Hr a écrit :
J’ai regardé un peu plus sérieusement cette histoire de « quatre sorcières », et franchement, rien que le nom donne envie de fermer son application de Bourse et d’aller planter des tomates dans son jardin.
Parce que oui, demain, vendredi 18 septembre, on a cette fameuse journée des quatre sorcières, une échéance trimestrielle particulièrement importante sur les marchés.
Officiellement, évidemment, il n’y a rien de mystérieux là-dedans. Pas de sorcière qui se balade avec un balai dans les salles de marché, pas de pentagramme dessiné sous le siège de Jerome Powell, pas de trader qui sacrifie une chèvre à 17h25 pour faire monter le Nasdaq.
Non.
C’est simplement une journée où plusieurs catégories de contrats dérivés arrivent à échéance en même temps.
Mais alors pourquoi tout le monde lui donne ce nom digne d’un film d’horreur ?
Et surtout…
Pourquoi les marchés peuvent-ils devenir particulièrement étranges pendant ces journées ?
C’est là que ça devient intéressant.
LES QUATRE SORCIÈRES : LE NOM EST RIDICULE, MAIS LE PHÉNOMÈNE EST BIEN RÉEL
Pour ceux qui ne connaissent pas, les « quatre sorcières » correspondent à une journée d’expiration simultanée de plusieurs types de produits dérivés.
En gros, énormément de contrats arrivent à échéance au même moment.
Et quand je dis énormément, c’est justement là que ça peut devenir intéressant.
Imaginez une autoroute avec normalement 10 000 voitures qui circulent tranquillement.
Maintenant, vous dites à plusieurs milliers de conducteurs :
« Bon, vendredi à la même heure, vous devez tous changer de voie, fermer votre trajet, faire demi-tour ou prendre une nouvelle direction. »
Évidemment, ça risque d'être un peu plus animé que d'habitude.
Sur les marchés, c'est évidemment beaucoup plus sophistiqué que ça.
Il y a les options, les futures, les couvertures, les positions à renouveler, les arbitrages, les opérations de débouclage, etc.
Et lorsque toutes ces opérations se concentrent sur une même journée, ça peut donner une impression assez particulière du marché.
ET C’EST LÀ QUE COMMENCE LA THÉORIE DU COMPLOT…
Parce qu'il faut reconnaître un truc :
le terme « quatre sorcières » est quand même extrêmement suspect.
Pourquoi avoir choisi ce nom ?
Pourquoi quatre ?
Pourquoi des sorcières ?
Pourquoi pas simplement « vendredi des contrats qui arrivent à échéance » ?
Non.
Il fallait apparemment convoquer les sorcières de Wall Street.
Imaginez la réunion :
— « Comment on appelle cette journée ? »
— « Journée d'expiration trimestrielle des dérivés ? »
— « Trop technique. »
— « Journée des quatre sorcières ? »
— « Parfait. »
Et depuis, tout le monde fait comme si c’était parfaitement normal.
MAIS ATTENTION : JE NE DIS PAS QUE LES SORCIÈRES EXISTENT
Je préfère préciser avant que quelqu’un me réponde sérieusement :
je ne suis pas en train de dire qu’il existe une salle secrète à Wall Street où quatre sorcières décident du cours du S&P 500.
Même si, franchement, certains jours de marché, l'hypothèse paraît presque aussi crédible que certaines explications qu’on voit passer sur X.
Le mécanisme réel est beaucoup plus banal.
Des contrats arrivent à expiration.
Les investisseurs doivent gérer leurs positions.
Certains clôturent.
D’autres renouvellent leurs contrats.
D’autres ajustent leurs couvertures.
Les teneurs de marché doivent gérer leurs expositions.
Et tout cela peut provoquer énormément de transactions.
Pas besoin de magie.
Mais le résultat peut parfois donner l'impression qu'il y en a.
LE TRUC IMPORTANT : « QUATRE SORCIÈRES » NE VEUT PAS DIRE « CRASH »
C’est probablement le point le plus important.
J’ai vu passer l’idée selon laquelle il faudrait forcément s’attendre demain à une énorme volatilité.
Je serais quand même beaucoup plus prudent avec cette formulation.
Oui, ces journées peuvent être accompagnées de volumes particulièrement importants et de mouvements techniques.
Oui, certaines valeurs peuvent bouger rapidement.
Oui, la fin de séance peut être particulièrement animée.
Mais ça ne veut absolument pas dire :
« Demain le marché va forcément prendre +3 % ou -3 %. »
Ça ne fonctionne pas comme ça.
Les quatre sorcières peuvent éventuellement amplifier les mouvements, mais elles ne donnent pas magiquement une direction au marché.
Une échéance n'est pas un signal « ACHAT ».
Ce n'est pas non plus un signal « VENDEZ TOUT ».
C'est surtout un événement de mécanique de marché.
MAIS ALORS POURQUOI ÇA PEUT BOUGER ?
C’est là que ça devient beaucoup plus intéressant.
Prenons une action imaginaire qui cote 100 €.
Il existe énormément d'options autour de 100 €.
Pendant plusieurs jours, des investisseurs ont acheté et vendu ces options.
Les teneurs de marché qui prennent l'autre côté des transactions doivent gérer leur risque.
Pour rester couverts, ils peuvent être amenés à acheter ou vendre l'action sous-jacente.
Et lorsque l'échéance approche, les paramètres de couverture changent.
Donc, mécaniquement, certains intervenants peuvent être amenés à ajuster leurs positions.
Maintenant, multipliez ça par des centaines d'actions et des milliers de contrats.
Et vous commencez à comprendre pourquoi une journée d'expiration peut être…
disons… animée.
LE MARCHÉ PEUT DONNER L’IMPRESSION DE FAIRE N’IMPORTE QUOI
C’est probablement ce qui est le plus frustrant pour un particulier.
Vous regardez votre écran.
Tout semble normal.
Puis soudain :
BAM.
Une valeur prend 1 %.
Puis reperd 0,7 %.
Puis reprend 0,5 %.
Puis le Nasdaq bouge.
Puis le S&P bouge.
Puis une action qui ne faisait rien depuis trois heures décide soudainement de vivre sa meilleure vie.
Et vous vous dites :
« Mais… pourquoi ? »
Et là, quelqu'un sur le forum explique :
« Quatre sorcières. »
« LES SORCIÈRES SONT ENTRÉES DANS LE CARNET D’ORDRES »
Je plaisante évidemment, mais il y a quelque chose d'assez amusant dans ce concept.
Le particulier voit le prix.
Les professionnels voient également les positions dérivées, les expositions, les couvertures, les strikes, les échéances et les flux d'ordres.
Donc une partie des mouvements qui semblent complètement inexplicables pour nous peuvent avoir une logique parfaitement rationnelle du côté des acteurs qui gèrent ces positions.
C'est un peu comme regarder un match de football sans voir le tableau tactique.
Vous voyez les joueurs courir partout.
Vous vous dites :
« Ils font n'importe quoi. »
Alors qu'en réalité, il y a peut-être une stratégie derrière.
ET C’EST PEUT-ÊTRE ÇA QUI DONNE CETTE IMPRESSION DE « MANIPULATION »
Parce qu'il y a un phénomène psychologique assez intéressant.
Lorsqu'une journée est extrêmement volatile, on cherche naturellement une explication.
Et si plusieurs grosses opérations ont lieu simultanément, on peut facilement avoir l'impression que quelqu'un tire les ficelles.
« Ils font monter le marché. »
« Ils veulent faire sauter les stops. »
« Ils vont chercher les options. »
« Ils veulent maintenir l'indice au-dessus de tel niveau. »
« Ils vont tout faire pour finir au-dessus de tel strike. »
Et parfois, certaines de ces hypothèses peuvent correspondre à des mécanismes de marché réels.
Mais ça ne veut pas dire qu'il existe nécessairement un grand complot centralisé.
Il y a surtout énormément d'acteurs avec des intérêts différents qui prennent des positions et ajustent leurs risques.
Ce qui, vu de l'extérieur, peut ressembler à un gigantesque jeu de marionnettes.
ET C’EST LÀ QUE LE CÔTÉ « COMPLOTISTE » DEVIENT AMUSANT
Parce qu'on pourrait presque écrire le scénario :
Vendredi matin.
Les particuliers prennent leur café.
Les algorithmes démarrent.
Les options arrivent à expiration.
Les futures commencent à bouger.
Les teneurs de marché ajustent leurs couvertures.
Et quelque part dans une pièce sombre de Manhattan…
quatre vieilles sorcières regardent un écran Bloomberg.
Sorcière n°1 :
« Il faut maintenir le S&P au-dessus de 6 600. »
Sorcière n°2 :
« Impossible, les particuliers ont acheté des puts. »
Sorcière n°3 :
« Alors appelez les algorithmes. »
Sorcière n°4 :
« Ils sont déjà en train de vendre. »
Sorcière n°1 :
« Parfait. Faites sonner la cloche. »
Évidemment, c'est une caricature.
Mais franchement, certains jours, le graphique donne envie d'y croire.
CE QUI M’INTÉRESSERAIT SURTOUT DEMAIN
Plutôt que d'essayer de deviner si « les sorcières » vont faire monter ou baisser le marché, je regarderais surtout :
1. Les volumes
Si les volumes deviennent anormalement élevés, c'est probablement l'un des premiers signes que les flux liés aux échéances jouent un rôle important.
2. Les mouvements en fin de séance
C'est probablement le moment que je surveillerais particulièrement.
Parce que certaines opérations liées aux expirations et au calcul des cours de référence se concentrent autour de la clôture.
3. Les grosses capitalisations
Quand les mouvements deviennent importants sur les grandes valeurs, leur impact sur les indices peut rapidement devenir visible.
4. Les niveaux d'options très chargés
Certaines zones de prix peuvent concentrer beaucoup de contrats.
Ça ne signifie pas automatiquement que le marché « doit » aller vers ces niveaux, mais ça peut rendre certains mouvements particulièrement intéressants à observer.
5. La réaction du marché aux nouvelles macro
Et c'est probablement le point que je ne voudrais surtout pas oublier.
Parce que les quatre sorcières ne font pas disparaître la Fed, les statistiques économiques, les taux, les obligations ou les événements géopolitiques.
Le marché peut très bien avoir une journée d'expiration technique et réagir violemment à une information totalement indépendante.
DONC, EST-CE QU’IL FAUT AVOIR PEUR DE DEMAIN ?
Personnellement, je ne présenterais pas ça comme ça.
Je dirais plutôt :
il faut savoir que la mécanique du marché peut être différente d'une journée normale.
Et c'est très différent.
Ce n'est pas :
« Attention, demain ça va crasher. »
C'est plutôt :
« Attention, demain certains mouvements peuvent être plus techniques et plus difficiles à interpréter qu'une journée classique. »
Et ça, je trouve que c'est une nuance importante.
PARCE QUE LE PIÈGE, C’EST DE VOULOIR DONNER UN SENS À CHAQUE BOUGIE
C'est là qu'on peut facilement se faire avoir.
Vous voyez une bougie rouge de 0,5 %.
Vous cherchez immédiatement une explication.
« C'est la Fed. »
« C'est les options. »
« C'est les sorcières. »
« C'est les shorts. »
« C'est les institutionnels. »
« C'est les algorithmes. »
« C'est Warren Buffett. »
Alors qu'en réalité, plusieurs mécanismes peuvent agir simultanément.
Et parfois, la bonne réponse est simplement :
« Il y avait beaucoup d'ordres au même moment. »
Ce qui est beaucoup moins spectaculaire qu'un complot international.
LE PLUS MARRANT, C’EST QUE LE NOM EST RESTÉ
Et c'est probablement ce qui me fascine le plus dans cette histoire.
On est en 2026.
On utilise des algorithmes capables de traiter des millions d'informations.
Les transactions se font en microsecondes.
Des systèmes automatisés analysent les marchés en permanence.
Et malgré toute cette technologie…
on continue à appeler une journée d'expiration trimestrielle :
LES QUATRE SORCIÈRES
Franchement, respect.
ALORS, DEMAIN : GROSSE HAUSSE OU GROSSE BAISSE ?
Aucune des deux n'est garantie par le simple fait que ce soit une journée des quatre sorcières.
Et c'est justement là que je me méfierais des titres du genre :
« DEMAIN, LE MARCHÉ VA EXPLOSER : LES QUATRE SORCIÈRES ARRIVENT ! »
ou :
« WALL STREET SE PRÉPARE À UN CRASH SANS PRÉCÉDENT ! »
C'est parfait pour faire cliquer.
Mais ce n'est pas une analyse.
La réalité est beaucoup plus subtile.
Il peut y avoir davantage de volume, des ajustements de positions, des mouvements techniques et éventuellement une volatilité intraday accrue.
Mais le sens du marché dépendra toujours de l'ensemble des forces présentes à ce moment-là.
ET SI DEMAIN LE MARCHÉ PART EN VRILLE…
Bon.
Là, je dis simplement :
on ne pourra plus exclure totalement la piste des sorcières.
Imaginez :
9h00 : tout va bien.
12h00 : tout va bien.
15h30 : Wall Street ouvre.
16h00 : ça commence à bouger.
17h00 : les volumes deviennent complètement fous.
17h25 : l'indice commence à faire des mouvements absurdes.
17h29 : +0,8 %.
17h30 : -0,9 %.
17h31 : +1,2 %.
Et là quelqu'un sur le forum :
« Je vous avais prévenus. »
LES SORCIÈRES.
PLUS SÉRIEUSEMENT…
Je pense que le bon réflexe est de garder cette histoire dans un coin de la tête sans lui donner plus d'importance qu'elle n'en mérite.
Ce n'est pas un événement magique qui annonce automatiquement une catastrophe.
C'est un événement technique qui peut rendre certains flux de marché particulièrement importants.
Et si on le sait à l'avance, ça permet surtout de ne pas être surpris devant un marché qui devient soudainement beaucoup plus nerveux.
Donc si demain je vois le marché faire n'importe quoi, je vais essayer de ne pas immédiatement inventer une théorie du complot.
Je regarderai d'abord les volumes, les échéances, les options, les futures et le contexte macro.
Et seulement après…
j'accuserai les sorcières.
CONCLUSION : SIMPLE MÉCANIQUE DE MARCHÉ… OU LA MAGIE NOIRE DE WALL STREET ?
Au final, derrière le nom complètement improbable des « quatre sorcières », il y a un phénomène très concret : plusieurs échéances de produits dérivés concentrées sur une même journée.
Cela peut créer beaucoup d'activité, des ajustements de couverture, des volumes importants et parfois des mouvements de prix assez surprenants.
Mais ça ne donne pas de direction automatique au marché.
Donc je ne partirais pas du principe que demain sera forcément une journée de crash ou d'explosion haussière.
En revanche, je garderais clairement un œil sur les volumes et sur la fin de séance.
Parce que si demain à 17h30 le marché commence à faire des trucs complètement incompréhensibles…
je ne dis pas que les quatre sorcières sont responsables.
Je dis simplement que…
je n'exclus plus rien.
Et puis franchement, entre nous :
quatre sorcières, des milliers de milliards de dollars de dérivés, des algorithmes qui tradent en quelques microsecondes et des particuliers qui regardent leur PEA en se demandant pourquoi leur action vient de perdre 2 % en 30 secondes…
Tout ça pour finir par dire :
« C'est probablement juste une journée d'expiration. »
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