glopp a écrit :
CR – Tour du Mont-Blanc, attention pavé ! 330 km / 8000 d+ - 16 Juillet 2022
Sur un coup de tête je me suis inscrit pour le tour du Mont-Blanc cyclo, en février, sans en parler à mes compagnons de route habituels.
En hiver je roule essentiellement au garage, et parfois en gravel en extérieur dès que les conditions le permettent, peu importe le mois de l’année, mais les sorties sont courtes, 1-2heures maxi.
J’ai fait l’acquisition d’un HT connecté en juillet 2021 et depuis je fais nettement plus de KM que lorsque j’avais juste mon rouleau, je trouve ça nettement plus amusant.
J’ai pas de plan d’entrainement structuré, j’ai fait pas mal de courses sur Zwift l’automne dernier mais je sens bien que les efforts sont trop intenses pour être bénéfique, donc en janvier je change mon approche, j’allonge les sorties HT, et je vise un peu plus de D+. Quelques Alpes de Zwift, etc.. 2x 100 km sur des boucles bien chiantes pour bosser le mental. Bref…
Malgré tout ceci, arrivé en mai j’ai grosso-merdo que 1500 km de vélo dans les guiboles. N’ayant jamais fait plus de 220 km et 4300 de d+, on s’est fixé un petite session de test en Mai, 250 km / 5600 d+, elle se passe pas mal du tout, je me suis juste fait une fringale en route, lorsqu’on a rejoint un pote qui nous a accompagné sur 100 bornes, après 80 km de route. Lui étant frais, il a recollé une petite cartouche dès son arrivée et j’ai craqué pendant 10 minutes le vide complet, pas de jus, 4 km/h….un gel un peu de bouffe et c’est reparti.
Ensuite en Juin, je me suis claqué une seule grosse sortie gravel, avec 3500 de d+, en solo pour être bien dans le dur et me forger le mental et ensuite on est parti en vacances, 2 semaines, ou j’ai pu me faire une sortie gravel en bord de mer et un col dans les Grisons, avec le gravel…donc assez faible niveau entrainement.
La semaine avant le tour je me suis juste mis une sortie route, avec 1000m de d+, et j’avais 0 sensations, ou plutôt sensation que j’aurais mieux fait de rouler plus pendant les vacances.
Vendredi 15, on arrive sur place avec le pote qui a décidé de se joindre à moi pour cette connerie.
Enfin sur place, on est 400m d+ plus bas que le start, on décide de monter en vélo pour aller récupérer les dossards et assister au briefing. Arrivés aux Saisies, on assiste à ce briefing, on rigole un bon coup quand le speaker annonce qu’on fait désormais partie de la grande famille de ultras, gros bullshit.
Ensuite on redescend vers notre résidence, on s’empiffre de bouffe adaptée, croziflette, pizza, IPA, puis dodo. 3h30 réveil, petit déjeuner, on se gave, ça passe bien cependant comme prévu pas moyen de faire sortir la taupe !
4h58 on se place sur la ligne de départ, en dernier, le plan rester prudents, on part directement en descente, de nuit. On est environ 600 pimpins sur la ligne, on ne veut pas se faire prendre dans l’euphorie. Finalement, rester derrière ce n’est pas le plan idéal, les types ne roulent pas, donc on double, on double, on double… Arrivés en bas vers Flumet ça monte un peu direction Mégève ça roule bien, je me retourne, et mon pote n’est plus là. Chier j’espère qu’il s’est pas taulé dans la descente. Bon je continue de rouler en levant le pied, il est nettement plus fort que moi il devrait pas tarder à me reprendre, effectivement quelques minutes après je le vois arriver peu avant Mégève.
Ensuite ça descend encore et encore, ça roule fort, je ne prétends pas être le meilleur descendeur, mais certains sont vraiment mongoles au niveau des risques pris, d’autant plus que tout se passe sur route ouverte. 1h de route, 40 km d’avalés, on attaque ensuite la montée sur Chamonix, ça se passe bien, il y a un type qui fait plus de 2 mètres qui se place devant notre groupe de 20/30 cyclos, il nous fera le train toute la vallée jusqu’à Argentières, on flirte avec le 40 km/h cachés dans son dos, il se retourne de temps en temps à la recherche d’un volontaire pour prendre un relais, mais personne s’avance, je pense qu’il y a pas beaucoup de monde capable de tenir une telle allure seul devant et surtout faut garder en tête qu’il reste 270km à ce moment et 6000 de d+. Dès les premières montées il se laisse glisser en arrières et des plus petits groupes se forment, chacun allant à son rythme. On enchaîne les Montets et la Forclaz, à ce moment là on est à 100km et plus de 30 de moyenne avec 1500 de d+, on a plus de 90 minutes d’avance sur mes prévisions.
J’avais des craintes pour les barrières horaires, mais cette première partie les a dissipées. Descente sur Martigny hyper rapide, puis on attaque les deux premiers gros morceaux, la montée à Champex et le Col de Grand St-Bernard. La montée sur Champex est celle qui offre le plus de segments à 10-11%, mais en contre partie elle est encore à l’ombre. Au sommet, ma femme, les enfants et un pote qui nous « suit » en moto nous attendent, ravito, descente sur Orsière pour les 25 km de montée jusqu’au Col du Grand St-Bernand. On attaque ces 25 km à un rythme qui me convient pas mal, on double du monde, les galeries se passent pas si mal, on a pas mal de voitures puisque c’est également un axe nord-sud et que les vacances scolaires ont commencé. Je me prends à rêver qu’à partir du Super St-Bernard la majorité des voitures/motos optent pour prendre le tunnel et pas le col pour éviter toute ces ankulays de cyclistes, mais en fait ils s’en branlent…en fin de compte ça ira, globalement pas eu de soucis majeurs.
Arrivés au col, on refait le plein. Comme je m’étais fait une putain de fringale en entrainement et comme ils annonçaient super chaud, j’avais activé les alertes pour manger et boire régulièrement et je pense que ça m’a sans doute évité le coup de chaleur et la fringale parce que parfois quand j’étais dans le dur je n’aurais pas pensé/pu manger.
J’ai aussi de la viande séchée, quelques légumes mais j’ai franchement du mal à manger, limite la gerbe. A ce moment on a fait la moitié du d+ et des km. Ça fout un petit coup au moral de penser qu’on a fait que la moitié, surtout qu’en plongeant sur Aosta, on sait qu’en bas il fera chaud, très très chaud et que la montée vers La Calle, bien que douce sera dur, surtout pour moi qui préfère largement rouler au frais/froid. On descend bien, on passe quelques chopper et voitures qui se trainent la mitte.
Plus on descend, plus ça chauffe, arrivés en ville, il fait 37 degrés, en là on a environ 30 km à couvrir avant d’attaquer le ravito/pasta et la montée sur le Petit St-Bernard. Vent dans le nez, à un moment je n’arrive plus à suivre le train que mes 3 compères mènent, mon pote tracte tout le monde pour faire la jonction avec un groupe plus gros devant mais j’explose derrière. Notre ami motard nous rejoint et va informer mon collègue que j’ai laché, il m’attend (trop trop sympa) et on rejoint le ravito ensemble. On mange un bol de pastas. Les mines des cyclos ont changé, tout contents au Grd St-Bernard, ici les traits sont tirés, usés, on sent que le game se corse. Certains abandonnent là.
On repart ensuite pour la montée sur la Thuile et le Petit St-Bernard, il est 15h30 je pense. La prochaine barrière horaire est à 20h à Bourg St-Maurice. Ça devrait le faire il y a « que » 1100m de d+, mais à ce point là tout devient relatif. A partir de là chacun fait ses montées comme il veut et on se rejoint au col. Notre amis motard nous arrose au moins 3 fois dans la montée. Jusqu’à la Thuile, on est assez protégé entre la fôret et les galeries. Ensuite ça se complique, on est nettement plus exposés, et comme je l’avais prévu dès qu’on est à découvert on se mange un putain de vent de face.
Arrivé au col, je m’assieds 5 minutes, je ne dis rien à mon ami cycliste et notre motard, mais l’idée d’arrêter là me traverse sérieusement l’esprit un moment…je bouffe, je mange, je me remotive en pensant à la descente sur Bourg St-Maurice. J’avais estimé descendre ce col à 60 km/h OKLM, en fait la route est un vrai tape cul et le vent arrive toujours de face. On doit pédaler tout du long pour descendre à 40 km/h de moyenne (estimation doigt mouillé).
Bourg St-Maurice, ravito Pasta, et on repart, encore un bon 1000m de d+ pour le Cormet. J’ai déjà fait le parcours dans l’autre sens et je me souviens qu’il y a des beaux pourcentages qui permettent d’atteindre des vitesses folles en descente. Ça va piquer. On part ensemble, mais après 1km mon pote m’a déjà pris 300. Il est en feu !!! Je fais mon bonhomme de chemin, je double du monde, le moral revient, arrivé à 3 km de sommet j’ai de nouveau la grinta, les Watts remontent un peu. Je suis euphorique, on commence à sentir la fin. Mais en même temps je me dis que c’est sans doute aussi le chant du cygne.
Je passer le Cormet vers 20h (barrière à 22h30), mon pote attend au soleil couchant, on fixe nos lampes et on attaque une belle descente quasi nocturne. Petite suprise, dans la descente en direction de Beaufort, il y a des sections en gravillons ! Sa mère…. Malgré tout on s’en sort bien, on a dépassé pas mal de monde, il reste la dernière montée sur les Saisies, 880m de d+. Je commence à avoir un mental en emmental, je projette ces derniers 880m de d+ sur des montées que je connais. Je me dis, tiens c’est comme si tu montais sur ce col, etc… je change régulièrement de référence à mesure que le d+ à combler fond, mais je ralentis toujours plus. Les 7 derniers km seront long. 45 minutes. Je me fais doubler par pas mal de monde, ce qui n’aide pas. Il y a pas mal de coureur du relais qui arrivent nettement plus frais, mais dans la nuit je ne fais pas la distinction. Au bord de la route, je vois des gens qui font des étirements, on arrive au bout, les gens aussi sont à bout.
18h30 après notre départ, je passe enfin la ligne, content de moi, avec la certitude que je ne reparticiperai sans doute pas. Sur ces 18h30 j’ai cumulé 2h30 de pause.
Avant de prendre le départ j’avais que 2000km et 40k de d+. Mon pote avait 5k et 100k de d+. Bilan, supers paysages, pas vu de taulée, pas vu de cadavres roulants, comparé aux autres cyclos EDT et Tour des stations. J’ai l’impression que les gens qui se présentent sur ces ultras sont quand même mieux préparés, même si en fin de compte il y a eu grosso modo 25% d’abandon. Météo parfaite, on s’est pas pris d’orage, rien.
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