Bon, vos messages me remontent un peu le moral, faut dire que je suis particulièrement dur et exigeant envers moi-même, et que j'ai un gros travail personnel à faire dessus, m'enfin bref, c'est du 36/15 mylife
san marco a écrit :
mais sinon tes impressions ?
l'attente dans le vestiaire ?
l'arrivée sur le ring ?
le go ?
les pauses ? comment t'as senti l'ambiance sur le ring ? à la fin (bon tu devais êter un poil sur les nerfs .. normal, adrenaline + resultat)
mais juste apres quand la pression retombe ? t'as pas eu une sorte de zenitude qui t'as rempli ? le fait d'avoir été au bout... ?
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Allez, je le fais ce CR, c'est parti.
MUAYTHAI 10 : GIGAAAA DRIIILLLL... *pouf*
Plus qu'une semaine avant le combat. Je fais ma séance de 30/30 mardi matin au réveil, les doigts dans le nez, avec un étonnement supplémentaire concernant ma condition physique. J'ai du gaz à revendre, ça me met en confiance.
Deux jours avant le combat. Pour des raisons personnelles, je suis en ébullition, prêt à exploser à n'importe quel moment. J'ai envie de tout péter, rien ne me fait peur, je suis invincible dans ma tête.
Un jour avant le combat. Pouf, calme plat (/mylife
). Je ne suis pas zen, je suis... éteint. Ni inquiet, ni en réflexion, je me sens vide, je n'aime pas cette sensation qui n'augure rien de bon. J'évite de trop me prendre la tête à penser à ce qui m'attend et m'endort samedi soir comme un bébé.
Dimanche, je me lève sur les chapeaux de roues. Toutes mes affaires sont prêtes, je file au stade pour être à l'heure au rendez-vous. Après avoir bougé ma caisse à cause de match de foot qui allait se jouer le soir-même (je voulais pas la retrouver en pièces
) et 1h après la date de départ fixée initialement, je retourne à la bagnole pour filer vers Périgueux, accompagnée de deux boxeurs de mon club.
1h30 plus tard, nous arrivons à la salle où nous procédons à la pesée. 73kg, je suis affuté comme un couteau céramique, et je suis toujours "vide". Y'a du monde dans ma catégorie, j'ai la possibilité de disputer deux combats, sous réserve que je gagne le premier. Mes deux potes sont moins chanceux : l'un n'aura pas d'adversaire, l'autre se tapera un assaut (qu'il gagnera haut la main).
On se prend une engueulée parce que les 3/4 des compétiteurs n'ont pas de survet
Une longue attente s'amorce alors : à l'aide des feuilles de tournois, nous calculons grossièrement mon temps de passage à partir du numéro des combats. J'en ai pour des plombes avant de me fritter. Je regarde quelques combats, et là, je commence à percevoir de manière plus ou moins consciente ce qu'il ne va pas chez moi : l'improvisation sur le ring. Je n'y prête pas attention, mais même en voyant des "mauvais" combattre, je ressens une pression en me transposant à leur place, comme si tout allait trop vite.
Durant ce temps, j'échange un peu avec d'autre personnes, les 3/4 des débutants se crament d'entrée en lançant la poudre trop tôt, et sont faciles à cueillir derrière. Je m'attends donc à un gars qui me fonce dessus avec cette méthode, et me dis que je vais rester calme et gérer l'orage.
Echauffement. Je commence à m'échauffer sérieusement et à respirer correctement. Les potes me massent avec de l'huile qui pue à mort, m'asperge la tronche d'eau froide. Bizarrement, tout le monde me répète de me motiver, alors que je n'ai pas l'impression d'être "mou". J'imagine que je devais avoir le regard éteint à ce moment-là
On attaque l'échauffement en sparring, la hanche de ma jambe avant coince un peu, et elle est sollicitée durant cet échauffement. Je cherche à comprendre pourquoi mes coachs m'incitent à bosser enchaînement de poings/low kicks => enchaînement de poings, sans faire de corps à corps. Je n'arrive pas à être réactif sur mes appuis, et visiblement je semble crispé. J'entends tous les non-dits derrière les propos de mes entraîneurs qui cherchent à m'amener vers la performance : "accélère, accèlère/enchaîne après ton low kick, reste pas sur place/relâche-toi, libère tes frappes" => "t'es trop crispé, t'es trop statique, t'as pas réactif". Dès lors, je sens qu'il y a un truc qui va pas, mais vu que je suis "vide", je reste passif par rapport à ça, j'arrive pas à me réveiller et à me mettre en "mode guerrier".
Note : vous remarquez que ça sent pas très bon déjà.
On m'appelle sur le ring : je m'avance, et je vois mon adversaire. Il est plus vieux, plus petit et me semble gros. Après le combat, je me rendrait compte qu'il n'était pas gros mais trapu, ce qui remontera un peu mon moral
Je monte sur le ring après avoir "marqué" les cordes, je salue les arbitres et le coin opposé. Je retourne le coin et vais saluer les 4 coins, puis je m'agenouille devant mon coin pour faire 3 prières, en tentant de me concentrer et de me sortir de ce vide. Rien ne se passe. Je regarde le mec. Je n'ai pas peur, mais toujours rien, je ne ressens rien.
Nous nous avançons au centre du ring, nous nous saluons, "'chok", le combat est lancé! Je respecte les règles de mon coin : les écouter et rester à proximité pour pouvoir les entendre. Bordel, le mec est méfiant : il me tourne autour! MAIS FONCE-MOI DESSUS, LANCE-MOI L'ORAGE BOURDAYLE§§§§§
Bon bin en fait j'entends les directives de son coin, visiblement il lui ont dit de me tourner autour, et ça me gonfle, car du coup j'arrive pas à gérer ma distance. Je commence à appliquer mollement la tactique de sape de mon coin, mais je ne trouve pas la distance. Il me choppe, me colle des genoux faibles, me broie les cervicales... et je subis le corps à corps. La sensation du casque est bizarre, j'ai du mal à me repérer dans l'espace dans ces conditions, et je prend un genou dans les couilles, ça commence bien, je me dégage en lui appliquant une bonne pression au menton, et tente de contre-attaquer. Le combat est assez équilibré, même si je fais de la merde. Je suis un peu perdu, je boxe mal, j'oublie de souffler mais le mec doit vraiment se méfier de mes poings et de mes jambes car il reste loin. Je me fais arrêter deux secondes le temps de remettre mes roubignoles en place (ou alors c'est dans le deuxième round, je sais plus
).
Fin du premier round, je sens que ça remue les boyaux. Respire, respire, respire. J'écoute les conseils de mes coachs qui me disent de continuer comme ça, et qu'il n'y a plus qu'un round. Pinaise, y'a trop de lumières, ça fait comme un brouhaha dans ma tête, je suis pas en guerre, je suis en souffrance là. De l'eau glacée coule sur mon casque et dans mon slip, visiblement j'ai eu droit à me faire rincer le trilili pour me refroidir. Je reprends mon souffle, et c'est reparti. J'y vais franco : je suis prêt physiquement, je peux envoyer la méga sauce d'entrée pour lui montrer qui c'est le patron, et je pourrais tenir les deux minutes
Ouais enfin, ça c'est ce que je me suis dit, sauf que l'autre a bien géré mon temps fort, et que j'étais rincé
Donc du coup, j'ai souffert pendant toute la deuxième reprise, à l'agonie. Plus de poings, moi qui me foutait de la gueule des mecs qui balançaient leurs bras comme des poignées de graviers, je faisais pareil. Je tente de rentrer quelques coudes quand le bonhomme me choppe au corps et à corps, et je rentre des genoux, mais le bougre me passe deux beaux enchaînements donc un avec un direct en pleine poire qui manque de me faire voir des étoiles. J'entends son coin gueuler "il est touché il est touché!!!!!" au milieu du brouhaha silencieux qui m'entoure. Non, non, NON!! je l'attrape au corps à corps, contrôle ses bras et fait le point 1/2 seconde : ouf, je ne suis pas sonné, je continue. Je lui place deux genoux, il encaisse, on continue et je me fais coincer dans les cordes où je me fais éburner par deux coups de genoux d'affilée. Je lâche un grognement étouffé par mon protège dents : GRMPUTAIN§§§§§ Le mec se fait rappeler à l'ordre, je vois bien que c'est involontaire, pour autant je n'arrive pas à m'énerver. On continue le combat, je fais de la merde par paquets de 25, ding, fin du combat.
"Reste droit, reste digne, ne montre pas que t'es fatigué" me crie mon camp. "C'est bon pour toi!" Putain, je suis rincé de chez rincé, j'ai boxé comme une merde et j'en ai marre, je m'en fous du résultat je veux me barrer tellement je me dégoûte. Je tiens à peine sur mes jambes, je marche jusqu'à mon coin où on m'enlève casque et protège-dents. "Va au centre, le premier, montre que tu vas gagner!!!" Je m'y rends, gardant la tête droite, même si mon regard doit dire le contraire. L'arbitre attrape nos poignets, voilà la décision qui va venir de la table : extra-round. un troisième round. "Mais noooon", j'entends gémir du côté de son coin (c'était énorme, en y pensant, j'aurais rigolé si j'avais été dans le public
).
Troisième round. Ayoub me frictionne les jambes, je manque de me péter la gueule au moment où il me soulève mon pied tellement que je ne tiens plus sur mes jambes. J'écoute les recommandations de mon coin, bien décidé à les appliquer : je me réveille enfin, lucide, mais pas parfaitement éclairé. On se salue, je vois que le mec est pas bien physiquement. J'attaque le début du troisième round dans de bonnes conditions, je respire bien, mes frappes sont sèches et vives (comme par hasard, je venais juste de me rappeler qu'en soufflant, ça aidait) et le mec commence à ne pas en mener large. Je gère mes préparations, je le mets en difficulté. Hélas, j'ai tellement gâché de jus précédemment que je m'effondre vite suite à ce sursaut d'orgueil, pour me faire écraser par ma fatigue. J'en prends plein la gueule, mes bras sont lourds, je n'arrive même plus à tenir ma garde lorsque je lance un mouvement, et pourtant je la replace à chaque fois.
Pour ces points-là, je ne sais plus si c'était dans le deuxième ou le troisième round (faudra que je vois la vidéo
), mais j'ai projeté mon adversaire de toutes mes forces dans les cordes, manquant de le péter en deux (il était au sol en train de se tenir les lombaires
) et j'ai contré une de ses prises en corps à corps en le bloquant dans les cordes et en montant mon genou jusqu'à sa tête. Deux points marquants sur un combat, ça fait peu.
Je suis au bord de la rupture, quand je distingue une forme bleue et floue en contrebas du ring : Rodrigo, mon entraîneur qui s'occupait des autres à l'échauffement. Il crie des trucs, mais j'entends rien, donc je cadre le mec pour que Rod soit dans on axe. J'entends des encouragements, il me dit d'enchaîner poings puis pieds, toujours la même tactique quoi, mais cet encouragement me fait monter les abeilles, et je m'avance vers mon adversaire en lui décochant mes poings. Et là je pense que le gars a eu les foies quand il a vu ma gueule, parce que j'ai vu son expression changer et qu'il a reculé
Ding.
Je retourne droit dans mon coin, dégoûté de m'être cramé pour des prunes. Je le sens pas, j'ai subis durant ce round, et même si je gagne, je ne serai pas satisfait. Ayant assimilé l'attitude à avoir, je fonce au centre du ring après avoir été débarrassé de mes protections superflues. La table d'arbitrage fait un signe discret à l'arbitre vers le coin rouge : il a gagné, j'ai perdu. Je salue mon adversaire, me rends dans le coin adverse pour saluer les entraîneurs qui me félicitent (d'avoir perdu?
), et je regagne mon coin après avoir salué les arbitres et le public, dépité et honteux d'avoir offert un tel spectacle.
Je descend du ring et là Rodrigo me dit : "Cguignol, tu réfléchis trop". Il a tellement raison que ça résume parfaitement ce qui m'a fait perdre ce combat, d'autant le mec en face était prenable.
Conclusion
Bon bin voilà, commencer ses combats par un échec, c'est dur, surtout quand l'échec se situe non pas au niveau du résultat mais de la performance en elle-même. Le combat a été très dur physiquement, non pas pour les coups que j'ai reçu (le seul coup qui m'a marqué, c'était le fameux direct qui m'a donné le goût du sang dans la bouche
) mais bien par la fatigue et le fait de la gérer. Techniquement, je sais que je suis loin d'être mauvais, y'a qu'à voir en sparring comment je me débrouille... mais ça reste des ateliers.
Là on est plus dans l'improvisation, l'instinctif, et cet automatisme, je ne l'ai que très peu travaillé précédemment, donc que je pense que je l'ai payé sur ce combat. Et comme je suis quelqu'un qui analyse énormément, réfléchit beaucoup et se prend beaucoup trop la tête, si j'ai pas l'automatisme, je merde.
Du coup, là je laisse passer la semaine (parce que je dois avoir des vertèbres de déplacées, ça faisait un moment que je traînais ça et là j'en ai super mal dormi cette nuit), et je reprends la semaine d'après, bien décidé à surmonter mes erreurs et travailler dessus (aussi bien sur le plan technique que psychologique
) . 
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