Examen N4, samedi 18 juin
Dernier jour et dernière épreuve pour notre groupe : le mannequin à 10h.
L'autre groupe a une journée chargée : assistance à 40m le matin, RSE et DTH en début d'après midi.
Pour notre groupe, c'est presque des vacances ! Nous avons eu de la chance avec le tirage au sort.
Avec Speedy Ben, nous avons convenu de nous retrouver une demi-heure avant l'examen sur le plan d'eau pour nous échauffer.
On en profite pour peaufiner les alignements, je lui explique les miens, lui les siens, on est tellement bien alignés que l'on se croise sur le dos, on se cogne tête à tête.
Échauffement d'apnée en surface, on ne veut pas taper dans les tympans.
10h, les instructeurs préparent l'atelier, le plan d'eau est assez calme, en revanche la brume s'installe sur Marseille, les amers (repères visuels) s'effacent peu à peu. Il faudra faire avec.
C'est la dernière épreuve, certains sont décidés à lâcher les chevaux, d'autres à assurer car l'apnée fait peur à tous, on est cuit par la semaine, les tympans sont douloureux, personne n'ose descendre à 6m pour l'échauffement.
Le numéro 2 est appelé, c'est mon tour, je lance mon chrono et je pars vite, très vite, trop vite sur le premier 50m en 38s, habituellement, je mets 45s. Mes camarades me diront après qu'il gueulait pour que je ralentisse avant d'exploser. Je passe au 100m en 1mn30, j'ai vraiment ralenti pour préparer l'apnée de 20s dans la foulée. Je descends retrouver cet abruti sous l'eau, je le déplace de 4m dans le sens du départ, c'est bon l'apnée est tenue, je remonte en 21s, je ne risque plus l'élimination. Il ne reste plus qu'à retourner chercher ce gros manchot de plastique et à le tracter pendant 100m, 100m d'efforts en essoufflement. Je palme comme une brute, les amers sont bons d'un côté, cachés de l'autre, j'entends les encouragements de mes camarades d'effort sur le quai.
Top c'est fini. Les instructeurs me prennent en charge, ils récupèrent le mannequin. Stop les gars, attendez ! J'embrasse le mannequin sur la bouche, le dernier de ma vie de plongeur. Et Dieu sait qu'il est moche.
4mn55, j'ai explosé mon record à Niolon, j'ai tout donné, je ne pouvais pas faire mieux. Mes copains me rassurent sur la partie technique, tout était propre : canards, apnée, tenue du mannequin, amers. Aucun regret. A moi de les encourager maintenant.
Tout le monde est cuit, ça se voit, aucune pêche dans les jambes.
José nous fait un superbe tractage, avec le sourire, en nous faisant des petits signes. Bravo José, belle lucidité dans l'effort.
C'est à Ben de partir, quel temps va-t-il exploser ?
Il part très lentement (tout est relatif quand même avec lui) il a peur aussi de l'apnée alors que c'est son point fort. Il tient facilement les 21 secondes et repart après trois secondes de recup au lieu des 10. Il produit alors son effort, les amers sont parfaits jusqu'à 10m de l'arrivée, il dévie alors de 45° jusqu'à l'arrivée, il va perdre qlq points pour ces derniers 10m, dommage. Ben finit en 4mn52, il est cuit lui aussi. Superbe mon grand, tu t'es laché.
L'examen est fini pour notre groupe, rinçage, séchage et rangement du matériel.
Toto, Denis et moi allons partir faire les courses pour l'apéro de ce soir et acheter des cadeaux pour nos instructeurs.
Mais avant cela, nous attendons le passage au mannequin de Christian à 14h. Christian a échoué à son mannequin hier, à cause d'une contracture. Il le repasse aujourd'hui, tout seul, sans spectateur, alors que sa journée compte au programme la plongée à 40, la RSE et la DTH. C'est sa dernière chance et pour éviter une trop forte pression, les moniteurs ou lui-même, je ne sais pas, demandent à ce que l'on assiste pas à son passage.
Nous sommes quand même plusieurs à nous planquer dans les arbres et attendons silencieusement. Il part lentement, il veut assurer et ne pas se faire mal, il sait qu'il va souffrir lors du tractage. L'apnée est bonne, les canas pourris, il oublie le signe de détresse, on s'en fout, il le tient son mannequin. Enfin, il le tient ... Il l'étrangle, le noie un peu, ses copains d'entrainement à côté sont fous, Christian a oublié la technique pour porter correctement un mannequin. Peu importe, il est parti pour 100m à deux à l'heure, on sent qu'il peine sur les jambes. Il doit faire moins de 8mn, il fait demi-tour en 5mn, ça passe. Il reste 50m. Avec les jambes, oui ça devrait passer, sauf qu'il ne palme plus, plus de quilles, il nage uniquement avec son bras libre. Le temps défile, il va le faire limite mais ça va passer ...
Il finit en 7mn30, contrat rempli. On gueule, on siffle, on applaudit.
Il est épuisé, les instructeurs s'occupent de lui pour qu'il ventile. Chapeau bas, Christian, quelle abnégation ! Et dire qu'il part sur le champ pour sa RSE et sa DTH. Merde pour ces deux épreuves.
Direction Décathlon pour les cadeaux et Carrouf pour l'apéro.
J'ai un budget de 270€, on souhaite acheter 3 cadeaux marquants pour Serge, notre président de comité technique départemental pour l'organisation depuis le début de la saison, Denis le président du jury et évidemment Lionel, le directeur du stage. Pour les autres, on a prévu d'acheter des merdouilles marrantes.
Ce que vous venez de lire a été écrit samedi jusqu'à 17h.
Voici le résumé du reste de la journée, rédigé aujourd'hui dimanche, car je n'étais pas en état d'écrire quoi que soit.
C'est du brut de décoffrage comme pour les autres jours.
17h30, les jurys convoquent tous les stagiaires N4 et MF1. Les jurys sont mélangés, tous les stagiaires sont tendus, même si l'on se doute quand même du résultat. Certains ont peur d'avoir merdé la théorie passée il y a 10 jours, d'autres d'être justes sur la pratique. On ne connait aucune note, sauf celles glanées ou chuchotées ici et là.
Dans son discours, Denis, notre président de jury, insiste sur la nécessité de recentrer notre vie autour de la famille et du boulot une fois le stage terminé. Nous savons combien il a raison, les sacrifices imposés à nos proches ont été importants pour être présents devant ce jury.
Commence alors la remise des diplômes.
Sergio, MF2, ancien moniteur du club, qui me connait depuis 10 ans et qui m'a fait passer mon niveau 2 s'avance, il me regarde et se lance dans un bref discours dont je ne me rappelle plus les termes, désolé. Je sens l'émotion monter, je sais que ce diplôme est pour moi, ça y est je suis niveau 4 !!
Tout le monde applaudit, j'y suis arrivé.
Je suis particulièrement touché et ému que ce soit Sergio qui me le remette. C'est grâce à lui que je suis là, c'est lui qui m'a poussé à passer ce niveau, il m'a mis le pied à l'étrier à Marseille, lui et sa chérie jouant les niveaux 2, une des plongées les plus catastrophiques de ma vie, elle me servira d'expérience. Je sais qu'il n'a jamais douté de moi, alors que j'ai longtemps douté de mes capacités. Il est souvent venu voir comment j'allais durant les week-ends fede ou le stage final. Je me doute bien qu'il avait des info via ses camarades moniteurs. Il n'a jamais rien laissé transparaitre, m'a toujours écouté et calmé quand je râlais après certains moniteurs ou ne comprenait pas l'intérêt de certains exercices.
Je ne sais comment te remercier, Sergio. Merci du fond du cœur.
Je regarde longtemps ce papier cartonné, la remise des diplômes s'égraine en alternance avec les MF1. Je sens qu'on me tape le dos, qu'on me félicite, je suis dans un nuage, je ne réponds pas, je l'ai enfin ce diplôme.
Si on prend un peu de recul, c'est débile ! La plongée n'est qu'un loisir, on ne joue pas sa vie familiale ou sa carrière professionnelle sur ce diplôme. Sauf que les sacrifices imposés à nos proches depuis 9 mois, le temps consacré à bosser au lieu d'être avec ses enfants, ses amis ou collaborateurs engendre de fait une pression, une tension qu'on pourra juger démesurées par rapport à l'enjeu. Au début, on n'y fait pas attention mais plus le temps passe, plus la pression est importante, elle s'impose à nous alors que nous sommes des grands garçons, mais c'est impossible de prendre du recul. Nous n'avions qu'une envie en arrivant à Niolon : il faut que cela se termine.
Je regarde autour de moi, tout le monde a son diplôme.
Toto bien sur, il me fait un clin d'oeil. Il est fier,moi aussi, je l'avais dit à Bob la veille qu'il l'aurait.
Patrick, mon compagnon d'entrainement aussi tient son carton, il arbore une grand sourire, Philippe, autre compagnon d'entrainement attend le sien, Speedy Ben évidemment, JC, Gérard et Thierry, mes partenaires de plongée de la semaine, Denis et Pierre malgré leurs lacunes en théorie, Christian avec son mannequin sur un bras : ils sont tous diplômés, je suis content.
Les deux filles l'ont aussi, Caroline et Françoise, quel mérite ! elles ont réalisé les épreuves de nage dans les mêmes temps que les garçons alors qu'elles avaient leur propre barème. Chapeau les miss.
J'attends que le nom du major soit dévoilé.
Rien ne vient, la remise des diplômes est terminée. Tout le monde bouge se congratule.
Toto, le premier me semble-t-il, vient me féliciter, il me dit qu'il est heureux et fier de moi, je le suis évidemment de lui. Quasiment tous les stagiaires m'entourent et me félicitent, je les félicite en retour. Je ne comprends rien en fait, Toto me dit : "t'es major, mon pote !! t'es major !!" Il m'embrasse, je ne comprends pas, le major n'a pas été nommé.
En fait, je n'ai pas compris le discours de Sergio. Quand je l'ai vu s'avancer en me regardant, je savais que c'était pour moi, je n'ai pas entendu grand chose de ce qu'il a dit.
Je suis le premier diplômé, je suis major de promo mais je m'en fous, sincèrement, j'ai mon niveau 4, c'est cela l'important.
Quand je me retourne vers Patrick et Philippe, ce dernier a les yeux rougis, il n'a rien dans les mains. Merde, il n'est pas diplômé.
Il est le seul de la promo de 27. Fait chier. Patrick le console, des instructeurs le prennent à part, dehors, pour lui expliquer les raisons. La fête est un peu gâchée, ça fait mal quand on connait le temps qu'il a consacré pour se remettre au niveau physique après plusieurs pépins, les sacrifices familiaux, les 4 soirs par semaine sans voir ses enfants en bas âge passés à s'entrainer en piscine, en lac à Miribel ou Chamagnieu. Apparemment, ses remontées de 40m n'ont jamais été bonnes, que ce soit durant le stage final et durant les examens. Trop de stress mal géré. Le jury n'avait pas d'autre choix que de le recaler sur la partie technique. Il conserve ses notes de théorie pendant 9 mois s'il veut repasser le niveau 4 ailleurs. Patrick lui promet de poursuivre l'entrainement avec lui jusqu'à son niveau 4. Il l'aura c'est sur, il faut qu'il travaille sur la gestion de ce stress, il le sait, on en a discuté en voiture en rentrant sur Lyon.
La remise des prix continue, mais côté instructeurs maintenant.
Les MF1 remercient les leurs avec quelques cadeaux.
Côté N4, nous avons des cadeaux pour tout le monde, pas sur que cela plaise ...
Avec JC, on appelle un à un tous les moniteurs qui font du "TEK", la plongée TEKnique.
Pour compenser leur problème de parachute (l'un qui met trois heures à sortir le sien, l'autre qui utilise une bonbonne d'air pour le gonfler ...), les filles leur offrent à chacun un parachute en plastique pour enfant, gonflable à la bouche. On dirait une longue suacisse de 80cm de long. Tant pis si cela grince, c'est un peu vache pour certains moniteurs qui ont été parfaits à tout point de vue, je ne sais pas de quel couleur sont les rires mais je m'en fous, on s'est bien marré avec Toto et Denis quand on a vu ces parachutes chez Decat.
On appelle ensuite les autres moniteurs, on leur signale en rigolant qu'ils sont un peu juste en natation (ce qui n'est pas vrai), surtout comparés à des stagiaires N4 affutés comme des pures sang. Du coup, nous leur offrons des bouées brassards multi-color pour ne pas couler. Là, les moniteurs se marrent franchement.
Nous continuons la remise avec Serge et Denis, c'est pas grand chose, une sacoche pour détendeur, mais on veut marquer le coup. Je les remercie au nom de tous, Denis semble très touché par notre geste, il sort très vite les yeux humides.
Je ne m'en aperçois pas car je termine la remise de nos récompenses avec Lionel, jeune maitre Yoda, qui a dirigé le stage de main de maître, le sourire aux lèvres, jamais un mot plus au que l'autre en ce qui nous concerne (je pense que cela n'a pas été le cas avec les moniteurs), compétences et gentillesse. Nous sommes tous du même avis le concernant : ce type est génial, il donne envie de le côtoyer. Et ce ne sont pas les 8 stagiaires N4 qui sont dans même club que lui qui me démentiront. Merci Lionel.
Nous passons ensuite un moment à la chasse aux tampons pour consigner nos plongées sur le carnet. Je rejoins Denis et l'informe de l'existence de ce document. Je ne sais pas si je le lui enverrai. Dans quelques semaines peut-être quand j'aurai pris un peu de recul.
La suite, vous la connaissez certainement.
Nous avons fini très tôt ce matin, très fatigués et imbibés.
Il y a eu un paquet de tournées, chacun avait ses raisons de mettre la sienne. Tout le monde a regagné son lit, certains plus difficilement que d'autres, transportés sur un dos, une couverture ou tout autre moyen permettant de coucher un stagiaire fatigué. La pression et la fatigue ont été telles durant cette semaine que lorsque la soupape a sauté, il n'a pas fallu beaucoup de verres pour que notre cerveau parte loin, loin ...
Voila, c'est terminé, je ne vais pas me lancer dans les remerciements, j'en ai déjà fait quelques uns. Je vais en faire un général : merci à tous pour vos commentaire, messages, SMS. Ce soutien était indispensable.
Quelques bonhommes qui m'ont marqués :
Toto, mon pote, on s'est découvert en novembre dernier, on ne se quittera plus. J'attends le resto avec Bob avec impatience, j'imagine les plongées qu'on va pouvoir se faire tous les trois.
Patrick et Philippe, mes compagnons d'entrainement. Ce niveau 4, je l'ai gagné grâce à vous. Vous avez obligé une grosse feignasse à se bouger. A mon tour Philippe de te rendre la pareille.
JC, mon vieux. En fait, c'est lui le plus vieux du stage, c'est pas Gérard comme je l'ai écrit, mais ils se tiennent dans un mouchoir. Quel ange ce JC, tout en finesse, un plaisir de discuter avec toi. Quel sérénité sous l'eau. Je te souhaite de pouvoir te lancer dans l'archéologie sous-marine, quel beau projet !
Benjamin, le nageur. On nous a souvent opposé sur les épreuves physiques, apparemment des paris étaient pris sur nos têtes pour le major, je ne l'ai su qu'hier soir durant notre beuverie. Mais nous, nous n'avons jamais été en opposition, au contraire. Quelle opposition pouvait-il y avoir ? tu as trois classes de plus que moi sur les épreuves physiques. On a pas arrêté de discuter, de s'aider, de s'échauffer ensemble. Passe vite ton MF1 et largue les amarres pour ton tour du monde à la voile. On se revoit en septembre pour le GC4.
Thierry, Nicolas, Christian, Gérard, Caroline. Vous formez un groupe splendide, vous donnez envie de plonger dans votre club, ouvrez une section enfants
. Thierry, tu m'as donné à voir la plus belle RSE de ma vie. Je ne savais pas que cet exercice pouvait être beau. Tu avais la grâce d'un apnéiste, tu étais un ange sous l'eau. C'est difficile à croire quand on te connait au dessus. Je te chambre, Monsieur le President, félicitions.
Et tous les autres, bravo à vous, c'est rare d'avoir une telle ambiance dans un groupe aussi important.
Je ne dirai rien d'autres sur les instructeurs que vous ne savez déjà, mon admiration pour Denis Martin. Quelle chance j'ai eu de faire ma première plongée du stage avec lui ! il a tout débloqué en 10 minutes pour JC et moi. Pour la première fois de ma vie, j'ai eu l'impression de pouvoir faire ce que je voulais quand je le voulais exactement comme je le souhaitais. Quel pied !
Je ne peux pas passer à côté de Lionel, un super organisateur, un super plongeur, un superbe bonhomme. Je me souviendrai longtemps de nos soirées sur la terrasse du bar à bosser l'un et l'autre pour nos sociétés respectives, dans le noir, chacun devant son écran. Et entre minuit et une heure : on va se coucher ? Ouais, ce serait bien !
Maitre Yoda, jamais un surnom n'a collé aussi bien à une personne. Et pas pour le physique, oh non.
Voila c'est fini.
Ce journal vous a permis d'avoir une vision très subjective d'un examen fédéral. Je me suis éclaté à le faire.
C'était aussi une nécessité pour moi.
J'ai vécu une belle expérience, appris énormément, rencontré des gens beaux, et surtout je me suis retrouvé. C'est pour cela que je me suis autant investi dans ce journal.
PS :
Hier, je n'en avais rien à faire d'être major de promo.
Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Quand je vois la fierté dans le regard de mes filles, je me dis que j'ai bien fait de me bouger les fesses. Je suis fier.
Merci ma chérie d'avoir permis que je vive cela.
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à mon âge, on ne me suce plus, on me mâche