Il y a quelques temps, Godzilla avait plein d'eau dans son costume et galérait à bouger. Aujourd'hui, on attaque l'incroyable aventure du fils de Godzilla. Cela concerne trois films, que je vais donc traiter d'une traite car ils ne méritent pas vraiment qu'on s'y attarde trop longtemps.
La planète des monstres / Son of Godzilla / Kaiju shima no kessen : Gojira no musuko (1967).
Sur une île du Pacifique Sud, des scientifiques mettent au point une machine pour contrôler la météo dans le but de stopper la faim dans le monde. Ceci malgré les attaques répétées de mantes religieuses géantes qu'ils appellent les Kamakuras. Goro, un jeune reporter curieux, débarque sur l'île et découvre un œuf géant attaqué par les Kamakuras, qui finit par éclore et révèle un mini Godzilla vraiment moche. Après avoir été sauvé par Godzilla, père et fils vont devoir faire face à une nouvelle menace : le terrible Kumonga, araignée géante réveillée par tout ce bordel.
On parle souvent de cette pépite, mais assez peu de sa genèse. Je vais essayer d'en faire un rapide constat.
Après la succession de films au milieu des 60's (jusqu'à deux films par an parfois), la franchise a trouvé son rythme de croisière, mais tourne également déjà en rond. Les producteurs et le réalisateur Jun Fukuda cherchent une nouvelle approche pour la franchise, et décident ensemble de donner un fils ou une fille à Godzilla. Considérant qu'une fille serait un peu bizarre, ils optent pour un garçon, et veulent se concentrer sur la relation père/fils à l'écran. Mais il y a un autre détail : au même moment, la franchise de la tortue Gamera, le gentil kaiju sauveur des enfants (du studio concurrent Daiei) fait du mal à la saga Godzilla, les enfants l'adorent et se ruent pour aller voir les films et acheter les produits dérivés.
Nous avons vu dans les opus précédents le changement de paradigme dans les motivations de Godzilla, passé de monstre destructeur de mondes à protecteur de la Terre, mais ça ne suffit plus : il faut lui accoler une véritable icône infantile pour ancrer la série dans l'imaginaire de la jeunesse. Ce sera donc Mini-Gojira (aussi appelé Minilla ou Minya). Oui, on n'a jamais envisagé Godzilla comme une femelle, ni même comme quelque chose pouvant pondre des œufs, et d'ailleurs la question n'aura jamais de réponse : Minilla est le fils de Godzilla, point.
Le principal problème (et il y en a BEAUCOUP) est bien sûr le comportement de Godzilla durant le film, qui n'a jamais été aussi loin de celui d'un kaiju. Ici, il apprend à son fils à cracher son souffle atomique, essaye de faire une sieste (!) pendant que le petit attardé essaye d'attraper sa queue, et n'a jamais été aussi humain.
Quant à Minilla, bah... Je ne mets pas d'images dans mes reviews d'habitude mais là je me sens un peu obligé... , et une deuxième en cadeau.
Bon, voilà, c'est dit, il est super moche, son costume est plus en caoutchouc que jamais, on voit les plis, on lit la débilité dans son regard, et en plus il passe le film à se faire bolosser par les Kamakuras qui lui mettent des coco, puis par Kumonga qui lui jette des rochers dans la gueule.
Ceci étant dit, que reste-t-il ?
Parmi les bonnes choses, les costumes des mantes et de l'araignée géante sont assez impressionnants, ils bougent bien (trois types par pattes ! Donc plus d'une vingtaine en tout), Kumonga l'araignée est très très bien animée et designée, c'est presque dommage qu'elle ne soit qu'une "simple" araignée, cela l'a clairement empêchée de rentrer dans le panthéon des kaijus. On note d'ailleurs que le budget alloué aux effets spéciaux n'a jamais été aussi faible à ce moment-là, et l'ensemble n'a pas à rougir des autres films (à part le costume de Minilla). Jun Fukuda a fait ce qu'il pouvait avec le peu de moyens auxquels il avait droit, et il s'en sort très bien, certaines compositions de plans étant parfaites, selon les standards de la saga.
L'histoire est du même tonneau que celle de Godzilla contre Ebirah : une île déserte (ça coûte pas cher), des personnages relativement attachants, des histoires de natifs sauvages (on retrouve une native de Infant Island qui vient aider nos héros), et ensuite de la baston de kaijus. Malheureusement, celles-ci restent plutôt dans le bas du panier, malgré les animations des monstres dont j'ai parlé, l'ensemble est poussif, ça se lance des pierres, ça fait des prises de catch nulles, y a Minilla le mongolien qui vient courir au milieu et qu'il faut sauver...
C'est dommage, puisque c'est d'habitude le pinacle de la saga depuis Godzilla raids again, mais là on se fait quand même un peu chier.
Notons que le titre français est vraiment nul, puisqu'il n'y a pas de planètes de monstres. C'est con.
Le film sera un échec commercial, bien pire que Ebirah, qui était déjà le pire échec de la franchise. Il sortira uniquement à la télévision aux USA.
Cet échec cuisant poussera la Toho à revoir son approche : le film ressemblait à s'y méprendre aux séries qui passent alors à la télé, ne donnant pas envie aux gens de payer pour aller voir la même chose au ciné.
Cependant, ce ne sera pas le dernier film, puisqu'il en reste deux. Et que le pire est à venir.
Ainsi donc naquit d'abord :
Les envahisseurs attaquent / Destroy All Monsters / Kaijū Sōshingeki (1968)
Dans le futur (fin du XXe siècle), tous les kaijus de la planète ont été confinés sur une île appelée Monster Island, au large de Tokyo, sous surveillance. L'humanité vit enfin loin de la peur des monstres. Mais un jour, les communications se coupent à Monster Island, et plus aucun signal n'y provient. Quelques heures plus tard, les grandes capitales du monde sont attaquées par des kaijus : Godzilla attaque New York, Rodan est à Moscou, Mothra à Pékin, Gorosaurus se traine le cul à Paris, etc. Evidemment, des extra-terrestres belliqueux sont en cause...
Le film est le premier "all star" de l'histoire de la franchise Godzilla. L'idée est simple : faire revenir presque tout le monde et envoyer du lourd niveau baston. N'oubliez pas : à ce moment-là, c'est censé être le dernier film Godzilla à sortir au cinéma sous l'égide de la Toho, et l'idée de finir en beauté semble couler de source. C'est d'ailleurs le réalisateur du film Rodan (1956) qui est chargé de mettre en scène cette ultime bataille et d'apporter de nouvelles idées.
Tout ce que je vais dire maintenant peut être vu comme des qualités ou des défauts selon le point de vue.
Les envahisseurs attaquent est un film simpliste, où le bien et le mal s'affrontent sans ambigüité. Les méchants aliens ont pris le contrôle des kaijus et les envoient détruire les capitales, et les gentils terriens doivent trouver une solution.
Le premier constat est à l'avantage du film : son casting. Godzilla, Minilla (qui n'a pas grandi malgré que le film se passe dans le futur...), Rodan, Angirus (
), Mothra, Kumonga, King Ghidorah pour les têtes connues de la franchise, auxquels s'ajoutent Gorosaurus (qui vient de La revanche de King Kong*), Manda (qui vient du film Atragon), Barangon (qui vient du film Frankenstein VS Barangon**), et Varan (du film Varan, le monstre géant).
* N'oubliez pas que depuis Godzilla VS King Kong, la Toho possède les droits d'exploitation de la licence King Kong en accord avec Universal Pictures qui co-produit ces bouses.
** D'ailleurs, depuis le projet de Godzilla VS Frankenstein, ils font aussi des films Frankenstein.
11 monstres sont à l'affiche donc, ce qui en fait évidemment à l'époque le film avec le plus de kaijus. Seul Godzilla : Final Wars en 2004 fera mieux.
Le film est le premier à sortir de la temporalité classique de la saga, puisque se passant dans le futur. Aucune cohérence n'est recherchée, Minilla n'a pas grandi, l'idée de base n'a aucun sens, mais on s'en fout : on est là pour voir des monstres casser des trucs et se taper dessus.
J'ai déjà parlé de la cohérence de cet univers, et j'avoue que j'aime bien l'idée d'un monde qui se tient, donc pour moi c'est un vrai défaut.
Le film est une succession de scènes d'action, on voit beaucoup de destructions de villes, et cette fois-ci pas uniquement des villes japonaises, il y a un peu de tout, et c'est franchement cool. L'aspect humain est presque effacé au profit de la technique, on sent qu'il manque ce qui faisait la force humaine des premiers films, mais qu'on a au passage comblé les manques des deux films précédents et leurs putains d'îles désertes à la con : ici, ça casse, ça se tape dessus, ça n'arrête jamais. Le film est donc une coquille vide, parfois jouissive, toujours régressive, mais peut satisfaire le spectateur en fonction de ses attentes.
J'ai apprécié de revoir tous ces kaijus, notamment Anguirus, Rodan et Mothra, et les nouveaux sont pas mal (j'aime bien Manda le dragon, au style japonais (un espèce de serpent à la Shenron)), mais effectivement rien ne vole vraiment très haut, et le scénario est déjà vu mille fois dans la saga (des méchants aliens qui font semblant d'être gentils mais trahissent la Terre pour en prendre le contrôle).
Le problème, c'est que ce sera un succès (le meilleur depuis Mothra VS Godzilla). Et qui dit succès, malgré l'étiquette "dernier film de la saga", dit... Nouvelle suite. Et dans le genre suite moisie, celle-là fait date.
La revanche de Godzilla / Godzilla's revenge (ou All Monsters Attack) / Gojira-Minira-Gabara: Oru kaijû daishingeki (1969)
Le jeune Ichiro, garçon solitaire dont les parents travaillent beaucoup, passe son temps à bricoler avec un inventeur local qui lui sert de baby-sitter, et à rêver de kaijus, dont il est fan. Tandis qu'il rêve qu'il côtoie Minilla, qui doit affronter le terrible Gabara, bien plus grand et fort que lui, Ichiro est lui-même confronté à un véritable danger : deux braqueurs de banque en cavale le kidnappent dans une usine désaffectée. Il devra utiliser tout ce que Minilla et Godzilla lui ont appris pour faire face à cette situation.
Si vous n'avez rien compris au synopsis, c'est normal, il n'a aucun sens.
Soyons clair : si la hype Nanarland a fait sortir de terre l'affreux Fils de Godzilla, ne vous y trompez pas : le pire film de la franchise est là.
Déjà, il n'y a pas de revanche de Godzilla, oubliez le titre français et le premier titre anglais. Au passage, oubliez aussi le titre japonais qui se traduit par "Godzilla, Minilla, Gabara : tous les monstres attaquent" car on ne peut vraiment pas dire que tous les monstres attaquent.
Le film utilise à outrance le "stock shot", et nous ressert constamment des images des films précédents ! D'autres films de la franchise le faisaient parfois, mais là c'est le pompon : il n'y a plus de budget à cause du film précédent, on réutilise donc presque majoritairement des scènes recyclées pour les combats de kaijus...
Le film vise exclusivement les enfants, avec son héros qui doit affronter les méchants bullies qui le maltraitent, et qui est (comme par hasard) fan des kaijus et (comme par hasard²) de Minilla, car les enfants ne peuvent qu'adorer Minilla.
On note au passage que les monstres sont toujours sur Monster Island même si cette intrigue-là ne se passe pas dans le futur, ce qui n'a bien sûr aucun sens dans la cohérence globale de l'univers Godzilla. Godzilla change de design selon les stock-shots. Gabara ressemble à un espèce de gros chat avec une perruque rousse. Minilla est toujours aussi laid, mais en plus maintenant change de taille et PARLE car les scènes se passent dans la tête du petit Ichiro.
La morale est incroyable, puisque Ichiro finit par vaincre son bully en tapant plus fort que lui. Pour un film destiné aux enfants, c'est gratiné.
Cependant, il y a quelques idées (imputables à Ishiro Honda, de retour sur la franchise pour un chant du cygne) : on nous montre le quotidien gris (le ciel est constamment gris, les décors sont des terrains vagues et des usines désaffectées) et morne des enfants japonais modernes, dont les deux parents travaillent et qui ne les connaissent même pas vraiment. La morale peut être vue comme celle d'un enfant qui n'a d'autre repère que la télévision et les séries de monstres où la loi du plus fort prévaut.
Cependant, si la démarche derrière est peut-être honorable, l'ensemble est parfaitement indigeste, lent et débile, on nous ressert Minilla qui crache des ronds de fumée, et qui se paye le luxe de parler, et les habituels combats de kaijus qui sauvent parfois la franchise sont ici des images qu'on a déjà vues.
Pour moi, la franchise a trouvé son point le plus profond ici. Il y aura d'autres trucs pas terribles avant le premier reboot de 1984, mais rien ne sera jamais plus plein de vide que ce truc-là.
Et en cadeau, pour finir sur une note positive, un dessin d'Anguirus fait par une élève à moi :
Parce que j'adore Anguirus.
---------------
Ma chaîne cinéma : Sin&zy (https://www.youtube.com/@Sinzy-z9i)