Citation :
On ne doit pas vivre dans le même monde. Chez moi, la hiérarchie s'organise uniquement en fonction de critères économiques. Je n'y vois rien de culturel, la culture permet de stabiliser la hiérarchie pour la rendre évidente aux yeux de tous.
|
Ah bon ! Parce que l'économie, ça n'est pas de la culture ? Petit rappel de la différence nature/culture : est naturel ce qui relève de la nature ou en découle, quel que soit le sens du mot " nature " : la nature est la puissance qui produit toute chose et en même temps l'ensemble de tous ces produits, mais elle est aussi la nature des choses, leur essence. Pour les présocratiques, elle est la Force qui va jusquau bout de ce quelle peut ; elle est un ensemble ordonné soumis à des lois nécessaires pour la pensée classique. Comme nature des choses, elle est l'essence intelligible, paradigme éternel pour Platon. Au contraire, elle est le paradigme perdu sous les sédiments de lhistoire, selon Rousseau.
Pourtant, le plus petit commun dénominateur de tous ces sens du mot nature cest de renvoyer toujours à un donné. Est naturel, ce qui est donné et non construit ; ce qui est inné et non acquis ; ce qui est spontané et non réfléchi ; ce qui va de soi, qui nest pas un artifice ; ce qui est nécessaire et non contingent ; ce qui est universel et non particulier. Est naturel ce qui est immanent à la nature, produit par la seule causalité nécessaire, intelligible, prévisible, contrôlable.
Mais en même temps, il apparaît que cest la conscience qui fait surgir la Nature face à nous, puisqu'elle est notre seul mode dappréhension " des choses ". Par la conscience, la nature soffre à la fois comme signe tangible de notre appartenance au monde et aptitude symbolique à distancier ce monde pour sen abstraire. Ce que lesprit constate, en effet, il sen détache puisquil pourrait le concevoir autrement et quil y a en lui plus de possibilités que celles offertes par le réel. Par la conscience, lhomme est lêtre qui refuse dêtre ce quil est en tant que donné naturel. Toutes ses conduites, toutes ses pratiques (l'économie...), les plus naïves comme les plus sophistiquées, singénient à susciter un processus de dépassement de la nature. Ainsi, le fait de la conscience est de saffirmer par-delà toute présence manifeste, bref dimposer sa culture. Ainsi, vos faibles tentatives de pratiquer une philosophie de la Nature négligent de rendre compte (ou conte ?) du réel en attestant en nous de la présence du surnaturel, le culturel.
Pouvons nous alors prétendre atteindre quelque chose deffectif en dehors de la culture ? Quel rapport y a-t-il entre la Nature où je vis et qui me contient, et ce sensible que je vois, que je touche, que j'expérimente, mais que je ne connais que parce que ma conscience lenveloppe ? Dun côté, la Nature " existe " partout sans nous, mais de lautre elle nest (et ne naît) quen qualité dobjet fantasmatique (produit par notre entendement) ; votre prétendu langage de la nature nest-il pas autre chose quune illusion fondamentale quélabore le discours humain pour résister à lentropie du monde ?
Ainsi, qu'est-ce qui est " naturel " et qu'est-ce qui est " normal " ?
Le " naturel " se dit de la façon concrète dont un être vivant répond à une situation qui lui est imposée de l'extérieur. Il s'agit de l'aisance de sa réponse. Et cela, conformément à notre nature culturelle, appelle un jugement de valeur : le " naturel " est la valeur spécifique de l'attitude et du mouvement. Le manque de naturel, le caractère affecté, recherché, empesé, maniéré, en est la non-valeur principale. Or, un tel résultat suppose au plus profond de nous-mêmes, un certain rapport entre notre corps, plus ou moins libre dans ses activités, et notre pensée plus ou moins capable de réflexion. Le naturel, c'est donc la manière dont se pose et s'exerce le rapport fondamental à soi. Certaines expériences peuvent l'approcher au plus près : le bien-être, le bonheur, qui ne sont en somme que la prise de conscience de cette dignité d'être qui n'a pas à être mérité, parce que sans elle nul être vivant ne supporterait de vivre ; l'angoisse et le mépris lui rendraient insupportable le fait même d'exister. Une telle valeur impose directement le respect d'une et d'une seule norme fondamentale, que Georges Canguilhem a proposé de formuler ainsi : " La norme d'un organisme humain c'est la coïncidence avec lui-même " (cf. Le normal et le pathologique, II, nouvelles réflexions, § 2.). Cela reste vrai de toute réalité concrète, non seulement biologique, mais aussi psychique ou collective. Le normal au sens immédiat du mot, c'est donc ce qui est conforme à une norme ou la respecte.
Mais ne s'agit-il pour chaque être que de sa norme ? Sans doute la nature d'un être vivant est ce qu'il y a en lui d'unique, ce qui fait qu'il est différent de tous les autres. Le donné biologique d'un homme lui est absolument propre : son code génétique originel se retrouve à l'analyse de n'importe laquelle de ses cellules : le même phénomène se présente toujours. Ainsi, nous trouvons normal pour lui de voir ramper ce pensionnaire du Cirque Barnum qui jouait dans Freaks, étant donné qu'il était par nature un homme sans bras ni jambes, un homme-tronc. On voit bien cependant qu'il n'est pas normal pour un être de nature humaine de se trouver dans un tel état et de ne pouvoir se déplacer qu'ainsi. Autrement dit, la nature individuelle d'un être n'est pas seulement constituée de ce qui le singularise mais aussi de ce qu'il a et doit avoir en commun avec d'autres, et qui est l'essence dont ils relèvent tous. A ce nouveau point de vue le monstre n'est pas normal : sa nature manque de certains éléments qui lui sont essentiels et des possibilités d'activité qui leur corresponde.
Cependant l'essence ou la nature d'un être lui impose-t-elle par elle-même de la respecter ? Pour être et être ce qu'il est, sans doute : c'est une nécessité de fait. Raymond Ruyer écrivait: " Entre essences et normes, le rapport est très étroit. Entre l' " essence du cercle " et la " règle de construction du cercle " ou " ce qu'il faut faire pour tracer un cercle " la différence est si faible qu'il ne semble guère valoir la peine de perdre son temps en longues discussions sur la question de priorité " (cF. Le Monde des valeurs, VIII).
En effet. Mais pourquoi tracer un cercle ? Pourquoi être un homme ? Pourquoi être soi-même ? L'essence d'un individu explique ce qu'il est mais ne justifie pas l'obligation pour lui d'être conforme à cette essence. Etre soi-même est une tâche qu'il incombe à chacun d'accomplir et qui s'adresse à notre conscience c'est-à-dire à notre pouvoir de dépassement du donné, à notre volonté d'imposer à la nature intérieure ou extérieure, insensible et insensée, une vérité, un sens ou nous nous retrouvons tout entier. On voit bien ici le rôle important que joue, à la fois l'artifice scientifique dans la découverte des normes naturelles, mais aussi et surtout la liberté humaine dans l'élaboration des règles qui permettront de dominer notre nature.
Car il ne faut pas confondre norme et règle : la règle (regula) permet de tracer une droite ; elle est donc comme celle-ci ouverte vers l'infini ; elle détermine une direction sans terminer le mouvement qui le suit. Au sens figuré, elle nous fait marcher droit car elle nous donne une orientation sans détours, un sens. Ainsi, la logique, la morale, l'esthétique, l'économie, énoncent surtout des règles qui indiquent le sens qui les justifie (la valeur morale, la valeur logique, la valeur esthétique, la valeur de production mais aussi la valeur humaine...) mais qui autorise aussi leur variété et leur diversité. Bref, Elles attendent de la liberté qu'elle maîtrise notre nature.
Les sciences qui ont l'homme pour objet, elles, ne formulent que des lois ou des normes. Norma, en effet, c'est une équerre : elle permet à une droite de faire un angle droit avec une autre. Ainsi la norme nous tient et nous retient : elle nous fait tomber droit sur nous-mêmes, et pas autrement. Elle définit ce qui est bon pour notre nature et non ce qui est bien, vrai ou beau.
Or, il y a dans une norme naturelle une autre dimension que celle de la pure et simple nécessité essentielle : celle qui l'ouvre à l'autorité de la valeur naturelle que la raison morale, à la suite de la raison scientifique et technicienne, définit précisément comme essentielle à la nature humaine. Une norme naturelle présente ainsi deux faces, comme toute norme : il s'agit bien d'une exigence pratique mais fondée, non seulement sur des faits qui lui assurent une efficacité, mais aussi sur une valeur qui la légitime. En termes métaphysiques, on peut dire que c'est la norme qui fait l'union de l'être et de la valeur. En ce qui concerne l'homme, elle s'adresse à la liberté lui indiquant ce qui lui est possible c'est-à-dire à la fois réalisable selon la nature de l'homme et permis ou obligé pour respecter cette nature.
L'économie relève de ces exigences humaines, culturelles et non simplement naturelles !
Merde, les neuneus, il faut vraiment retourner à l'école pour blablater sans comprendre tout cela...
Message édité par l'Antichrist le 30-04-2005 à 18:38:00