frednoob a écrit :
Ce n'est pas snob. Ça c'est l'affirmation, maintenant les arguments ci-dessous.
Avant l'époque où il est devenu acceptable de se ballader en short et en tongs, les pauvres gens humbles enfilaient une tenue élégante pour aller en ville, ou sortir au cinéma, restaurant, théâtre, musée, etc. Même les ouvriers les plus en bas de l'échelle sociale étaient souvent sur leur 31, et de leur plein gré (sauf au boulot où un travail manuel impose une tenue qui peut se salir). Par exemple, va voir ce petit article (écrit en ch'ti mais très compréhensible) : http://www.histoires-de-chtis.com/ [...] askets.php où tu verras que même les jeunes étaient habitués au costume trois pièces. Alors que maintenant bien des adultes qui se veulent élégants adoptent une tenue moins formelle que ça. Autre exemple, le film Un crime au paradis, dans lequel Jacques Villeret joue un rôle de paysan que les bobos qualifieraient de bouseux. Eh bien quand ce paysan se rend en ville, il enfile un costume (et peut-être même un costume 3 pièces, d'ailleurs, je me souviens plus). Ce n'est pas une erreur du réalisateur, c'est bel et bien représentatif de la réalité. Et il n'y a rien de snob du tout là-dedans. Le personnage dans son ensemble est même l'opposé du snobisme.
C'est beaucoup moins snob que le mec qui va arborer fièrement son jeans Diesel, son T-shirt Dolce&Gabana, et ses lunettes de soleil Ray-Ban. Ça c'est snob, mais c'est pas avec cette tenue qu'on peut se faire accepter dans n'importe quelle entreprise. Comme quoi le critère, ce n'est pas le snobisme. C'est plutôt l'unité, le sérieux, et la sobriété.
Un costume est sobre, essayons de le montrer. Considérons la marque Dolce & Gabana. Cette marque fabrique divers types de vêtements, des costumes aussi bien que des T-shirts. Les costumes sont dépourvus de toute inscription visible, alors que les T-Shirt ont parfois dans le dos le logo de la marque écrit en énorme. Ce qui serait considéré comme vulgaire sur un costume. Pareil pour Dior. Autant tu as les T-Shirts avec l'inscription "I Love Dior" écrit avec des paillettes brillantes sur fond vert fluo, autant les costumes Dior sont dépourvus de ce genre de publicité fantaisie visible de loin.
Et Jacques Villeret en paysan dans Un crime au Paradis, je ne le vois vraiment pas avec un T-Shirt à paillettes "I love Dior". Pourtant il ne choque pas du tout avec un costume. Il en est de même pour tous les gens authentiques qui ne sont pas fashion-victim. Dans les pays en voie de développement, tu peux constater que souvent les locaux s'habillent mieux que les touristes, car bien que pauvres, humbles, et pas snobs pour un sou, ils n'ont pas subi la déferlante marketing de H&M, Celio, Levi's, Nike, etc. Alors que dans les pays riches, tu verras plein de smicards avec ce genre de marque loin d'être premier prix. Et loin d'être sobre.
Alors, tu penses toujours que le costume c'est snob ?
Regarde cette photo :
http://img515.imageshack.us/img515/671/pariske1.jpg
Ce n'est pas si lointain que ça puisque les moins jeunes de nos parents ont connu cette époque. Contrairement à ce qu'on pourrait croire en voyant une telle élégance, Paris était beaucoup plus pauvre à cet époque qu'aujourd'hui. Une bonne partie des habitants étaient de simples ouvriers, les loyers n'avaient rien d'extraordinaire et il se trouvait beaucoup d'usines dans la ville. Certes, c'est la place de l'Opéra, donc un peu plus chic que la moyenne, mais tu peux être sûr que dans les quartiers pauvres, personne ne se baladait en short. Sauf les enfants. D'ailleurs, il faut remarquer qu'à cet époque là, pauvre ou riche, personne ne portait de synthétique. Même les petites gens avaient le droit à du vrai tissu, alors que maintenant beaucoup de gens s'habillent avec des matériaux issus de l'industrie pétro-chimique (polyester, nylon). Le tout cousu en Chine par des machines opérées par des employés à la limite de l'esclavage. Et avec tout l'argent que ça leur fait économiser, ils peuvent s'acheter une paire de Ray-Ban et un IPod. Je suis pas sûr que ce soit mieux maintenant. Y'a qu'à voir la place de l'Opéra aujourd'hui, ça a pas la même gueule...
Idem dans des endroits tels que le Louvre. On peut y voir un contraste énorme : devant des oeuvres d'art de valeur inestimable qui ont été créées pour exhalter la beauté et la grandeur, tu verras des troupeaux de touristes vulgaires en short et en tongs avec la main dans un paquet de m&m's. Pour ce genre de choses, on aurait pû garder certaines conventions, ça aurait évité de se croire à Disneyland. On nous a lavé un peu le cerveau avec cette cool attitude.
À Paris, on trouve encore aujourd'hui des gens qui ont gardé leurs habitudes vestimentaires d'il y a 50 ans. En général, ils sont très vieux, et ont connu la télé et les médias trop tards pour être influencés. On peut les voir endimanchés dans les jardins publics le dimanche. Ils ont la totale, cravatte, veste, parfois chapeau. Pourtant, ils sont souvent modestes, et tout, mais alors tout sauf snob, sauf branleur, sauf m'as-tu-vu, sauf fashion-victim, sauf bling-bling. Par contre, ceux qui sont dans la norme (c'est-à-dire qui portent une tenue décontractée) et qu'on ne remarque même pas tant ils forment la majorité, sont nettement plus snobs et m'as-tu-vu. Grosses lunettes de soleil de star, grandes marques avec des logos voyants éventuellement criards, produits de sur-consommation arborés tels une marque d'appartenance à un groupe social (le dernier portable/lecteur mp3/PDA à la mode), langage "cool attitude" ("c'est trop excellent", "grave", "fun" ), et toutes sortes de futilités (du genre c'est vachement important d'avoir des sous-vêtements modernes sinon t'es un beauf, c'est pas le comble du snobisme et de la superficialité ça ? Si si, ça l'est, et pourtant ça se voit surtout chez ceux qui n'aiment pas les tenues traditionnelles, rien qu'avec ça je dirais CQFD, j'ai presque écrit le reste pour rien).
Aussi, lorsqu'il y avait cette unité d'apparence entre les gens, la mixité sociale était largement moins mauvaise qu'aujourd'hui (je dis moins mauvaise, pas bonne). Dans les cafés se cotoyaient aussi bien l'avocat que l'ouvrier. Aujourd'hui, les classes moyennes et aisées se retrouvent dans des cafés concepts (ceux qui sont en train de remplacer tous les simples cafés dans Paris), dans lesquels l'ouvrier ne se sentira pas à l'aise parmis les bobos venus là pour voir le dernier gadget à la mode, du genre la déco Philippe Stark en plastique rose fluo (qu'on peut voir au Kong dans le centre de Paris), ou encore le système de tarfication des boissons en fonction de la demande (qu'on peut voir au Footsie dans le 2ème), ou encore <insérer ici le dernier concept à la mode> (qu'on peut voir de plus en plus un peu partout).
|