stefclrd4to a écrit :
parce qu’un recurrent (ou une QT) est tout à fait représentatif du boulot quotidien des pilotes
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On ne nous paie pas pour notre boulot quotidien.
Une QT déjà c'est plus proche de "gammes", autrement d'exercices de style basiques connus à l'avance (parce que réglementaires) et nécessaires mais pas suffisants pour opérer en sécurité.
On nous paie pour savoir gérer des vols problématiques pour diverses raisons.
Si un niveau d'accidents/incidents graves de 1% était acceptable, on mettrait des pilotes niveau PPL tout seuls dans des airbus payés au smic. On nous paie pour gérer le 0.01% et moins.
Et oui, c'est tout à fait représentatif, et heureusement. Ce n'est pas tous les jours, mais parfois sur une journée de 4 vols (soit à peu près la durée d'une séance de simu de 4 heures), tu traites environ autant de soucis avec au total une charge de travail similaire. Heureusement les soucis en question sont rarement aussi graves que ce qu'on peut avoir au simu (dépressu explosive par exemple) mais ne sont pas forcément moins lourds à traiter.
Pour ma part j'ai déjà eu en réel 2 événements qui auraient été classés "rouge" au simulateur (il y en a un par séance de 4 heures)
stefclrd4to a écrit :
C’est marrant que tu dises ca. Il me semble que le TCAS auto d’Airbus ne surréagit pas justement, contrairement aux pilotes réagissant à une TCAS RA. Il est beaucoup plus précis, en fait.
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https://skybrary.aero/articles/asse [...] radar-data
Je tente de lire ça en détails. Il y a une étude qui a été réalisé, deux méthodes sont utilisées pour analyser les réactions et les résultats sont complètement différents. Dans une méthode, le taux de réponse est de 100% dans le bon sens, dans l'autre méthode, 50% des réponses sont données en sens opposé. Je ne vois pas par quelle méthode on pourrait arriver à un résultat inverse dans 50% des cas. Du coup je suis allé creuser un peu plus.
Cette étude que j'ai trouvée se base sur les données radar, rafraichies toutes les 4 secondes, c'est donc extrêmement imprécis. La méthode B est plus réaliste car elle tient compte du temps de réaction certifié du système (5 secondes) et d'une non agressivité aux commandes (0.25G, ce qui est déjà très notable en réalité), qui est par ailleurs recherchée. Il y a d'autres hypothèses qui ne sont pas vérifiées dans tous les cas et qui ne permettent pas de conclure avec certitude. Dans la méthode B, il reste 1% de non conformités, mais elles peuvent peut-être s'expliquer par les hypothèses ambitieuses de l'étude (notamment, que tous les avions soient équipés du bon standard de TCAS et sans panne, mais aussi diverses erreurs et imprécisions dans la transmission des données requises pour les calculs)
Bref c'est pas très fiable, même avec la méthode B.
Ensuite, la collision en vol n'est heureusement pas la menace la plus prégnante sur l'aviation civile. Parmi les gros avions et en opérations civiles, les deux dernières catastrophes datent de 2015 et 2006. Dans les deux cas, aucune alarme TCAS n'avait été émise.
La dernière collision en vol mettant en cause une mauvaise réaction des pilotes à une alarme TCAS doit dater de la catastrophe d'uberlingen en 2002 (la seule à ma connaissance, qui date de peu après la généralisation du système).
Pour finir d'enfoncer le clou, le TCAS actuel est trop sensible. On autorise les avions à voler à 1000ft d'écart, mais quand ils s'approchent sur un tel étagement, le TCAS peut déclencher une alerte. Alors que le mode de capture d'altitude est fiable même en utilisant une autorité minime (0.05G, qui peut être augmentée de beaucoup si besoin, à la main). Ceci peut parfaitement expliquer certaines des 1% d'alarmes non suivies. Un pilote voit les trafics conflictuels au TCAS, voit un écartement, surveille la bonne capture d'altitude, mais n'estime pas nécessaire de suivre une trajectoire qui n'est pas autorisée par le contrôle. Pas la procédure, mais quand un système génère trop de fausses alarmes, il n'est plus suivi. Le GPWS avait le même souci à ses débuts.
Quoi qu'il en soit, le fait est que 100% des alarmes TCAS depuis la catastrophe d'uberlingen ont évité la collision. On peut donc dire que l'existant est satisfaisant
stefclrd4to a écrit :
Tu n’en sais rien. Et je ne sais pas ce qui est public ou non, donc, pour pas griller des copains, je ne dis rien.
Une IA, un algo, c’est un peu blanc bonnet, bonnet blanc. La faisabilité technique d’algos plus performant que des humains ? Bordel, tu en as tout autour de toi. Y compris dans un avion. Ce qui différencie l’entre humain, c’est sa flexibilité et la possibilité qu’il a d’effectuer des tâches radicalement différentes. Par contre, sur une tache donnée, entre un algo qui sera toujours à 100% ou à 0% détectable, qui est capable d’effectuer sa tâche une centaine de fois par seconde, et d’ajuster tout autant, et un humain sur qui la fatigue et le stress peuvent avoir de larges influences en plus des biais cognitifs, et qui ne pourra effectuer qu’une fois la tâche chaque seconde….
Exemple: déterminer l’endroit sur la piste où l’avion va s’arrêter à l’atterrissage. ROPS (Airbus/Navblue) sait le faire. Et je pense que tu as des (ex-?) collègues qui auraient bien aimé avoir cette aide à bord, en 2005.
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Dommage.
Pour moi il ya une différence fondamentale d'approche entre l'approche algorithmique et l'approche IA.
Dans la première, la première à avoir été développée historiquement, on tient compte de situations anticipées et connues, qui sont donc simples. Elles peuvent s'empiler, et créer un ensemble qui devient "compliqué", c'est à dire un ensemble de choses simples, moins facile à appréhender mais faisable.
Dans la seconde, c'est plutôt un système "complexe" qui fonctionne un peu en boite noire. En tout cas, complexe veut dire qu'il tient compte de multiples facteurs pour prendre une décision face à un problème.
La base de ça, c'est un arbitrage entre plusieurs contraintes antinomiques. L'approche n'est pas stabilisée, il faudrait remettre les gaz. La difficulté à stabiliser l'approche vient de conditions météo difficiles qui nous ont déjà amené à diminuer notre réserve de carburant. => La question n'est donc pas aussi simple, la décision ne peut pas être décrite par un algorithme simple.
Pour concevoir une IA qui pourrait traiter les opérations normales, une idée serait de récupérer tous les retours d'expérience (sécurité des vols et opérationnels), et inclure cette situation dans un catalogue où l'on s'assurerait que chaque cas est traité par un algorithme. Cet ensemble serait tellement complexe et imbriqué qu'il faudrait forcément de l'IA pour le traiter, à mon avis.
La différence c'est qu'un algo est prédictible, alors qu'une IA ne l'est pas vraiment.
Citation :
Rassure-toi, les pilotes ont encore leur place dans un avion. Et ils l’auront pour un moment encore. Par contre, plus ça va aller, plus leurs tâches, y compris quotidiennes, vont se simplifier grâce à des nouvelles technos.
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C'est le dernier point. Déjà, merci de me dire que le NPO n'est pas pour tout de suite
Néanmoins, sur les aides, quand ça va trop loin, ça devient contreproductif.
Augmentation de la complexité dans le cas général, et encore plus quand les aides merdent.
stefclrd4to a écrit :
Oh wow. « If you think safety is expensive, try a crash ». Si le décisionnaire est responsable pénalement, t’inquiète, il prendra la décision qui va dans le bon sens.
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Tu dis être impressionné, mais tu as travaillé dans des compagnies aériennes ? Tu as vu certaines décisions peu sûres être prises ?
Rien que chez airbus, il y a eu un crash une fois parce que les essais pressurisaient l'équipage technique, il n'y avait pas assez de pilotes d'essais qualifiés, et le CDB en question avait des journées trop chargées.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vol_Airbus_Industrie_129
Tu m'as compris à l'envers, je sais bien que le crash est pire que tout y compris en termes financiers. Par contre certains visiblement non. Et ceux qui posent leurs fesses dans l'avion sont le dernier rempart contre ces décisions "ambitieuses". Le travail d'un CDB c'est de savoir dire "Stop" "Ce que vous me demande n'est plus raisonnable". La sécurité repose sur un conflit entre une partie qui veut réaliser le vol coute que coute, et une autre qui aimerait le réaliser mais pas dans n'importe quelles conditions.
joggleneo a écrit :
Tu bases tout ton raisonnement sur le postulat que c'est effectivement le pilote de l'appareil qui décide si il survole une zone de guerre ou non. C'est au mieux biaisé, j'imagine que les compagnies (et avant ca les gouvernements) ont le mot pour décider si les avions civils passent au-dessus de telle ou telle zone. Le pilote effectif de l'avion (qu'il soit dedans ou au sol) n'a pas la main, sauf "autour" de l'avion...
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Tu imagines mal !
Code des transports Article L6522-2 :
Le commandant de bord assure le commandement de l'aéronef [...] Il choisit l'itinéraire, l'altitude de vol.
https://www.legifrance.gouv.fr/code [...] 023076120/
Le commandant de bord peut appliquer des normes plus sécuritaires que ce qui est autorisé. Il ne peut donc pas décider de voler sciemment en espace interdit (sauf situation d'urgence en vol), mais il peut refuser de voler dans un espace autorisé.