd (82kgs), je vais donc courir en mode gros... tant pis c'est trop tard désormais. Est ce que je suis prêt ? Je sais pas, mais maintenant il faut y aller, l’avion décolle demain !
Avant la course
Voilà, on est à New York. Objectif, profiter des 2 jours avant le course pour digérer le décalage horaire, récupérer le dossard, se reposer , trouver des restos italiens pour manger des pates, mais aussi profiter un peu de la ville (sans marcher comme des damnés - c’est là ou c’est compliqué…).
Voilà, dossard récupéré. En fait, je suis super anxieux, ça se voit sur ma gueule, j’ai mal aux jambes quoique je fasse et surtout, chose habituel chez moi quand je stress… Je pisse tous les 20 minutes. Du coup, tout ça me stresse encore plus, je me demande comment je vais gérer la course… Le vicious circule.
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C'est officiel, je me chie dessus... Enfin je pisse surtout
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La veille de la course, je décide d’aller au MoMa (j’y suis déjà allé mais je m’en lasse pas). Une caissière remarque mon sweat shirt « France » et me demande si je cours le marathon. Elle me demande mon prénom et m’explique qu’elle sera au volontaire au ravitaillement du 40eme km (celui ou personne ne s’arrête) mais surtout, elle insiste pour que j’écrive mon prénom sur le devant de mon tshirt le jour de la course. C’est hyper important d’après elle.
Elle avait raison – « femme inconnue du MoMa » : merci !
Le soir arrive, plus qu’un dodo avant la rentrée des classes. Dernier plat de pâtes, je prépare ma tenue minutieusement (j’ajoute mon prénom donc), je me suis fabriqué un bracelet avec mes temps de passages et j’établie ma stratégie nourriture pour la course puisqu’ y a aucun ravitaillement solide avant le 30ème ( mais ca va…j’ai ramené dans mes valises de quoi courir 3 marathons…) :
Je range donc dans ma ceinture et dans l’ordre (car c’est important) :
- 6 gels (abricot, caramel et fruits rouges)
- 1 pate de fruit « récompense » quand je passerai le semi
- 1 barre ovomaltine « récompense » quand je passerai le 30eme
- 1 pate de fruit « récompense » quand je passerai le 40eme
Un dodo et 6 pipis plus tard. Le réveil sonne, il est 4h30 du matin.
Le jour J
Levé, douche, je met Eye of Tiger à fond dans la chambre, faut se mettre dans l’ambiance, c’est le jour pour tout casser! J’enchaine avec Follow Me de Muse dont je me suis servi comme « power song » pendant la préparation (la chanson des sorties longues étant Dead or Alive de Bon Jovi, et je n’ai pas d’explication acceptable pour ça )
Petit déj de champion, 2 cafés (depuis que je fume plus, j’ai pas trouvé mieux pour être sûr de…..).
Miracle de l’adrénaline, ce matin, je n’ai plus mal aux jambes.
Alerte météo : vents très violents et températures très fraiches. Habille toi chéri, ça va piquer…
Pression is monting
Et moi, je monte dans le bus pour Staten Island, il est 6 h du mat’ ; il faut partir avant que les ponts ferment. Ma vague part à 10h05. Je vais avoir du temps pour faire de l’huile.
Arrivé à Staten Island (au village de départ), il fait un froid polaire. J’ai un vieux jeans et un sweat degueux sur mes fringues de course mais c’est pas suffisant. Avec le vent, tout le monde est dans des sacs de couchage ou des polaires. 50 000 personnes attendent, on dirait vraiment un camps de refugiés. La clochardise la plus totale, mais tout le monde est logé à la même enseigne (enfin pas tout le monde mais bon…)
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j'ai même mis mon nom au sparadrap sur mon pull pour qu'un copain new yorkais qui court aussi me repere, très efficace, je vais retrouver.... personne
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Je récupère un sac poubelle pour essayer de couper le vent, j’ai les tetons qui pointent et tiens… j’ai encore envie de pisser.
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On est pas bien là?
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3h d’attente dans le froid, je suis tetanisé. J’attends avec une copine qui a fait une partie de la préparation avec moi, on est en mode pingouins/marche de l’empereur. Paraît que ça fait partie de l’aventure…
Et enfin, ma vague est appelée ! J’entre dans le sas – je pisse- et ça y est gamin !…. C’est au pied du mur, qu’on voit le mieux le mur !
La ligne de départ
J’entend le coup de canon, je suis encore loin de la ligne de départ donc j’essais de me dégourdir les jambes qui sont en mode poisson surgelés depuis 3h. J’avance et New York New York de Sinatra retenti à fond.
Les gens sont survoltés, tout le monde crie – bon bin ok hein ! Moi aussi j’veux jouer, faut pas me le dire 2 fois ! J’arrache mon sac poubelle et mes fringues de façon complètement bad ass au moment exacte ou je passe la ligne, je leve les bras en criant ! GOOOOOO !
Voilà, on est sur le pont Verrazano. Immense, mythique, devant et derrière le flot ininterrompu des coureurs, c’est ici que tout commence. Sur ma gauche, à 20kms, Manhattan, c’est magnifique d’ici, et c’est la bas que tout s’achève. Je me dis que j’ai vraiment une chance incroyable, j’ai déjà oublié tout le reste.
Il y a un vent à décorner les bœufs, je tiens mon dossard pour pas qu’il s’arrache, des casquettes, lunettes, volent dans tous les sens ; espérons que cela ne durera pas.
Brooklyn
Descente du pont et entrée dans Brooklyn, entre les maisons, on sent moins le vent, je decide larguer mon bonnet, je vais garder que les gants. Le rythme est parfait, on a la place de courir, on se gene pas, je n’ai meme pas besoin de slalomer…
On passe la première rue et les premiers spectateurs apparaissent déjà. Ils tapent sur des casseroles, crient, mettent la musique depuis leur fenetre… Je cours sur le côté, avec mon maillot France et mon prénom, les premiers encouragements tombent :
- Allez Clément
- Go Clément
- Allez la France
- Lache rien Clément !
Et celà ne va jamais s’arrêter pendant 42 kms (je retournerai au MoMa un jour et j’offrirai des fleurs à la femme qui m’a conseillé d’ajouter mon prénom).
A chaque nouvelle rue, il y ‘a de plus en plus de monde, l’ambiance est indescriptible. Je regarde chaque personne qui m’encourage, je lui souris ou je lui fais un signe et ce sera comme ça jusqu'à Central Park.
Dans chaque rue, il y a un nouveau groupe de musique, des gospels, quelque chose… Des groupes de supporters de tous les pays (dont beaucoup de français) font un barroufe de dingue. Je prends le temps de taper dans les mains des enfants, de lire quelques panneaux, je souris.
- Dépêchez vous, les keynians sont en train de boire vos bières
-> Je souris
- Worst Parade ever
-> Je souris
- Si le marathon était facile, on l’appellerait ta mère
-> Je souris
- La douleur est passagère, le classement sur Internet est eternel
-> Je souris
- Souriez si vous venez de peter!
-> Je souris
http://www.timeout.com/newyork/thi [...] y-marathon
On entre dans le quartier juif, il y a des rabis dechainées partout. Y’a de la rouflaquette qui vole dans tous les sens, c’est la magie.
Rue suivante, un groupe joue « Sweet Child O Mine » des Guns à fond, j’ai envie de tout casser. Je ferme un peu les yeux, je serre les poings et je me force à pas accélérer – mais c’est dur.
En un éclair, j’arrive au mile 12 (km19), je sais qu’une copine américaine m’attend à cet endroit et elle est bien là ! Au milieu d’une énorme foule, je l’entend m’appeler.
Je suis complètement euphorique, je lui saute dans les bras et je lui dit :
« bouge pas, je fini et je reviens »
Spoiler :
Groupie 
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Dans le foulée, je passe le semi-marathon. J’ai pas toujours regardé ma montre, mais j’ai essayé de courir à 5’20/km, et d’après mon temps de passage, c’est plutôt pas mal.
Je mange ma pate de fruit « récompense » et je me dis : c’est maintenant que ça commence. Je me sens incroyablement bien – j’ai meme pas eu envie de pisser…
Le Queens
Entrée dans le Queens, je suis toujours sur un nuage. Comme tous les miles, je bois au ravitaillement (soif ou pas soif) en alternant gatorade et eau. Puis je reprends ma course.
Quand un mec fait un écart pour récupérer un gobelet et fauche ma jambe arrière. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu’il se passe, je me barre en vrille, mais le mec me rattrape au vol ! Un nouveau miracle ! En 3 foulées, je suis de nouveau en train de courir, rien ne s’est tordu, rien n’a bougé ! Il s’excuse platement. 100 metres plus loin, il me rattrape, et s’excuse à nouveau. Viens me faire des bisous, je t’en veux pas…
Ouf !
Quelques kilomètres plus loin, arrive le pont du Queensborought. C’est par ce pont que l’on rejoint Manhattan. On m’en a parlé, c’est une des difficultés du parcours car il monte méchamment et qu’il se trouve au 25ème quand les gens partis trop vite commencent à exploser.
Fait notable, c’est le seul endroit calme de tout le parcours. C’est assez incroyable d’ailleurs, soudainement, un silence de cathédrale, on entend les coureurs respirer. Et c’est vrai, comme annoncé, certains se mettent à marcher dans montée…
C’est un pont tunnel, je perds mon signal GPS, et semble t’il, je ralentie sans m’en apercevoir (je le verrais qu’après la course).
Et puis je retrouve Olivier à la sortie du pont (un mec avec qui je suis parti), je le reconnais de loin avec sa tenue France et sa foulée caractéristique de rat musquée (c’est un cycliste, il a des cuisses de taureau, du coup, il court comme passe-partout en quelque sorte). Il a déjà fait un marathon en moins de 4h mais, là, il semble pas au mieux. Je lui propose qu’on court ensemble,, je lui dit que c’est magique ce qui ce passe là… j’ai pas le temps de finir ma phrase ; qu’il est 200m derrière moi, il me fait signe de tracer, il est en train d’exploser façon puzzle. Tant pis…je suis parti tout seul, j’irais au bout seul alors…
Manhattan
Me voilà sur la première avenue, c’est un faux plat montant de 7 kms tout droit et tout va toujours aussi bien. J’attrape une banane tendu par des enfants (après les gels ça fait sacrement du bien), là une immense tribune de suédois fout un bordel monstre ; ils peuvent pas le savoir mais le Suède, c’est mon pays d’adoption alors je fais un écart et je vais les haranguer façon Zlatan. Ils ont pas compris ce qu’il se passait, mais comme ils doivent être bien bourrés à l’heure qu’il est : ils hurlent comme des gorets « Vive la France !!! »…
Quelques foulées plus loin, j’entre dans le trentième km comme papa dans maman.
Je suis jamais allé aussi loin, voilà, je suis dans l’inconnu. A partir de maintenant, tout peut se passer, derrière chaque km peut se cacher le mur, mais là, tout de suite, je peux pas me sentir mieux. J’ai l’impression que je suis exactement là ou je devrais être et tout va bien. L'entrainement, les heures passés à y penser, souvent seul, tout prend du sens.
Spoiler :
je m'en lasse pas de celle là
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Depuis 2h40, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles. Au dessus moi, le Chrysler building puis après, y’ a plus que le soleil.
Le Bronx
Nouveau pont, une femme tient un panneau « Bienvenue dans le Bronx ». Comme tous les ponts, ça monte un peu et là, un français m’aborde :
- Allez, viens je t’aide maintenant, et tu m’aideras plus tard quand c’est moi qui galérai !
(je suis un peu surpris, je regarde mon allure sur ma montre : 5’25)
- Bin je galere pas, en fait, mais c’est sympa de proposer!
(On se marre quelques secondes, on se tape dans le main, on va se revoir plus loin…)
Descente du pont, on est accueillis par les tambours… du Bronx. C’était cousu de fil blanc mais ça fonctionne.
En un instant, on se retrouve dans Harlem !
Harlem
3 virages, l’ambiance est toujours folle et là, dans la cohue, j’aperçois Jacques. Encore un français avec qui je suis venu.
Je fonce vers lui. Il est en train de marcher (argh), c’est un bon sportif, super beau gosse, il a fait un demi Iron Man cet été, il est parti avec la vague 3h30…. Et là, il marche. Je l’attrape par la hanche « allez suis moi !! »
->"Non, je peux pas"
Il me regarde en souriant, il a des crampes, il peut plus courir. On est au 34 eme km. La fin s’annonce compliquée. Bon… bin, ça se confirme, vraiment tout seul jusqu'à à la fin !
J’avale mon ovomaltine (recompence du 30 que j’avais oubliée), je tousse un peu de poudre que je noies dans du gatorade quelques metres plus loin.
Central Park
Arrivée sur la cinquième avenue. Le « park » nous tend les bras.
Km 35 ; je sens bien que je n’ai plus la forme des premiers kms mais pas encore le début de la trace de la couleur d’une brique du mur. « Profitons de chaque foulée extatique »…
Km 37 : tiens, j’ai le ventre tendu. Ah ?
On entre dans Central Park : the end is near
Km 38 : whooww, c’est officiel j’ai une crampe au ventre. Implacable. Plus rien ne rentre. Je tente bien d’ingurgiter un gel avec de l’eau mais l’aller/retour est immédiat (et capté par un photograhe. Heureusement, ma longue expérience de pochetron de soirée m’a appris à gérer un petit vomito en toute discrétion – ça passe velours (en quelques sortes).
Spoiler :
On a rien vu... Ninja!
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Km 39 : Ah, là c’est pas que le ventre, c’est les jambes aussi. Mes cuisses commencent à se contracter, à trembloter. L’avertissement est clair : « pousse un peu trop fort la machine et tout va peter tonton ».
Alors c’est ça, le mur ? J’ai mal au ventre, c’est vrai, mais c’est supportable,… alors je continue de courir. J’ai les guibolles à Venise, c’est vrai, mais c’est supportable… alors je continue de courir.
C’est difficile, mais je réalise que j’ai connu bien pire cette année, sur des semis, sur des trails, et même à l’entrainement. En fait j’ai la lumière encore allumée à tous les étages.
J’attendais peut être que ma vie défile, je m’attendais à penser à mes amis, mes parents, les enfants que j’ai pas, ou encore ma connasse d’ex-copine mais rien ne se passe. Je connais par cœur Invictus, Si de Kipling, les dialogues de 300 et tous les motivation speechs de films de guerre des années 90 et 2000 :je suis prêt à tout dégainer, mais j’en ai pas besoin.
Dans le parcours près de mon boulot, il y a une petite montée sournoise, je suis monté 100 fois à cet endroit pendant cette année et à chaque fois je me suis dit : « grimpe plus vite, ça te servira pour Central Park »… Et là, dans les montagnes russes de Central Park, c’est la seule chose à laquelle je pense. Je me rappelle de cette anecdote et je souris.
Au regard des spectateurs qui m’encouragent (oui oui encore), je sais bien que j’ai une gueule de mort… mais je souris encore.
Spoiler :
Okay, là, précisément, je souris pas mais bon, Force et Honneur
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J’arrête alors de regarder mon chrono, je me dis, que quoiqu’il arrive maintenant, dans 5 minutes, tout ça , c’est fini (en fait c’est plutôt 10 minutes mais bon…).
Je zappe le dernier ravitaillement pour pas que les crampes se déclenchent en ralentissant et je déboule sur Colombus Park, il reste 800m !
Soudain revoilà mon français (celui qui m’a abordé sur le pont du Bronx), il me prend carrément la main sans me demander et me relance
« allez, je vais t’emmener sous les 3h45 ! »
Je regarde ma montre, je sais que ce n’est plus possible… mais j’accelere. Tant pis pour les crampes, il reste 500m maintenant !
Le moment est trop court, les gradins sont pleins, tout le monde lève les bras et moi, je passe la ligne en fermant les yeux.
3h47’09 <- pour l’éternité
http://www.strava.com/activities/216078945
Après l’arrivée
Je viens de passer la ligne. Je suis complètement hagard, j’arrete ma montre et j’avance machinalement quand une fille me met la médaille au tour du cou.
Spoiler :
Elle va plus quitter mon cou, j'en fou, j'fais fondre mon etoile de David, j'en ai plus besoin!
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Elle est magnifique (la médaille hein), lourde, une vraie médaille. Il y a des photographes, je plane un peu, mais je suis pas le seul. Je regarde le ciel comme un footballeur brésilien, c’est curieux, parce que je crois pas en dieu et je crois pas que nos proches disparus nous regardent du ciel (ça doit etre du conditionnement).
Un peu plus loin, on me tend un sac de ravitaillement et une couverture de survie (et oui, je cours plus, ça y est, il caille). Je marche encore un peu et je décide de m’assoir contre un grillage pour manger et boire un peu.
A peine assis, la sentence tombe : les crampes qui m’ont menacé dans les collines de Central Park débarquent d’un coup, et avec elles des renforts. Je couine comme une truie, le type à côté de moi me regarde et me dit « je voudrais t’aider mais là, je peux rien faire ».
Je suis seul, j’ai des crampes et soudainement, je réalise que c’est fini – vraiment fini. Tout a pris fin il y a quelques minutes, après des mois d’entrainement, une année à y penser tous les jours, je viens de jeter l’anneau dans la lave et là, je suis seul. J’ai un coup de blues monumental.
Je peux plus vraiment bouger alors je sors mon téléphone de ma ceinture.
Erreur fatale, ça va m’achever.
Il y a des dizaines de messages, tous mes potes, ma famille, et même mes employés, ont suivi la course et ont envoyé des mots tout le long. Mon facebook aussi a explosé, tous mes temps intermédiaires, des encouragements, Sonia a posté tous les 10kms sur mon mur!
A savoir : je suis un bon guerrier, fort et tout et tout… mais quand je suis fatigué, j’ai la larme assez facile. Des petits chatons un peu trop mignons dans un panier, si j’ai pas beaucoup dormi, je me dis que le monde est trop cruel pour eux, et j'ai envie de pleurer… Et là justement... je suis –très- fatigué.
Je me met donc à chouiner dans mon coin en répondant méthodiquement à chaque message et dans la foulée j’appelle mes parents. Je sais plus exactement ce que je dis à ma mère, ça doit être au moins aussi grandiloquent que la lettre de Guy Moquet. J’ai des tremolos dans la voix.
Un mec s’approche de moi : « aller mec, debout ! » -- c’est beau, on dirait Bernard Lama qui releve Fabien Barthez au coup de sifflet final en 98 (toi même tu sais, t’as vu les Yeux dans les Bleus). Il me relève, ramasse mon sac de provision par terre… J’ai envie de le prendre dans mes bras.
La longue marche des zombies commence. Pour sortir de Central Park, il faut encore marcher 2 miles ! c’est long, je suis retourné et j’ai l’impression que le TGV m’a roulé dans le cul tellement je boite. La scène est sureéaliste.
Une femme donne les fameux ponchos (ouai parce que là, ça caille grave et la couverture de survie, ça suffit pas vraiment), je tend la main « bouge pas, je vais te le mettre, ça se passe comme ça à New york ». Pour la deuxième fois en quelques minutes, j’ai envie de prendre un inconnu dans mes bras.
http://www.nytimes.com/video/sport [...] 4811622289
J’arrive au family meeting, c’est là que les familles attendent leurs proches avec des pancartes, c’est beau comme ambiance… Mais si t’as suivi jusque là, t’as bien compris que personne ne m’attend (non j’ai pas pleuré à ce moment là par contre).
Je poursuis et je descend dans le métro. Il me faut 5 minutes pour passer les escaliers mais des gens m’aident. Free ticket for runners ! On m’ouvre la porte et les gens que je croise viennent me féliciter ou me serrer la main. J’vais pas vous mentir, ça fait plaisir.
Retour à l’hotel. Je suis pas encore douché et je prend le temps de passer sur le forum, et voir que vous avez suivi ma course avec une certaine passion (il accelere, il ralenti, allez…). J’vais pas vous mentir, ça fait plaisir.
Un peu plus tard
Après 2h d’un repos bien mérité, je monte dans un taxi et je pars profiter de la vie, ma médaille au cou ! J’vais pas vous mentir, ça fait plaisir
Spoiler :
y'avait pas trois steaks, sinon, parole, je le prenais
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Encore un peu plus tard
Entre temps, j’ai dévalisé la boutique finisher (ouai ouai, il faut payer pour le tshirt à New York… mais j’ai le billet facile là)…Je monte donc dans l’avion du retour, équipé comme écolier le jour de la rentrée, quand le capitaine de bord prend la parole et annonce que des marathoniens sont dans l’avion, tout le monde se met à nous applaudir ! J’vais pas vous mentir, ça fait plaisir.
Encore, encore, un peu plus tard
Je suis rentré depuis 3 jours et j’arrive toujours pas à descendre de mon nuage. ! J’vais pas vous mentir, ça fait plaisir.
Epilogue
Spoiler :
I RAN NEW YORK 2014!!!!!!!!!!!! |
Si avez lu jusqu’au bout… bravo ! Vous avez vraiment du temps à perdre mais… J’vais pas vous mentir, ça fait plaisir !
Edit: faut que j'ajoute des smiley, c'est un peu aride là... j'avoue 