_iOn_ Substrat pensant | TrakT a écrit :
Bon allez pour toi je développe.
L'Homme (en tant qu'être humain, pas en tant qu'entité sexuée, je précise parce qu'on va me tomber sur le poil pour mysoginie sinon) a acquis, au cours de son évolution, un ascendant physique ET intellectuel sur les autres espèces naturelles, ce qui lui a assuré sa place de superprédateur en haut de la pyramide alimentaire.
A savoir, la différenciation des couleurs, la bipédie, les deux yeux sur la face et non de chaque côté du crâne et que sais-je encore. A mesure que sa palette alimentaire grandit (régime de primate végétarien, puis omnivore), sa boîte crânienne voit son volume augmenter, ainsi que ce qui la remplit. Ce qui lui permet 1. de conceptualiser (mort, idées abstraites, etc), et 2. de faire jouer son intellect là où la force physique ne suffit plus, notamment la chasse, en fabricant des outils et des armes. A savoir que l'homo habilis était sans doute charognard avant d'être chasseur.
Cette prévalence de l'homme sur les autre bêtes le rend capable de les manger, et comme il est omnivore, il n'a aucune raison instinctive (non rationnelle donc) de se priver de cette source de nourriture, ou de privilégier de manger des plantes exclusivement ou de la viande exclusivement, du fait de quelque chose qui dure depuis des dizaines de milliers d'années.
Pour ce qui est du viol et de la reproduction, maintenant. L'attirance sexuelle des hommes (sans majuscules cette fois) pour le sexe opposé est fruit de l'instinct. La grosse différence avec le règne animal est que la femme (à l'instar du bonobo) n'a pas de période de chaleurs précises, à savoir elle est toujours apte à procréer. Il n'y a donc pas de période propice où elle attire les mâles, et de période où elle de les attire pas. Comprenez pas de travers: je dis pas qu'elle les allume tout le temps, je dis que de ce fait, et c'est hormonal, l'homme est toujours potentiellement attiré (je sais pas si je suis clair sur ce point). Du coup l'homme est sans doute une des seules espèces à pouvoir avoir des relations sexuelles avec une partenaire non consentante.
Il le peut, c'est à dire qu'il en est capable "physiquement", mais il n'en est pas capable "moralement", car c'est proscrit par la loi et par la société, c'est de cette capacité morale dont je parle en terme de "reproduction".
A savoir aussi que cette morale est ancrée fortement en nous. On peut reboucler sur le fait que les notions de bien ou de mal sont acquises ou innées si tu veux.
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Tout d'abord, merci d'avoir développé
Déjà, petit point de détail, je suis certain que l'Homme est très loin d'être une des seules espèces à pouvoir avoir des relations sexuelles avec une partenaire non consentante. Simplement, pour les espèces à périodes de reproductions annuelles, les viols se déroulent durant ces périodes de reproduction.
Ensuite, je pense que l'Histoire a prouvé plus de fois que nécessaire que la proscription morale du viol n'est pas fortement ancrée en nous, mais est un élément culturel auquel les hommes se soumettent sous la pression sociale. Le viol de sa propre femme était tout à fait consensuel jusqu'à il y a très peu de temps, les viols durant les invasions étaient la règle plutôt que l'exception, et de nos jours encore les viols sont loin d'être rares.
Peu importe en fait que le tabou du viol, s'il existe, soit inné ou acquis, il est contournable et c'est ce qui importe. C'est ce qui importe car cela implique qu'il est possible de définir un système moral faisant fi d'une hypothétique tendance naturelle à éviter les viols (même si je ne le souhaite pas). On a le choix de passer outre son passif moral (la zeitgeist), et son histoire évolutive, et de se construire des règles morales basés sur des principes autres.
C'est pourquoi je récuse ton idée de "morale qui justifie la morale". Le fait qu'il soit, de nos jours, acceptable de retenir captifs des être intelligents et de les tuer pour leur viande ou leur peau n'implique pas que je doive accepter cette règle morale comme une nécessité, et cela peu importe le régime alimentaire de mes ancêtres ou les us et coutumes de mon groupe social. Je suis doté d'une intelligence qui me permet de passer outre, dans certaines limites assez larges, le diktat de mes gènes, et d'adopter un comportement en accord avec des idées abstraites et sans utilité.
Comme je l'ai déjà dit dans mon pavé, les règles morales sur lesquelles je choisis de ma baser ne sont pas moins arbitraires que les tiennes, mais je choisis de les construire à partir de méta-règles détachées de toute contrainte pratique. Ces méta-règles (règles qui régissent les règles) sont des considérations esthétiques : simplicité, faible nombre, symétrie. Ce sont ces mêmes considérations qui président à la démarche scientifique, et c'est peut-être pourquoi j'y suis attaché, je les trouve plus pures, plus belles, que des règles que j'appelle "ad-hoc" qui justifient de manière commode ce que l'on pensait bel et bon dès le départ.
Finalement, ce que je veux dire, c'est que l'Homme a la chance d'être un animal extrêmement polyvalent, doté d'un intellect qui lui permet de s'arracher largement à ses besoins et pulsions naturelles et à son passif culturel, et de se redéfinir selon des principes autres. Il existe par exemple des théories évolutives de la xénophobie, mais la conception en un idéal d'unité intellectuelle humaine a su finalement rendre socialement inacceptable, dans certaines parties du monde, le racisme et la discrimination. Malgré la morale en place, malgré le possible avantage évolutif (qu'il soit génétique ou culturel) du comportement xénophobe, l'Homme a su renverser la situation en s'appuyant sur cela sur le concept abstrait d' "unité de l'espèce humaine".
En étudiant l'esprit humain, et en essayant de comprendre ce qui rend les humains différents, j'ai conçu la notion d' "unité des être doués d'intelligence" qui m'a semblé plus simple encore, et donc, à l'aune de mes critères méta-moraux personnels, plus juste. Et peu importe les conséquences pratiques, un principe moral n'est pas un principe moral s'il plie sous le poids de la nécessité.
Je précise que ceci n'était pas seulement une réponse à ton message, mais à certains autres commentaires que j'ai pu lire par ailleurs.
C'est tout pour ce soir.
Bonne nuit. ---------------
Any sufficiently complex bug is indistinguishable from magic.
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