Profil supprimé | nicolasdu83 a écrit :
Très intéressant, merci Une autre question liée au business model des banques, toi qui es banquier central :
On lit beaucoup de choses sur la création monétaire par les banques commerciales mais je trouve que les explications données ne montrent pas tout le raisonnement à l’œuvre. Quand j’emprunte 100 à ma banque, elle crédite 100 à mon compte (cela va au passif de la banque) et elle a une créance de 100 sur moi (actif). Quel est le rôle des dépôts dans cette histoire ? On lit qu’une banque n’a pas besoin des dépôts pour accorder un crédit mais si je vire mes 100 à une autre banque, la banque a besoin de dépôts des autres clients ? Finalement, pourquoi la banque ne crée pas de la monnaie comme elle veut (contrainte de fonds propres mise à part) ? Quel est le rôle de la « monnaie banque centrale »
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Quand tu empruntes 100 à ta banque, l’impact sur la masse monétaire (M1 = billets en circulation + dépôts à vue, et les agrégats monétaires plus larges, M2 et M3) est bien +100 : puisque le dépôt à vue correspondant (100) n’existait pas avant que tu n’empruntes. (Et c’est la même chose si tu as emprunté par exemple pour financer un achat immobilier : le compte de dépôt du vendeur va être crédité de 100.)
Donc c’est bien la fourniture de crédit (résultant de la demande des agents économiques et de l’offre des banques) qui fait augmenter la masse monétaire (les dépôts bancaires, au sens large + les billets en circulation).
L’évolution globale de la masse monétaire va influencer l’inflation et l’activité économique, puisque : MV = PT
Où M = la masse monétaire, V = la vélocité de la monnaie, P = l’indice des prix (l’inflation), T = une mesure des transactions réelles / de l’activité économique. (Le côté gauche de l’équation traduit l’ensemble de l’activité monétaire, le côté droit l’ensemble de l’activité économique. L’identité traduit le fait que toute activité économique se règle de façon monétaire.)
L’objectif de la banque centrale, c’est que P évolue en ligne avec la stabilité des prix : par exemple, la BCE fait en sorte que P n’augmente pas de plus de 2% (mais pas bcp moins) sur le moyen-terme. La Fed, elle a un double mandat, sur P et sur T (en quelque sorte), puisqu’à la stabilité des prix s’ajoute un objectif de quasi plein emploi.
La masse monétaire M est bien déterminée par le jeu de l’offre et de la demande de crédit, donc par les agents privés (les banques à l’offre, les agents économiques demandant un financement à la demande). Comment la banque centrale peut donc influencer la masse monétaire (afin d’influencer P) ?
En utilisant 2 types d’instruments :
1) Les réserves obligatoires : c’est le pourcentage de ses dépôts bancaires (le périmètre exact change selon les banques centrales) que chaque banque doit laisser sur son compte à la banque centrale, chaque jour ou en moyenne sur un mois (là aussi, ça dépend des banques centrales).
2) Le taux « sans risque », c’est-à-dire le loyer de l’argent. Plus précisément : le coût de la « liquidité banque centrale » pour les banques, qu’elles vont répercuter quand elles se prêtent entre elles sur le marché monétaire, puis à tous leurs clients (en ajoutant des primes de risques et de maturité).
Les banques, par leur politique de crédit, déterminent la masse monétaire, mais à l’origine de toute monnaie, il y a bien la banque centrale (monopole d’émission). C’est l’accumulation de l’ensemble des opérations de la banque centrale qui détermine la position de liquidité du système bancaire dans son ensemble :
- Quand elle achète des actifs (immobilier, valeurs mobilières etc.), la banque centrale injecte de la liquidité dans le système bancaire. (Quand elle achète, elle remplace des actifs par du cash sur le bilan des banques – même quand elle traite avec d’autres agents économiques, puisque ceux-ci ont tous des comptes bancaires.)
- Quand elle vend des actifs ou qu’elle ouvre des comptes de dépôts à certains agents économiques, la banque centrale absorbe de la liquidité du système bancaire.
Ainsi, pour déterminer la position globale de liquidité du système bancaire, on regarde simplement le bilan de la banque centrale :
- A son actif, les réserves extérieures (devises étrangères, or), les créances à l’Etat (désormais souvent interdites), injectent de la liquidité.
- A son passif, son capital, les dépôts de l’Etat, et les billets en circulation absorbent de la liquidité. (Les billets en circulation sont une créance sur la banque centrale – à l’origine elle était collatéralisée par de l’or : les billets étaient convertibles en or.)
On appelle tous ces éléments du bilan de la banque centrale des « facteurs autonomes », car ils sont autonomes de la banque centrale comme agent de politique monétaire (ce n’est pas elle qui en fixe le niveau).
La position de liquidité du système bancaire est donc :
Somme nette des facteurs autonomes = Avoirs extérieurs nets + créances nettes à l’Etat – billets en circulation – capital de la banque centrale
Si cette somme nette est positive, le système bancaire a une position structurelle de liquidité excédentaire. Une fois toutes leurs opérations faites par les banques, elles vont se retrouver en fin de journée, globalement, avec un excédent de liquidité qu’elles vont devoir placer sur leurs comptes à la banque centrale : la banque centrale absorbe de la liquidité.
Si cette somme nette est négative, le système bancaire a un déficit structurel de liquidité. Les banques, globalement, vont devoir emprunter à la banque centrale pour combler ce déficit de liquidité : la banque centrale injecte de la liquidité.
Pour une banque centrale, c’est plus pratique que les banques soient « dépendantes » de ses opérations d’injection de liquidité. Donc certaines utilisent les réserves obligatoires (« bloquées » à la banque centrale) pour accroître encore le déficit structurel de liquidité des banques (voire le créer).
C’est en définissant le taux de ses opérations d’absorption de liquidité (en cas d’excédent structurel de liquidité) et/ou le taux de ses opérations d’injection de liquidité (en cas de déficit structurel de liquidité), que la banque centrale va influencer le prix de la liquidité sur le marché monétaire, c’est-à-dire les coûts de financement à court terme des banques, et, par composition, leurs coûts de financement à plus long terme. Les banques répercutent ces coûts sur les conditions de prêts aux agents économiques (taux de prêt = coût global de financement + prime de la banque).
Ainsi, par ce mécanisme de transmission de la politique monétaire, la banque centrale influence le coût du crédit dans l’économie réelle. Donc la demande de crédit. Donc la masse monétaire M. Donc l’inflation P.
Désolé pour le pavé, mais en simplifiant un peu, ce doit être complet. |