ALERTE PAVE
CR MARMOTTE 2022
C'est la 2ème Marmotte pour moi, 20 ans après la première fois en 2002 où j'avais fini hors-délai au pied de l'Alpe, classé uniquement sur le Marmotton, un jour de pluie/froid qui m'avaient laissé des souvenirs impérissables
. Pour faire simple, je n'ai jamais autant dépassé mes limites physiques et mentales que ce jour-là, et pourtant j'ai fait quelques autres trucs bien compliqués depuis.
Je me suis donc fixé il y a 3 ou 4 ans de boucler le projet 20 ans plus tard, autant dire que je me suis mis la pression pour cette course qui est mon objectif de l'année.
J'arrive avec 1094 km d'entraînement depuis le début de l'année, sans compter du vélotaf assez régulièrement et l'équivalent du vélib à Lille. Je sais que c'est peu mais entre le boulot, les enfants et la vie de famille, et une opération de la mâchoire fin avril qui m'a causé 2 semaines de pause d'entraînement, je n'ai pas pu faire mieux. Pour le dénivelé, j'allais rouler au Mont Noir pour ceux qui connaissent, et j'ai aussi fait un mini-stage de 3 jours au pied du Ventoux fin mai, avec 2 montées du Ventoux par Bédoin à 2 jours d'intervalle, avec mon vieux Peugeot acier de 1998. Ma plus grosse sortie sans compter le Ventoux : 99,5km pour 946m de D+
Voilà pour l'entraînement.
J'ai très mal dormi la dernière nuit avant la course, peur de de louper le réveil, d'avoir de l'attente à la récupération du dossard ou de pas réussir à trouver une place pour me garer au Bourg d'Oisans, mais en fait tout ça s'est fait très facilement.
Je suis dans le sas du dernier départ à 7h40, et j'arrive plutôt à la fin, genre 15 minutes avant.
Ca part avec un peu de retard, je suis tout excité d'être enfin dans la course depuis le temps que je l'attends
! Je suis concentré sur la longue ligne droite jusque Rochetaillée pour rester dans les roues, une petite pointe à 46km/h sans avoir l'impression de faire d'efforts, qu'est-ce que c'est top les roues carbones quand même
! Je les ai depuis 2 semaines seulement, et je vois vraiment la différence quand ça va vite. Et quel plaisir !
Ca ralentit un peu après le virage à droite vers Allemont, puis on arrive au barrage et c'est parti pour le Glandon. Assez vite je me mets sur le 34x30 pour m'économiser au max, ça sera la tactique en place toute la journée en fait : s'économiser pour durer.
La 1ère partie est agréable, plutôt en forêt et à l'ombre car il est encore tôt. Certains passages sont assez raides, puis il y a un passage en descente en lacets avant que ça ne remonte aussi sec. Plus on s'approche du sommet, plus la forêt laisse place aux alpages, ça devient vraiment joli. Je fais quelques vidéos en roulant, on arrive au 2ème barrage, puis encore un petit passage descendant et enfin le sommet du col est en vue, on arrive en haut vraiment tout juste après le carrefour qui emmène vers la Croix-de-Fer qu'on devine un peu plus loin.
J'arrive au sommet en 2h24 depuis le départ, pas trop entamé même si c'est j'ai bien senti que le col était long. Beaucoup de monde au ravito, je mange du salé et je me reprépare 2 bidons
. Et hop c'est parti pour la descente. Je ne l'avais jamais faite, il y a 20 ans le parcours passait par la Croix de Fer. Elle est hyper agréable, il fait beau, c'est joli, la route est étroite mais je prends un max de plaisir à prendre de belles trajectoires tout en étant en contrôle.
On arrive en bas à St Etienne de Cuines, et c'est parti pour le passage chiant de la journée dans la vallée. On suit une grande route, et tout de suite j'essaie d'accrocher un groupe. J'arrive à faire toute la vallée en étant bien abrité, je cherche toujours à m'économiser un max et quand je sens que je pousse trop sur les jambes je ne cherche pas à m'accrocher et j'attends d'autres coureurs derrière pour me mettre dans leurs roues. Il y a des moments où je me retrouve en tête d'un groupe mais je fais gaffe à ce que ça ne dure pas trop longtemps en ralentissant progressivement pour me laisser dépasser.
On finit par arriver à St Michel de Maurienne où nous attend un nouveau ravito. Beaucoup de monde là aussi, d'autant qu'il commence à faire bien chaud. 2 nouveaux bidons préparés et on attaque le gros morceau avec l'enchaînement Télégraphe-Galibier, ça va être l'heure de vérité car je sais que je risque de manquer de fond, j'espère que je ne vais pas payer mon manque de sorties longues à l'entraînement.
Je me remets en mode "économie" dès le pied du col, il fait chaud et beaucoup sont déjà arrêtés au bord de la route, les rares coins d'ombre sont squattés
. De mon côté j'ai chaud mais je suis en contrôle et je n'ai pas l'impression d'être en surchauffe. Je sens bien que j'ai le Glandon dans les jambes mais j'avance tranquillement. J'avais le souvenir d'un col régulier, eh ben oui c'est très régulier, pas de passage plus durs que d'autres, ça monte et on progresse lentement mais sûrement.
Je finis par apercevoir le vélo géant qui marque l'arrivée au sommet. Nouveau ravitaillement en eau uniquement, je me reprépare 2 bidons, et c'est parti pour la rapide descente vers Valloire. On traverse le village, avec des applaudissements qui font toujours plaisir, le ravito n'est pas dans le village mais bien plus loin, j'hésite à m'arrêter mais je me dis qu'il faut quand même que je bouffe du solide et que je risque de le regretter si je zappe celui-là, donc je m'arrête mais en essayant de pas m'éterniser d'autant plus que je commence à surveiller l'heure qui tourne : j'avais noté dans le descriptif de l'épreuve qu'il y avait une barrière horaire à 16h au Galibier, je ne sais pas exactement ce que ça veut dire concrètement mais je me rends compte que je n'ai plus énormément de marge pour y arriver.
Je repars direction le Galibier, tout tranquillement. Je sais que ça monte d'abord doucement jusque Plan-Lachat, c'est assez long pour y arriver, plus ou moins en longue ligne droite, il fait toujours chaud mais moins que dans le Télégraphe, le fait qu'on monte peu à peu en altitude doit jouer, et on commence à sentir une petite brise qui fait du bien, plutôt dans le dos, c'est toujours bon à prendre.
Je commence à avoir mal au cul et les jambes bien dures, ça commence à se compliquer
. Pire, je sens les crampes approchent au niveau du quadriceps jambe droite, alors que j'approche du virage à droite à Plan-Lachat qui marque l'entrée dans la 2ème partie du col, bien plus difficile dans mon souvenir. Je commence à me dire que je ne vais pas échapper au cercle sans fin "crampes, pause, remonte sur le vélo, re-crampe, re-pause, etc", je prends mon 1er gel juste avant le virage de Plan-Lachat en espérant que ça puisse m'aider à retarder l'apparition de la crampe le plus possible.
Je passe Plan-Lachat en essayant d'être le plus souple possible, d'appuyer plus à gauche pour soulager ma jambe droite. Ca marche un temps mais le quadriceps gauche commence à son tour à me faire des signes du genre "coucou ! Je suis la crampe et je ne suis pas loin !", et en même temps j'ai de plus en plus mal au cul, je ne sais plus comment m'asseoir
. Je commence à me dire que c'est mort pour arriver au sommet avant 16h.
Pourtant, je continue à avancer doucement mais sûrement, je me rends compte que l'air de rien je me rapproche du sommet les crampes ne sont toujours pas là, ça me regonfle le moral, à force de me regonfler le moral j'ai l'impression que les crampes s'éloignent miraculeusement.
J'avance toujours patiemment, pas mal de mecs montent à pied, je commence à voir le sommet, on avance, je fais toujours bien gaffe à bien boire régulièrement, et à ne pas forcer sur les jambes. A 2km du sommet je regarde l'heure et je me dis que ça peut être jouable pour arriver en haut avant 16h, ça me rebooste et j'en remets un coup. J'arrive au niveau du tunnel, il reste 1 km et je sais qu'il est raide, en effet il l'est mais j'ai l'impression que plus rien ne peut m'arriver et j'arrive à accélérer un peu en profitant de la vue qui est superbe côté nord
. Dernière rampe avant le sommet que j’atteins, je regarde l'heure, il est...16h02, mais il n'y a rien qui indique un quelconque contrôle ou barrière horaire. En gros, j'ai stressé pour rien, comme souvent.
Au sommet, il y a un ravito solide mais il n'y a déjà plus grand chose à cette heure. J'arrive à choper une des dernières bouteilles d'eau, que j'utilise pour faire ma petite tambouille habituelle avec mes bidons.
Je pars pour la descente, avant même le 1er virage il y a un gars à terre avec les secours auprès de lui, sans doute une faute de concentration me dis-je. J'ai beaucoup de plaisir dans la descente jusqu'au Lautaret, le paysage est superbe, puis c'est la partie un peu plus roulante après le Lautaret. On arrive aux tunnels et je m'aperçois que j'ai oublié d'allumer les lumières au Galibier.
Je fais la descente tranquillement, sans forcer sur les passages plats, je ne cherche plus à accrocher des roues, je descends vraiment à mon rythme, toujours dans l'idée de m'économiser pour la dernière montée.
Je sais qu'il y a une barrière horaire au pied de l'Alpe mais je ne sais plus si c'est 18h ou 18h15, je fais mes calculs dans la tête tout en descendant et je me dis que dans tous les cas ça va le faire, et que cette fois je ferai mieux qu'il y a 20 ans et je n'arriverai pas hors-délai au pied de l'Alpe.
Vers la fin de la descente je vois un 1er panneau indiquant l'arrivée dans 20km, ça me fait bizarre car je roule depuis des heures et ce panneau me fait réaliser que cette journée va avoir une fin, et dans pas si longtemps. Même si dans ces 20km, il y a l'Alpe d'Huez qui ne sera pas un petit morceau. Mais au niveau mental en tout cas, je suis encore bien frais et je n'ai pas envie d'en terminer. Ca contraste avec mes sorties d'entraînement dans le Nord où souvent je me fais chier sur des sorties de plat au bout de 50 bornes.
J'arrive donc au dernier ravito au pied de l'Alpe vers 17h43, il y a déjà un mec de l'organisation en place avant ce que je devine être un panneau "STOP" à la main, j'imagine même pas les boules que ça doit être pour le 1er coureur qui va l'avoir sous le nez.
J'ai fait une longue pause à ce dernier ravito
, je bouffe, je vais pisser pour la 1ère fois de la journée. Et je repars pour la dernière montée, je la connais bien même si ça fait 20 ans que je ne l'ai pas faite. Par contre je suis complètement dans l'inconnu sur le comment je vais la digérer après 161 km de vélo et 3 cols de haut montagne dans les jambes
J'ai un peu d'appréhension sur le plat avant le fameux virage à gauche, je suis très tranquille, et c'est parti, tout à gauche !
Je vais monter avec l'objectif de décomposer la montée virage par virage, je ne vais me fixer que des objectifs de court terme en visant simplement le prochain virage La 1ère rampe est bien longue mais je le sais, pour le moment ça va, les jambes sont dures mais je sens que les crampes ne sont pas là. Je vais avancer virage par virage en profitant des replats sur les virages pour boire et ralentir. Il y a déjà un mec qui monte à pied dès cette 1ère rampe, j'espère pour lui qu'il ne va pas tout faire à pied parce que sinon je ne comprends pas le concept, mais bon.
J'arrive à la Garde et je me dis que le plus dur est derrière moi, ensuite c'est une pente régulière mais pas insurmontable. Il y a des mecs arrêtés à chaque virage, certains semblent au bout de leur vie, la tête dans le guidon
. Je commence à me dire que je vais la finir la Marmotte, et que je vais même peut-être pouvoir faire la montée sans m'arrêter, ça devient alors un objectif même si je sais qu'il ne faut pas s'enflammer et que le coup de mou peut encore arriver plus haut.
Mais je progresse, j'arrive à Huez, le virage des hollandais, j'y crois de plus en plus
. Entre temps le ciel s'est couvert et il commence à tomber quelques gouttes, je me dis qu'il faut pas que je tarde des fois que ça se mette vraiment à tomber.
J'arrive au virage 3, je fais des vidéos tout en roulant pour ma famille, j'y crois de plus en plus et je commence à accélérer. Au virage 1 dernière vidéo et là j'accélère franchement jusque l'arrivée dans la station. A partir de là je suis euphorique, je gueule dans le tunnel pour que ça résonne
, je montre mon poing aux quelques passants qui m'encouragent
, je dois avoir un sourire jusqu'aux oreilles
, je fais les ultimes parties plates à bonne allure et en doublant quelques coureurs qui finissent tranquilles. Et déjà j'aperçois l'arrivée, et là ben je savoure...
Tout de suite on met la médaille autour du cou et je suis tout heureux.
Du coup le bilan pour moi :
- 12h03 en temps total, 10h33 en temps sur le vélo. Ca me fait 1h30 de pauses cumulées, je trouve ça énorme après coup surtout que je n'ai fait ces pauses qu'aux ravitos.
- 9 bidons de 50cl consommés, 5 barres solides, 3 gels + du grignotage de salé et de bananes sur les différents ravitos
- beaucoup de plaisir sur ce parcours magnifique, notamment dans les descentes. J'ai passé 12h sur l'épreuve mais je n'ai pas vu la journée passer.
- une énorme satisfaction d'avoir fait les 4 montées sans m'arrêter
- un peu de frustration après coup d'avoir été à l'économie trop longtemps. C'est vraiment la peur des crampes qui m'a freiné et m'a rendu prudent, sinon niveau souffle et cardio j'ai l'impression d'avoir fait un footing et je ne m'attendais pas à finir si frais à ce niveau-là.
- une grosse envie de la refaire l'année prochaine, avec l'expérience de cette année en +, je me trompe peut-être mais j'ai l'impression que je pourrai gagner une heure facilement, en gérant mieux mon effort, mes temps de pause et en ayant plus confiance en mes capacités.