limonaire a écrit :
Je connais moins bien le sujet, mais le fait est qu'on tend à gommer la frontière entre les sexes. En vrac :
- les féministes nous disent depuis 40 ans qu'il n'y aurait pas de différence de nature (autre que sexuelle) entre l'homme et la femme, il n'y aurait pas de comportement ou de qualité typiquement masculin ou féminin. Les différences seraient culturelles (inculquées dès l'enfance à travers les jouets par exemple) et non naturelles. Je n'ai pas d'avis tranché sur la question, mais c'est le discours dominant aujourd'hui.
- le père n'aurait pas de rôle particulier dans une famille (alors que jusqu'ici, tous les psychanalystes indiquaient que le rôle du père était d'incarner la Loi, le monde extérieur, et de préparer l'enfant à quitter le cocon maternel pour affronter le monde réel). Dès lors, selon le discours ambiant, on peut n'avoir qu'une seule mère sans problème (or, on sait qu'un enfant sans figure paternelle a plus de mal à se construire): le problème des familles mono-parentales est évacué. Soulever le problème, c'est forcément être réac, être contre le divorce, contre le droit des femmes (alors qu'il s'agit seulement de voir le problème, et de ne pas le dissimuler). De même, puisque le père n'a pas de rôle particulier, on peut avoir deux mères ou deux pères sans problème : l'homoparentalité est immédiatement légitimée, poser la question c'est déjà être réac, homophobe, contre le sens de l'Histoire...
- l'autorité est de plus en plus mal acceptée : dans les familles, à l'Ecole, dans les tribunaux (des magistrats se font insulter)dans l'espace public. L'autorité, c'est la figure du père, c'est devenu obscène. En revanche, la tolérance, la compréhension, la discussion, valeurs maternelles, sont portées au pinacle.
- l'Etat n'est plus ce qui instruit, émancipe, structure, qui rappelle les rigueurs de la Loi et à qui on obéit, comme le ferait le Père : c'est devenu selon la formule de Michel Schneider Big Mother, un Etat qui n'est là que pour protéger, à qui on demande sans cesse de nouveaux droits-créances, de nouvelles subventions ; de qui on est toujours en relation de dépendance, comme un enfant avec sa mère. Je ne dis pas que je partage toutes ces analyses : Zemmour a au moins le mérite de porter le débat là où ça gratte, et de nous interroger sur ce qui nous semblait jusque là des évidences. Rien que pour ça, il est utile. Là où je crois qu'il a raison, c'est qu'on ne supporte plus l'idée de frontières aujourd'hui : on les remet toutes en cause, que ce soit la frontière homme/femme, adulte/enfant, prof/élève, nationaux/étrangers, homme/animal. Processus sans doute lié à l'idéal démocratique et à l'égalisation des conditions qu'il implique. Processus d'indifférenciation qui n'est pas sans danger aussi...
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