Petit CR d'un week-end passé au pied du Ventoux, à Sault
J'ai loué un vélo pour l'occasion chez Albion Cycles, bon emplacement, bon accueil, ouvert 7/7. J'avais réservé un Giant Defy Advanced en 105, freinage disque, 50-34 / 11-34 donc parfaitement équipé pour la région et mes capacités. Je suis juste venu avec chaussures + bidons, ils m'ont fourni le casque et j'ai pu installer mon compteur et ma selle sur le vélo. Réglages, changement sur place et roule ma poule
La première journée j'avais prévu un grand tour avec le Ventoux, je connais un peu la région pour y avoir vécu il y a quelques années mais j'étais toujours monté par Bédoin, du coup cette fois-ci je me dis pourquoi pas Malaucène et descente par Sault. La météo est pas terrible, très nuageux avec pluie annoncée en fin de journée et pour une bonne partie du week-end, mais bon maintenant que je suis là je vais pas me dégonfler
Je pars vers Montbrun, Aurel pour contourner le Ventoux et je choisis de monter les petits cols des Aires et de Fontaube pour rejoindre la vallée de l'Ouvèze. C'est roulant, c'est beau, et y a personne à part quelques cyclos
Arrivé à Mollans je bifurque vers le col de Veaux, court mais qui se prolonge avec quelques toboggans pour rejoindre Malaucène que j'atteins après 2h30/60 km. Je me trouve un sandwich au jambon et m'interroge sur la suite à donner à cette entrée en matière. Les jambes sont bonnes, la météo a l'air de se maintenir et j'ai bien envie d'aller faire une petit boucle dans les Dentelles de Montmirail avant d'attaquer le Ventoux. Je réfléchis pas longtemps, direction Le Barroux, La Roque Alric, Lafare, Suzette, c'est toujours aussi beau mais il fait chaud (relativement) et j'avais un peu oublié que l'enchaînement col de Suzette - col de la Chaîne sans être vraiment difficile (7 km à 4,5%) pouvait rester dans les jambes. Je gère mais j'y laisse quand même un peu de jus et retrouve Malaucène après 85 km / 1200 D+, et il reste le Ventoux
Remplissage des bidons de divers liquides sucrés et je me lance dans l'ascension, 21 km à 7,8% de moyenne, il est 15h30, je table bravement sur une arrivée au sommet pour 17h
En vrai la première partie de la montée se passe plutôt bien, c'est un peu irrégulier mais toujours autour de 6/7/8%, les jambes sont là, je mets même un peu de braquet en mode "allez t'es grand t'es très très grand tu vas faire un temps"
J'ai pas le profil en tête mais la suite est presque facile, quelques kilomètres à 4/5%, ça tourne toujours bien en passant la barre des 5h, je double du monde, si on excepte les motos qui montent à pleine blinde et les Fangio qui se déportent pour prendre les virages à la corde avec leur 205 tunnée ce serait presque agréable cette histoire
Et là c'est le drame, un premier kilomètre à 11% de moyenne
puis un second
puis un troisième
J'ai l'impression que c'est sans fin, pas de récup possible, je serre les fesses avec qui me reste de tonus musculaire et j'avance. Strava me donne 3,4 km à 11,1% de moyenne sur cette section
Arrive le Mont Serein, répit, joie, mais pas de pause pour les braves, il reste 5 km à 8% de moyenne et ça se couvre sérieusement, j'enchaîne même si j'avance plus très vite
Assez rapidement j'atteins le plafond nuageux et il se met à pleuvoir
Ca devient vraiment dur, j'ai mal un peu partout, je commence à manquer d'eau et j'y vois de moins en moins entre la pluie et le brouillard qui s'épaissit autour de moi. Les 2 derniers kilomètres sont une souffrance, je suis trempé, on y voit pas à 10 mètres et ça devient dangereux avec les voitures qui descendent, je manque même la petite rampe pour les vélos pour monter vers l'antenne (que je ne verrai jamais)
Finalement j'atteins le sommet après 1h55 d'effort, 870 m/h et donc loin des 180 watts standard, ma première pensée est pour pulpipi (bien sûr) et je suis envahi par la honte d'être non compliant hfr. Cela dit il fait 10°C, la pluie tombe à l'horizontale, on y voit rien à part quelques vaillants cyclistes qui attendent pour la photo souvenir devant le panneau. J'ai un vague flashback de la dernière vidéo de GCN et je prends le parti d'enfiler le coupe-vent et de commencer la descente sans traîner
La descente est apocalyptique, torrents de flotte, pas de visibilité, buée sur les lunettes, je manque de me prendre un patou qui fait sa ronde et je bénis les freins à disque et les Conti Gatorskin montés sur le vélo, l'adhérence est parfaite en courbe et j'arrive entier au chalet Reynard où je me ravitaille en Oasis Tropical à 15€ le litre
Dans la suite de la descente vers Sault ça se calme un peu mais j'ai les bras qui tremblent à cause du froid, heureusement le vélo répond très bien, mes trajectoires sont propres et je relance à chaque sortie de virage pour me réchauffer, en restant concentré je finis par arriver à Sault en entier et complètement survolté par l'adrénaline, c'était trop cool j'en voudrais presque encore
(non)
Bilan 133 km et 2895 m D+ en 6h20 roulé (7h20 avec les pauses)
J'avais aucun repère sur la montée par Malaucène et sans doute que ça m'a pas aidé, mais au final j'ai trouvé ce versant bien plus dur que celui de Bédoin, beaucoup plus irrégulier et exigeant dans la gestion, c'est à savoir avant de se lancer !
Le lendemain après les orages j'ai pu aller faire un tour du côté des gorges de la Nesque et remonter sur le plateau par le col des Abeilles, un classique du coin
Comme ça a été dit plus haut la route a été refaite en mai, un vrai billard, et ça vaut le détour
