Avant toutes choses : je suis persuadé quil sortira quelque bien de ces films, lengouement pour les livres de JRRT le prouve à lui seul.
Et la plupart du temps j'ai adoré ces films (d'ailleurs j'enchaine les 3 cette apres-midi/nuit
)
Ne soyons pas non plus trop exigents, il est impossible de retranscrire toute l'ame du récit de Tolkien, même en 9 heures. Jackson a relevé le défi, et s'il n'est pas d'une excellence absolue, il gagne une mention très bien ! (je pense que même avec 40 heures le fanatique que je suis trouverai encore à redire....)
MAIS (attention point de vue d'intégriste)
De nombreuses scènes de FOTR sont des copier-coller du dessin animé de Ralph Bakshi (que j'aime beaucoup soit-dit en passant), l'armée des morts est clairement dans la mouvance Braindead et pas vraiment adapté à l'univers de Tolkien (le chef orc c'est plutôt Bad Taste), l'idée de mettre Arwen en avant était une mauvaise idée, les ents sont ratés (ils se révèlent complètement obtus, fermés à toute conversation.. le contraire exact d'un Sylvebarbe), les elfes n'ont rien à faire à Helm, Frodon et Sam n'ont rien à faire à Osgiliath, Elrond na absolument rien à faire à Dunharrow, j'ai souffert pour Gimli tellement celui du film est raté (Jai toujours pensé que le Gimli jaxonoïde était une tentative hollywoodienne ou Jar-Jar Binguesque, au choix ratée de personnage comique, tout ca pour pouvoir caser un lancer de nain, un rot...)....
Bon on arrête l'énumération ici, ca suffira pour un début...
Certains détails sont "accessoires", comme l'absence de Bombadil.
D'autres présentent un manque de cohérence certain : Denethor qui maudit Theoden pour son retard alors quil refusait dappeler à laide avec les feux dalarme... (et Gandalf qui le bastonne après, Dieu quelle horreur, on ne peut pas appeler ca une "adaptation fidèle" si on garde cette scène)
Certains erreurs, a priori pardonnables, sont révélatrices d'un manque de lecture en profondeur. Par exemple le cafouillage risible dans le nombre de feux dalarmes entre Minas Tirith et Edoras. Amon Dîn, Eilenach, Nardol, Erelas, Min-Rimmon, Calenhad et Halifirien. Peut-être y en avait-il un à Minas Tirith, bien que ce ne soit pas indiqué. Nous avons donc un total de 8 feux dalarme. Le film nous en présente 13. Il y a donc 5 feux de trop... pas grave me direz-vous. Certes, mais admettez qu'il aurait été enfantin de rester fidèle au livre sur ce point, et sur pas mal d'autres. Ca ne coutait rien et ca aurait accréditer la thèse "adaptation fidèle".
Les versions salles sont parlantes : en gros, PJ sest dit « Jai 3h30 pour faire mon film version ciné, je dois caser lESSENTIEL ». Or, bizarrement, les scènes qui sont évoqués comme arguments en faveur dune certaine fidélité par rapport au texte sont souvent des scènes présentes que dans les DVD. De là, on voit que ce qui est essentiel pour nous ne lest pas pour PJ. Ne voulait il pas donner à ses films un sens tout autre que celui auquel on sy attendait?
Et surtout il a trop tourner ce film vers le manichéen...
Je suis davis quune adaptation honnête doit respecter luvre originale au moins dans le fond sinon dans la forme. Il est en effet utopiste despérer retrouver le texte intégralement dans le film.
Dans ses commentaires, le réalisateur a exprimé ses regrets de ne pas avoir eu le temps de transposer correctement le moment pourtant émouvant et symbolique où Sam abandonnait ses ustensiles de cuisine. Cette scène était néanmoins non indispensable à la narration, la raccourcir ou lenlever nest pas impensable.
Par contre, il est des moments où la forme constitue le sens de lhistoire, certains propos ou certaines scènes ont une présence indispensable, peut être pas forcément sous la forme exacte quils ont dans le texte, mais labsence de ces éléments dans ladaptation change ou affaiblit le sens de lhistoire.
Dans notre cas, « Le Seigneur des Anneaux » est un livre riche en sens. Il serait trop long de les énumérer et de les développer, nous allons quand même dégager une morale parmi dautres: Sans la pitié de Frodo envers Gollum, lAnneau naurait pas pu être détruit. La valeur de la pitié nest pas cachée dans luvre, Gandalf avait explicitement fait comprendre à Frodo que son sort dépendait de la pitié de Bilbo.
Cette pitié est bien sûr à donner à tous, même aux « ennemis ». Le mal dans cette histoire nest pas tellement représenté par les orcs ou Sauron mais plutôt dans certains comportements comme le fait dêtre tyrannique ou impitoyable.
Dans le texte, Saruman illustre le problème du mal comme suit : bien quil avait des intentions louables comme celle de vaincre Sauron et de guider les hommes2, il était prêt à utiliser lUnique, instrument de domination par excellence, et à sacrifier des vies pour atteindre son but a priori noble. Il pensait être le despote éclairé et le choix de cette voie a conduit à sa chute.
Moins directement, le lien entre lAnneau Unique et les trois anneaux de pouvoir des elfes illustre aussi légarement que peuvent mener des intentions apparemment bonnes: parce que certains elfes voulaient préserver leur terre, ils avaient écouté Sauron et forgé les anneaux de pouvoir qui les ont rendus dépendants de lAnneau Unique et donc, vulnérables à Sauron.
Les motivations du « mal »
Saruman, dans le film, est un allié de Sauron. On peut comprendre que les scénaristes ont pensé quil vaut mieux simplifier les motivations de Saruman mais on rate ainsi une occasion d 'insister sur la corruption des volontés initialement bonnes. De plus, le film ne fait quévoquer les anneaux elfiques dans lintroduction. Il faut attendre la version DVD du premier film pour apprendre que Galadriel détenait un des trois anneaux mais malgré cet ajout, les spectateurs ignoreront tout des pouvoirs de ces anneaux. Ainsi, après lintroduction, jamais on ne reviendra sur lerreur des elfes dEregion davoir écouté Sauron. Il sen suit que les elfes dans le film sont plus idéalisés que dans le texte, ce qui en soi nest pas un grave défaut sauf que, combiné avec la représentation du mal dans le film (voir plus bas) et dautres petits détails comme lengloutissement dans le sol des créatures du Mordor, épargnant miraculeusement larmée dAragorn, lidéologie sous jacente du film tend fortement vers le manichéisme.
En résumé, dans le film, nous avons dun coté Sauron, Saruman et les orcs qui veulent mettre fin à lâge des Hommes et de lautre coté, les Hommes et les Elfes qui se battent pour survivre.
Si on veut être rigoureux, on rappellera que daprès Tolkien3, Sauron, dans le texte donc, ne cherchait pas à détruire les Hommes et les Elfes pour les remplacer par des Orcs mais son but était de les dominer, croyant à tort quEru a abandonné Arda et les Valar ont perdu le contrôle et quil lui revenait de les « guider ». Dans ce but, il avait forgé lUnique pour contrôler les porteurs des anneaux de pouvoir.
Pour Gollum, les scénaristes ont pris soin de rendre ce personnage bien plus perfide, sans doute dans loptique de bien démarquer chaque personnage dans un camp bien distinct. Ainsi, à la place du moment dans le texte où Sméagol sétait nettement adouci, peu avant Cirith Ungol, Gollum, dans le film, a réussi à séparer Frodo et Sam. Ensuite, Gollum ne cessait de narguer Frodo pendant que ce dernier errait dans lantre dArachné avant de lagresser directement. Notons que dans le texte, ce personnage avait encore un semblant dhonneur à ce point de lhistoire4.
Pour appuyer définitivement la traîtrise de Sméagol, la version longue du RdR contient un dialogue supplémentaire où il affirme avoir menti au moment où il avait prêté serment.
Cet écart par rapport au texte nest pas sans conséquence dans le sens final qui se construit dans le film, conjugué avec la présentation du mal (voir plus bas) et lattitude des héros face à ce mal.
La présentation du « mal » et la manière de le traiter
Le réalisateur a visiblement fait le choix de rendre le plus hideux possible les serviteurs du Mordor tel que lillustre le chef des orcs dont le visage est à moitié défiguré ou encore la Bouche de Sauron qui est inhumain. Le film semble respecter un lien de corrélation (voir de causalité?) entre lalignement et lapparence.
Personnellement, jaurais préféré voir un être humain incarné la Bouche de Sauron, non pour respecter le texte qui précise que cet émissaire est d'origine númenoréenne, mais pour montrer que même les humains ayant la même origine quAragorn peuvent être au service du Mordor, démontrant ainsi que ce nest pas la «race» ou un quelconque trait physique qui définissent lalignement. On peut rétorquer que la présence des haradrims dans le film montrent que même les hommes peuvent être mauvais mais la présence de númenoréens corrompus dans le film aurait évité toute classement en fonction de zone géographique ou de la couleur de la peau. Sur ce point, limage des hommes sur les oliphants à la peau foncée écrasant les blonds rohirrims avec un sadisme marqué peut être très mal interprétée et de ce fait, maladroite. Sil y a un point où le réalisateur aurait dû décarter du texte, cest sûrement celui là car le film, contrairement au texte, ne contient pas beaucoup déléments qui remettent en question la présence des ces hommes aux cotés du Mordor. Il y a certes une scène dans le deuxième film qui peut contre balancer cette image quelque peu dérangeante mais jy reviendrai.
De plus, notons que ces alliés de Sauron ont subi le même sort que les orcs sur le champ de Pelennor: larmée des morts na pas fait de différence entre orcs et haradrims qui étaient tous détruits impitoyablement et Aragorn naura pas loccasion de faire la paix avec les humains alliés à Sauron, contrairement au texte.
Mais ce dernier en avait il lintention? Lexécution sommaire de la Bouche de Sauron est elle digne de la noblesse que ce personnage est censé posséder?
Indépendamment du personnage d'Aragorn, nest elle pas en contradiction avec la fameuse phrase de Gandalf sur les tueries qui semblent "méritées"?
Ce geste, hélas, ne fait que cautionner lidée quon serait en droit dabattre un ennemi parce que cest un ennemi ou un monstre inhumain, même si on nest pas en danger, même si cet ennemi na fait que parler. Certes, la Bouche de Sauron est au service du mal mais quel est ce mal quAragorn est censé de combattre finalement?
Si le pouvoir corrupteur de l'Anneau est bien mis en avant (Gandalf a clairement expliqué qu'il ne pouvait pas l'utiliser dans le premier film), c'est plus généralement la logique de l'adage « La fin justifie les moyens » que dénoncerait plutôt Tolkien car en utilisant les armes de l'ennemis, on finit par devenir comme cet ennemi lui même.
Ce n'est donc pas en utilisant les moyens comme la domination, la peur ou la violence qu'on peut vaincre le mal. Pourtant, certains personnages dans le film ne semblent pas le comprendre. Dans le film, le « mal » est limité à Sauron, ses troupes et l'Anneau uniquement. Face à eux, les héros de l'histoire, étant dans l'autre camp, semblent pouvoir tout se permettre, sauf dutiliser l'Anneau, pour combattre leurs adversaires sans retenu, sans merci.
Même Gandalf le Blanc, dans le film, ne suit pas ses propres principes sur la pitié: il na pas hésité à malmener à coup de bâton Denethor, un homme désespéré par la mort de son fils aîné et par la vue de larmée du Mordor aux portes de Minas Tirith. Il y a aussi son regard froid et son air indifférent lors de son discours sur la mort Denethor au moment où celui-ci était encore en train de courir. Où sont la pitié et la compassion?
Interrogations
Notons que la plupart des moments où les personnages nuancent un peu les choses comme le monologue de Faramir face au haradrim tombé ou le pardon de Theoden pour Grima ne sont que dans les versions longues. Faut il croire que ces scènes ne sont pas du tout importantes pour le réalisateur et quelles ne sont que des petits bonus dignes dintérêt pour un public limité? Pourtant, au vue de la quantité déléments appuyant une idéologie simpliste et discutable, ces scènes sont plutôt absolument indispensables pour respecter luvre de Tolkien dans le fond. A titre personnel, je métonne que les versions diffusées en salle sont malgré tout souvent considérées comme « très fidèle » à luvre de Tolkien.
Quelles sont les scènes qui donnent finalement le sens au film? Celle où Gandalf parlait de la pitié à Frodo dans la Moria ou celle où Gandalf poussait Denethor dans les flammes? Celle où Aragorn tendait la main à Grima ou celle où il décapita la Bouche de Sauron sans sommation?
Toujours à propos de la pitié, on peut aussi regretter labsence dans le film du moment où Sam sétait retenu au dernier moment de tuer Gollum alors quil pouvait le faire. Et il y a aussi bien sûr le rappel de Frodo à Sam quil faut pardonner Gollum après la destruction de lAnneau: toutes ces scènes et ces propos appuyaient un des sens centraux de cette histoire, leurs absences affaiblissent encore limportance de la pitié. Les scénaristes craignaient ils une incompréhension de la part du public si Sam avait épargné Gollum ou si Frodo pardonnait ce dernier?
Il semble quil n'y a pas de réelle volonté des scénaristes dinsister sur certaines valeurs morales, les personnages principaux pouvant saffranchir de les respecter quand bon il leur semble: on se demande encore pourquoi Legolas a tué Grima.
Ny a t il pas tout simplement une volonté de répondre à une certaine attente des spectateurs qui sont habitués à voir les « héros » achever de leurs propres mains les « méchants » de lhistoire dans la violence, à croire que la « justice » ne peut être faîte que par nous même, en éliminant nos adversaires?
Sur un autre sujet, craignaient ils aussi quune chute "providentielle" de Gollum soit incomprise aussi? Ainsi, ils ont préféré un rôle actif de Frodo dans la chute de Gollum.
Ce nest plus le destin qui a fait chuter Gollum mais Frodo, qui est devenu du coup responsable de la mort de Gollum, on peut dire que cest son désire pour lAnneau qui a causé la perte de Gollum alors que dans le texte, Frodo était complètement innocent de sa chute. Cette dernière version a lavantage doffrir plusieurs interprétations : suicide de Sméagol, intervention divine ou conséquence de la rupture du serment et dautres encore.
Dans le texte, Frodo a failli face au pouvoir séducteur de lAnneau et en même temps, il a réussi la quête grâce à sa pitié et à la providence.
Dans le film, Frodo a failli aussi face à lAnneau et il a réussi sa quête sous lemprise de la rage, de lAnneau, réduisant ainsi la portée de sa pitié et à la providence.
Quelque soit nos avis sur cet écart, écart il y a et la morale nest plus la même.
Conclusion
Il existe dautres thèmes primordiaux de luvre de Tolkien comme la destinée des Elfes, le don de la Mortalité ou lEstel qui enrichissement Le Seigneur des Anneaux profondément. Je ne reviens pas sur ces points car ces thèmes ne sont pas indispensables pour comprendre pleinement les enjeux de la guerre de lAnneau mais néanmoins, on peut regretter que le peu de références dans le film à ces thèmes ne respectent pas la création de J.R.R. Tolkien, ils sont même parfois en contradiction avec.
Il est difficile pour un lecteur de Tolkien de juger les sens de ces films car inévitablement, il se reposera sur sa compréhension du texte pour réinterpréter le film, se laissant marquer sur ce qui lui semble correspondre au texte ou ce qui lui plaît, négligeant le reste. Le film en lui même nest pas cohérent dans les sens qui sy construisent: certains personnage prônent un moment la pitié mais ces propos ne se manifestent pas toujours en acte. Il est impossible de généraliser une interprétation du film par les spectateurs mais pour me faire une idée, jai lu des réactions à propos de la version longue du RdR et je suis étonné que certaines personnes trouvent normal et juste quAragorn décapite ainsi lémissaire de Sauron. Est ce que le message sur la pitié est il bien passé dans le film?
PS pour Bakshi :
Apres avoir vu le film de P.Jackson, je me suis rendu compte a quel point Bakshi avit realisé qqchose de grand. Ce dessin animé est vraiment bien ! En deux heures de temps R.Bakshi a reussi a donner ce qui manque au film de Jackson : rendre l'ecoulement du temps palpable. Dans le film de P.J. en 3heures tout va trop vite.
Message édité par Xavier_OM le 27-12-2004 à 12:52:52
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Éremburgis qui tint le Maine