gen2 a écrit :
CR Marathon de Genève 2023 Avec des amis du club, on se motive à faire le marathon de Genève fin 2022 (3 sur marathon, 2 sur le semi). Ma femme m'a poussé à en faire l'année de mes 40 ans (mais je ne les ai pas encore ). Ce sera le quatrième marathon pour l'un, le deuxième pour l'autre et le premier pour moi. Objectif Initialement, je visais moins de 3h10, moins de 3h05 avec un peu de chance et moins de 3h dans un très grand jour. Mon coach me prépare un plan pour moins de 3h (~ 4'15/km), et plus la prépa avancera, plus ça deviendra mon principal objectif. La prépa J'ai préparé à l'automne 2022 le semi de Boulogne-Billancourt (RP en 1h23'13" ). Sur septembre/octobre/novembre, j'étais à environ 190km/mois (mon record à ce moment là). A partir de décembre, j'augmente progressivement le volume :
- décembre : 220 km
- janvier : 240 km
- février : 263 km
- mars : 300 km
- avril : 364 km
Je finis à 6 sorties par semaine, dont une sortie longue le dimanche. En janvier, j'ai fait les cross départementaux et régionaux donc pas d'AS42 encore à ce moment là. L'AS42 commence tout doucement en février avec du 3x12' puis 3x15'. En mars, 3x20', 2x20' et 3x25' avec une semaine plus cool sans AS42 au milieu. Le 2x20', c'était 3x20' de prévu, mais j'avais le covid, donc j'ai dû adapter. J'étais parti pour 27km, je me rends compte que ça coince à mi-parcours, le retour a été long En avril, 3x25', 3x30', le semi d'Orléans puis 3x6000m et 3x4000m. Pour le semi, je suis parti en footing de chez moi, 6km aller et pareil pour le retour pour un total de 33 km. Le semi se passe très bien, trop rapide pour de l'AS42 mais j'étais vraiment bien. Je le finis en 1h26' (4'04/km @87% FCmax) avec les 2 derniers km à AS10. A la fin des 33 km, pas vraiment de courbatures. Il y a forcément un peu de fatigue, mais moins que ce à quoi je m'attendais. Jusqu'à début avril, c'était 2 séances de VMA par semaine, puis 1 après. Le reste en footing ou allures variées (de 65% de VMA jusqu'à 80% en pyramide). Sur les dernières séances d'AS42, mon cardio descend enfin à 150 bpm (~82% FCmax), c'était mon objectif. Je termine donc ma prépa confiant, le cardio et les muscles me semblent prêts. L'avant-course Nous arrivons le vendredi soir après un trajet de 500km. Notre logement est à 2km du départ. Le samedi matin, on fait un petit footing sur les bords du lac Léman (5km @6'03/km) sous un grand soleil On charge en pâtes pour les repas Jour de course La météo a changé, le temps est couvert, de la pluie est annoncée, mais il n'y a pas de vent. Lever un peu avant 6h, je prends mon bol de céréales (flocons d'avoine + éclats de chocolat noir) puis un premier passage aux toilettes Je me prépare, ma flasque de 500mL avec de la boisson Iso+ pêche Decathlon est prête, j'embarque également 5 gels Hydro+ pêche Decathlon (gel déjà dillué), le tout dans mon short Evadict avec poches avant et arrière. Encore un petit et on se dirige en marchant vers la ligne de départ à 2km. L'échauffement sera rapide : 1.58km @6'12/km. Je me place à l'avant de mon sas (-3h15). Mes 2 amis sont eux dans le sas devant (-3h00). L'entrée du sas n'est pas vraiment contrôlée. 2 femmes russes avec des dossards -3h30 et -3h45 qui font des selfies rentrent dans le sas -3h00 un peu avant le départ de même qu'un groupe avec des dossards entreprise qui font la course en relais et qui n'ont pas vraiment le profil -3h00 (même en relais). Peu avant le départ, quelques rayons de soleil font leur apparition. Il fait 19°C, le temps est lourd (70% d'humidité). km 0-5 : le début d'une grande aventure Le départ est donné en côte, mais ça ne dure pas très longtemps. Nous sommes environ 2500 sur le marathon, il n'y pas trop de monde devant moi, je pars dans mon allure (~ 4'15/km) et à part sur les premiers mètres, je n'ai pas à jouer des coudes pour me placer. On quitte assez rapidement la ville pour se retrouver à la campagne, le parcours est globalement plat. Je suis dans mon allure (4'14, 4'14, 4'14, 4'16, 4'12), mais je vois tout de suite que le cardio ne suit pas : 155bpm sur le premier km, 162 au 5ème. Mon objectif était à 150, au moins au début. Le meneur d'allure 3h00 est parti du sas devant le mien, il a quelques dizaines de mètres d'avance sur moi mais je ne cherche pas à le rejoindre. Si j'y arrive au fil de la course, tant mieux, sinon tant pis, je préfère être à mon rythme. km 5-10 : ça va le faire Le premier ravito arrive au km 5.6. Je prends un verre d'eau sans m'arrêter, quelques gorgées dans le gosier, beaucoup à côté et on continue. Cette partie du parcours est un poil plus vallonnée. Au km 9, on arrive sur une petite bosse avec une belle descente ou j'engage un peu (avec une pointe à 3'36/km). Le cardio ne monte pas plus qu'avant, mais je me rapproche du meneur d'allure 3h00. Je profite de la descente pour prendre mon premier gel. L'allure reste conforme au plan, quoiqu'un peu rapide : 4'10, 4'11, 4'20 (à cause de la bosse), 4'08, 4'08. J'avais espoir que le cardio redescende... mais non... Il tutoie maintenant les 165 bpm (j'ai couru mon dernier semi à 167bpm de moyenne). J'ignore l'évidence, ça va péter c'est sûr, je devrais ralentir, mais à ce moment là, je suis encore convaincu que ça peut le faire. Sur certaines séances d'entraînement, je perdais quelques bpm sur la troisième série, ça me laisse un espoir... km 11-15 : oublie que tu n'as aucune chance J'ai maintenant le meneur d'allure et sa horde à quelques mètres devant moi. Je fais la jonction au km 11 juste après le second ravito (uniquement de l'eau pour moi comme au précédent). Il y a peut être une vingtaine de coureurs dans le groupe. L'allure est toujours stable : 4'14, 4'12, 4'23, 4'07, 4'13 (cote au km13 avec 15m de D+). Le cardio continue son ascension (166-168 bpm) et moi, je cours à ma perte dans le déni... Je n'en oublie pas quand même de prendre un verre d'eau au ravito du km 15. km 16-20 : un éclair de lucidité km 16 : je dois commencer à perdre la raison, dans un coup de folie, je passe devant le groupe du meneur d'allure 3h00. Je tiens bien l'allure même si mon cardio est dans la zone rouge depuis un moment. C'était surtout pour garder des trajectoires idéales et ne pas me faire coincer par le groupe (c'était probablement très con et l'avantage du groupe m'aurait sûrement été plus bénéfique que l'avantage de la trajectoire). Il me semble que j'ingurgite mon deuxième gel à ce moment là. Comme pour le premier, j'étale ça sur 1km environ pour laisser le temps de descendre. A partir du km 18 (après le ravito où je prends toujours de l'eau uniquement), un éclair de lucidité traverse mon esprit, ou alors les signaux envoyés par mon corps (et ma montre) sont enfin arrivés à mon cerveau ("il comprend vite mais il faut lui expliquer longtemps, très longtemps..." ) : je me dis enfin que ça ne va pas être possible Mon cœur est maintenant à 170 bpm (~93% FCmax), il reste 24 km, même au marathon de Lourdes , ça ne passerait pas. Mais je continue quand même à la même allure, on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut... heu non j'crois pas... : 4'12, 4'09, 4'09, 4'17, 4'14. km 21-25 : la fête est (bientôt) finie Là dans la tête, ça devient dur, car l'évidence est là : ça ne tiendra pas. Mais les jambes ne répondent pas trop mal, le cardio est aux fraises certes, mais je me dis que je n'ai pas fait tous ces sacrifices durant toutes ces semaines pour rien, je n'ai pas fait 500 km pour finir comme une loque ou abandonner, alors je tente encore pour ne pas avoir de regrets. Donc je poursuis : 4'09, 4'02 ( ), 4'18, 4'17, 4'28. Je crois que le 4'02, c'était au moment du ravito, à chaque fois, j'ai peur de perdre du temps donc j'accélère Le cardio atteindra son pic au km 23 : 177 bpm (ma FCmax est à 182) avec une moyenne à 172-173 sur ces 5 km. km 26-30 : Qui suis-je ? Dans quel état j'erre ? Où cours-je ? Je sens que c'est mort, l'allure a fini par descendre, je sais que je ne pourrai plus relancer et je me demande dans quel état je fais finir et surtout : est-ce que je vais finir ? Je suis venu pour faire moins de 3h, est-ce que ça vaut le coup de continuer pour faire moins bien ? L'abandon traverse mon esprit, l'arrivée est encore bien loin, mais la voiture balai aussi et je n'ai pas d'autres moyens de rentrer donc autant continuer. Le meneur d'allure 3h00 me repasse mais son groupe a perdu plusieurs éléments. Encore un verre d'eau au ravito du km 26. Et je crois que j'ai pris mon troisième et dernier gel vers ce moment là également. L'allure commence son inexorable descente aux enfers : 4'29, 4'22, 4'37, 4'34, 4'39. Le cardio perd quelques bpm mais reste à 170 ou plus. km 31-35 : on se fait un p'tit footing ? Au ravito du km 30, je rattrape un de mes amis (parti pour moins de 2h50). J'ai du mal à y croire mais il est bien là, arrêté sur le stand. Il a pourtant fait une prépa solide (1575km en 2023, 1240 km pour moi). On repart du ravito ensemble à une allure plus modérée : 5'03, 4'51, 5'05, 4'56, 5'12 Au km 33, une longue descente longe le lac et nous ramène vers le centre-ville de Genève, j'ai un infime espoir que ça puisse me relancer, au moins un peu... (spoiler : ) Au plus fort de la descente, on passe sous un tunnel. Mon pote a trop mal aux jambes et me lâche à ce moment là. Autour de nous, à part les quelques coureurs qui font la course en relais, l'allure n'est pas du tout conforme à celle de coureurs partis pour faire autour de 3h00 sur marathon. C'est dur pour beaucoup de monde. Je passe devant la femme et la fille du copain que je viens de lâcher. J'arrive à sourire pour la photo, mais p****, c'est dur. km 34: je prends de l'eau et un bout de banane au ravito, je tente. Je n'ai quasiment pas touché à ma boisson isotonique et je n'ai pas une folle envie de reprendre un gel. Mon cœur est enfin repassé sous les 170 bpm (168 > 162). km 36-40 : c'est si long que ça 5 km ? Avec l'arrivée dans la ville, le nombre de spectateurs a fortement augmenté, ça fait du bien au moral, mais étrangement, ça ne me fait pas revenir à 4'15/km Au ravito du km 38, je prends de l'eau et un demi carré de sucre. J'ai envie que ça se termine, mais on fait des boucles dans la ville que me paraissent interminables. Heureusement, c'est plat. Je jette quelques coups d’œil derrière pour voir si le meneur 3h15 n'est pas sur mes talons, mais heureusement non. L'allure et le cardio descendent encore un peu mais j'arrive à me remotiver un peu sur la fin : 5'16, 5'10, 5'14, 5'07, 5'00 (entre 160 et 165 bpm). Je voudrais bien accélérer plus mais ça ne veut pas, les jambes sont raides, mais pas tant que ça, mais je n'ai plus de jus. km 41-42 : la délivrance Un peu avant le km 41, je prends un dernier verre d'eau au ravito. On arrive sur la dernière ligne droite avant l'arrivée sur un pont. Je donne tout ce que j'ai, c'est-à-dire vraiment plus grand chose : 5'26, 4'58, 4'48 Je passe enfin la ligne en 3h11'26". Je prends un verre d'eau et un bout de gâteau au ravito final. Je tiens debout mais je suis vidé. FC moyenne sur la course : 166 bpm (91% de ma FCmax). Conclusion Je suis dégoûté. On m'aurait dit il y a un peu plus de 3 ans quand j'ai commencé à courir que je ferai mon premier marathon en 3h11, je ne l'aurai pas cru. Mais là, j'étais venu avec de grosses ambitions (sûrement trop), j'étais confiant sur mes chances de réussite, j'avais fait ce qui me semblait être une belle prépa. J'avais aussi surveillé mon alimentation avec 2 kg de perdus par rapport à cet hiver (1m74 - 68kg). Avant de venir, je m'étais dit que je referai un marathon tant que je ne ferai pas moins de 3h00. Mais là, je suis tellement déçu de m'être autant investi pour un résultat si loin de mes espérances que je me dis : à quoi bon ? Est-ce que je serai capable de faire mieux que ça ? Est-ce que je peux m'investir plus pour arriver à mon objectif ? Ma prépa a pris pas mal de temps sur le reste, je ne sais pas à ce moment là si je suis capable de le refaire pour un résultat très incertain. Mais les contre-performances de mes copains de club vont un peu me rassurer, on est tous très très loin de nos objectifs et/ou RP :
- objectif 1h19 sur semi : 1h24 (RP : 1h19'59" )
- objectif 1h23 sur semi : 1h33 (RP : 1h25')
- objectif 2h40 sur marathon : 2h46 (1667km en 2023)
- objectif 2h50 sur marathon : 3h22 (1575km en 2023)
- et moi, objectif 3h sur marathon : 3h11 (1240km en 2023)
Je me dis que les conditions météo, même si elles étaient loin d'être catastrophiques, ont sûrement joué un rôle. Il me semble que plusieurs meneurs d'allure ont eu du mal aussi à finir dans les temps prévus. Mon cardio était clairement trop haut mais dès le début. A J+1, j'ai déjà changé d'avis, je ne resterai pas sur un échec. Je ne sais pas encore où, je ne sais pas encore quand, mais j'y retournerai. Je verrai si j'adopte une approche différente, s'il faut que je change des choses dans ma prépa, ou dans mon alimentation. I'll be back ![[:moonblood2:4] [:moonblood2:4]](https://forum-images.hardware.fr/images/perso/4/moonblood2.gif)
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