babble RTFFP ! | Toluohc a écrit :
Le prix d'une cuisine Le fait de lire vos aventures chez les cuisinistes et l’élaboration de projet m’a donné envie de vous parler d’une question de fond : le prix ! Même si cela change, assez difficilement certes, mais cela change, l’image des cuisinistes est assez désastreuse : « remise pour l’anniversaire du chien du patron », « il faut signer ce soir ou rien » etc… Ces méthodes de ventes assez courantes par le passé ont causé beaucoup de tord à la profession. Elles sont malheureusement encore en vigueur parfois dans certaines enseignes / magasins (ne jamais faire de généralités, un magasin d’une enseigne respectable peut être un vilain petit canard). Cependant, la plupart des cuisinistes aujourd’hui ont des pratiques plus respectables et plus respectueuses des clients et de leurs attentes. De mon opinion, ces comportements et attitudes que l’on refuse tous aujourd’hui n’ont qu’une seule origine : le consommateur, vous ! Le cuisiniste doit-être, avec les vendeurs de canapé et literie, un lieu dans lequel il est normal de marchander, négocier, gratter. Qui achèterait aujourd’hui une cuisine sans avoir aucune remise ? Personne ou presque ! Il est donc devenu obligatoire pour un cuisiniste de prévoir cette remise obligatoire dans le prix qu’il annonce ! En tant que cuisiniste, vous ne savez pas à quel point j’adorerai que les prix que j’annonce à mes clients soit nets, c’est-à-dire sans remise possible, pour qu’il puisse voir en temps réel ce que coute ses envies, ses modifications au cours de l’élaboration du projet. Dans l’idée du consommateur, un projet cuisine signifie uniquement des meubles, des bouts de bois aggloméré donc forcément, ça parait toujours cher. Dans mon idée, un projet cuisine signifie bien plus que ça : de l’expérience mise à profit du client, du temps, de l’expertise, de la réflexion pour vous réaliser le meilleur projet. C’est aussi du service : une prise de mesures à domicile, une fourniture de plans techniques, la gestion de vos SAV éventuels… Vous ne pouvez pas à quel point il est parfois frustrant pour nous cuisinistes de n’être considérés que comme des faiseurs de devis, chez qui vous allez pouvoir profiter de son expérience et de ses conseils gratuitement. Le fameux client qui rentre et qui dit : « je veux un devis, c’est gratuit chez vous ? »… Frustrant aussi ses clients avec qui vous passez 2 heures de découverte de leurs besoins, plusieurs heures de travail pour dessiner et qui ne viennent pas au rendez-vous de présentation et qui ne répondent plus aux appels ! Mais bref, je m’égare un peu du sujet initial. Revenons donc au prix d’une cuisine, comment est-il calculé, quelles sont les remises ? Il y a deux prix pour une cuisine, le prix affiché, ce qu’on appelle le prix d’attaque (qui prévoit donc une remise future et obligatoire), et le prix remisé, auquel vous allez acheter votre projet après négociation. Prenons l’exemple d’un casserolier. Pour et exemple, je vais prendre des prix et des marges fictifs, le but étant de bien comprendre le cheminement. Ce casserolier, le magasin va l’acheter à son fournisseur par exemple 300€. Quand il va vous annoncer le prix de ce casserolier, il va être affiché à 700€ (400€ de marge). Dans cette marge de 400€, il est bien entendu prévu une remise, qui est définie à l’avance (le prix plancher). Le vendeur va par exemple être autorisé à faire une remise de 100€ pour que vous achetiez votre casserolier à 600€. La seule façon de descendre le prix sera de faire appel à son responsable, le fameux passage de main ou « la remise du patron »  Au fur et à mesure de la réalisation de votre projet et de l’ajout de meubles, le concepteur sait quel est le prix et quelle remise il peut faire. Par exemple, lorsque que votre cuisine est complète et qu’on passe à la négociation, le prix du projet va être de 10000€ avec les électroménagers, les sanitaires, la livraison et la pose. Sur ce projet, le vendeur peut faire une remise de 1500€ au total (son enveloppe de remise maximum possible). Cette remise, il peut aussi bien la ventiler sur plusieurs postes (un peu sur les meubles, un peu sur les electro, tout sur l’electro, tout sur la pose etc etc….). Peu importe où est appliquée la remise. C’est pour ça que certaines enseignes vont parfois communiquer sur la pose offerte (à ce moment toute l’enveloppe de remise est appliquée sur la pose), ou l’électroménager offert… vous avez compris le principe. La pose offerte est donc purement marketing, bien entendu que le poseur va être payé, je n’ai pas encore trouvé le poseur qui travaille pour 1€, je cherche toujours ! Le cuisiniste margera le plus sur ce qu’il fabrique ou distribue : le meuble. Il ne sera que revendeur pour l’électroménager. Par exemple, le prix d’attaque d’un meuble sera à une marge de 50, quand celui d’un electro sera de 20 (ce sont des valeurs d’exemple). Plus le poids de l’électroménager est élevé par rapport aux meubles, plus l’enveloppe de remise possible sera moindre. Exemple : - Si j’ai 10000 euros d’électroménager, mon enveloppe de remise sera de 1000 € - Si j’ai 10000 euros de meubles, mon enveloppe de remise sera de 2000 € Le prix d’attaque est défini magasin par magasin en fonction de sa politique commerciale. Pour un même casserolier, certain attaqueront le prix à 900€, quand d’autres l’attaqueront à 700€. Dans le premier cas, le pouvoir de remise sera plus important et plus impactant pour le consommateur, l’impression de faire une bonne affaire. Exemple pour le même projet : - Un magasin affichera un prix d’attaque à 20000 € et un prix final négocié à 12000 € : remise de 8000€, LA bonne affaire - Un autre magasin affichera un prix d’attaque à 17000 € et un prix final à 12000 € : remise de 5000€ seulement, l’affaire parait moins belle, pourtant le prix final est le même, le projet est le même ! Il ne faut donc pas se fier au pourcentage de remise, ou même sur quel poste elle est appliquée, ce qui compte finalement c’est le prix final de votre projet. Un passage de main du responsable ne signifie pas systématiquement une tentative de vous manipuler, parfois simplement pour prendre une affaire, le vendeur a besoin d’aller au-delà de son enveloppe de remise de base. Au-delà des idées reçues, il ne faut pas croire que les cuisinistes se gavent sur les marges comme cela a pu être le cas dans une autre époque aujourd’hui révolue. Je donne mon propre exemple, après paiement de toutes les charges, salaires etc etc, je retire entre 100 et 200 € de bénéfices sur un projet de cuisine, ça relativise pas mal non ? J’espère avoir éclairci un peu l’idée du prix d’une cuisine, si vous avez des questions auxquelles je n’ai pas pensé je pourrai y répondre.
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Hardtek a écrit :
Si tu n'indiques pas ton panier moyen HTLP ce montant ne veut pas dire grand chose, mais comme je connais les prix de Cuicui c'est raccord avec nous, globalement 4-5% de résultat net au bilan 
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onina a écrit :
Mouai, moi j'aimerais bien savoir la marge de l'enseigne (et pas de la franchise) et la marge de l'usine... Parce que les cuisinistes c'est un peu comme les opticiens quand même : y'en a un peu beaucoup au km2. La dernière fois que j'avais cherché un Mobalpa, y'en avait 4 sur 4 km, et évidemment c'était pareil pour leurs concurrents ! Or, on installe une cuisine moins souvent qu'on ne change de lunettes... Du coup il faut bien marger pour vivre sur "peu" de ventes (ce qui explique les prix d'Ikea, qui fait l'inverse en vendant en masse). Franchement à mes yeux le prix est souvent injustifié (sur les caissons notamment c'est un vrai scandale). Et je ne critique pas tant que ça les remises, j'ai été commerciale, je connais les blabla bullshit sur la découverte des besoins etc. mais surtout je sais que le client se sent souvent valorisé par une remise, c'est surtout la façon de la présenter qui changera l'opinion du client sur la remise (l'anniversaire du patron, c'est sûr que c'est daté...mauvais commerciaux qui sont restés dans les années 80).
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babble a écrit :
Ce qui est dommage dans cette discussion sur le prix, par ailleurs intéressante, c’est de prendre des exemples de prix et remises fictives alors que personne mieux qu’un directeur de magasin comme toi pourrait en parler avec justement des exemples concrets. Si c’est pas pour maintenir cette chape de plomb sur l’opacité des vrais coûts d’achat / remise / vente / marge, c’est pour quoi ? Et pardon, mais entendre que sur un projet cuisine à une dizaine de milliers d’euros la marge nette bénéficiaire du magasin s’élève à 100-200€, c’est un peu nous prendre pour des cons. Combien coûtent les coûts de structure, frais fixes, charges et salaires pour un magasin ? Ça veut dire combien de cuisine il faut vendre par jour pour ne serait-ce que rester à l’équilibre ? Franchement j’y crois pas une seule seconde (ça n’engage que moi, hein, et c’est dit sans aucune agressivité) et ça renforce encore mon opinion pas bien élevée sur les cuisinistes en général (pas d’amalgame, comme partout certains sont bons et d’autres moins)
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Shitan a écrit :
Les gens seraient outrés de savoir que ca marge autant, et ne croiraient jamais que le résultat net est aussi faible mis bout à bout, une fois toutes les charges payées etc. Resultat opacité pour se protéger de telles remarques.. Ma sœur est opticienne, c'est un peu pareil dans son secteur. On est allés récupérer les futurs spots BBC pour la maisons, qui eclaireront le granit  Allez dans 5 mois on sera en train de cuisiner dans la nouvelle cuisine 
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onina a écrit :
Ben oui, parce que comme pour les opticiens, y'a beaucoup trop d'enseignes pour le marché, donc le consommateur paie au final surtout les locaux, les salaires, les charges, etc. Après, le pari des cuisinistes ces dernières années c'est de dire qu'en France, on dépense en moyenne moins pour la cuisine et on a un taux d'équipement moindre en cuisine équipée que dans d'autres pays européens, et qu'en "inondant" le marché ils allaient le faire s’accroître. Si ça marche, tant mieux pour eux. Pour l'instant ça marche surtout pour Ikea (qui reste bien seul sur son créneau, de manière peut-être surprenante). Si je me rappelle bien y'a 800 000 cuisines équipées vendues par an en France. La moitié par des généralistes (Ikea en tête, mais aussi But, Leroy Merlin, feu-Conforama, etc.). Maintenant répartissez 400 000 cuisines sur l'ensemble des cuisinistes, puis l'ensemble de leurs franchises, et les indépendants... ça fait pas brouzouf.
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Hardtek a écrit :
Les paniers moyen de Cuisinella sont loin d'être à 10000€, une marge se calcule sur un hors taxe, hors pose hors livraison car de manière générale pas de marge sur ces postes... panier moyen Cuisinella à la louche 4000-5000€ HTLP, marge net une fois tout payé 200€-250€ ; 5% CQFD Il y a plein de facteurs que tu ne prends pas en compte. Rien que mon magasin c'est 6000€ de loyer par mois pour te donner une idée, soit 72000€ à l'année... On peut continuer sur tous les postes si tu veux.
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Toluohc a écrit :
2 millions de CA sur le dernier exercice, 17k de bénéfice net sur 350 projets vendus. aucun dividende sorti, si tu veux des chiffres réels et transparents. Je te laisse faire le calcul
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Toluohc a écrit :
C'est un sujet un peu tabou parce que les gens critiquent et s'arrête à la marge. En moyenne on marge 2k brut sur une cuisine standard. Comme précisé juste plus haut, il faut retirer le salaire du vendeur, le loyer du magasin, renouvellement expo, SAV, les gestes commerciaux pour satisfaire des clients alors qu'on a aucun tord mais "il faut qu'ils soient contents"... A la fin il reste entre 100 et 200 € en bénéfice net. Rien que si j'ai un vendeur ou un poseur qui fait une erreur qui me coûte des sous, je perds ce bénéfice. Les gens imagine trop que 2k de marge sur un projet, c'est 2k € qu'on se met dans la poche et critiquent, c'est pour ça que personne n'en parle, ça parait indécent mais c'est très loin de l'être. Ce que je donne comme chiffres sont des chiffres réels.
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Hardtek a écrit :
Allons plus loin dans la transparence, je préviens je ne vous donnerai pas la couleur de mon caleçon non plus  Notre magasin facture 800000€ HTLP à l'année nous somme 3 vendeurs je fais la moitié du chiffre soit 400 000€ ; le panier moyen à 4000 c'est pas le mien c'est celui que j'estimais pour Cuisinella, or je ne travaille pas pour Cuisinella mais pour un indépendant mon panier moyen étant de 5000€ HTLP pour 80 projets (je fais un peu de meuble de sdb et du placard qui font baisser ce panier moyen). Ces 400000 m'amènent à une rémunération de 30K net. Sur ces 800000 de chiffres nous dégageons 40000 de résultats net après impots etc... soit 5%. Mon patron est certes actionnaire de mon mag mais il est aussi employé en tant que gérant, il a salaire fixe qui avoisine les 42K€ net. Il se verse peut être des dividendes en plus, je ne suis pas au courant... Mais c'est un gérant de qualité, aucun excès aucune folie. Nous n'avons aucune voiture de fonction (même pas mon patron), j'utilise mon véhicule perso... Aucun geste commercial si nous ne sommes pas en tort, le client n'est pas roi ; tout est question d'équilibre. Donc je coute au bas mot 60K€ à la boite, mon patron 84K€ tu rajoutes à ça mes collègues, l'assistance commerciale-comptable qui vient une fois par semaine, le ménage, les locaux (pour rappel 72k€), payer les poseurs, le sav, l'edf, les impots, les prêts en cours, le comptable, nos fournisseurs et on arrive aux chiffres annoncés. Les chiffres de Toluohc sont plus bas en terme de résultats net, il faut savoir que l'enseigne Cuisinella coute un pognon monstre, la com Cusinella ah ah coute un pognon monstre, voiture de fonction coute un pognon monstre etc... Notre magasin est ouvert depuis 12 ans, avant mon boss était sous Schmidt pendant 6 ans et il a décidé d'arrêter sa collaboration pour cette raison... C'était un pari risqué car une enseigne comme Cuisinella ou Schmidt attire le client, mais à quel prix. On continue notre bonhomme de chemin avec une stabilité du CA et de l'activité déconcertante... Ca fait 5 ans que je suis dans mon mag et mon chiffre est identique à 10K pret tous les ans. Avant ça je bossais dans un autres magasin... Schmidt ; et bah je faisais moins de chiffres car nous étions beaucoup plus de vendeurs.
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Merci pour tous ces retours très instructifs  ---------------
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