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Des scientifiques d'Oxford suspendent des tests du vaccins AstraZeneca menés sur des enfants le temps de clarifier les risques de thromboses, et c'est tout un pays qui se prend à douter à son tour. Le Royaume-Uni serait-il rattrapé par l'épidémie de doutes autour de son vaccin AstraZeneca ?
Oxford-AstraZeneca, pour être précis et pour affirmer l'origine britannique de ce vaccin qui a donc été développé sur les paillasses de l'université anglaise, et produit par le labo suédo-britannique AstraZeneca. Jusque-là, on l'a déjà dit plusieurs fois ici-même, les grands-bretons en avaient fait une question de fierté nationale, d'avoir leur propre vaccin et d'arriver à se vacciner massivement avant les autres et surtout, avant les États membres de l'Union européenne. Jusque-là donc, les doutes, les controverses sur les possibles effets secondaires du vaccin n'avaient pas entamé ce chauvinisme vaccinal... Et pourtant, ce matin il suffit de regarder les Unes de principaux journaux pour s'en apercevoir : le doute a traversé la Manche et la mer du Nord avec cette nouvelle qui barre la première page de The Independent pour ne citer que lui : les scientifiques d'Oxford (ceux-là même qui ont donné naissance au vaccin d'AstraZeneca) viennent de suspendre les essais cliniques menés sur 200 enfants de 6 à 17 ans en raison, ils le reconnaissent, des risques potentiels de thrombose que l'injection pourrait causer.
Il s'agit là, comme le note The Daily Telegraph, d'appliquer un "principe de précaution poussé à un niveau exceptionnel... jusqu'à ce qu'on ait acquis la certitude que le vaccin est sûr". N'empêche, le ver de la suspicion est dans le fruit, et le Telegraph cite une scientifique d'Oxford en particulier qui estime que, "pour garder la confiance de la population qui reste encore à vacciner, il vaudrait mieux mettre sur pause la vaccination à l'AstraZeneca, en attendant d'avoir des certitudes". "Nous ne voudrions pas nous retrouver dans une situation où nous devrions cacher des choses à la population", explique un autre chercheur pour qui "une telle éventualité serait désastreuse pour l'indispensable adhésion du public à la campagne vaccinale".
En tous cas, pour l'instant ce n'est que chez les enfants que les essais de vaccination sont suspendus, tient à repréciser The Times en nous rappelant aussi que les risques de thromboses (même si le lien avec l'AstraZeneca n'a pas encore été scientifiquement prouvé) semble concerner principalement les jeunes, et même plus précisément encore les jeunes femmes. En fait, selon le quotidien, le Royaume-Uni se retrouve isolé, alors que les Européens s'en remettent eux à l'EMA (l'agence européenne du médicament) pour trancher le sujet d'ici à la fin de la semaine. L'autorité sanitaire britannique saura-t-elle rester suffisamment indépendante et objective, dans un pays où le succès de la vaccination de masse a revêtu un tel aspect politique et s'est autant appuyé sur le vaccin AstraZeneca en particulier?
D'ores et déjà The Guardian relaie l'avis d'experts britanniques selon qui il semble bien y avoir un lien de cause à effet entre certains cas de thromboses observés et le fait que les patients venaient de se faire injecter la première dose d'AstraZeneca. Mais pour autant ce risque est "extrêmement rare", la fameuse "balance bénéfice/risque" reste très favorable... Et donc le même Guardian, pour une fois, se range du côté du Premier ministre Boris Johnson selon qui "il faut continuer à se faire vacciner à l'AstraZeneca quand cela vous est proposé". Et le chef du gouvernement conservateur de rappeler les chiffres : "sur 18 millions d'adultes vaccinés avec ce produit au Royaume-Uni, on n'a dénombré jusque-là que 30 cas de tromboses, dont 7 mortels". Continuer à se faire vacciner, malgré tout, ça reste donc le mot d'ordre... Et ça tombe plutôt bien, comme l'observe la chaîne SkyNews, puisque ce mercredi les premières doses d'un autre vaccin vont être mises en circulation : il s'agit de l'américain Moderna dont le Royaume-Uni a acheté 17 millions de doses. Les premières seront donc injectées à d'heureux citoyens gallois dans la matinée. Comme le reconnaît Ashish Joshi, le spécialiste santé de Skynews, cette alternative à l'AstraZeneca arrive à point nommé pour éviter un ralentissement du rythme vaccinal au Royaume-Uni.
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