alerte
Corée du Nord : Escapade au pays des Kim
¤ Durée du séjour :
Sur 4 jours avec 3 nuits sur place en mai 2015, c'est le format de séjour le plus court disponible pour les touristes.
¤ Hébergement :
Yanggakdo Hotel sur l'île de Yanggak à Pyongyang
¤ Transport :
Train entre Dandong (Chine) et Pyongyang (7h de trajet + 2h de fouille à la frontière)
Bus pour tous les déplacements pour les visites
Avion entre Pyongyang et Shenyang (Chine) pour le retour (1h de vol sur Air Koryo)
¤ Budget :
720€ en formule "all-inclusive" (visa, train, avion, hôtel, repas, visites)
¤ Itinéraire
Jour 1 : Dandong-Sinuiji-Pyongyang en train, soirée à l'hôtel
Jour 2 : Pyongyang-Monts Myohyang pour la matinée (1h30 de route), Pyongyang l'après-midi
Jour 3 : Pyongyang-Kaesong-DMZ pour la matinée (2h30 de route), Pyongyang l'après-midi
Jour 4 : Pyongyang-Shenyang en avion
¤ À voir
- Ce qu'on vous montre : vous n'aurez pas le choix
- Ce qu'on ne vous montre pas : il faut ouvrir l’œil !
¤ Conseils importants
- S'intéresser, se renseigner, se documenter sur le pays avant d'y aller aide à la compréhension de ce qu'on vous dit, et de ce qu'on ne vous dit pas.
- Ne pas perdre de vue la partie touristique du pays est une vitrine bien loin de représenter la situation préoccupante de millions de nord-coréens (/obvious).
¤ Conditions de voyage
- Est-ce qu'on peut prendre des photos en Corée du Nord ? Oui, pratiquement tout le temps. Seules restrictions : pas de photo de militaires, et pas de photo en dehors des villes. Éviter de prendre les gens en photo sans leur autorisation. En pratique, on a pas été emmerdé, ni contrôlé. Juste un peu surveillé à la frontière avec la Corée du Sud (zone militaire très sensible).
- Qu'est-ce qu'on ne peut pas emmener en Corée du Nord ? Journaux, revues, livres qui parlent de la CdN, porno, GPS, tout ce qui touche à la religion.
- Qu'est-ce qu'on peut apporter ? À peu très tout le reste, incluant ordinateurs portables, téléphones (même avec fonction GPS), tablettes, livres, nourriture... Par contre il faut déclarer tous les appareils électroniques :
Note : il fallait normalement fournir les IMEI des téléphones qui entrent de le pays, en pratique ils s'en foutent on a rien rempli.
Note2 : pareil pour la fiche médicale qu'on a signé sans rien remplir.
- Est-ce qu'on peut se déplacer librement en Corée du Nord ? Non. Le programme est défini à l'avance et il est pas question d'improviser. On peut faire des modifications en demandant à l'avance, et ils accepteront si c'est possible.
- Est-ce qu'on peut se déplacer seul en Corée du Nord ? Pas question, tout le monde est avec ses 2 guides et le chauffeur en permanence, sauf à l'hôtel le soir (donc on ne peut pas sortir évidemment).
- Est-ce qu'on peut rencontrer/parler à des Nord-coréens ? Oui rien n'empêche d'aller voir, saluer, discuter avec la population de Pyongyang (pas ailleurs). Sauf que eux n'ont pas du tout envie (le droit ?
) de nous parler, et ne parlent que le coréen de toute façon. Ceux qui parlent une autre langue et qui sont en contact avec les touristes (personnel de l'hôtel, serveurs, guides des attractions) sont briefés et répondent à toutes les questions au mieux avec des banalités, et souvent à coté de la plaque.
- Est-ce dangereux de visiter la Corée du Nord ? Non, à condition de bien se comporter. Les touristes sont choyés : ils apportent des devises, ils iront raconter partout dans le monde à quel point le pays est formidable, et ils servent à montrer à la population que le monde entier envie ce pays modèle au point de venir le voir de leurs propres yeux.
- Est-ce qu'on peut se connecter à internet en Corée du Nord ? Oui! Des cartes sim incluant de la data 3G sont disponibles pour les visiteurs. Autre solution, envoyer un courriel depuis l'hôtel : 2€ par envoi, relus par leurs soins pour vérifier votre orthographe
- Est-ce que c'est vrai que les chambres d'hôtel sont sur écoute ? Ça l'a peut-être été et ça l'est peut-être encore pour les journalistes/diplomates/businessmen (et encore) mais pour les touristes, c'est du pur fantasme.
- Est-ce qu'on peut aborder tous les sujets avec nos guides ? Avec mon guide francophone en tout cas oui, aucun sujet tabou. Quelques réponses approximatives parfois ou volontairement détournées mais on peut parler de tout. C'est même mon guide lui-même qui m'a demandé ce que je pensais de la condition humaine dans leur pays ! Notre autre guide qui parlait mandarin était beaucoup moins loquace (elle avait 19 personnes à gérer, alors que le guide francophone n'était que pour moi...)
¤ Déroulement du séjour
Jour 0 - Dandong
Le voyage commence en Chine à Dandong, séparée de la Corée du Nord par le fleuve Yalu. Le pont de l'amitié sino-coréenne est le principal point d'entrée pour les marchandises venant de Chine, il se traverse par route ou par rail (aucun piéton). Note : il n'est illuminé la nuit que du coté chinois. Juste à coté, le pont cassé, détruit par les Américains en 1950 et laissé en l'état par les coréens en témoignage de l'agression yankee. Une particularité de cette ville est qu'une bonne partie des employés des hôtels et restaurants sont des nord-coréen(ne)s, dans le cadre d'un échange entre les deux pays. Tous viennent évidemment de Pyongyang et de familles privilégiées par le régime. On retrouve aussi dans les bordels de la ville une partie de ceux -et surtout celles- qui ont franchis la frontière de façon moins officielle, vendu(e)s par les passeurs aux proxénètes des environs.
( CdN depuis mon hôtel à Dandong - Pont cassé avec derrière le pont de l'amitié )
( Fin du pont coté chinois - Bombes américaines qui ont détruits le pont )
Tout proche de la ville, on part visiter un restant de la grande muraille de Chine (la partie la plus orientale, à Hushan). Pas vraiment authentique, tout est restauré à la chinoise mais ça permet une belle ballade et donne un point de vue intéressant sur les voisins : quelques villages au loin, des postes de surveillance de la frontière... En hiver le fleuve étant gelé, c'est l'endroit le plus utilisé par ceux qui osent la fuite (très risqué, mais beaucoup moins que coté Corée du Sud).
( À gauche la Chine, à droite la CdN )
( village coréen depuis la muraille de Chine à Hushan - Barbelés coté chinois le long de la frontière où le fleuve est moins large )
Dans la soirée, des amis de la belle-famille nous invite dans un restaurant coréen de la ville, avec spectacle nord-coréen (musique, danse) bien kitch pour lequel je me retrouve forcer à offrir des faux bouquets aux artistes devant une salle hilare
Extrait vidéo : https://youtu.be/XBrpEdMsF_4
( La Célion Dion nord-coréenne - Dandong de nuit à gauche, la CdN dans le noir à droite )
Jour 1 - Dandong-Pyongyang
Pour obtenir le visa, on a communiqué avec une agence de voyage chinoise basée à Dandong. Aucun formulaire à remplir et rien à payer d'avance, tout s'est négocié par wechat (un équivalent chinois de whatsapp en gros), et on paye notre contact directement à la gare de Dandong en échange de nos visas et nos billets de train. On prend place dans notre cabine et on traverse le pont pour s'arrêter à Sinuiju, la ville juste en face. L'arrêt va durer deux heures, le temps de compléter les procédures pour l'ensemble des voyageurs : validation des visas, déclarations de marchandises et de santé, vérification des billets de train. On tombe par hasard dans une cabine avec un chinois qui parle couramment le coréen et qui nous expliquera/traduira tout ça, plutôt pratique parce que personne ne parle un mot d'anglais. C'est lui qui nous prévient d'ailleurs que les déclarations ne sont pas vraiment lues et qu'une signature sur chaque document suffit. La fouille de la valise se limite à soulever une pile de vêtements sans conviction. Ils retournent la GoPro dans tous les sens sans vraiment comprendre mais n'insistent pas. La seule chose qui les fait tiquer est notre situation : un couple entre un français blanc et une canadienne asiatique qui parle mandarin
Il faudra leur montrer nos photos de couple sur la tablette pour qu'ils finissent par y croire
Ils feront aussi des commentaires sur les photos des travaux de notre maison que notre co-voyageur nous traduira par la suite : pour eux on vit dans le grand luxe ! Ce fameux voyageur fait du business à Pyongyang et passe tellement souvent qu'il connait tous les gardes-frontières qui fouillent le train. Il se fera racketter gentiment de quelques cigarettes et même de sa -fausse- montre de marque qu'il garde avec lui mais devra la donner à son retour. Il nous explique que pour "aider" son business, il a déjà apporté frigos, vélos ou TV pour passer la frontière sans problème.
Le visa et le billet de train.
La fouille de tout le train complétée, on reprend notre route jusqu'à la capitale où on arrivera autour de 18h. La traversée des campagnes met tout de suite dans l'ambiance : la moindre parcelle de terrain relativement plate est cultivée, tout à la main ou presque.
( propagande dans chaque village traversé - portraits des leaders affichés sur toutes les gares )
On aperçoit quelques camions et de rares tracteurs, ou parfois des bœufs, un voyage dans le temps surréaliste ! Tout le monde se déplace à vélo ou à pied sur des routes de terre, aucun bitume en dehors des autoroutes et de Pyongyang. De toute façon les nord-coréens ne se déplacent quasiment pas, il faut une sorte de visa rien que pour se déplacer au village d'à coté.
( chemins de terre dans un village coréen - sur le quai de de la gare d'un village )
( des volontaires
au travail dans la campagne )
À la gare de Pyongyang je cherche mon guide francophone... en vain. Je finis par comprendre qu'un guide anglophone est là pour moi, ce qui n'est pas ce qui était convenu avec l'agence. Évidemment la présence de mon guide était confirmée tous les jours précédents jusqu'à hier, mais plus aujourd'hui
Je lui fais vivement part de mon mécontentement (au prix du séjour...) et finalement ils me dégoteront monsieur Cha, employé de bureau de sa fonction qui accepte de sortir de son quotidien habituel pour s'improviser guide pour moi, étant le seul francophone disponible qu'ils ont trouvé. On nous installe dans notre chambre d'un autre âge mais néanmoins propre et offrant une très belle vue sur la tour du Juche et le lever de soleil. La TV nous permet de suivre les bulletins officiels de la chaine nationale, en boucle aux 10 minutes... passionnant. Pour se changer les idées, l'hôtel propose un casino, une salle de karaoké, des salles de détentes (billard, bowling, ping-pong, massages, spa...) et bien sûr plusieurs boutiques à souvenir, où tout se paye en euros, dollars US ou yuans chinois. La monnaie locale n'est pas accessible aux touristes (comme à Cuba).
( orage et ambiance de fin du monde pour notre première soirée à Pyongyang )
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les chiens aboient, le train passe