J'ai pas de question, on me force à donner mon avis sérieusement, alors je le fais
Je vais essayer une autre approche :
La science c'est essentiellement deux choses : décrire, et prédire. Ces deux aspects sont intimement liés, absolument indissociables. L'aspect descriptif est le même dans toutes les sciences, les outils d'observations sont connus, on a des paramètres objectifs auxquels on se tient. En ce qui concerne la prédiction, c'est moins évident. En physique dure, la seule prédiction qui ait un intérêt est le modèle (c'est à dire une prédiction ayant un domaine d'application continu), qui sera d'autant plus intéressant que son champ d'application sera grand. Il en découle une approche classique de type observations => modélisation => observations pour vérifier le modèle. Depuis quelques années, on peut même dans certaines conditions remplacer les observations par des expériences numériques, puisque les lois élémentaires de la matière sont connues aujourd'hui de manière à peu prés certaine.
Historiquement, cette démarche n'avait pas lieu d'être dans d'autres domaines pseudo-scientifiques : l'(al)chimie, la zoologie, la médecine. Les experts dans ces domaines avaient pour objectif de décrire au mieux leur objet d'études, mais il n'y avait pas lieu à faire des prédictions, compte tenu de la méconnaissance d'alors des mécanismes qui sous-tendaient les observations. Il y a sans doute quelques contre-exemples à cela. Pasteur (qui était docteur es mathématiques) a découvert le vaccin par hasard en injectant un microbe vieilli de la rage à des poules. Darwin a couché sur le papier une théorie qui ressemble trés fort à une tautologie, son génie résidant essentiellement dans l'efficacité à rassembler un grand nombre de preuves, et dans la pugnacité dont il a fait preuve en insistant pour faire admettre sa théorie à un auditoire extrêmement hostile. Là, je digresse, mais je tiens à m'assurer que mes propos soient bien interprétés : Je suis un admirateur sans faille de Darwin, ses découvertes sont exceptionnelles et l'interprétation qu'il en a faites étaient remarquablement exactes, d'autant qu'il n'avait aucun moyen de soupçonner la présence de mécanismes de transmission héréditaires. Mais ce n'était pas un génie scientifique : son approche était empirique, et il n'a fait qu'affirmer ce qui lui semblait être évident.
Historiquement donc, la biologie se bornait pour l'essentiel à décrire le vivant, et éventuellement à essayer de le modifier empiriquement (j'imagine qu'il y a toujours eu des généticiens dont l'objectif était d'avoir de plus gros épis de blés et de de plus belles tomates...). Pour étayer mes propos, il est intéressant de jeter un coup d'oeil à la rubrique "50 and 100 years ago" dans Nature.
Heureusement (à mon gout
), les choses ont changé depuis 100 ans. Les outils d'observations nous ont permis d'approcher le vivant de bien plus prés, et de le décrire jusque dans ses constituants que ces chers physiciens comprennent. Le lien a été fait entre la matière et la vie, et depuis quelques dizaines d'années, via la biologie moléculaire (on y vient
), le pouvoir prédictif de la biologie est devenu potentiellement infini.
Cependant, par rapport à ce qui se fait en physique dure (mécanique structurale, mécanique des fluide, physique statistiques...), la complexité des objets étudiés est restée abyssale, et elle est trés péniblement réductible (les expériences in vitro sont toujours l'exception il me semble). Il est toujours hors de question d'avoir un 'modèle de la vie', les prédictions sont pour la plupart ponctuelles, fonction par fonction et protéine par protéine, on essaie de comprendre comment ça marche. Ajoutez à ceci les difficultés expérimentales incessantes et inévitables compte tenu de l'impossibilité de faire des expériences numériques (Ce n'est pas Paul Benjamin qui me contredira, je sais ce qu'il pense de l'assimilation des relations sociale à une vulgaire partie de dilemne de prisonnier réitéré... difficile de ne pas être d'accord...), et ce que l'on obtient c'est une science où :
-Les expériences sont inévitables et trés souvent problématiques.
-Leur pouvoir prédictif est généralement trés faible au regard de l'étendu du domaine étudié (à l'image du traitement des cancers, qui se dirige à ce que j'ai compris vers une solution au cas par cas, les cancers prenant en réalité tout un tas de formes bien différentes).
Comparez cela à une physique où les propriétés de la matière tiennent généralement en une poignée de graphes à une dimension, et où deux expériences nous sont parfois suffisantes pour caractériser un dispositif entre 0 et l'infini, et vous comprendrez que le mépris affiché ne peut être que moqueur, ou provenant de personnes ne connaissant que trés mal le domaine.
Pour finir, je voudrais quand même pointer un élément qui n'a rien d'objectif et qui peut donc difficilement être utilisé comme un argument, mais qui a son importance à mon avis : la biologie est une science où finissent nombre d'étudiants qui ne sont pas doués en mathématiques. A ce sujet, je ne ferai aucun concession : les mathématiques ne servent à rien, soit, mais elles sont le seul langage qu'un scientifique soit dans l'obligation de comprendre. Et la situation passe de problématique à catastrophique lorsque l'on parle de laboratoires hospitaliers, et je vous parle en connaissance de cause pour avoir parlé avec un 'chercheur' du CHU de Grenoble : sa méconnaissance des lois mathématiques qu'il utilise à longueur de journée l'empêche d'avoir le moindre recul vis à vis de ses expériences. Ces gens là sont trés probablement utiles à la science, mais ce n'est pas eux qui la construisent.
Je vous cite pour conclure mon biologiste préféré :
Citation :
Every new body of discovery is mathematical in form, because there is no other guidance we can have.
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