CR du Semi Marathon de Lyon, en deux parties parce que j'ai commencé à écrire hier soir...
Hier
Je ne vais pas dormir facilement ce soir, alors autant écrire un peu mes impressions sur demain. C'est du 3615 mylife, pour ceux que ça n'intéresse pas, merci de sauter directement à la section suivante, qui sera plus HFR compilant.
J'ai du faire un peu de bagnole tout seul dans la campagne ce soir, et j'ai été un peu mélancolique en pensant à cette course. Je me suis inscrit il y a 5 mois, ça fait 5 mois qu'elle m'obsède, alors qu'en 5 mois je suis passé par tous les états concernant cette course.
Quand je me suis inscrit début mai, je sortais de deux perf' dont j'étais très fier. J'avais mis 5' à mon PR sur semi 10 jours plus tôt, et j'avais sub20 sur 5k deux jours avant, alors que le topic me pronostiquait un échec
Enthousiaste, je regarde la prochaine compet' que je peux faire, et je me rends compte que Run in Lyon aura lieu le jour de mon anniversaire.
Je vois déjà le scénario parfait : je sub1h30 le jour de mon anniv', devant ma copine (lyonnaise d'origine), mes parents, mes meilleurs amis, j'avale les 500 derniers mètres au sprint sur la place Bellecour, au coeur de la ville que je préfère au monde, qui m'a vu grandir.
Bref, à ce moment précis ma vie est parfaite, je suis au top de ma forme en course à pied, je suis sûr de moi et je vois ce semi en mode petite maison dans la prairie
Même pas 5 jours après, il commence à y avoir du sable dans les engrenages. Je me blesse salement. Mon poplitée me relance, j'avais eu ça il y a quelques années et j'avais mis 6 mois à m'en sortir. Finalement ça ne durera pas mais je perds 3 semaines de préparation sérieuse.
Au moment où mon genou me laisse tranquille, ma copine me quitte. Je ne m'y attendais pas, je suis au fond du seau, mais vraiment tout au fond (et j'y suis encore d'ailleurs, spéciale cace-dédi à vivi qui suit mes aventures sur le topic nigauds). Je n'arrive pas à bouffer pendant une semaine, et pas convenablement pendant 3 semaines. Je perds 6 kilos
, je ne cours qu'en EF, mais je cours, c'est le seul moment où j'ai pas encore de me jeter du haut d'un pont.
Quand je sors la tête de l'eau, on est déjà début juillet. Je me dis que je peux encore viser sub1h30, que je dois me sortir les doigts du cul et qu'après tout, la course à pied c'est le seul truc qui me donne envie d'être demain. Je m'arrache à l'entraînement, je me trouve une petite course à Munich pour me sortir les tripes, et la préparation avance bien. J'y crois, et j'y croirai presque tout l'été.
J'étais plutôt sur une pente ascendante jusqu'à fin août, et le retour à Paris aura mis fin à tous mes espoirs de sub1h30. Dès que j'ai foutu les pieds dans cette ville maudite j'ai vraiment accusé le coup à l'entraînement
. J'atteins ma FCM (pas atteinte depuis 3 ans) sur une séance d'allure cible et j'abandonne au milieu, mon allure d'EF explose, je suis en difficulté à toutes les allures. Je ne sais pas si c'est dû au fait que j'ai pas mal tiré sur la corde tout l'été, ou si c'est lié au fait que personnellement le retour à Paris est atroce (revoir mon ex, aller chercher mes affaires dans notre ancien appartement, voir les affaires de quelqu'un d'autre dans l'appartement), mais en tout cas tout part en couilles dans mon entraînement. Je fais une pause d'une grosse semaine dans ma préparation, et j'enterre mes espoirs de sub1h30
.
Du coup, depuis un petit mois, je vois cette course avec beaucoup plus de sérénité, je me mets moins de pression
. Je veux profiter du parcours dans ma ville, pas agoniser pour atteindre une barre que j'ai très peu de chances de faire tomber, et dans le pire des scénarios échouer à quelques dizaines de secondes (je me permets de commenter ce point après avoir fini la course, le relire après avoir couru le semi c'est rigolo
).
Je vais fermer mon ordinateur dans 2 minutes et j'espère que je vais m'endormir vite, parce que j'ai qu'une hâte, celle d'être demain, au départ de cette putain de course et de défoncer mon PR pour que ces 5 mois aient un peu de sens, quelque part.
D-Day
Le réveil sonne à 5h30
, mais je n'arrive pas à me tirer de mon pieux avant 6h. Je me rends compte que j'ai du retard sur mon planning, je file dans la cuisine me faire un bol de pâtes avec deux knakis, un café, un prince. Je m'enfile 1,5L d'eau en 15 minutes aussi, j'ai tout bouclé avant 6h30. Je fais un tout petit khâkhâ
, ce qui ne me rassure pas, j'ai peur de revivre mon mal de bide du semi de Munich. Bon je vais pas mettre les doigts non plus hein
, alors je reprends ma préparation.
Je mets mon dossard sur mon T-shirt du marathon de Stockholm (ouais on a un T-shirt de préparation, il est pas si mal). Ma maman se lève au moment où je pars, je lui fais un bisou en la remerciant de gâcher une grasse matinée pour venir me voir mettre un pied devant l'autre. Une petite photo selfie pour HFR et en voiture Simone.
Bon en vrai je prends le bus, celui qui part en bas de chez moi est direct jusqu'au départ de la course. Bon par contre j'ai bien bu, je pisse juste avant de partir, entre chez moi et le bus, entre le bus et le départ, deux fois dans les toilettes à côté des consignes. et j'avais encore un peu envie à 5 minutes du départ.
Le bus est plein de gens qui courent, la presqu'île est noire de coureurs, l'ambiance est vraiment super, je suis de super humeur, il fait encore beau et bon
. Après avoir posé mon sac à la consigne j'attends à l'entrée du SAS, notre point de rdv avec Baihel. On retrouve un copain à lui et on rentre finalement dans le SAS. Il est déjà assez plein, on sera pas bien placés. On s'échauffe comme on peut et on se place autant à l'avant que possible, c'est à dire en plein milieu de SAS
L'attente me paraît longue
, j'ai envie de partir, vite, je suis impatient. Je ne suis pas très tendu mais j'ai envie d'en découdre. On papote avec Baihel et son copain en attendant le départ qui a lieu bien à l'heure à 9h02.
Km 0-4 : Les deux premiers kilomètres sont über relous
, il y a beaucoup trop de monde, et tout le monde part trop lentement pour les objectif du SAS (42' au 10, 1h35 au 21, 3h15 au 42). C'est compliqué de pas se perdre avec Baihel, en plus j'ai vraiment des sensations affreuses, je le sens pas du tout. J'accélère dans les km suivants pour rattraper le retard pris et être aux alentours de 4'20/4'21 de moyenne depuis le début, plus ou moins ma cible. Baihel préfère rester prudent et me laisse partir un peu avant le tunnel de la Croix-Rousse.
Km 4-8 : Le tunnel me fait douter, je n'ai évidemment plus de signal donc plus d'allure, il fait chaud et étouffant
. Le tunnel amplifie tous les sons, j'essaie d'écouter simplement le rythme de mes pas, de mettre le pilote automatique, presque en fermant les yeux. Le split 5km est encore sous le tunnel, je passe en 21'39, pile dans l'objectif
, ça me rassure un peu. On sort un peu avant le 6e, Baihel me rattrape pile à ce moment-là, je suis content de ne plus être tout seul. Premier ravito aussi, je me force à beaucoup boire et je me vide le reste d'une bouteille sur la tête. Je suis un peu encore en difficulté quand on s'engage sur les quais. Baihel mène la danse, je préfère ne pas prendre complètement son rythme et simplement de ne pas le perdre de vue. Grand bien m'a pris, un peu avant le km 8 je vois mes parents sur le bord de la route
, ça me fait très plaisir et je reprends du poil de la bête
, je mets un peu de charbon et je recolle à Baihel.
Km 8-12 : Je ne suis pas au top de ma vie au 8e kilo, mais je me rends compte que mine de rien on a fait un gros tiers de la course
, et ça me paraît pas si insurmontable de faire encore deux fois ce que j'ai dans les pattes. Baihel a l'air dans une forme olympique
, il a une belle foulée, il papote avec un mec qui porte ses pompes au gros chat, il me dit qu'il se sent bien et qu'il risque d'accélérer au 15ème. Je me dis que ça peut être pas mal de le suivre jusqu'au 15ème, mais je ne m'imagine pas accélérer dans 6/7km. A partir de là, je rentre dans un cercle vertueux, je me mets à penser au marathon d'Angelus et je me dis que ça va peut-être mieux se passer que prévu
. Quand on passe au 10ème en 43'14, je suis assez euphorique. Je me dis que ça va vraiment bien, on est dans les temps pour sub1h32, je serais vraiment content de claquer un chrono comme ça. On garde le cap plus ou moins, je revois mes parents encore une fois, et à l'amorce au 12ème kilomètre ça va vraiment pas mal, je parle un peu à Baihel mais il me dit qu'il commence à piocher et qu'il ne va plus trop parler.
Km 12-16 : Je n'ai pas envie d'accélérer, je pense être pile dans la bonne allure, je me mets donc en pilote automatique et je fais le lapin. On serpente dans les allées du parc de la tête d'or, j'essaie de pas trop faire mon sentimental mais c'est compliqué. J'ai commencé à courir ici, je les connais par coeur ces allées
. Bref, ça tient, ça se corse un peu mais ça tient. Pas grand chose à signaler.
Km 16-20 : Vers 16.5km, je me rends compte que l'allure moyenne a un peu baissé à 4'21
(oui j'ai pas mis d'auto-lap), ça me vexe un peu et je me dis que je peux maintenir à 4'20 minimum, alors je me remets un coup de fouet. Et ben putain, cette micro-accélération me fait du bien, je me sens mieux, plus à l'aise, plus fluide
. J'ai l'impression d'avoir lâché Baihel mais je me dis que maintenant je dois voler de mes propres ailes, je crois que je peux me faire mal tout seul sur ce qu'il reste. Je garde le rythme. A partir de maintenant je ne vais faire que doubler des gens, par semi-remorques entiers
. Un peu après le Km 17, j'ai une remontée de mon gel dans l'œsophage, ça sent le micro vomito. J'échappe au pire mais je crache quelques morceaux quand même. Ça va toujours, je ne sais pas si je maintiens ou si j'accélère un peu mais je commence à me mettre dans le dur
. J'ai du mal à savoir ce dont je suis capable, j'ai peur de trop accélérer et de finir le dernier km n'importe comment. Je ne me connais clairement pas assez bien. On rentre à nouveau dans la presqu'île au km 19, on passe dans des coins qui me sont chers, je suis suffisamment lucide pour profiter et me dire que c'était vraiment une bonne idée de courir ce putain de semi. J'hésite à laper à ce moment là. Je sais que quand je le ferai je vais être obsédé par mon allure et je vais vouloir claquer un gros chrono jusqu'à la fin. J'ai encore un peu peur, j'attends.
Km 20-21.17 : Quand je passe sous le portique du 20ème je me dis qu'il peut plus rien m'arriver, alors allons-y, game on
. Je lap et je mets les cannes, je suis d'emblée à 3'52, je me dis que ce serait beau de passer le dernier km sous katokilo. Je débranche le cerveau, je double les gens comme un skieur en slalom olympique, je m'arrache la gueule, je suis fou d'enthousiasme
. Quand j'entre sur la place Bellecour à 600m de l'arrivée je fais un calcul rapide et je me dis que je peux peut-être sub1h30. Je me lance dans un putain de sprint de 200m (je monte à 195 bpm, je viens de m'en rendre compte). Mais à 400m de l'arrivée je me rends compte que j'ai calculé n'importe comment et que pour sub1h30 j'allais devoir battre le RM du 400
. Du coup je relâche et je me concentre sur sub katokilo. Pile à ce moment là j'ai l'énorme surprise de voir une de mes meilleures amies
, une amie d'enfance qui est venue me voir avec sa mamie, je ne le savais pas. J'essaie de lui faire signe comme je peux mais je suis au bout de moi-même
, de l'extérieur ça ne ressemblait sûrement à rien. Je m'arrache pour les derniers mètres mais ça bouchonne à l'arrivée entre les coureurs du 10km partis dans les derniers SAS et les coureurs du semi dans les premiers SAS. Du coup je suis presque obligé de marcher sur les 10 derniers mètres.
J'arrête le chrono à 1h30'41, avec un 21ème kilomètre à 3'53, je suis aux anges. Quelques secondes après avoir passé la ligne, la flotte commence à tomber, puis même pas 1 minute après c'est le déluge. Mais un déluge mes amis ! Je me dépêche de récupérer mes affaires et de me mettre à l'abris. On se téléphone pour se retrouver avec Baihel, l'occasion de se rendre compte qu'en fait on a fini très proches. Lui aussi s'est bien sortis les doigts sur la fin.
Petite photo pour le fofo, et zou retour à la maison et au sec.
Bilan :
- PR (vieux de 5 mois) explosé de près de 7 minutes
- Mon meilleur souvenir de CàP, et ça va durer. C'était un super semi et surtout dans cette ville chargée de pleins de choses pour moi
- C'était super de courir avec Baihel, grosse différence de pas être tout seul.
- Je ne pense pas que j'aurais pu sub1h30, désolé vivi. Du moins j'avais peut être les jambes pour, mais j'aurais sans doute paniqué à un moment de la course vue la difficulté que j'ai éprouvé en étant en dessous de l'allure nécessaire sur un tiers du semi. Ce n'est peut-être qu'une question d'expérience de connaissance de moi-même, mais ça compte ! Je n'ai au-cun regret.
- J'ai hésité, mais c'était une riche idée de ne jamais regarder ma FC, qui a été stratosphérique comparée à mon précédent semi. J'ai couru à 184 bpm de moyenne, et j'ai été aux alentours de 178-180 très très rapidement. Si j'avais regardé j'aurais directement rétrogradé. J'ai couru mon précédent semi à 173, je n'aurais jamais imaginé être capable de courir 1h30 à 184 de moyenne. Bref, je ne regarderai plus jamais ma FC en course, c'est un coup à faire de mauvais choix.
- Temps officiel de 1h30'35, classement général de 467/9266, j'attends le détail des classements aux temps intermédiaires en fin d'après midi, je pense que je vais me palucher un peu
- Les Wave Inspire, c'est le bien.
- J'ai quand même battu le RM du 400, et ça va durer, 17s
Faut que je contacte strava, tous mes Best estimated effort sont niqués à part celui du semi.
Voilà le lien : http://www.strava.com/activities/203468587
Merci si vous m'avez lu
edit : classement réel : 371/9266, c'était un classement brut le 467
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Mon passeport est couvert d'encre comme le dos d'un Yakuza | Séraphin on tour | STRAVA