Mine anti-personnel a écrit :
Cet argument revient assez souvent chez les pro-Israël: " Vous prétendez vous soucier du sort des Palestiniens par sympathie, choqués par l'injustice et l'oppression qu'ils subissent. Leur sort est certes peu enviable mais il n'est pourtant pas pire (en fait plutôt meilleur) que beaucoup d'autres minorités ethniques qui subissent brimades et vexations dans leurs pays respectifs, tels que les Tibétains en Chine, les Kurdes en Turquie, les Tchétchènes en Russie, les Kachins en Birmanie, les Tamouls au Sri Lanka et d'autres encore.
Or on ne vous entend jamais protester ni même vous exprimer sur tous ces sujets.
Ergo: vous n'êtes pas animés par l'amour de l'humanité ni le souci impartial de faire régner la justice partout dans le monde mais par un choix arbitraire, une idéologie, nourrie de fantasmes, principalement dirigée contre Israël (accessoirement contre les juifs "l'antisionisme est le faux nez de l'antisémitisme" dixit Jaku)."
Le raisonnement est correct mais hypocrite. Il suppose comme acquise la prémisse implicite qu'un combat politique a pour ressort l'amour supérieur et désintéressé de l'humanité. Ce qui est évidemment faux. Ce mobile existe peut-être chez le Pape et quelques saints hommes mais certainement pas chez l'homme du commun ni chez aucun politicien professionnel.
Le combat pro-palestinien est une passion politique. C'est un choix arbitraire et irrationnel, nourri par un imaginaire ("imaginaire" n'est pas pour moi péjoratif, pas de société sans imaginaire) et une bonne part de fantasme. Irrationnel signifie ici: sans lien avec un intérêt matériel, bien ou mal compris. Mais ce combat s'oppose au combat inverse et symétrique des colons israéliens, qui eux aussi sont habités par un imaginaire. Israël n'a aucun intérêt matériel à poursuivre la colonisation de la Judée-Samarie; pour autant qu'on sache il n'y a là-bas aucune réserve fabuleuse de pétrole ni mine d'or et, dans les frontières effectives actuelles, Israël est de taille comparable, et d'un standard de vie similaire à des pays comme la Hollande ou le Danemark, des pays où il fait très bon vivre. Les colons ne sont pas non plus poussés par le plaisir sadique de faire souffrir les Palestiniens. Mais Israël sans Jérusalem et la Judée-Samarie leur semblerait un projet inachevé, tronqué, mutilé et finalement rendrait vain tout le projet sioniste, l'existence même d'Israël en tant qu'Etat, puisque dès le départ, il ne s'agit pas d'ajouter un Etat politique à tous les autres mais de faire advenir sur Terre La terre que les juifs sont destinés à occuper de toute éternité. On n'est pas dans le calcul économique mais dans le religieux, l'idéologique et la ferveur patriotique. C'est comme l'Alsace-Lorraine pour les Français avant 1914. Donc oui, on est dans le fantasme, mais le fantasme est présent des deux côtés. Ce sont deux nationalismes qui s'affrontent et se nourrissent l'un l'autre en s'affrontant. Oui, les pro-palestiniens (je parle de ceux qui n'habitent pas en Palestine et qui donc n'ont aucun intérêt égoïste et soutenir les Palestiniens) font ce choix par idéologie et selon des critères qui sont largement imaginaires mais c'est le cas de tous les combats politiques, même les plus légitimes, et on peut s'inquiéter, prendre partie et s'investir pour une cause politique sans pour autant faire de même pour toutes les causes du monde. Ça n'enlève rien à la légitimité de cet engagement.
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