Une analyse intéressante du programme de la part de G. Monnet.
L’immigration
C’est la partie la plus noire du programme où perce le pire conservatisme une xénophobie que le FN assume d’autant plus tranquillement que c’est l’UMP qui fait son travail.
L’immigration est affirmée comme étant à l’origine de tous les maux dont souffre le pays et comme l’un des fondamentaux transversal dans son projet global.
- En matière de retraites en encourageant la natalité française comme élément du reflux migratoire,
- En matière de sécurité en préconisant la « tolérance zéro » contre l’immigration clandestine et le renforcement de la répression policière soutenu sans réserve dans ses actions y compris, implicitement, en cas de bavure. Avec le renforcement adapté des moyens judiciaires.
- Dans le domaine social où les déficits des différents régimes sont attribués en grande partie à ces catégories contre lesquelles les mesures les plus iniques sont envisagées : suppression des allocations familiales, la majoration des cotisations sociales et conjointement, l’abaissement des prestations servies, la suppression du RSA et de l’AME. Leur accueil est toujours considéré à charge (éducation, logements sociaux, sécurité sociale, santé…) et jamais ces charges ne sont mises en perspective avec leur participation à la production des richesses nationales.
- En matière d’éducation où serait à affirmer l’autorité devenue insuffisante, et en supprimant aussitôt les allocations familiales aux familles dites perturbatrices,
- En matière constitutionnelle en inscrivant dans la Constitution le principe de préférence nationale
- En matière d’identité nationale envisageant l’obligation d’un certificat de bonne conduite et la possibilité d’une déchéance nationale dans le cas de condamnation à des peines supérieures à 6 mois d’emprisonnement. En développant une politique d’assimilation (moralité, service militaire, respect de l’histoire de France…)
- En matière d’insertion en supprimant le regroupement familial considéré comme l’installation de colonies de peuplement, et en réduisant la carte de séjour de 10 à 3 ans
- En matière économique qui serait impactée par les coûts d’une immigration envahissante (450000 nouveaux immigrés/an dont le patronat, quand même, est accusé de se satisfaire) et dont les salaires compressés lui confèrent le caractère d’une « délocalisation à domicile »
- En matière européenne qui favoriserait l’immigration ce qui rendrait nécessaire le contrôle à ses frontières intérieures et extérieures pour bloquer notamment l’immigration africaine. En sortant de l’espace Schengen.
En revanche, comme pour donner le change en regard de la brutalité de ces mesures, le programme du FN propose aux pays à l’origine de l’immigration une politique d’aide à leur développement (économique, éducation notamment) à hauteur de leur engagement et de leur réussite à bloquer leur flux nationaux. Il en serait espéré un gain annuel de 5 milliards d’euros ce qui amène cette proposition à sa juste proportion d’hypocrisie !
Prétendu anti libéralisme
En France, un récent sondage indique que 36 % des français seulement considèrent la mondialisation libérale comme une solution d’avenir, alors qu’une grande majorité nourrit à son encontre un ressentiment croissant considérant que ce système est grandement à l’origine des problèmes économiques et sociaux actuels. Marine Le Pen a su en prendre acte et en joue adroitement bien que son opposition soit en fait motivée par un reflexe nationaliste résultant de son principe de préférence nationale.
Le monde, affirme son programme, est livré aux forces du marché via le libre échangisme et fustige les instances mondialistes (OMC – FMI – BM – OCDE). Le remboursement des aides publiques aux entreprises qui délocalisent est exigé. Fort bien ! Mais ces moments de bravoure dans son programme ne suffisent certainement pas à lui décerner un label d’anti libéralisme. Car on cherchera en vain une analyse de fond du système, quant à sa nature, financière notamment, quant à son sens et ses conséquences. Aussi ne professe-t-il aucune opposition frontale en avançant des propositions économiques, sociales et alternatives capables de le remettre en cause, globalement comme dans les différents compartiments de son programme.
De façon général, le discours antilibéral n’est qu’incantatoire et multiplie des propositions contradictoires comme, par exemple, la réduction des impôts et un plus grand investissement social, comme la réduction des dépenses publiques et autres idées usées jusqu’à la corde et lourdes de menace. Le discours de Marine Lepène est contredit par son respect implicite des règles de gestion de l’économie de marché, c’est-à-dire du capitalisme dans sa phase actuelle de développement et donc, dans son acceptation de ses outrances et de ses crises
En fait le choix de ce discours est beaucoup plus dicté par des exigences de propagande : comment avancer des mesures sociales qui se veulent généreuses sans prendre du recul par rapport à ce système majoritairement perçu comme étant la cause de la crise ? Et plus probablement, le FN récuse surtout la mondialisation et si peu son contenu libéral. C’est cette mondialisation suspectée d’effacer l’espace national qui suscite sa critique et un discours non motivé par des considérations antilibérales mais beaucoup plus nationalistes et fondées sur son principe de préférence nationale récurrent dans de nombreux articles du programme.
Il est évident qu’avec des ennemis comme le FN, le système peut tranquillement dormir sur ses deux oreilles.
A propos de son positionnement sur l’Europe
Il se veut beaucoup démonstratif mais en même temps il révèle ses contradictions et ses faiblesses et beaucoup de démagogie.
Ill propose de reconnaître le résultat du Non au référendum de 2005 sur le TCE . Ce qui, de notre part, ne saurait être interprété comme une critique puisque nous avons la même exigence. Nous rappellerons quand même que le NON de gauche n’avait rien de commun. Il dénonçait le contenu libéral du projet de traité, ses graves insuffisances sociales et démocratiques, son militarisme, son allégeance à la domination américaine… alors que FN, déjà, n’obéissait qu’à des motivations nationalistes.
En réponse à la crise européenne à aucun moment analysée dans le cadre de la crise d’un système largement fondateur de l’Europe, et en réponse à la dette et aux plans d’austérité imposés partout, le FN propose la sortie de l’euro dans le but « d’obtenir un gain de productivité et un soutien aux exportations ». Et cela en établissant une parité fixe : 1 Euro = 1 franc.
Les français y gagneraient sans doute pour une partie de leur consommation, mais c’est oublié que dans le même temps le Smic actuellement de 1055 Euros passerait à 1055 F. provoquant une formidable baisse de leur pouvoir d’achat. La dette dont la majeure partie est souscrite en Euros subirait une énorme augmentation laissée évidemment à la charge des budgets populaires
Les solutions ne sont pas à rechercher dans un repli à l’échelle nationale mais en développant la lutte au niveau de l’Union pour y dénoncer son contenu libéral et y imposer de nécessaires réformes économiques, sociales, fiscales, environnementales.
Le social
Selon ce qu’affirment très complaisamment certains médias, Marine Lepène serait dans son élément naturel avec le social et y excellerait. Nous aurions plutôt envie de dire qu’elle y a des limites étroites :
La revalorisation du pouvoir d’achat des ménages et des revenus du travail. Simple énoncé sans autres formes d’argumentation quant aux de moyens de financement
Prise en charge par l’Etat de 200 Euros/mois sur la part salariale jusqu’à 1,4 fois le Smic, pour dégager du pouvoir d’achat, sans faire pression sur les finances de l’entreprise pour le générer. Là encore, aucune évaluation des coûts ni aucune mention des moyens de financement, surtout que les fonds publics qui seraient sollicités seraient fortement anémiés par la baisse des impôts
Recours de l’intéressement et à l’actionnariat. Ces solutions ont pour inconvénient de détourner les revendications salariales de leurs objectifs. Mieux vaut obtenir du salaire qui offre une situation acquise du salaire et garantit une assiette de cotisation plus large et plus favorable au maintien des prestations.
Avec des propositions d’augmentation sensibles du pouvoir d’achat des agriculteurs, des fonds d’aide aux jeunes agriculteurs, et des propositions d’aménagement du monde rural et agricole
Mais en même temps, le programme est résolument régressif :
- Avec la remise en cause des 35 h et leur remplacement à 39 h. (à négocier avec les O.S. et avec un maintien du salaire correspondant à 39 h.). Avec les politiques actuelles laminant le pouvoir d’achat des salaires, et que le FN est bien peu en mesure d’endiguer, il s’écoulera peu d’années pour que les augmentations aient fondu et en plus, il n’y aura plus de 35 h. Les 35 h sont un acquis important de société et ne sauraient être négociables.
- Le programme propose le maintien de 40 annuités mais ne se prononce pas sur la retraite à 60 Ans. Autre acquis social et sociétal d’importance.
- Avec des propositions très régressives sur la représentation et le rôle syndical
- Avec des mesures antisociales insupportables envisagées contre les immigrés
- Sans proposition concrète pour l’augmentation des revenus pourtant nécessaires pour répondre aux besoins des familles et contribuer à la relance économique. Et ce, en proposant des mesures ambitieuses de réduction des inégalités, en prenant l’argent là où il est en prélevant sur les revenus du capital, par une vraie réforme fiscale… dans le cadre d’une vraie démarche antilibérale qui n’en reste pas qu’au discours en l’occurrence très timide.
- Les services publics sont absents du programme. Le FN ne se propose pas de défendre cet important secteur aujourd’hui attaqué pour la seule raison que le FN n’est pas gagné à la philosophie des services publics que le programme du CNR a imaginés, en termes de propriété publique et d’appropriation sociale et démocratique par les usagers et les salariés.
Santé – Sécurité sociale
Si dans certains chapitres du programme des idées peuvent faire illusion, ici, la plupart restent nettement négatives. Surtout pour ce qui concerne les immigrés indignement traités (voir le chapitre immigrés).
La maitrise des déficits fait l’objet de vagues formulations comme le redressement économique, la réindustrialisation nationale, une réforme fiscale, mais sans autres formes de précision, d’argumentations. En revanche les mesures anti immigrés, elles, sont prolifiques. Normale, c’est la charpente du programme.
Le texte du précédent programme exposait que les petits risques seront pris en charge soit par la sécurité sociale actuelle, soit par l’assurance privée. Les gros risques seront couverts comme actuellement mais avec un taux fortement diminué, complété par une TVA sociale. Trois raisons de s’inquiéter dans l’exposé de ces mesures :
- Le recours au privé à qui ne serait confié que le traitement des petits risques, c'est-à-dire ceux qui rapportent le plus, les plus couteux étant évidemment laissés aux secteurs publics
- Le taux de remboursement des gros risques à taux réduit, faisant suite aux réductions déjà imposées
- L’intervention d’une TVA sociale, c'est-à-dire un prélèvement qui frappe plus fortement les plus petits revenus et qui, en l’occurrence, s’attaque au principe de solidarité de la sécurité sale.
Le secteur privé de la recherche médicale sera incité au développement, aidé par de larges exemptions fiscales. Et puis enfin, plus positivement, l’annonce d’un meilleur remboursement des dents et es lunettes et une priorité donnée à la dépendance dans les années à venir (mais encore ?). Une aide fiscale pour favoriser le maintien des médecins en zone rurale, l’abandon du numérus clausus, le maintien des hôpitaux de proximité (mais sans aucune allusion aux réforme imposées actuellement à notre système de santé), la refonte des urgences.
Les retraites
Le déficit ne fait référence qu’aux causes classiques du vieillissement de la population, l’allongement de la durée de vie. Jamais à l’emballement du déficit dû à la crise, à la baisse du pouvoir d’achat, à l’augmentation du chômage, à la baisse des cotisations patronales… autant d’éléments résultant des politiques néo libérales qui sévissent depuis 30 années.
Des financements sont à trouver, que le FN prévoit par une réduction du financement du budget européen, un gain résultant des mesures anti immigrés et, quand même, par une mesure de réduction des inégalités avec un financement étendu aux revenus du capital) et avec l’application de droits de douane contre la concurrence déloyale.
Environnement et Energie
Aucune référence n’est faite à la crise écologique, pourtant partie intégrante de la crise globale du système, mais ridiculement, le FN invoque une politisation orchestrée par les Verts et les Altermondialistes. Il avance également quelques propositions banales, sans ambition pour certaines et carrément négatives pour d’autres.
S’agissant des OGM par exemple, il propose la poursuite des recherches (en milieu confiné) et propose de rendre lisible la traçabilité des OGM entrant dans la fabrication des produits de consommation. Il propose la création d’une TVA en relation avec la présence d’OGM dans les produits vendus.
Et puis surtout, on déplorera les mesures avancées en matière d’énergie avec notamment :
- Le maintien du nucléaire et le soutien des filières de 3 ème et 4 ème génération. Il encourage le projet de thermo-fusion nucléaire contrôlé (ITER). Comme si le FN n’avait rien appris sur les zones d’ombre de cette énergie (accidents – déchets – dangers énormes).
- Avec la valorisation des ressources renouvelables (éolien, hydraulique, thermique, photovoltaïque) et surtout en privilégiant le soutien des carburants verts dont il n’est plus douteux qu’ils constituent une menace économique et sociale, et rendent compte d’un bilan écologique très négatif là où ils sont cultivés.
Education
Un constat très noir est proposé de l’éducation nationale, comme si elle n’était pas le produit de notre société, comme si ses résultats ne souffraient pas de la même politique de restriction budgétaire et de démolition qui atteint tous les services publics.
Aucune des mesures proposées ne consistent à réparer la politique gouvernementale actuelle et à renforcer les moyens humains et budgétaires qui lui font défaut, mais insiste sur le recours à plus d’autorité, de sélection, de répression, insiste sur la dénonciation d’un prétendu endoctrinement de l’école et la mainmise politique qui y règnerait.
S’agissant de l’université le programme propose qu’elle soit libérée de l’entrave de la représentation syndicale et que le pouvoir soit confié aux présidents en relation avec le conseil.
Sécurité et Justice
Le programme fait état d’une sécurité qui se dégrade et déplore l’insuffisance de moyens mis à disposition des institutions judiciaires et policières. Mais il s’en tient à des propositions ahurissantes qui révèlent clairement la nature de ce parti :
- Le rétablissement de la peine de mort
- Une présomption d’innocence accordée aux forces de police quand elles font usage de la force (quoi qu’il puisse se passer par conséquent et quelles qu’en soient les responsabilités !)
- La tolérance Zéro contre l’immigration,
- L’abaissement de la majorité pénale
L’Agriculture
Le programme met fortement l’accent sur cette corporation souvent grugée dans les exploitations les plus modestes, avec la volonté, peut-on penser, d’y imposer son influence et d’y concurrencer l’UMP.
Il propose l’établissement d’une caisse de compensation pour couvrir la dette paysanne, l’exonération pendant 5 ans de toute charge sociale et fiscale, la création d’un fond d’intervention pour la campagne et d’un établissement public pour aider l’installation des jeunes viticulteurs, et la mise en place d’un maillage social, sanitaire, service public, pour un meilleur équipement dans les zones rurales. Mais aucun constat, aucune référence même minime à l’agriculture productiviste et à la politique agricole commune pourtant causes premières des problèmes des petits agriculteurs.
Défense
Le FN déplore le démantèlement de la défense nationale et souhaite la renforcer en moyens budgétaire (2,6 % du PIB) et souligne l’effet positif qui en résulterait, selon lui, sur l’économie nationale et régionale. (Une militarisation de l’économie en quelque sorte).
Il préconise d’entretenir la force de dissuasion nucléaire
Il propose que la France quitte l’OTAN (Pour l’indépendance de notre pays ou pour obéir à son réflexe nationaliste naturel et son principe de préférence nationale ?)
Au plan sociétal
Le profil de la société proposé par le FN est très conservateur et régressif en de nombreux domaines. Il fait faire un bond important en arrière à toute la société
- Il propose de restaurer la peine de mort.
- L’IVG remise en cause dans le précédent programme, ne l’est pas explicitement dans le nouveau, mais il semble clair que les intégrismes agissant dans ce parti n’ont pas disparu et que la menace reste sous-jacente
- La démocratisation est complètement évacuée (sauf quand même la proposition de référendum d’initiative populaire).
- Le syndicalisme est méprisé.
- Les mesures liberticides mises en œuvre par le pouvoir en place ne sont aucunement remises en cause.
- L’accent du conservatisme devrait même gagner la Constitution dans laquelle le FN propose d’inscrire le principe de préférence nationale ainsi que le devoir de mémoire envers ceux qui sont morts pour la défense de l’ancien empire français.
- Les nombreuses mesures anti immigrées sont puantes et essaient de flatter les pires instincts xénophobes et racistes.
- L’interdiction de la recherche sur la thérapie génique sur l’embryon et le rejet à priori de l’euthanasie médicalement assistée sont en écho avec les réflexes réactionnaires forts dans ce parti.
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Les libéraux ne cherchent pas à sortir de la crise ; juste à en profiter