Bon ben CR du coup
même si j'étais pas sur la Maxi mais sur la Marathon Experience
Contexte : C'était mon objectif de premier "vrai" trail, en 2020. J'avais fait quelques dossards avant mais sur des formats plus courts, entre 15 et 25 bornes, jamais plus de 1500 D+. Toujours en milieu de peloton, à la cool, sur des trails saucisson, franchement bien ca me plaît
La maxi donc, plusieurs fois repoussée suite COVID, je m'était concocté un programme de préparation sur 3 mois à 4 séances par semaine, avec fractionné en côte et podcast d'Ugo Ferrari.
Finalement, un dernier mois de grossesse me pousse à rester proche de ma femme et ne me permet pas les sorties longues, pas grave, je switch sur un programme sur 2 mois au lieu de trois. Je mets des dossards dans la prépa histoire de faire un max de volume et de dénivelé dans ma région définitivement plate, et travailler mon attaque talon entre 2 bibis.
Puis la course arrive enfin : Marathon Experience, 45 km et 2500 D+
1ère fois que je fais cette distance, mon max c'était 30 km.
Ma stratégie : comme d'habitude, j'étudie habilement le profil de course, et prévoie de gérer la première moitié et de pousser dans la seconde suivant les sensations. Je vise un sub 7 heures. Une inconnue : mes genoux (ou plus précisément ce FDP de genou gauche). En délicatesse suite à mes années de rugby, il m'avait salement lâché l'année dernière après quelques trails off. Séances de kiné, semelles par un podologue, ca a tenu sur ma prépa donc inchallah ca passe pour Annecy.
La météo chéckée la veille au soir indique de la pluie toute la journée, alors que finalement on verra pas une goutte. J'ai pas réussi à faire caca
pas grave j'ajoute des lingettes bébé à mon matos
Départ, les 4 premiers kilos permettent de s'échauffer, je me laisse pas entraîner par l'euphorie et reste à un rythme lent en prévision de la bosse qui arrive, que je grimpe tranquillement.
Pas de bouchon, on est un peu à la queuleuleu mais bonne ambiance et esprit bisounours, du "à droite" "pardon" "merci" et on te laisse passer avec le sourire
De mon côté je suis content d'être là. Cette course finalement je l'avais dans la tête depuis fin 2019, je connais le coin pour avoir fait toutes les randos autour du lac avec mon papa, la météo est belle, j'attaque mon congé paternité, j'ai réservé un resto mexicain pour ce soir, la vie est belle.
Arrivé en haut de la première montée je relance, les jambes vont bien, j'aime bien le paysage de ce côté, y a plein de personnes qui gueulent mon nom "ALLLLLLLEEEZ UUPPAAAAL" ça me change de mes trails saucisson où y a très peu de monde, là y a des gens partout qui t'encouragent c'est sympa. Je m'hydrate bien, je tape dans mes pompotes à l'envie (pomme brugnon c'est crème) je ne double ni ne me fait doubler, je tombe la veste vu que la météo est clémente
Les kilomètres défilent, et on arrive en haut de la première bosse au chalet de l'aulp pour attaquer la partie que je connais le moins, la redescente vers villards dessus et le ravito du 28ème km. Ca se passe tranquille juste une petite douleur au genou mais rien d'alarmant. Y a des passages bien raides, et comme il a plu toute la journée de la veille c'est la gadoue, ca glisse pas mal. Je manque de me ronger la face mais glisse finalement de façon très stylée qui me vaudront des compliments des traileurs autour de moi
On arrive au ravito du 28eme kilomètre. La petite douleur qui n'avait rien d'alarmant est devenue une vraie douleur, alarmante cette fois. Du coup j'ai pas envie de rester trop longtemps au ravito, par peur de ne pas pouvoir repartir si je reste 10 min statique. Pourtant le ravito est bonnard : comté jambon tuc, chocolat fruits et tutti quanti, j'ai la dalle en plus et les bénévoles charmants. Je remplis mes flasques, j'engloutis du salé et je repars assez rapidement mais déjà ca sent la merde niveau genoux j'ai mal, genre mal. Mais je cours, la douleur c'est qu'une information il parait. Sauf que l'information, je la prend plein les gencives, chaque foulée.
Je décide (lol, je décide) je suis contraint de ralentir. Pas grave j'étais pas venu pour la perf. Sauf que 2 km après, il reste encore 15 km et la question à ce moment n'est plus le chrono, mais de juste de finir. Parceque la douleur actuelle je peux la gérer, le problème c'est qu'elle empire avec le temps et je me demande à quel moment je ne vais plus pouvoir la supporter.
J'ai terminé la descente et j'attaque la dernière montée, 5 km pour 700 D+.
Ca sera fait dans la souffrance, et lentement. Très lentement. Les gens me doublent, "tout va bien ?" "allez courage !" - "Merci ca va aller, et puis on est bientot a la bière haha"
Je serre les dents, et arrive en haut du col des contrebandiers, un coin que je connais bien, une belle vue, j'en profite un peu. Quand j'avais préparé ma course, je m'étais dit qu'une fois arrivé ici, j'aurai fait le plus dur et que la dernière descente c'est du plaisir avant de passer la ligne d'arrivée.
Finalement ca va être la partie la plus dure.
Je ne peux plus courir, je dois m'arrêter régulièrement. Tout le monde me double.
"ca va ?"
"oui ca va, j'ai juste le genou dans la boite à gants"
"Ca va, tu as des crampes ?"
"non c'est le genou, ca va aller merci"
"t'es en hypo tu veux un gel ?"
"non ca va c'est gentil merci"
"ca va aller courage"
"ah ah merci"
"ca va aller ? t'es au bout allez !"
"va te faire enculer"
Au final je vais perdre environ 150 places sur cette descente, pour vous dresser le tableau. Et je suis assoiffé, j'ai plus d'eau depuis bien 1h30.
Mais je vois le lac. Je vois des toits de maison, j'entends des voitures. Donc je vais finir. Et ca c'est bien, le moral revient vitesse grand V. Je décide de trottiner pour le dernier kilomètre, le plat au bord du lac. Y a ma femme et mes filles qui m'attendent, pas moyen que j'arrive en marchant et en boitant comme un babtou fragile que je suis
Je trottine, les jambes sont là, la douleur gérable, je profite finalement. Je passe la ligne et sonne la cloche en courant, en 8h10.
Bilan, j'ai aimé cette journée. Première partie de course très bien, la deuxième partie plus compliquée mais c'est la vie. Beau temps, beau coin que je connais et que j'aime beaucoup, bon resto mexicain le soir. Non, c'était bien.
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δύναμη και τιμή