Konovalov a écrit :
CR BRM 600 "Charente mon amour"
Samedi 6h, après un accueil-café rapide lors duquel on est sévèrement avertis que c’est tampon obligatoire et photo si aucune autre solution, on part à une vingtaine depuis la banlieue de Bordeaux. Les orages de la nuit ont été violents, les routes et les pistes cyclables sont jonchés de branches plus ou moins grosses, et de troncs à plusieurs reprises. Après 10km de cyclocross on atteint le pont d’Aquitaine et on peut enfin commencer à rouler, j’ai pris le groupe de tête, on est une dizaine.
Ca roule tranquille mais les côtes sont passées autour de 190-200W alors que je sais qu’au delà de 170 je laisse des plumes. Ca permet néanmoins de s’économiser sur le plat, où je recolle grâce aux prolongateurs. Je m’accroche bêtement comme ça jusqu’au Pk80 où je profite d’un arrêt-pipi pour lâcher l’affaire. C’est raisonnable mais je sens à l’état de mes jambes qu’en fait c’est déjà un peu tard. En plus les dernières semaines au taf ont été intenses et le sommeil insuffisant. Même la veille j’ai glandé jusqu’à plus de 22h. L’envie de dormir ne me quittera pas de la journée. Je me rends déjà compte que j’ai négligé ce BRM là où j’avais préparé et déroulé le Tour de Dordogne au millimètre : négliger le sommeil, faire un mauvais choix d’allure, sous-estimer le D+ (j’avais 3500 en tête alors que c’est en gros le total de la première journée) CP1 Pk96 vers 10h30 : la boulangerie en POI est fermée, je m’adresse à une passante qui me répond dans un sabir inintelligible dans lequel le diagnostic immédiat est un syndrome d’alcoolisation fœtale ayant causé une déficience intellectuelle et un gros défaut d’élocution Je distingue seulement « droite » et « Lidl ». Bienvenue en Charente Je tombe sur la boulangerie suivante devant laquelle les cyclos du groupe de tête sont parqués. Pas de sandwiches donc viennoiseries et cannelés. Il commence ensuite à faire de plus en plus chaud, on est de plus en plus à découvert, les côtes sont de plus en plus raides, les jambes de moins en moins bien. Ca devient éprouvant. Ce serait pas un problème, sauf que le mental. J’avais dit « plus de régions à la con sans arbres et battues par les vents », pour le moment ça souffle constant de la gauche mais je sais qu’après le CP2 ce sera pleine face jusqu’à la fin de la journée. Et puis 600 bornes c’est un peu bidon, 600 bornes en 40h alors que Guez est sur la RAF, que la veille j’ai vu passer et échangé quelques mots avec Prieur, Verest, Boursette et d’autres, les mecs que j’ai écouté en podcasts tout l’hiver, l’élite partie pour 2600/30000 en 5-6 jours. A près de 50 balais j’atteindrai jamais ce niveau, j’aurai jamais le moteur parce que j’ai commencé ce sport trop tard et que j’ai pas la génétique. Vie de merde Vers 12h je repère des toilettes dans un bled écrasé par le soleil, je mouille la casquette, les manchettes, refais le plein. C’est salvateur. Les 30km jusqu’au CP2 passent nettement mieux. CP2 Pk 168 vers 14h00 : arrêt dans un salon de thé avec des quiches et pâtisseries maison/vegan tout ça, très bon C’est maintenant que la journée commence : il y a 170km nord-ouest jusqu’au CP4 et ça souffle nord-ouest. Ca se passe pas trop mal en fait : je me suis refait la cerise physiquement avec la bouffe, le mental est à nouveau ok les rafraichissement et le fait de rouler à nouveau à mon rythme. Pourtant ça souffle NW solide et constant, la flèche du champ Windfield ne laisse aucun doute, ça pointe droit sur moi. Je traverse cette Charente tant aimée : ses faux-plats interminables, ses toboggans débiles, ses champs de patates ou de blé à perte de vue. Heureusement il y a quelques belles maisons, églises et châteaux pour sauver le truc . Le mental est à nouveau ok. Un peu plus tard, l’arrêt est urgent et indispensable : quand on bouffe autant, à un moment ça doit ressortir
Spoiler :
Je tiens à adresser mes excuses au personnel d’entretien d’une commune dont je dois taire le nom pour ma sécurité, et qui a dû découvrir ce matin des toilette à la turque bouchées par une quantité inhumaine de matière fécale. J’ai veillé à ce que ça ne déborde pas mais là il va falloir un camion-pompe |
CP3 Pk244 vers 18h : un bled paumé, pas un commerce, rien. Photo-panneau. On finit par rentrer peu à peu dans les Deux-Sèvres, il y a quelques forêts, un peu de bocage, la végétation redevient vert foncé et abrite un peu mieux du vent. La chaleur tombe. Je m’arrête vers 20h30 à un distributeur de pizzas histoire d’être tranquille pour la fin du parcours et la nuit. La pizza « artisanale » est évidemment cartonneuse et couverte d’une garniture bas de gamme mais c’est le la grosse calorie rapide et pas chère. CP4 Pk 341 vers 23h00 : Rien en vue, photo-panneau. C’est le point le plus septentrional du parcours et c’est un gros cap de passé : ça signifie que maintenant la trace est globalement sud-est et que le vent de face, c’est enfin terminé. Je me laisse pousser jusqu’à Fontenay-le- Comte 15km plus loin que j’atteins à 23h30 pour un plan de marche à 23h30 La réception de l’hôtel est fermée mais la clé de la chambre est comme prévu dans la boite à l’extérieur, le code fonctionne. Ca m’avait un peu trotté les derniers km, j’ai un bivy mais bon. Vélo posé, soulagement d’en avoir terminé pour le J1. Douche, mise en charge des appareils, plein de bidons, check HFR et c’est parti pour 4h de sommeil. En fait c’est 2, vers 2h du matin ça parle à voix haute sur la parking et les portières claquent. Je me rendors quand même. 4h : bouilloire et gateaux dans la chambre, c’est cool de pas partir l’estomac vide. Je sens d’entrée que je suis pas du tout aussi frais qu’après ma nuit dans la base de vie il y a 3 semaines. Fatigue, jambes raides. Tenue intégralement changée, je pars à 4h45 et ça souffle bien dans le dos. J’abats les 30 premiers km à bonne allure, le compteur affiche 26.5. L’aube point assez rapidement en cette saison, l’inquiétude c’est surtout la pluie. Le radar-météo affiche de jolies bandes bleues un peu partout sur le parcours, j’ai les couvre-orteils et le coupe-pluie est à portée de mains. C’est sombre à ma droite mais ça passe. Le radar indique que ça tombe devant moi et derrière moi et je ferai toute la matinée dans un « trou » en roulant sur des routes parfois détrempées par l’averse tombée 1 à 2 plus tôt Ca roule pas mal, c’est plaisant J’atteins le CP5, Rochefort (Pk 420) vers 7h30 avec près d’1h30 d’avance après 1 gel et 1 barre pour continuer à faire tourner le réacteur. 1ère boulangerie fermé le dimanche, 2ème aussi, stations-services, magasins, rien. Photo-panneau en sortant de la ville et en entrant à Tonnay. Tonnay c’est un Charente, mais maritime. La Charente-Maritime c’est la version réussie de la Charente (sauf Oléron, cf BRM600 2023), c’est joli, y’a la mer, des huitres, du Pineau, du Cognac, des belles pierres. Rochefort ça sent très légèrement la mer, c’est l’Hermione, la corderie Royale, Vauban, le pont-transbordeur au loin. Les BRM c’est toujours sympa le matin. Petit dèj copieux et très bon dans une boulange où je rejoins des participants. Ils ont dormi 2h dans un sas, ils sont juste défoncés. Je les doublerai à plusieurs reprises dans la journée au gré des arrêts et du relief : sur le plat des cyclos sans prolongateurs ont aucune chance Vous savez ensuite ce qu’il se passe ? Le vent s’arrête. L’escroquerie est totale. Au moins c’est pas de face mais j’ai juste l’impression d’avoir été floué, il était sur toutes les prévisions météo, je l’ai eu dans la face tout hier, il m’était dû Le temps, menaçant toute la matinée s’est dégagé et ça commence à taper franchement. J’ai la flemme de mettre les manchettes anti-UV, je sais que c’est une erreur mais j’ai plus envie de contraintes, juste de finir. Et ça roulait bien jusque-là mais ça commence à tirer en fait, je sens que la voyant de réserve va pas tarder à s’allumer, la jauge de stamina tutoie les 35%, on est court-pétrole, Mav’. Je m’accroche pour pas m’arrêter avant le CP6.
CP6 Cognac, Pk480 vers 11h00 : Arrêt dans une boulange de grande chaine hors-trace préparée en POI. Je décide faire une bonne pause parce que le dernier morceau, il est pas dur, il est pas long, mais vu l’état du bonhomme ça va pas être une formalité. Burger-potatoes-cannelé, coup de fil à la maison.
40km plus loin, peu avant 13h je tombe sur une boulange en train de nettoyer avant de fermer, je sais que derrière c’est terminé côté bouffe à part 2 distributeurs de pizza mais bof quoi. J’embarque croissant/chocolatine dans le sac à dos compactable en découpant mentalement la fin de trajet en segments de plus en plus courts : choco à 70km de la ligne, croissant à 30. J’ai pas réellement besoin de bouffer mais vu que les 2 moteurs sont en bout de course, autant saturer les réservoirs ras la gueule. Et puis ça occupe A ce stade j’économise ce qu’il reste en limitant à 150W max dans les côtes, 100 sur le plat. J'en ai un peu marre forcément, mais l'exercice est connu et maîtrisé, le mental solide. La choco est avalée dans un joli bled en haut d’une côte à 10. Et puis d’un coup, on passe des champs aux pins maritimes. La Gironde, enfin ! En plus ça re-souffle arrière Dernier croissant, reste 30km, Stamina à 15%. Je réaccélère progressivement, on se rapproche de Bordeaux. Le compteur finit par afficher moins de 20km restants, je suis dans l’agglo, autant brûler ce qu’il reste donc je ne regarde plus le PM. relance en danseuse, je double tout ce qui se présente.
La piste passe dans un tunnel sous un bout de rocade mais c’est totalement inondé. A l’aller, on avait roulé en groupe et un membre du club organisateur nous avait fait contourner sauf que là je sais pas par où passer, j’ai la flemme de checker la trace de la veille. Y’a plus trop de lucidité, juste de la détermination. Je passe le vélo à l’épaule (4 sacoches et 2 bidons hein) et j’escalade le talus à pic à gauche du tunnel pour remonter sur la chaussée. Y’a que 2x3 voies , je m’insère dans le traffic aux watts et aux couilles , fais le tour par le rond-point suivant est redescends sur ma trace via une PC de l’autre côté. Pont d’Aq’, reste 12km, à ce stade c’est fait. Dans la descente du pont, à plus de 40km/h dans un couloir entre 2 grilles de moins d’1m de large la sacoche de selle lâche et s’enroule en escargot en bloquant la roue arrière. J’arrive à ne pas tomber, par contre le fond de la sacoche est détruit par le frottement du pneu. Trop de poids, chargement mal réparti, pas de vérification régulier des serrages. Je ne perds pas : soit je gagne, soit j’apprends. J’arrive à sécuriser le truc en serrant à mort. Les 10km restants sont avalés à bloc, PR au Pk616 https://rehost.diberie.com/Picture/Get/f/395116
A l’arrivée, personne donc ni ravito ni douche, dommage. J'ai croisé 2 cyclos qui repartaient à quelques km et un groupe de 6-8 arrive quand je quitte le parking, l'essentiel du groupe était dans une fourchette de 30'. Ca rasure aussi sur mon niveau qui est donc "bien" mais pas "top" . Je charge, me change partiellement et repars pour 2h30 de route, c’est ballot de pas avoir prévu un paquet de lingettes. Le retour sera limite avec un somnolence de fond mais je ne veux pas mettre toute la famille en retard un dimanche soir donc je roule. Ce sera le dernier mauvais choix du WE, la bonne décision était de dormir 20’ au lieu d’aller frôler le rail…
Bilan : temps total 35h02 dont 25h48 de roulage, c’est 2h de moins qu’il y a 2 ans avec un parcours plus difficile. Quelques bons moments : les châteaux (Chalais, La Rochefoucault, Villebois), le pont suspendu de Tonnay, le pont d’Aq (c’est moche, atroce à rouler, mais c’est plein de souvenirs). Pas mal de « dur » : le vent, les paysages interminables aux reliefs mous. Côté gestion c’est très mitigé : bien côté bouffe et eau, mauvais pour le soleil, mauvaises décisions parfois par manque de lucidité (J2), mental plutôt pas bien sauf le trou d'air samedi, mauvais pour le sommeil les jours précédents mitigé pour la puissance : trop appuyé au début et quand j’étais en jambe au lieu d’en garder, entre autres parce que je voyais ça plus facile surtout après l’ultra d’il y a quelques semaines. Sauf que 4800m et 200km face au vent, c’était pas si simple. Des 5 sorties >250 cette année, c'est la moins plaisante et celle (là j'en suis le seul responsable) qui m'a le plus poncé en fait. Encore à apprendre il y a Epilogue : j’avais prévu un 1000km dans 2 semaines pour aller pointer au Mont Saint Michel depuis Bordeaux, c’est alléchant. Devinez où passe la trace sur la première partie du parcours ? Plein nord entre Cognac et Angoulême.
|