louarnig a écrit :
ventoux / Bedouin 1ere...
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Rdv en terre du milieu
La météo prévue n'était pas terrible mais un copain de la comté qui doit avoir une bonne 12aine d'ascensions du Ventoux à son actif est en vacances à Carpentras. Il me contacte pour que je me joigne à la compagnie. Avec un rdv à 8h à Bedouin je suis obligé d'y aller en caisse : plus raisonnable que de m'enfiler les gorges de la Nesque à 7h du matin. Après une heure de pérégrination sinueuse, je me gare au 1er parking à l'entrée de Bédouin. J'enfourche mon destrier avec 1l d'eau, 2 bananes, 60gr de pâte d'amande 1 coupe-vent D4 et un mérinos manche longue léger dans les poches arrières. Je traverse le bourg qui grouille d'animation déjà : une saine ambiance vélo un peu comme à un départ de cyclo. la montagne du destin.
Je les retrouve au départ, mon pote, son beauf en vttae de loc , son neveu de 17 ans et un copain à lui plus affûté que Contador.
Le ciel est tout gris à Bedouin, le mont chauve est pris dans une chape grise sombre inquiétante. L'atmosphère est moite, je me sens bien en jambe, j'ai rendez-vous avec le Ventoux pour accomplir ma tâche ! Une compagnie qui fait pschhiit. Nous démarrons tout tranquillement, selfies d'usage et je commence à discuter avec mon pote en moulinant à 12 /13 à l'heure dans le 3%. Problème... Au bout de quelques minutes on se rend compte qu'il n'y a plus personne derrière nous.... On ne peut pas vraiment aller moins vite ! Mon pote me dit finalement de continuer : il va attendre pour voir ce qu'il se passe. J'arrive donc seul au fameux virage de St Esteve. Ouch... c'est parti cette fois. La Forêt Noire C'est raide oui mais régulier sans gros murs, j'adopte une allure sans forcer, entre 9 et 10kmh et ça marche ! Les km défilent je double pas mal de monde : des gnomes vétérans tout acier, des arracheurs de dents tout en charbon, des cavalières elfiques du nord à la socquette légère. Je croise régulièrement des véhicules dévalant la montagne et l'air empeste les garnitures de frein. Doublure flandrienne
Alors que je suis à mi parcours de chalet Reynard le temps se rafraîchit et la brume collante m' enveloppe. J'entends un couinement régulier sur mes arrières. Je suis suivi. C'est un habitant des basses terres si j'en crois les vocalises qu'il émet quand on double un de ses congénères. https://i.ibb.co/mtjkW6M/Screenshot [...] chrome.jpg
Ma doublure et moi irons jusqu'au sommet presque côte à côte. Je bois je mange un peu à l'approche de... Chalet Reynard où je ne m'arrête pas
Et ça se complique : le brouillard est dense, il pleut de plus en plus le vent s' est levé heureusement plutôt favorable. Je saisis ma chance alors que la pente est moins raide pour écraser un peu plus les pédales. Mon ombre batave me suit toujours. Le photographe au bord de la route reconnaît mon blason , me cadre en m'acusant d'avoir forcément apporté le mauvais temps avec moi. Le fardeau est de plus en plus lourd à porter ! Puis une chétive créature au corps d'enfant nous dépose en dansant. Je lache : "It's not fair! " À mon compagnon qui acquiesce d'un râle : " the future"... Un ronflement de l' arrière : un VTTAE nous dépasse à 25kmh : " That is not fair ! " ajoute très justement ma doublure. La stèle Simpson
Nous la dépassons d'un regard, il était allé haut le bougre. pas trop le temps de réciter des pater noster en sa mémoire, ça devient tendu. Le vent balaye la route et les gouttes de pluie activent le tactile de l'appli GPS touffue de mon smartphone : mode avion, lampe torche, captures d'écran, mod météo, zoom, de zoom, rezoom etc... Etc... Rien à faire ça devient vite inutilisable, je vais devoir finir à l'aveuglette.
Duels au sommet et chacun pour soi. des plaques bétonnées, les bases d'un bâtiment qui jaillit de la brume : nous sommes arrivés ! Mon batave en profite pour accélérer et me la fait à l'envers avec un "see u later" en solde de tout compte. M'en fous, j'ai d'autres chats à fouetter, c'est le blizzard au sommet, pas le temps de niaiser je saisis mon précieux pour le selfi réglementaire devant le panneau unique.Un panneau pour les gouverner tous. Un panneau pour les trouver. Un panneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. Nous sommes une petite douzaine, hagards et transis. Je me bats avec mon précieux, le tactile ne répond presque plus. J'essaye d'enfiler ensuite mérinos (mouillé...) et coupe-vent. Re-Galère! Je me refroidis à grande vitesse. Le petit jeune qui nous avait doublé est sauvé par son père véhiculé... Enc.... Descente aux enfers
Je n'imagine même pas attendre mes compagnons, je suis dans la zone de mort, il faut descendre et vite... Les bourrasques, la pluie, le froid, la pente, la sueur me brûle les yeux, on ne voit rien : c'est dantesque . Je constate qu'il faut presser comme une brute sur les leviers pour que les patins agissent, et encore c'est sur de l'alu. Je suis vite pris de tremblements, surtout ne pas chuter ! Le vélo ne demande qu'à bondir mais je ne peux pas dépasser les 20 à l'heure. Atroce. Col des tempêtes, je grelotte. Souffrance interminable, seul le mental me tient, l'alu couine, je m'arrête 2 fois, je fais des moulinets avec les bras. J'essaye de lire les altitudes sur les bornes. Je croise des imprudents qui montent au front, ils me jettent des regards inquiets, je dois faire peur... j'hésite entre leur dire : "you shall not pass" ou "fuyez, pauvres fous ! " Malaucene Enfin en bas, vivant ! Je reprends mes esprits, j'envoie des SMS sans réponse à mon pote avant de prendre la direction de bédouin pour boucler le périple. Je me réchauffe comme je peux dans la madeleine, une fin de parcours salutaire.
De retour au van je debrief au tel pendant le trajet avec mon pote enfin arrivé.
1h50 pour moi, très satisfait étant donné les 5 premiers km moulinés en touriste et la fin en aveugle. À noter que J'ai bu simplement un demi bidon, environ 40 cl ! Challenge relevé, mais il faudra y retourner : je n'ai rien vu.
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