bugbreeder a écrit :
T'en veux... En v'là... Mon anecdote personnelle mais authentique est ancienne, vers 1994, mais elle a l'avantage de montrer que déjà à l'époque les foutages de gueule des viandards existaient façon royal, et même impérial. Vers 1994 donc, j'étais au CNAM et je cherchais du boulot, c'était un vendredi. Je reçois un coup de fil le matin d'une SSII (viandard naturellement) où le type m'explique que c'est un super poste de développeur en C, mais il fallait venir tout de suite car la décision se prenait le jour même. Je n'étais pas chaud du tout pour plusieurs raisons :
_ impossible de lui faire cracher le salaire proposé, c'était toujours "très bon salaire", "nettement au dessus du marché", ..., bref suspect.
_ c'était très loin pour moi, du côté d'Orsay (j'habite dans le 93 en limite de RER zone 5, donc 1h30 facile rien que de RER). En plus il fallait ensuite prendre des bus, mais ils étaient disposés à venir me chercher en bagnole.
_ discours trop emphatique "super poste", "job d'enfer", ..., bref même plus de la flûte mais l'orchestre à vent complet, on aurait dit du "Computer Future" actuel pour ceux qui connaissent, donc hautement suspect.
_ le lendemain j'avais un partiel d'automatisme au CNAM de niveau BAC+4, pas le niveau tafiole avec les renards et les lapins (pour ceux qui connaissent, grand classique) mais du diagramme de Nyquist et Black-Nichols avec du calcul matriciel par bloc de la mort, bref le truc qui tue et pour lequel il y a intérêt à être bien prêt et dispos, alors me taper une dure demi-journée probablement inutile la veille d'un partiel chaud-bouillant j'étais loin d'être fan.
En bref, l'enc*lé (pardon, ça c'est le terme technique pour les initiés), je voulais dire le consultant HR du viandard (ça c'est le terme officiel) arrive à me convaincre après avoir balayé toutes mes hésitations, donc j'y suis allé quand même. Vous vous en doutez d'avance, j'aurais pas dû... Je suis donc descendu à la gare RER d'Orsay (la boîte est à Orsay, logique), mais après une assez longue attente, le type qui devait passer me prendre n'étant toujours pas là, j'ai téléphoné pour voir ce qui se passait. C'est là que je me suis fait engueuler pour ne pas être descendu à la bonne gare, car en fait il y a 3 gares RER qui desservent Orsay, la bonne était le guichet. Naturellement celui qui m'a engueulé étatit le type que j'avais eu le matin au téléphone et bien que sachant très bien que je venais en RER et sachant lui qu'il y avait 3 gares possibles n'a surtout pas pensé à me dire la bonne, alors que moi pour Orsay j'étais descendu à la gare d'Orsay (quel c*n je fais aussi, c'était si évident qu'il devait y avoir un piège quelque part).
Donc je reprends le RER pour descendre à la bonne gare, le type passe me chercher comme prévu, mais ça m'a déjà affolé de voir qu'il y avait un bon quart d'heure en voiture, c'était vraiment super loin, et en plus en discutant avec ce type employé comme grouillot de base j'ai appris que le salaire pour ce poste était en fait super-pourri grave de chez grave, genre 30% de moin que la normale. Arrivé sur place j'attends, et au bout d'une heure je commence enfin l'entretien prévu (vers 17h alors que j'avais prévu de le finir à 14h au plus tard vu mon examen du lendemain). Je m'attendais à devoir me présenter d'abord, mais ça a été super bref, en gros :
"Merci d'être venu, mais le poste vient d'être pourvu. Il fallait quand même venir puisque je pars en vacances ce soir donc il fallait que ça soit aujourd'hui. Mais si un poste similaire se libère seriez vous candidat ?"
En termes clair cet enc*lé (ce consultant HR) m'avait fait venir sciemment de très loin en me mentant à donf pour un poste pourri avec un salaire aussi pourri, sachant que j'avais un examen très dur et important le lendemain, simplement parce qu'il partait en vacances.
Là, comme dans les Tex-Avery, j'ai senti dans ma tête les neurones qui se décrochaient et tombaient en faisant "ding", les yeux grands ouverts sinon carrément exorbités, et je suis resté complètement raide et muet pendant une bonne vingtaine de secondes. J'ai répondu "oui" pour la forme, en pensant les incendier plus tard au téléphone s'ils essayaient encore de me joindre quand j'aurais récupéré. Je me suis tiré et je suis rentré, il était très tard genre 21h quand je suis enfin arrivé chez moi.
Mais ce n'est pas tout, quand on a la scoumoune on l'a jusqu'au bout : je logeais en plus ce soir là un copain de passage car j'avais plusieurs chambres de disponibles, et c'est là que j'ai découvert qu'il avait une amusante singularité : il dormait avec un baladeur jouant de la musique à donf, et malgré son casque et le mur qui nous séparait j'entendais parfaitement la zicmu. Super pour dormir, surtout après une journée aussi reposante, comme si je n'étais pas assez sur les nerfs comme ça. J'ignore à quel heure j'ai pu m'endormir, mais par intervention divine (à part ça je ne vois pas) j'ai pu me réveiller à temps pour l'examen.
Il me fallait 10 pour passer aux partiels sans tout repasser en septembre, j'ai eu finallement 9,75 arrondi à 10, comme quoi les miracles ça arrive même dans les pires épreuves.
Je ne vous cache pas que j'estime m'être fait enfiler si profond sur ce coup là que 10 ans après j'ai encore parfois du mal à m'assoir. En tout cas dès qu'un boîte située du côté d'Orsay me téléphone pour un poste, je dis non de suite, ça pourrait être eux.
Je sais que ce n'est pas un concours, mais avouez que je suis un bon candidat sérieux envisageable pour la palme du plus beau foutage de gueule par un viandard de la courte histoire de l'informatique. En tout cas si vous avez encore mieux, en espérant que vous ne vous êtes pas suicidé sur le coup, lâchez vous, c'est le moment.
@++ !
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