m0gwai | dresdd a écrit :
ton article date de février, il a changé
Citation :
Il ne fait aucun doute désormais que l’Euro, par le biais des plans d’austérité qu’il nécessite, est un facteur général de régression sociale pour tous les pays concernés. Le risque est donc qu’aujourd’hui l’Euro, dans sa forme actuelle, rende l’Europe odieuse et discrédite durablement le principe d’une coordination monétaire.
http://www.marianne2.fr/Pour-Sapir [...] 10581.html
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Dans ce que tu cites, le plus important c'est dans sa forme actuelle.
Sapir fait parti des manifestes atterées. Voici un extrait :
Fausse évidence n°10 : La crise grecque a enfin permis d’avancer vers un gouvernement économique et une vraie solidarité européenne
A partir de la mi-2009, les marchés financiers ont commencé à spéculer sur les dettes des pays européens. Globalement, la forte hausse des dettes et des déficits publics à l’échelle mondiale n’a pas (encore) entraîné de hausses des taux longs : les opérateurs financiers estiment que les banques centrales maintiendront longtemps les taux monétaires réels à un niveau proche de zéro, et qu’il n’y a pas de risque d’inflation ni de défaut d’un grand pays. Mais les spéculateurs ont perçu les failles de l’organisation de la zone euro. Alors que les gouvernements des autres pays développés peuvent toujours être financés par leur Banque centrale, les pays de la zone euro ont renoncé à cette possibilité, et dépendent totalement des marchés pour financer les déficits. Du coup, la spéculation a pu s’enclencher sur les pays les plus fragiles de la zone : Grèce, Espagne, Irlande.
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Sous pression du FMI et de la Commission européenne, la Grèce doit privatiser ses services publics et l’Espagne flexibiliser son marché du travail. Même la France et l’Allemagne, qui ne sont pas attaqués par la spéculation, ont annoncé des mesures restrictives.
Pourtant, globalement, la demande n’est aucunement excessive en Europe. La situation des finances publiques est meilleure que celle des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne, laissant des marges de manœuvre budgétaire.
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La crise offre aux élites financières et aux technocraties européennes la tentation de mettre en œuvre la « stratégie du choc », en profitant de la crise pour radicaliser l’agenda néolibéral. Mais cette politique a peu de chances de succès :
- La diminution des dépenses publiques va compromettre l’effort nécessaire à l’échelle européenne pour soutenir les dépenses d’avenir (recherche, éducation, politique familiale), pour aider l’industrie européenne à se maintenir à et investir dans les secteurs d’avenir (économie verte).
- La crise va permettre d’imposer de fortes réductions des dépenses sociales, objectif inlassablement recherché par les tenants du néolibéralisme, au risque de compromettre la cohésion sociale, de réduire la demande effective, de pousser les ménages à épargner pour leur retraite et leur santé auprès des institutions financières, responsables de la crise.
- Les gouvernements et les instances européennes se refusent à organiser l’harmonisation fiscale qui permettrait la hausse nécessaire des impôts sur le secteur financier, sur les patrimoines importants et sur les hauts revenus.
- Les pays européens instaurent durablement des politiques budgétaires restrictives qui vont lourdement peser sur la croissance. Les recettes fiscales vont chuter. Aussi, les soldes publics ne seront guère améliorés, les ratios de dette seront dégradés, les marchés ne seront pas rassurés.
- Les pays européens, du fait de la diversité de leurs cultures politiques et sociales, n’ont pas pu se plier tous à la discipline de fer imposée par le traité de Maastricht ; ils ne se plieront pas tous à son renforcement actuellement organisé. Le risque d’enclencher une dynamique de pli sur soi généralisé est réel.
- Manifeste d’économistes atterrés – Editions Les Liens qui Libèrent – Novembre 2010 – p.53-54-56-57
Mesure n°1 : cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs.
Mesure n°2 : réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financières.
Mesure n°3 : limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l’économie réelle par exemple : CDS uniquement pour les détenteurs de titres assurés, etc.)
Mesure n°4 : plafonner la rémunération des traders.
Mesure n°5 : renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes.
Mesure n°6 : accroître fortement l’imposition des très hauts revenus pour décourager la course aux rendements insoutenables.
Mesure n°7 : réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des marchés financiers, en développant une politique publique du crédit (taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental). Mesure n°8 : les agences de notation financière ne doivent pas être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d’intérêt des marchés obligataires en dégradant la note d’un Etat : on devrait réglementer leur activité en exigeant que cette note résulte d’un calcul économique transparent.
Mesure n°8 bis : affranchir les Etats de la menace des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publics par la BCE.
Mesure n°9 : réaliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour déterminer leur origine et connaître l’identité des principaux détenteurs de titres de la dette et les montants détenus.
Mesure n°10 : maintenir le niveau des protections sociales, voire les améliorer (assurance-chômage, logement…).
Mesure n°11 : accroître l’effort budgétaire en matière d’éducation, de recherche, d’investissements dans la reconversion écologique… pour mettre en place les conditions d’une croissance soutenable, permettant une forte baisse du chômage.
Mesure n°12 : redonner un caractère fortement redistributif à la fiscalité directe sur les revenus (suppression des niches, création de nouvelles tranches et augmentation des taux de l’impôt sur le revenu…).
Mesure n°13 : supprimer les exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l’emploi.
Mesure n°14 : autoriser la BCE à financer directement les Etats (ou à imposer aux banques commerciales de souscrire à l’émission d’obligations publiques) à bas taux d’intérêt, desserrant ainsi le carcan dans lequel les marchés financiers les étreignent.
Mesure n°15 : si nécessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique à un certain pourcentage du PIB, et en opérant une discrimination entre les créanciers selon le volume des titres qu’ils détiennent : les très gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales. Il faut aussi renégocier les taux d’intérêt exorbitants des titres émis par les pays en difficulté depuis la crise.
Mesure n°16 : remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l’Union européenne et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire.
Mesure n°17 : au lieu de la politique de concurrence, faire de « l’harmonisation dans le progrès » le fil directeur de la construction européenne. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macro-économique (des GOPS, Grandes orientations de politique sociale).
Mesure n°18 : assurer une véritable coordination des politiques macroéconomiques et une réduction concertée des déséquilibres commerciaux entre pays européens.
Mesure n°19 : compenser les déséquilibres de paiements en Europe par une Banque de règlements (organisant les prêts entre pays européens).
Mesure n°20 : si la crise de l’euro mène à son éclatement, et en attendant la montée en régime du budget européen, établir un régime monétaire intra-européen (monnaie commune de type bancor) qui organise la résorption des déséquilibres des balances commerciales au sein de l’Europe.
Mesure n°21 : développer une fiscalité européenne (taxe carbone, impôts sur les bénéfices…) et un véritable budget européen pour aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d’accès aux services publics et sociaux dans les divers Etats membres, sur la base des meilleures pratiques.
Mesure n°22 : lancer un vaste plan européen, financé par souscription auprès du public à taux d’intérêt faible mais garanti, et/ou par création monétaire de la BCE, pour engager la reconversion écologique de l’économie européenne.
Manifeste d’économistes atterrés – Editions Les Liens qui Libèrent – Novembre 2010
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