j'ai pompé ça ailleurs..
Un type a posté un truc super rigolo sur rec.motorcycles.harley, ça a été copicollé sur fr.rec.moto, et les gens se demandaient si cétait traduisible en français.bah un mec la fait alors, je vous copicolle ici :
Je naurais jamais imaginé que rouler pépère à moto dans une quartier résidentiel puisse être aussi dangereux. Mais bon, jaurais jamais pu me douter de ce qui allait marriver.
Jétais sur Brice Street, un joli quartier, magnifiques pelouses, pas grandmonde sur la route. Une voiture arrive en face, on se croise, et de derrière en surgit un espèce de missile poilu qui sarrête net, pile en face de moi.
Bon, cétait un écureuil, et il essayait probablement de traverser quand il a été surpris par la voiture. Jallais pas vite, sérieux, mais là yavait carrément pas le temps de freiner ou de léviter. Il avait vraiment calculé son coup au plus près. Jaime pas écraser les petites bêtes, surtout en moto, jai horreur de ça, mais là javais pas le choix et un écureuil cest moins risqué quun cerf.
Jai tout juste eu le temps de me préparer à la secousse. Messieurs les défenseurs des animaux, soyez sans crainte, les écureuils sont parfaitement capables de se défendre tous seuls.
Impact moins un quart de seconde. Lécureuil sest dressé sur ses pattes arrière, et sest mis à regarder ma Valkyrie dans les yeux, avec la ferme intention de lui faire baisser le regard. Des tous petits yeux, mais une détermination dacier.
Sa bouche sest ouverte, et au tout dernier moment, il a poussé un cri, et sauté.
Je suis convaincu quen écureuil, son cri voulait dire « Banzai ! », ou peut-être « Meurs, sale vermine pourrie ! ». Quant au saut
Spectaculaire, ya pas dautre mot.
Il a décollé à la verticale, est passé par-dessus mon saute-vent, et est arrivé sur mon torse, où il sest immédiatement mis à me lacérer de coups de griffes. Si je ne lavais pas vu, jaurais juré quil était venu avec tous ses potes. Et leurs potes à eux.
Mes habits ont commencé à se faire déchiqueter par un tourbillon de poils, de sifflements et de grognements. Comme javais juste un T-shirt, des gants dété et un jean, vous imaginez les effets quil pouvait avoir.
Bon. Imaginez un gros motard sur un énorme custom noir et chromé, vêtu dun jean, dun T-shirt, et dune paire de gants de cuir. Un gros motard qui roule tranquillement entre les pelouses. Un gros motard qui se bat à mort avec un écureuil.
Et qui perd.
Jai essayé de lattraper de la main gauche. Ça ma pris plusieurs tentatives, mais jai finalement réussi à lui choper la queue, et à le jeter de toutes mes forces sur la gauche. Failli me mettre dans le trottoir de droite, rien quavec le recul, mais bon, normalement cétait fini et on nen parlait plus.
Normalement. Normalement, lécureuil aurait atterri quelque part sur une de ces pelouses, et serait retourné mener sa vie décureuil. Et je serais rentré chez moi, et ça naurait rien changé au cours du monde. Sauf que. Sauf que ce nétait pas un écureuil normal, cétait un ÉCUREUIL MUTANT DATTAQUE DES ARMÉES MAUDITES DE LA MORT !
Je sais pas comment, mais il a réussi à saggripper à un doigt de mon gant, à se transformer en fronde, pour profiter de limpulsion que je lui avais donnée et retomber sur mon dos, avec pour premiers effets un joli bruit et un puissant impact. Après quoi il sest promptement remis à ses activités quelque peu antisociales (et particulièrement désagréables de mon point de vue). Ah, joubliais, il avait même réussi à me piquer mon gant gauche. Globalement, la situation ne saméliorait pas vraiment. Pas vraiment du tout, même.
Non seulement il continuait à me labourer le torse, mais en plus cette fois il était hors datteinte. Cest là que jai commencé à réaliser que la situation méchappait (et cest rien de le dire). Les effets du recul dû à mon lancer décureuil, de limpact de celui-ci sur mon dos, et du fait que je navais plus quune main sur le guidon (la droite, si vous avez suivi en dautres termes, la main des GAZ) se sont malencontreusement combinés en une seule conséquence, un mouvement rotatif de ma main droite sur la poignée. En temps normal, on appelle ça « un sain essorage », et ça ne peut avoir quun seul effet. Bah là, jai pas eu le temps dappeler ça quoi que ce soit, mais leffet, lui, était là. Du couple, ça sappelle.
Le moteur a vrombi, et la roue avant a décollé.
Lécureuil a hurlé de colère.
La moto a rugi de plaisir.
Quant à moi
Contentons-nous de dire que jai crié.
Bon. Imaginez un gros motard sur un énorme custom noir et chromé, vêtu dun jean, dun T-shirt (qui commençe à montrer dévidents signes de lacérations écureuillesques) et dun unique gant en cuir, à 80 km/h mais en pleine accélération, donc dans un boucan denfer (au milieu dun quartier tranquille, ne loublions pas), sur une roue, et avec un écureuil zombie des enfers sur le dos.
Le motard et lécureuil ne pensent quà sentretuer sauvagement, ce quon perçoit aisément dans leurs hurlements. Pour essayer de contrôler la moto (toujours en pleine accélération), jai été forcé de remettre la main gauche sur le guidon. Ça laissait une totale liberté daction à lécureuil mutant, mais javais vraiment pas envie de me bourrer dans un arbre, ou une maison, ou une de ces voitures négligemment garées dans la rue. Accessoirement, je crois que mon cerveau était un peu submergé, et je nai pas eu la présence desprit de relâcher la poignée des gaz. Dans un éclair de génie (bon, disons une étincelle), jai quand même écrasé le frein arrière, mais ça na pas eu beaucoup deffet (je vous ai dit que cétait une grosse moto).
À peu près à cette époque, lécureuil sest senti délaissé, il a cru que je mintéressais moins à lui et à cette bagarre qui comptait beaucoup pour lui (peut-être que cétait un écureuil dattaque de la mort NAZI), et il a décidé de se rappeler à mon bon souvenir : il a fait le tour, et il est rentré dans mon casque (oui, intégral), à lintérieur duquel nous nous sommes donc retrouvés à deux.
Il a à moitié refermé la visière derrière lui, comme un écureuil bien élevé mais pressé, et a commencé à me siffler dans le nez. Je crois bien que mes hurlements ont redoublé, mais ça na pas semblé limpressionner. Le Dragon a fini par atteindre la limite de ses tours (javais oublié de changer de vitesse, je devais avoir lesprit ailleurs), et a donc commencé à redescendre vers lhorizontale.
Bon. Imaginez un gros motard sur un énorme custom noir et chromé, vêtu dun jean, de quelques lambeaux de T-shirt et dun unique gant en cuir, à 150 km/h, toujours dans un boucan denfer, toujours sur une roue, avec une jolie queue décureuil bien touffue qui lui sort du casque par la visière entrouverte. Les hurlements commencent à être un peu enroués, mais ils jouent vaillament leur rôle sur la bande-son.
Jai fini par regagner lavantage. Jai de nouveau réussi à lui attraper la queue, le lai lextirpé de mon casque, et je lai de nouveau balancé avec tout ce qui me restait de force, de nouveau vers la gauche. Cette fois-ci, ça a à peu près marché. Enfin, quand je dis « à peu près »
Imaginez maintenant
autre chose. Vous êtes un policier, vous et votre coéquipier vous êtes arrêtés dans une rue tranquille pour faire un peu de paperasses dans la voiture de patrouille, en prenant lair par les fenêtres ouvertes. Soudain déboule un gros motard sur un énorme engin noir et chrome, vêtu dun jean, de quelques restes de T-shirt qui flottent au vent et dun unique gant en cuir, à 150 km/h sur une roue, dans un fracas infernal de moteur poussé à fond et de hurlements sanguinaires. Et il vous jette une écuro-grenade dégoupillée dans la voiture.
Jai entendu des hurlements.
Pour changer, cétait pas moi.
Jai fini par regagner le contrôle de ma grosse moto, la remettre sur ses deux roues, et entamer le freinage durgence le plus urgent de ma vie. Jai réussi à marrêter juste avant lintersection avec la grande avenue, dans un nuage de gomme brûlée. Je serais presque retourné mexpliquer (récupérer mon gant, aussi). Sans déconner, jy suis presque allé. Sauf deux trucs.
Dabord, les flics navaient pas particulièrement lair intéressés par ma personne à ce moment-là. Quand je me suis retourné, les portes de la voiture avaient été ouvertes en grand, visiblement violemment. Le flic du côté passager était par terre, sur son dos, et il rampait dans un jardin, en séloignant le plus vite possible de sa voiture. Lautre flic, côté conducteur, était dans la rue, et braquait son fusil anti-émeute sur sa propre voiture de patrouille.
Jen ai déduit que je ne les intéressais pas. De toute façon, cest souvent eux qui demandent aux gens de « laisser faire les pros ».
Ça fait un truc. Et lautre ?
Eh bien, même de là où jétais, on pouvait clairement voir la banquette arrière se transformer en une tornade de lambeaux déchiquetés qui volaient dans tous les sens. Mais surtout, je pourrais jurer que jai vu lécureuil par la lunette arrière, et quil me menaçait de son petit poing rageur. Un écureuil dangereux. Et en liberté. Et maintenant, il avait une voiture. Bon, le siège arrière était un peu déchiré, certes, mais cétait sa voiture, et personne ne laurait contesté à cet instant précis.
Jai respiré à fond, jai allumé mon clignotant, jai doucement tourné à droite en sortant de Brice Street, et jai tranquillement quitté le quartier. Je me suis dit que le mieux était encore de me racheter une paire de gants. Et quelques centaines de sparadraps.
Zombie Wolf, trad. Roland Mas