Citation :
Si je dis que l'essence du bouddhisme c'est l'acceptation, j'ai bon ?
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Oui, c'est l'acceptation inconditionnelle du passé, du présent et du futur, autrement dit, de la réalité telle qu'elle était, telle qu'elle est et telle qu'elle sera (grâce à notre intervention et à celle de tous les êtres vivants).
Et sinon, c'est l'essence de la vérité, pas seulement celle du bouddhisme.
Citation :
Mais pour accepter il faut ne plus vouloir et pour ne plus vouloir (ne pas confondre vouloir et désir) il faut considérer que ce monde est une illusion, une sorte de théatre ou se battent et s'ébattent les passions, qu'il y a autre chose en dehors de ce monde --> encore une croyance.
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ne plus vouloir quoi ? que les choses changent selon notre volonté ou notre désir ?
si c'est cela, bien sûr que non : il FAUT vouloir justement ! :-)
le monde est une illusion et il ne l'est pas, c'est cela le piège, ou le paradoxe si tu préfères... car dire UNIQUEMENT que le monde est une illusion reviendrait à faire du nyilisme sur la réalité, or elle existe ! (mais aussi, son existence est une illusion)
donc, le monde existe et il n'existe pas (c'est ce qui permet d'avoir un certain recul sur lui tout en ayant un intérêt pour lui : c'est la fameuse voie du milieu bouddhique)
En fait, ce n'est pas qu'il y a "autre chose à voir" en dehors de ce monde, mais plutôt, justement, qu'il n'y a "rien à voir" en dehors de lui.
Mais paradoxalement, c'est justement ce "rien à voir" qui est au-delà du monde existant sous nos yeux.
L'image que l'on peut faire est celle du silence au delà du bruit.
Admettons que nous soyons dans une église.
Un batteur y fait de la percussion et ça résonne de partout : un vacarme d'enfer se produit donc et cela fait mal à nos oreilles.
Effectivement, le bruit existe, le bruit "infernal" ou "intolérable" existe et nous "casse" les oreilles.
Mais, à sa source, son essence est le silence : c'est par-dessus le silence, que le bruit "infernal" s'ajoute.
De la même façon, notre existence existe "par-dessus notre non existence" ou par-dessus le vide.
On peut faire une autre image.
On regarde un film, jugé par notre mental comme étant "extrêmement choquant" pour les âmes sensibles.
En réalité, derrière les apparences changeantes et impermanentes de cet "horrible" film, il n'y a qu'un seul écran blanc, neutre, tout à fait vide, qui ne peut choquer strictement personne de part sa neutralité naturelle et innocente.
Bien sûr, les apparences du film existent, bien sûr, elles ont le "pouvoir" de nous choquer moralement, mentalement, voir aussi sentimentalement. Mais est-ce que l'essence du film nous choque ? Est-ce que la neutralité de l'écran blanc est choquante ? Réponse : NON ! En effet, elle peut nous rendre ni heureuse, ni malheureuse.
Si, par exemple, on reste devant un "mur blanc" (comme je le faisais dans ma chambre quand j'étais petit enfant) et qu'on le contemple.
Il n'y a strictement RIEN qui peut nous rendre heureux ou malheureux.
La seule chose qui peut avoir ce pouvoir sur nous, ce sont nos pensées.
En effet, si on se met à penser, en regardant le mur blanc, qu'on a envie d'uriner, et que l'on "considère cela" comme étant un "problème" car on sait qu'on a un tonton qui est actuellement aux toilettes, on va éprouver un sentiment de "malaise", totalement lié à notre perception "mentales" des choses, des situations. Une perception non "neutre" comme l'est le "mur blanc" en face de nous, ni "malveillant", ni "bienveillant" (comme l'est probablement ce cher "dieu" dont personne ne connait l'existence puisqu'il n'existe pas sous la forme d'une apparence limitée et impermanente comme tous les êtres, mais plutôt comme du "vide", du "neutre" et en même temps, comme du "non vide", comme l'infini). Et c'est cela notre nature profonde, notre "nature de bouddha" ou notre "neutralité".
Citation :
Si j'aime un autre etre que moi-meme plus que moi meme et qu'il me soit enlevé a tout jamais, je dois penser que tout est bien, mais alors si on pense ainsi, l'amour est dépouillé de sa substance, on ne peut pas-plus aimer.
Comment aimer si on a rejeté toute capacité a souffrir ? Je ne crois pas que ce soit possible ou alors ce n'est pas ce qu'on appelle l'amour.
Moi je pense que les seules choses vraies, premières, ce sont justement les sentiments nobles, la capacité a ressentir les autres etres vivants.
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Déjà, aimer un autre être plus que soi-même, c'est effectuer une "préférence intellectuelle" dans l'amour.
Pourquoi je dis "préférence intellectuelle" ?
Car l'amour libre, inconditionnel, autrement dit le "vrai amour", c'est un amour infini qui est donc "égal" pour tous les êtres (donc pour soi-même également, d'autant plus qu'on est "collé" à nous-même sans le vouloir, alors s'aimer "moins" que l'on aime les autres êtres serait une absurdité pour notre liberté intérieure)
Ce que je veux dire, c'est que le "vrai sentiment d'amour", "l'amour libre" ne dépend pas de nos "goûts" et de nos "préférences".
L'amour inconditionnel, c'est un amour sans conditions.
Par exemple : j'aime plus ma fille que moi-même.
Ce n'est pas un vrai amour car le vrai amour n'effectue pas de comparaisons : il est "égal" pour tous.
Citation :
L'amour est la seule chose sur terre qui, en se partageant, se multiplie par deux
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Et oui, quand une chose est infinie, elle ne peut pas se partager et devenir "moins grand que l'infini". Si tu es un peu mathématicien, tu sauras que l'opération INFINI / 2 = INFINI et donc que AMOUR / 2 = AMOUR. Donc, en partageant notre amour, cela fait AMOUR / 2 + AMOUR / 2 = AMOUR + AMOUR = 2 fois L'AMOUR
Citation :
qu'il me soit enlevé a tout jamais, je dois penser que tout est bien, mais alors si on pense ainsi, l'amour est dépouillé de sa substance, on ne peut pas-plus aimer.
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Le vrai amour n'est pas un "amour possessif".
De la même façon qu'un enfant ne peut accepter que SON chien à LUI soit mort, un adulte peut comprendre que la mort fait parti de la vie, et que malgré tout le bonheur (et éventuellement aussi, parfois, le malheur, lorsqu'il fait des bêtises comme mordre des inconnus ou autre
) que ce chien apportait dans la maison, il était destiné à mourir comme tous les êtres vivants le sont, tout simplement. L'acceptation de la mort d'autrui n'est pas incompatible avec l'amour ILLIMITEE (c'est à dire non limité et réservé uniquement à certaines personnes de notre entourage, ce qui serait, une sorte d'amour "égoïste" et "possessif" finalement), au contraire. Parce que celui qui REFUSE la mort d'autrui, éprouve de la révolte, de la tristesse, voir des fois de la colère, et se ferme en lui-même, et à ce moment là, il n'est plus disponible pour "partager son amour", donc, le refus de la mort des autres est MOINS de l'amour que son acceptation.
Parce que l'amour que l'on possède, le vrai amour ne sert pas qu'à un nombre limité de gens que l'on connaît. Il sert à TOUS LES GENS. (c'est aussi cela la vision bouddhiste)
Donc, si un être que l'on aimait librement et sans attachement meurt, on ne perdra pas de notre potentiel à aimer les autres êtres qui existent encore autour de nous.
D'ailleurs, à ce propos, il est facile de constater à quel point notre amour est souvent "égoïste". 200 personnes sont tués en avion, on éprouve bien sûr un sentiment de compassion à leurs égars, mais aucune tristesse permanente ne pourra briser le cours de notre existence... On continuera à vivre... Et pourtant, si NOTRE fille à NOUS, c'est à dire quelque chose auquel on est ATTACHE, meurt... C'est BIEN PLUS GRAVE... Il faut avouer que d'un point de vue objectif, c'est vraiment malsain... Il n'y a qu'à penser à toutes les familles de ces 200 victimes, qui étaient elles aussi ATTACHEES à ceux qui sont morts et qui vont vivre des choses affreuses tous les jours et même que certains devront avoir recours à la psychothérapie, etc. pour s'en sortir... Bien sûr, on ne pense JAMAIS à ceux-là... On ne pense qu'à NOTRE SOUFFRANCE. D'où l'intérêt de conserver le même TAUX d'AMOUR INFINI pour TOUS. C'est ainsi que lorsqu'il y a des pertes humaines, on les accepte toutes, comme on accepte que l'on sera soi-même un jour une PERTE pour notre entourage... C'est simplement la vie. Il faut accepter cela.
L'attachement, le désir de possession, de se dire "c'est MON amour", ce n'est "pas le TIEN", c'est "MA fille", je l'Aime, pas toi... TU ne peux pas me comprendre. Tu ne penses qu'à toi... Et tout en disant cela, il se ferme sentimentalement à la personne avec qui il est entrain de se facher. Il a donc perdu sa liberté intérieure, sa paix, et donc, son AMOUR, (pendant un temps forcément provisoir jusqu'à ce qu'il en fasse son deuil)
FAIRE LE DEUIL, c'est simplement se DETACHER de "l'amour possessif" que l'on ressentait pour un être, de la même façon, mais là, bien sûr, je prend un exemple extrême, que l'on doit faire son deuil d'un ordinateur portable qui coûtait très cher et qui a été écrasé par un camion.
Bien sûr, on peut éprouver une énorme tristesse pour celui qui meurt.
Mais connaissons-nous la mort ?
Savons-nous ce que c'est ?
Il est normal d'éprouver de la tristesse pour une personne qui est entrain de souffrir, pour un mourant.
Mais est-il normal d'éprouver de la tristesse pour une personne qui n'est plus de ce monde ?
La tristesse éprouvée est bien souvent synonyme d'un malaise intérieur, d'une incompréhension de la mort, d'une peur de celle-ci !
Car si on la comprennait telle qu'elle était, on pourrait comprendre ce qu'elle signifie pour celui qui n'est "plus de ce monde".
Salutations cordiales
Message édité par la_sagesse le 19-07-2007 à 15:23:07