CR - Trail du Petit Ballon (52K/2200D+)
Je me suis inscrit sur cette course dans le cadre de l'Ultra Trail des Païens sur les conseils de mafspirit qui a fait le même enchaînement. C'est assez logique au final : même type de terrain, moitié de la distance, c'est une bonne course de prépa. C'est à 20 minutes de chez les parents donc la logistique sera ultra facile. J'ai commencé un gros bloc trail au sortir du marathon de Berlin donc je mange du D+ depuis octobre. J'ai enchainé le LUT by Night 30K fin octobre où j'ai fini avec des crampes aux 2 jambes pour la première fois de ma vie puis la SaintExpress fin décembre où je rabote mon temps de 30 minutes en 2 ans au terme d'une course abominable où je prends aucun plaisir et je subis tout le long.
Subir c'est un peu ma norme depuis mi novembre. J'ai des difficultés musculaires que je ne connaissais pas avant, mes cuisses me font mal tout le temps et je me sens pas au mieux. A partir de décembre je vais carrément faire mes séances à reculons tellement l'envie est absente. Mes sensations sont à l'opposé de ce que je produis en séance : les allures et le cardio sont bons. Pourtant rien d'anormal à signaler niveau santé. Je traverse décembre et janvier comme un fantôme. Je coupe une semaine pour partir au ski avec la famille et là c'est le drame : dès la première journée je me coince le dos. Le lendemain matin je ne peux même plus foutre une paire de chaussettes. Impossible d'aller skier, j'ai les lombaires complètement niquées. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase : je dois changer des choses sinon je vais dans le mur.
Je mets donc en place un protocole de gainage bi-hebdomadaire et des étirements journaliers. La kiné du sport me file des exercices pour le haut du dos et je décide également de refaire du renforcement musculaire plus poussé à la maison en achetant un système d'élastiques parce que j'ai franchement pas envie d'aller dans une salle de sport. Ils arriveront un peu tard donc j'ai pas vraiment le temps de mettre mes 2 séances de musculation en place avant le Petit Ballon mais le reste fait déjà son effet. Je remonte petit à petit la pente courant février et mars.
Niveau volume, depuis le début de l'année c'est plutôt correct : 650km et 5600D+ environ. Le D+ est un peu faiblard mais c'est du D+ fait en "actif" ou en fractionné, mes séances sur route se faisant au parc de la tête d'or. On fait pas plus plat. Je rentre un gros bloc de 140 bornes sur 9 jours à l'approche de la course. J'explose en vol sur la dernière SL à 15 jours de la course mais ça m'inquiète pas plus que ça : j'étais fatigué et il faisait 10° de plus que d'habitude ce jour là. Une sortie ratée ça arrive
Bref, je me présenterai sur la ligne de départ sans grandes certitudes mais sans stress non plus : c'est une course de test. Je compte y aller mollo, à "allure ultra" en me disant que si je finis la course en étant frais c'est de bonne augure pour la suite. Bon c'était un raisonnement complètement con
L'avant course
La semaine de taper se passe bien : je suis fatigué, les sensations à l'entrainement sont à chier mais le cardio est excellent. Un taper classique
Je dois gérer les enfants tout seul vu que madame est en déplacement et la semaine au taf est assez intense, le soir je m'écroule tôt et fais de bonnes nuits de sommeil. Parfait pour le sleep banking.
La veille de la course je prends le train pour aller chez mes parents. Après le repas, je pars avec ma maman récupérer le dossard à Rouffach (lieu de départ et arrivée) et repérer le parking pour arriver le plus tard possible le lendemain vu qu'on est à 20 minutes de route. L'affaire est vite pliée, il y a peu de monde. Je récupère ma bouteille de Gewurtz et de vin sans alcool ainsi qu'un paquet de pâtes local. Pour 49€ le dossard ils se foutent pas de notre gueule
Je vais comater le reste de la journée sur le canapé, repas rapidement englouti le soir et à 21h00 je pars me poser dans le camping car des parents (vu que mon frère, sa femme et son fils vivent temporairement ici, j'ai plus de lit dispo
). A 21h30 je m'écroule de sommeil.
D-DAY
Réveil à 5h30, Garmin m'affuble d'un score de sommeil de 97/100, tous les voyants sont au vert
Petit déj', triple délestage et je pars plus tôt que prévu en voiture. Ca me permettra de prendre mon temps. D'autant que mon frère et ma mère étant secouristes sur la course, j'ai accès à leur local bien chauffé pour attendre tranquillou. A 7h15 je suis donc posé dans le dit local, tranquille. J'en profite pour finir de m'alléger. A 15 minutes du départ je vais vite fais m'échauffer puis je me cale dans le sas "préférentiel" pour les moins de 6h. L'idée étant de me foutre au fond pour pas trop gêner. Je ne pense pas faire moins de 6h vu que j'y vais cool mais comme généralement je double du monde, j'ai pas envie de me taper des gens trop lents au premier single venu. Je suis content de cette stratégie car on part en même temps que la distance inférieure et mine de rien, y a du monde.
Côté tenue, j'ai longuement hésité vu la météo annoncée (températures négatives et neige au sommet). J'aime pas les leggings, j'hésite à partir en short. Mais la raison l'emportera. Le haut ce sera odlo Blackcomb, tshirt et coupe pluie D4 avec des gants fins. Je chausse mes S/LAB Genesis qui m'avaient apporté pleine satisfaction sur la Saintexpress.
Pour la bouffe j'ai 4 gourdes de poudres Naak, 3 barres Naak dont une caféiné qu'ils m'ont filé gratos, 3 compotes Naak, 4 gels maurten et des pastilles d'électrolytes TA (je vais pas manger la moitié
).
A part pour le refill d'eau, je compte pas trop sur les ravitos et ça me permettra de valider les produits Naak pour l'UTDP.
8h pile le départ est donné, on se lance tranquillement sur le chantier.
Départ - Ravito de Gauchmatt
On quitte très vite les rues de Rouffach et on entame directement une belle montée à travers les vignes. C'est vallonnée, ça correspond bien à ce que j'ai fait à l'entrainement dans Fourvière, le terrain nature en plus. Les jambes, le souffle et le cardio répondent parfaitement bien. Comme d'habitude je reste étonné des gens qui partent en soufflant comme des boeufs dès les premiers kilomètres. Je resterai notamment au niveau d'une nana qui a l'air d'avoir un ressenti 10km à chaque montée. Je comprendrai jamais le projet de ces gens. Quelques passages avec des pavés qui peuvent être un peu traitres vu que tout est trempé, je reste bien prudent en descente. Régulièrement je vois un type, la cinquantaine avec un tatouage au mollet, qui me dépasse pour s'arrêter sur le côté 200m plus loin. Il attend sa femme et ses potes et visiblement ça l'agace. Là encore je comprends pas le projet
On fera le yoyo comme ça pendant quasiment 30 bornes.
Vers le 5ème kilo, petit passage express dans Soultzmatt puis on part en forêt. Pour l'instant la météo est clémente et le terrain facile à arpenter. Le cardio est dans mes pourcentages d'EF habituels sur le plat, je suis bien. Au 8ème énorme bouchon sur un single qui monte. Des débiles de mettent à huer parce que ça avance pas.
Moi je m'en cogne, je suis pas pressé, on est au début. J'en profite pour papoter avec 2 nanas derrière moi. Le bouchon se dégage enfin. Petite portion plate jusqu'au 10ème kilomètre qui marque l'apparition du premier ravito. Je fête ça par un petit pipi. On a dépassé l'heure de course, j'ai vidé ma première gourde de boisson Naak et avalé une barre. Je remplis celle-ci de boisson électrolytique. Le plan est désormais d'alterner entre un peu de chaque et de manger une barre ou compote par heure.
Gauchmatt - sommet
En repartant du ravito, la boue fait son apparition. Je fais pas gaffe où je fous les pieds et je m'enfonce dans une flaque d'eau assez profonde avec le pied droit.
Là le terrain change du tout au tout. On se tape de la boue quasiment constamment. C'est extrêmement gras et humide. Sur une montée, je marche derrière un type qui m'a l'air bien sympathique. On va l'appeler Jacques. Il a une tête à s'appeler Jacques. On papote un peu et quand ça redescend, on court ensemble en parlant. Il me raconte qu'il a 58 ans, qu'il s'est remis à la course à pieds l'an dernier après 20 ans de pause à cause de son ex femme qui l'en empêchait et qu'il a fait 3h01 au marathon de La Rochelle y a pas longtemps. Costaud le Jacques. Son pote Jérôme nous rejoint et court à notre allure. Je me sens extrêmement bien, je suis à la limite de l'euphorie, mon cardio est super bas, les jambes répondent bien et j'ai trouvé quelqu'un avec qui tailler le bout de gras pour passer le temps.
Malheureusement ça ne durera pas longtemps. 3km plus tard on attaque le gros de la course : une longue montée quasi ininterrompu jusqu'au sommet du Petit Ballon. Jacques part assez fort dans la montée, je décide de ne pas le suivre. L'euphorie retombe et très vite je me sens bien fatigué. J'ai aussi mal au dos au niveau des insertions basses de trapèzes. Je me dis qu'il va peut être falloir que je calme le jeu sur la nutrition car j'ai déjà avalé plus de 120g de glucides en moins de 2h et je mets ce coup de mou sur le compte d'une hypoglycémie passagère. Au 15ème kilomètre, les sensations sont vraiment à chier et là je me dis "putain sur l'UTDP il me resterait 100km là ?!? Mais je vais jamais y arriver". Ca me fout la tête dans le seau.
La neige fait son apparition. C'est beau mais j'en chie dur. Les jambes commencent déjà à me faire mal malgré mon allure cool. Je me dis que c'est même pas la peine de penser à m'aligner sur l'UTDP avec des jambes en carton comme ça. Je songe même au DNF.
Du verglas fait même son apparition au bout d'un moment. Ca devient très compliqué de monter. Je me traine à une allure anémique. Je vois l'allure moyenne depuis le début de la course qui chute (note à moi même : lapper après chaque ravito pour éviter de ce genre de considération à l'UTDP) et ça me déprime encore plus. Je débranche le cerveau et j'avance sans réfléchir. A ce moment là je compte arrêter le trail après la course
Arrivé au sommet c'est quand même sympa. C'est tout blanc, on y voit rien à 2m et y a plein de neige partout. On nous fait redescendre jusqu'à un refuge qui marque le ravito du 20eme. La pente est verglacée, je prends sur le côté dans la neige, ça me flingue les genoux mais c'est mieux que de se bouffer. Mon classement est stable mais le segment vient de se faire à du 17'06/km
Arrivé au ravito, perdu pour perdu, je me dis que je vais tester un bouillon de légumes. Un délice
Ca me fait un bien fou. Je repars un peu revigoré.
Sommet - Wasserbourg
Au sortir du ravito, il faut remonter la pente qu'on a descendu pour l'atteindre. C'est bien raide, ça attaque encore une fois bien les jambes. Derrière je sais qu'une longue descente nous attend. Je retrouve l'homme au tatouage et son groupe qui ont l'air de râler sur l'allure trop lente de la femme. Mais quelle bande de connards. Je vais définitivement les larguer dans la descente. On retrouve assez vite la boue, mes jambes sont toujours lourdes et douloureuses mais ça reste stable et supportable. Au 26eme kilo, sur un moment d'inattention, ma cheville tourne. Heureusement rien de bien grave, la douleur s'en va au bout de quelques pas. Derrière je récupère Jacques et Jérôme. Je suis content de les revoir, je papote à nouveau avec eux et on fera le chemin ensemble jusqu'au prochain ravito. Je n'ai pas trop de souvenirs de cette portion qui semble passer nettement plus rapidement que la montée jusqu'au sommet (forcément en allant quasiment trois fois plus vite...).
Wasserbourg - Ferme Gollentz à Osenbach
On recharge les gourdes, un petit pipi et je repars. Mes deux compagnons n'ont pas l'air pressé de repartir. Je ne les reverrai plus jamais.
Je me laisse tenter par la barre Naak caféinée caramel macchiatto. Tant pis si ça me donne la chiasse, je tente. #yolo A ma grande surprise ça passe super bien et le goût est agréable
Là encore peu de souvenirs de la portion. Je gratte régulièrement du monde alors que j'ai l'impression de trainer une caravane au cul. Je crois que c'est vers le 32eme kilo, pendant une montée en forêt, qu'un type m'aborde et me demande si je peux lui rendre un service et voir si je trouve son gel à l'arrière de son sac (mais qui fout ses gels à l'arrière de son sac ?). Je fouille, je trouve rien, je m'en excuse. Il me dit que c'est pas grave et me remercie de l'avoir aidé car il ne peut plus fouiller. Il s'est luxé le doigt en tombant. Il me montre le bordel, putain quelle horreur
Je lui demande si il a essayé de se faire soigner au ravito qu'on vient de quitter ? Il me répond que non car l'orga lui fera arrêter la course si il se fait soigner et que de toute façon il sent rien avec l'adrénaline. Ce warrior. Sur le coup je me dis que Pulpipi aurait sûrement faire pareil
Je lui demande si je peux prendre une photo souvenir ce qui fait rire un type derrière nous. Il accepte. Je vous la mets en spoiler
Au final mon frère le récupérera à la fin de la course, c'était le doigt de son alliance mais ils ont réussi à l'enlever et ça s'est remis sans aucun souci. M'enfin quand même
Je lui souhaite bon courage pour la suite et l'abandonne. J'arrive au dernier ravito, j'ai hâte que ça se finisse.
Ferme Gollentz à Osenbach - Arrivée
Pareil, peu de souvenirs de la portion. La fin est quasiment uniquement en single au sein de la forêt. C'est long. Très long. D'autant que je suis régulièrement ralenti par des gens qui se trainent. Je remarque qu'on a récupéré des gens du 42km. J'ai pas envie de faire l'effort de doubler alors je suis les gens jusqu'à ce qu'ils finissent par me laisser passer quand ils ralentissent trop. J'ai hâte d'en finir, les sensations au niveau des jambes sont vraiment à chier.
Au 50eme j'en ai marre de me trainer, on aperçoit Rouffach en contrebas et il reste que de la descente. J'accélère franchement pour en finir plus vite. Je finirai à 4aukil sur la dernière portion plate qui mène à la ligne d'arrivée. Je grille un dernier type à 50m de la fin qui me regarder passer et me dit "putain bien joué". Je l'invite à me suivre, il me dit "non ça ira
". Je passe la ligne en 6h33, content d'en finir, avec ma mère qui m'attend et qui crie comme une débile
.
Le type me félicite à nouveau pour le finish. Je récupère ma veste finisher vraiment stylée, mon sac ravito avec trois fois rien et me redit une fois de plus que pour le prix du dossard, ils se foutent pas de nous. J'hésite à me laisser tenter par une tarte flambée mais j'ai pas super faim. Je retourne à la voiture dare dare et profite de l'adrénaline pour rentrer chez les parents avant de sentir la fatigue me gagner.
Bilan
Une superbe course avec un prix vraiment riquiqui dans un très beau cadre. Ca doit être quand même bien plus sympa avec une belle météo. La neige et le froid ne m'ont pas dérangé mais par contre le verglas c'était chiant. La boue c'est pas plus dérangeant que ça même si ça attaque forcément un peu plus les jambes.
Stratégie débile de vouloir y aller "cool" pour finir frais. J'avais les jambes toutes aussi détruites que si je m'étais rentré dedans un peu plus. Car niveau cardio j'ai une FC moyenne à 150 soit 75% de ma FCMax. J'étais clairement en aisance respiratoire tout le long. Par contre je suis assez déçu de ces douleurs musculaires qui apparaissent trop vite à mon goût. Je vais mettre le paquet sur le renfo des jambes pour dans 7 semaines sinon ça va être très, très long ces 115 kilomètres.
Niveau alimentation je vais pouvoir partir léger et manger sereinement tout ce qui sera proposé à l'UTDP, je digère sans aucun souci les produits Naak. Par contre 70g de glucides/heure c'est un poil too much, j'ai aucun souci de digestion mais je pense que le contrecoup ressenti autour de la deuxième heure vient de là. Je chargerai moins sur l'ultra en prenant bien soin de boire mes électrolytes assez vite : j'ai senti des raideurs aux deux vastes internes qui sont parties quand j'ai consommé à en consommer.
Mes S/LAB Genesis qui m'ont généré pas mal de douleurs également
J'ai pas trop compris. Frottement de la guêtre sous la maléole droite ce qui ma beaucoup gêné, douleurs à l'avant des deux pieds en descente... Ca me fait chier. J'hésite à faire la moitié de l'UTDP en Peregrine ST 11 (des tanks certes, mais à la STL j'avais ressenti aucune douleur avant le 60eme au final) puis à swapper à 60eme quand on aura le sac d'allégement...
Bref, si le volume et l'endurance sont là (sans surprise avec Boucher) y a encore du boulot niveau renfo musculaire. Mais c'est à ça que servent ce genre de courses de prépa. J'ai encore 7 semaines pour redresser la barre, ça va le faire.
En tout cas un chouette trail que je recommande vivement !
Le strava : https://www.strava.com/activities/13898652890