Moi, le japonais, c'est "seulement" ma troisième langue étrangère. ^^
(bon allez, quatrième, si je compte le latin que j'ai fait jusqu'en terminale et que j'aimais bien aussi)
Plus tard, j'aurais aussi envie de bien me remettre à l'allemand (j'avais un bon niveau, mais mon allemand s'est quelque peu rouillé).
Il se passe plusieurs choses, quand on apprend un truc. Déjà, plus on connaît un domaine, plus on mesure la portée écrasante de ce qu'il nous reste à apprendre. Ensuite, par rapport au début, les progrès deviennent beaucoup plus lents, si bien que la "course de 100 mètres" du début se transforme en "course de fond", puis carrément en "marathon".
Moi aussi, ça m'arrive souvent, de me sentir nul (ou parfois "bon" à d'autres moments). Hier encore, je me suis senti bien nul dans ma dernière conversation sur HelloTalk, mais c'est comme ça (et il y a différents facteurs qui expliquent ça, comme une certaine fatigue, un manque de préparation et surtout de familiarité avec tel sujet abordé, et donc le vocabulaire associé, voire une grammaire particulière qu'on connaît mal).
Il faut essayer de relativiser un peu, quand on se sent écrasé par l'ampleur de la tâche à accomplir, en se disant qu'on arrive maintenant à faire des choses qu'on aurait été incapable de faire avant. Ainsi, il ne faut plus mesurer nos progrès en jours, ni même en semaines, mais carrément en mois ! Il faut se montrer patient, mais aussi endurant car il faut aussi "se mettre au défi" en cherchant des choses pas trop faciles, mais pas trop difficiles non plus : juste un peu au-dessus de notre niveau (équilibre pas facile à trouver).
Quand on a un coup de mou, c'est peut-être aussi le moment de faire une petite "introspection", en s'interrogeant à nouveau sur sa propre motivation pour apprendre une langue (la motivation évolue avec le temps, soit on en a moins, soit elle change simplement au point qu'on se met à continuer à apprendre une langue pour d'autres raisons...). Mais c'est peut-être aussi le moment pour s'interroger sur notre façon d'apprendre, si ce n'est peut-être pas le moment pour changer un peu d'approche.
Je sais que moi, je suis vraiment passé par plusieurs phases. Au début de mon apprentissage du japonais, c'était assez "brouillon", mais disons que je faisais pas mal de grammaire fondamentale tout en apprenant les kana petit à petit. Puis j'ai appris ce que sont vraiment les kanji, tout en m'étant mis à faire ce pour quoi j'apprenais le japonais : jouer à des jeux vidéo en japonais, dans un premier temps dans le but de me familiariser avec la lecture des kana (et la reconnaissance de certains kanji) plutôt que la compréhension des phrases, sur des jeux vidéo que je connaissais très bien (pour ne pas me sentir frustré par la nom compréhension des textes dans un premier temps).
Puis, avec le temps, je me suis senti de plus en plus frustré par les kanji qui m'handicapaient à la lecture, et parallèlement au fait que je m'étais enfin mis à la "répétition espacée" via Anki, je me suis engagé dans mon espèce de "marathon des Jouyou Kanji".
Suite à ça, arrivé au bout de ce marathon, j'ai à nouveau changé d'approche, d'abord en découvrant les vertus de l'écoute plus "active" du japonais, puis celles de la conversation avec des natifs japonais, ce qui a donné un nouvel élan à mon apprentissage. D'ailleurs, je suis aussi entré dans une longue phase de "peaufinage" de tous ces kanji étudiés durant mon "marathon", à travers beaucoup d'immersion. C'est à ce moment-là (donc il y a trois ou quatre mois) que j'ai passé tous mes appareils électroniques (ordinateurs dont le navigateur Internet et Youtube, smartphone, console portable) en japonais : c'est un truc que je ne recommande pas trop aux débutants (surtout si le téléphone et l'ordinateur sont nos outils de travail et vie quotidienne, car en cas de problème technique, si on ne connaît pas assez de kanji et de vocabulaire, ça peut devenir très pesant), mais si on a assez de bouteille (j'ai attendu trois ans pour faire ça), je peux vous dire que ça a été très profitable pour moi, au niveau de la lecture et reconnaissance de nombreux kanji et mots de vocabulaire associés.
Etant donné que je me suis mis à faire de l'écoute plus active, alternant entre écoute intensive de passage très court dans le but de tout comprendre (avec transcription écrite pour vérifier après coup ce que j'ai compris ou non compris), et écoute extensive de passage longs dans le but de comprendre le sens global sans me soucier forcément des "détails" (pas facile, cela dit, de trouver un contenu long mais pas trop difficile, ni trop facile, où on essaie de comprendre globalement), je me suis décidé à faire pareil pour la lecture. En effet, avec le recul, je trouve que j'étais un peu trop "laxiste" avec la lecture, dans le sens où je "survolais" les phrases sans essayer de m'attarder sur la compréhension totale ; ou bien, à l'inverse, je passais trop de temps à me concentrer sur les détails d'un passage trop long (bref, je mélangeais trop ces deux exercices de lecture intensive et de lecture extensive).
Mes propres motivations pour apprendre le japonais ont également évolué. Avant, c'était uniquement pour le jeu vidéo. Avec le temps, j'ai pris goût à la conversation avec des Japonais, mais aussi à la lecture de nouvelles classiques plus ou moins anciennes en japonais, ainsi qu'à l'écoute devenue plus active et quotidienne qu'avant, ce qui entretient la motivation et la réalimente sous forme de cercle vertueux.
Actuellement, je sens que ma manière d'apprendre le japonais arrive bientôt à maturité, même si j'ai encore des petites choses à améliorer. Mais grosso modo, j'accorde beaucoup de place à l'immersion et à la pratique, ainsi qu'à la combinaison de plusieurs compétences (partagées entre écrit et oral, compréhension et expression). Ainsi, je combine par exemple écoute intensive et écriture à la main (quand je transforme mes séances en petites "dictées" ) ; écoute et conversation avec des natifs ; lecture et écoute ; lecture et écriture (manuscrite ou sur smartphone/ordinateur). Je trouve que ça me réussit bien (en particulier, depuis que je fais tous les jours mes petits exercices de dictées manuscrites pendant que je fais de l'écoute active, je sens aussi que ma lecture des kanji s'améliore vachement, sans compter que j'arrive maintenant de plus en plus à en écrire de tête sans modèle sous les yeux).
Bref, "trop long à lire" :
- notre cerveau est bizarre, car d'un côté il a besoin de "répétition" afin de se donner un cadre régulier d'apprentissage, mais également de "nouveauté" car il arrive toujours un moment où le cerveau n'a plus envie d'apprendre un truc sur lequel il s'attarde trop. Si on a l'impression que notre apprentissage est en train de "patiner", ça veut peut-être dire qu'il faut un peu de nouveauté afin de soulager notre cerveau, une nouveauté qui permettra ensuite, paradoxalement, de mieux comprendre ou faire un truc sur lequel on revient plus tard et qu'on n'arrivait pas bien à comprendre ou faire auparavant ;
- il faut faire en japonais un maximum de choses qu'on fait habituellement en français (surtout des choses qu'on aime à un instant t, qui ne seront pas toujours les mêmes qu'à un instant t+1, en adéquation avec nos objectifs d'apprentissage qui peuvent évoluer), au profit de l'immersion et de la pratique ;
- il faut toujours chercher à se mettre au défi, mais de manière raisonnée et réaliste (ni trop dur, ni trop facile), et sur une durée assez longue en faisant preuve de patience, ce qui permettra ensuite de réaliser tous les progrès accomplis au bout de plusieurs mois (voire années).