Reprise du message précédent :
Sources Weixin par le courrier internationnal
https://www.courrierinternational.c [...] -ia_245082
Deux caméras sont accrochées à l’avant et à l’arrière de la salle de cours de l’université : l’une filme les étudiants, l’autre le professeur.
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Xiaoxi enseigne dans une université de second plan de la région Nord-Est. En septembre dernier, l’établissement a commencé à mettre en place un système de vidéosurveillance assisté par IA qui couvre désormais plus de 90 % des salles de classe. À sa connaissance, d’autres établissements supérieurs de la province les ont précédés, certains ayant posé des caméras dès mars 2024. Avant l’installation, l’université a organisé une grande réunion générale, plus d’autres en plus petit comité au niveau de chaque faculté. Xiaoxi souligne que l’invitation reçue pour y assister laissait transparaître une certaine fierté, celle d’avoir les moyens financiers d’installer un système aussi performant.
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“L’IA a surtout pour effet d’imposer des règles. Alors que, jusqu’à présent, c’était nous qui menions la classe, nous sommes désormais placés sous surveillance. On ne dispense plus des cours, on est en représentation.”
“J’ai l’impression d’avoir aliéné ma liberté à l’IA. Alors que je cherchais auparavant à rendre mes cours le plus intéressant possible, depuis que je suis sous vidéosurveillance, je fais surtout attention à ne pas commettre d’erreurs et à bien rester dans les clous. Le fondement même de mon enseignement n’est plus le même désormais en raison de cette surveillance”
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Par ailleurs, les conditions de travail des enseignants universitaires ont évolué. Une enseignante en poste depuis un peu plus de trois ans se plaint de l’encadrement trop strict des horaires de cours : il est impossible de commencer en avance ou de terminer plus tard. Lorsque la sonnerie retentit, même si elle n’a pas fini sa phrase, elle doit s’arrêter là. Elle cite le cas d’une de ses collègues qui avait décidé de terminer son cours deux minutes plus tôt pour répondre aux questions de certains étudiants et permettre aux autres d’aller manger. Après avoir été enregistré par le système de surveillance, cela a finalement été considéré comme une faute professionnelle, ce qui lui a valu d’être écartée de la liste du personnel pouvant prétendre à une distinction annuelle.
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Xie devait également se soumettre quotidiennement au diktat des données, des indicateurs et des évaluations. Il s’agissait de savoir combien d’articles il avait publiés, combien de fois il avait été cité, combien de financements privés il avait obtenus chaque année, combien de manuels il avait rédigés… Las d’être prisonnier des indicateurs d’évaluation de performance, à la fin de l’année dernière, il a choisi de quitter l’université. Faire cours était devenu pour lui un fardeau depuis que l’IA générait des données servant à son évaluation. Lorsque ses étudiants étaient en train de faire des travaux pratiques et que la salle était plongée dans le silence, il prenait soudain conscience de la présence des caméras, ce qui faisait surgir en lui de nombreuses angoisses. En effet, peu d’élèves occupaient les premiers rangs, et personne ne le regardait.
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Pour sa part, s’il avait dû retourner au lycée, ce genre de choses ne lui aurait sans doute pas posé problème, car il appartient à une génération qui a grandi sous l’œil des caméras. Il a effectué ses trois années de lycée sous le regard de ces dispositifs de vidéosurveillance installés dans toutes les salles de classe, sans que cela le fasse vraiment réagir, ni ses camarades ou ses professeurs. En fait, ce n’est qu’une fois à l’université qu’il a ressenti une certaine liberté d’esprit du fait de l’absence de caméras, et qu’il a pris conscience que ces appareils pouvaient constituer une atteinte à la vie privée.
Pour les élèves, ces deux petites caméras dans la salle de classe s’apparentent à des boîtes noires : ils ne savent pas quelles données elles enregistrent et n’ont jamais accès à l’interface d’administration du système. Cependant, pour l’instant, cela n’a pas d’incidence concrète sur leur vie de tous les jours à l’université. Des étudiants m’ont confié qu’ils se contentaient le plus souvent de placer leur tablette à la verticale pour que son contenu ne soit pas visible de la caméra qui leur fait face, leur dos faisant écran à la caméra fixée au fond de la classe.