Gluonk a écrit :
Bon, comme j'écoute Zappa depuis mes 14 ans, je ne peux pas résister à ce topic, qui d'ailleurs me réjouit parce que je vois plein de commentaires de gens passionnés et vraiment sensibles dans leurs critiques.
Je vais essayer de Chapiter mon long monologue, ça évitera de s'endormir LE RAPPORT A ZAPPA
Dégoût ou des goûts?
Qu'on soit audiophile passager ou véritable fan, il faut quand même souligner une certaine chose : écouter zappa (je parle de découvrir ses album aléatoirement) provoque une certaine gêne chez certains. - Cette gêne peut simplement venir de la très grande diversité du matériel sonore qu'il utilise, et de l'impossibilité ou très grande difficulté (je parle en terme relatif hein) de rattacher sa musique à une autre.
- Cette gêne vient d'un rapport, d'un feeling particulier que développe Zappa dans sa musique, et qui est basé sur un mélange d'intelligence aiguisée, de sarcasme, d'exploration et de délire "no limit".
- Cette gêne vient de la construction de ses morceaux, de l'utilisation perçue comme "abusive" de certains instruments.
... je n'ai plus d'idées pour expliquer d'où vient cette gêne, mais je l'ai clairement perçue chez certaines de mes connaissances qui me l'ont d'ailleurs confirmée. D'autant plus que certains album, comme Shut Up 'n' Play Yer Guitar, qui chez moi font couler à flot les émotions comme lors de l'orgasme vaginal d'une hystérique, n'entraîneront... aucune émotion voir de l'ennuis chez d'autres ! La raison en est probablement que différents types de personnalités peuvent vaguement se "définir" chez les êtres humains, et que ces types de personnalités peuvent parfois rentrer en conflit. Il nous est tous arrivé je pense de tomber nez à nez avec quelqu'un qui nous énnerve énormément dès les premières secondes, sans que l'on arrive à savoir s'il s'agit d'une paresse de notre part ou d'un type spécial de phéromones qui prennent mystérieusement d'assault notre hypothalamus. Il en est de même avec la musique de Zappa qui je pense de part son extrême personnalité/originalité provoque ce phénomène plus souvent que chez d'autres compositeurs.
Il faut donc, je pense, être d'une certaine manière sur la même longueur d'onde que Zappa pour pouvoir apprécier toute sa discographie sans éprouver de dégoût particulier. Autrement on ne fera que la survoler de manière sélective.
Du dégoût, j'en ai eu pour ma part, pendant une certaine période où je découvrais petit à petit sa discographie : mais comme je me suis senti très proche de ce compositeur, j'ai finalement plus tard repris goût à ce que j'avais délaissé, en m'étonnant d'avoir eu l'oreille si lâche. Actuellement je suis capable d'écouter absolument tout ce qu'il fait et d'en apprécier la juste valeur, ce qui je peux vous l'assurer demande beaucoup d'écoute de la totalité de son oeuvre musicale. Il n'y a pratiquement plus rien qui me paraisse paresseux de sa part ou complètement foiré : n'importe quel solo un peu bancal et peu inspiré, enregistré à l'arrache sur un bout de bande plein de friture par un aficionado lors d'un concert paumé, peut au pire me paraître "peu excitant", mais il déclenchera toujours en moi l'intérêt et la curiosité, sans aucun dégoût d'aucune sorte.
Parce que j'ai dû prendre conscience petit à petit qu'un cerveau entraîné et de bonne qualité, même s'il peut parfois dérailler ou manque d'inspiration, ne peut pas produire réellement de bouse.
Et surtout parce que l'originalité est un facteur important dans le processus ; et question originalité, tout le monde vous le dira (du novice au spécialiste) : ce type était une véritable corne d'abondance !
Fanatisme
Il faut quand même aussi souligner que le rapport à zappa peut devenir excessif, du fait de la prise de conscience progressive que l'on a affaire à une musique d'une qualité extrêmement haute, d'un staff de musicien extrêmement doué, et d'une originalité/stimulation extrêmement durable. Il peut devenir à la longue difficile (et c'est mon cas, ce le fût même très rapidement) d'écouter d'autres auteurs tant la musique de zappa met la barre très haut.
Je ressort péniblement, à 25 ans, d'un fanatisme zappaïen aigü, même si j'ai toujours été capable d'écouter tout style de musique et d'en apprécier la juste valeur ; mais j'écoutais Zappa tous les jours et ne laissait qu'une place infime à d'autres albums d'autres artistes.
Actuellement j'arrive à ne plus écouter tous les jours du zappa, bien que celà soit difficile, et à écouter des genres plus variés, tels que l'électro (Kraftwerk, Ecoplan, Schlammpeitziger, ...). Je suis même devenu à mon grand étonnement un fan de musique ambient (Brian Eno, Boards Of Canada, ...) et de TALKING HEAD (YEAAAAAAAAH!).
Zappa est un trou noir puissant, une créature qui s'est effondrée sur elle-même pour amener son originalité et son exploration au seuil de l'extrême. Toutefois comme il s'agit d'une musique de type construite et complexe, il est possible, à la différence d'un véritable trou noir, d'en sortir pour aller tutoyer Coltrane ou Bach. Je veux dire par là que l'intelligence appelle l'intelligence, et quand on passe de Tina Turner à Frank Zappa avec succès, on a tout de suite plus de facilité à découvrir le Jazz ou le Classique en ressentent des émotions profondes.
MA DÉCOUVERTE DE ZAPPA
Perso, j'ai écouté pratiquement que de la merde jusqu'à 14 ans : je passais en revue la minuscule collection (qui n'était pourtant pas si mauvaise) de vinyles de mes parents, et je ne retenais que ce qui était abordable pour mon cerveau, délaissant Talking Heads et Bowie, qui me paraissaient chiants...
J'écoutait même les compiles de Dance qu'on voyait en pub sur M6, c'est vous dire...
Le seul truc que j'adorais depuis le CM1 : les DOORS ! Ah ça, putain, qu'est-ce que j'ai pu en écouter. D'ailleurs je crois que c'est grâce à ça que j'ai gardé contact avec la bonne musique. Je pense que je n'aurais jamais pu développer mon éducation musicale sans eux. Alors au passage, gros, énORME hommage aux DOORS, qui ont produit une musique de qualité, inspirée, métaphysique et émotionelle, tout en étant accessible aux simples d'esprits ! Je pense qu'ils portent bien leur nom...
Un beau jour je tombe sur le seul album CD de ZAPPA qu'on avait chez moi : ONE SIZE FITS ALL. Je prend le CD, je le met dans la platine, j'appuie sur PLAY, il se passe 5 secondes, je change de titre 5 sec, je change encore et encore, et finalement je sort le CD et je le renvois d'où il vient. C'était sans compter sur la force gravitationnelle infinie du trou noir ZAPPA.
Le lendemain ou deux jours après, je me dit au fond de moi : "mais attend, c'est pas possible. Comment un truc aussi compliqué peut-il être de la merde?". Comme j'avais toujours été un cérébral, avide de questionnements et de recherche (même si j'avais des goûts de chiotte en musique), je n'avais pas pu louper le caractère familier de cette écoute assez spéciale. Spéciale parce qu'en réalité elle était TELLEMENT complexe et bizarre qu'elle avait produit en moi un déclic, par la force brute. Par l'excès, l'overdose, la violence extrême de la composition, ONE SIZE FITS ALL m'avait fait tomber de mon petit piédestal. Tout d'un coup le monde s'effrondrait autours de moi : pourquoi un type aussi spécial avait fait un album aussi spécial? Qui était ce type avec cette voix étrange, ces intonations à la saveur raffinée et aux texte exacerbé entouré de sons délirants et envahissants?
Autant de questions qui m'ont amené finalement à de nouvelles écoutes forcée, convulsives de dégoût, douloureuses, mais toujours avec une espèce d'attraction étrange aussi puissante que le "est-ce que dieu existe? Est-ce que j'existe vraiment?".
Je pense là aussi que ONE SIZE FITS ALL porte bien son nom : une taille pour tous, même pour les débiles dans mon genre !
UNE TAILLE POUR TOUS !
One Size Fits All. Mon dieu, quand j'y repense !
Aujourd'hui, 10 ans après, j'ai toujours limite les larmes aux yeux quand je me retape "Po-jama People".
Un morceau qui commence par un mini-solo introductif à la guitare, sonorité Jazz qui s'annonce.
Et là le type parle des gens qui l'ennuient à cause de... leurs pyjamas?
S'en suit un des solo les plus complexes et émotionnellement maintenu de tous les temps. Je sais qu'il est de prime abord prétentieux de déclarer untel ou telle oeuvre de "plus grand(e) de tous les temps".
D'autant plus que la discographie de zappa est jalonnée de solos extrêmement complexes et inventifs, et que des solos qui me font sortir de moi-même, y'en a à la pelle :
- Shut Up 'n' Play Yer Guitar (on croirait assister à la naissance du Big-Bang et de la création de l'univers lui-même en écoutant cette compo)
- The Returne Of The Son of Shut Up 'n' Play Yer Guitar (le passage, non loin du début, avec le changement d'effet-guitare absolument terrifiant!)
- Deathless Horsie (mon dieu, quelle maîtrise de l'émotion sonore!)
- tous les autres solos de l'album sus-mentionné
- Willie The Pimp
- Hot Rats
- Montana (toutes les version sont bonnes, surtout celle du concert de Stockholm d'où sera tiré Piquantique, et celle des Emission TV Tokens Of My Extrem, et celle de YCDTOSA#4)
- Stevie's Spanking
Mon dieu, les solos de ce type ! Comment peut-on arriver à un tel niveau sur-humain de synthétisation des sons et des notes?
Il faudrait faire un jour un listing de ses solos les plus réussis.
Alors, comment puis-je en arriver à me contredire?
Simplement parce que ... parce qu'il y a une sonorité Space-Jazz universelle?
Parce qu'il y a l'humour "Zappa" dans le morceau même qui contient le solo et que le solo décuple?
Parce que les pyjama sont à l'origine de ce mystérieux solo à l'émotion exacerbée?
Parce qu'il est un des plus difficiles/tordus à jouer qu'à jamais pu composer ce type?
Parce qu'il ne semble jamais s'arrêter (ok comme beaucoup d'autres de ses solos) avec dans un rythme essoufflant?
J'aimerais pouvoir vous répondre de manière objective.
SOLOS MEGALO?
Beaucoup reprochent à Zappa ses solos "abusivement long" et sa manière d'imposer son style à son groupe.
Premièrement, ses solos sont longs car c'est un compositeur-instrumentiste. Celà signifie qu'il joue d'un instrument qu'il adore et par lequel son talent de compositeur doit naturellement passer. Reproche-t-on à Coltrane de s'exprimer au saxo?
Pour moi, quiconque reproche à un soliste de s'exprimer, peu importe le temps que celà prend, est un fumiste de la musique. J'en ai vu plus d'un s'horrifier à la vue du qualificatif "d'artiste" concernant Zappa. C'est vous dire.
Et il y a simplement l'endurance qu'on a vis à vis de la musique de composition : combien sont capables de retenir les passages (en gros) d'un morceau de classique?
Quand on pense au fait que les morceaux de zappa, même si extrêmement long pour un style Free-Jazz-Rock, sont quand même bien plus mémorisable qu'une symphonie, on se pose de sérieuse questions.
Car oui, retenir un morceau/solo de zappa, c'est possible : il suffit de l'écouter une bonne centaine de fois, et de "sentir" l'instrument. Gros avantage d'un compositeur-instrumentiste : les solos sont "vicérals".
Seulement, bien peu sont capable de tenir la charge émotionnelle de ses morceaux, de tenir bon mentalement tout au long d'un de ses solos. C'est un défi qui n'est pas à la portée de tous, et se dire que "si ça n'est pas facile à pénéter c'est que ce n'est pas bon" est une gajeure de la plus haute importance, qui vire souvent au "Zappa se la pétait à la guitare...".
Ecoutez-ça et dites-moi qu'il ne s'agit pas du plus grand musicien de tous les temps, si ce n'est un des plus grands : http://www.youtube.com/watch?v=Y_i_HVBD9ks
A noter aussi que la longueur de ses morceaux est à l'image de sa composition, qui de manière exceptionnelle au 20e siècle a réussi le paris étonnant de lier musique classique, jazz et rock ! Comment faire ressentir la batterie autrement que comme du "poum poum tchak!"? Comment égaler la technique de composition et le style d'une symphonie avec une structure basse-batterie-guitare? Comment voler aussi haut que Mozart ou Bach en terme de cerveau? Réponse : Zappa !
http://www.youtube.com/watch?v=gzE2FCn5nYY . Voyez un peu le travail de suivit du batteur, et la complexité de la composition. A 6'40 mon cerveau sur-entraîné à Zappa décroche inexorablement, pour reprendre ses esprits 30 secondes plus tards.
Enfin, il faut rétablir plusieurs vérités : ses solos sont écrits (même s'il peut y avoir une certaine improvisation après, il sont écris à plus de 80%, ce qui mérite la certification 80PLUS à ce compositeur au même titre que la certification de rendement pour les alim' de PC ^^), les musiciens qui l'entourent donnent leur avis, apportent beaucoup et constituent une base d'inspiration pour ses morceaux qu'il dirige finalement, et le fait qu'il leur indique quoi faire pendant un morceau grâce à des mouvements étrange des mains n'empêche rien à celà...
CEEEEERVEAAAAAAU !
Génie? Oui !
Qu'est-ce qu'un génie : pour répondre à celà il faut mettre un peu son cerveau en marche, allez, un effort !
Citation :
Du latin genius (Génius (dieu qui donnait la vie à toutes choses)
|
Citation :
Le mot est issu d’une racine de l’indo-européen commun (voir le grec ancien « γεννάν » gennan (« générer », former »)) qui a donné géniteur, génération, genèse, génital, progéniture, gens, gène, etc.
|
Donc : - de l'inspiration créatrice "divine"
- quelquechose dans le sang (les gènes), un don, une facilité
Les facteurs permettant de juger d'un génie :
- complexité de ses compositions
- diversité, influence
- inspiration
Depuis bon nombre de siècle on utilise ce mot. Ne pas vouloir l'utiliser est une particularité de notre fin de 20e siècle : le refoulement.
Nos société occidentales pleines à craquer de refoulés ne peut évidemment pas lâcher si facilement le morceau face aux individus qui ressortent du lot, c'est évident.
Zappa est un génie (et un des plus balèzes sur l'échelle des génie, échelle qui constitue en elle-même un degré-plafond de réalisation suffisant à l'émerveillement) parce qu'il est doué et inspiré à en crever. C'est tout. Si vous n'êtes pas d'accord regardez vous dans une glace, et louchez un peu pus sur vos idoles de variété/musique TV.
Il est à la hauteur de Beethoven ou de Mozart question complexité de composition et inspiration. Ses compo' demandent autant de ressources cérébrales que celle Bach, autant d'amour de la liberté et de la construction que Coltrane, autant de feeling que n'importe quel groupe underground.
Zappa est le produit d'une époque qui a le luxe de pouvoir recenser les exploits en regardant derrière elle, et de s'en inspirer pour élaborer le meilleur de l'humanité en mixant le tout avec un peu de sens de l'achimie. C'est le cas pour ce type qui a pénétré le Jazz, le Rock, le Classique tout en gardant tellement sa personnalité et sa liberté qu'il en est devenu inclassable.
"Ses" claviéristes sont divins, ses batteurs titanesques (les citer ne servirait à rien, je citerait juste Colaïuta pour son travail autistico-divin sur "Shut Up 'n' Play yer Guitar" ), ses bassistes bien habillés (>< ), ses accolytes et chanteurs théatraux comme on en rêve,...
.. ET L'HUMOUR ! QUEL HUMOUR !
L'analyse de ce qui fait le style de ses compositions et de son oeuvre toute entière demandrait à elle-seule une thèse de doctorat en musicologie...
Découvrir son oeuvre pour enfin accéder à la compréhension de ses qualités demande au moins 10 ans d'écoute (pour ce que j'en sais).
Alors franchement, détracteurs/ignorants de son oeuvre, passez votre chemin, sérieusement, peu importe vos euphémismes, quand on sait pas on fait pas...
Des études on récemment confirmé la puissance du cerveau (un docu d'ARTE en 3 parties est passé ces dernières années) : ainsi un joueur de base-ball qui se prend une balle en plein dans le ciboulot devient capable de se souvenir de tout ce qui se passait tous les jours depuis 30 ans, un gamin de 7 ans apprend le piano en une nuit et compose des oeuvres de Jazz 6 mois plus tard, etc etc.
Je pense qu'il est crucial de reconnaître sincèrement les aptitudes du cerveau quand elles s'expriment, et Zappa n'est pas en marge de ce que l'on nomme alors un génie.
UN DERNIER MOT CONCERNANT ZAPPA : VOUS NE TROUVEREZ PAS PLUS DE QUANTITÉ, DE QUALITÉ ET D'INSPIRATION QUE CHEZ LUI.
Extraterrestre? Oui, si l'on en juge sa productivité qui plus est d'une qualité et d'une invention hors du commun...
Alors après, je sais pas ce qu'il s'est pris sur le ciboulot, mais n'allez pas vous imaginer que ce type se droguait : il détestait ça parce que ça le limitait ! Imaginez un peu...
|