CR Glières 50km 3200d+ : Culbuto fait du trail
Avant course
Me voici donc inscrit sur ce trail pour prendre ma revanche de l'an dernier où j'avais abandonné au bout de 12km à cause de crampes aux cuisses.
C'est un peu un bonus non prévu en début d'année au programme donc j'ai décidé de prendre le risque de partir vite pour tenter un chrono, au pire je suis mal et j'arrête ou je finis doucement et au mieux si ça passe ça fera un bon classement.
J'arrive sur place assez tôt (mais pas sur le podium comme Scott), un bénévole me dit de me garer sur le premier parking à gauche, ne connaissant pas bien ma droite et ma gauche et ayant la tête dans le cul à 5h20 je me gare sur le bord de la route à DROITE
Le gars vient toquer à ma vitre "Heu j'avais dit à GAUCHE hein !", "Ah oui scusez moi j'ai pas bien compris
", comment passer pour un blaireau avant même le début de la course. Bon point positif c'est que j'ai eu une place à 50m du retrait des dossards et du repas, au top
Je récupère dossard, bouteille de jus de pomme et le lot pourri bracelet éponge, un petit échauffement de 15min et nous voici dans l'aire de départ (430 partants je crois). Séb Chaigneau et Jean-Marc Gaillard (médaille de bronze au JO en ski de fond) les parrains de l'épreuve nous font un petit discours. Jean-Marc Gaillard remportera le 22km 1500d+ en un temps record de 1h58
On nous promet que les bénévoles connaissent tous la distance et dénivelé restant à partir de leur position et ça s'est vérifié, même si je connaissais le parcours ça fait bien plaisir autant de professionnalisme.
J'ai fait un plan à la grosse louche (surtout pour renseigner Tyler qui doit m'attendre au dernier ravito), ça donne environ 7h - 7h30 si tout se passe bien.
Départ - 9km 1500d+
Le départ est lancé, comme d'hab des grosses quiches se placent devant et obligent tout le monde à les passer, méga combo pour ceux qui sont partis avec les bâtons à la main alors qu'il y a 3,5km de plat au début
Heureusement c'est une route large donc je peux me faufiler assez rapidement à la bonne place.
Les 3,5km de plat au début se passent bien, on a un bon rythme, il fait pas froid (short - tshirt du début à la fin) et ya des petits culs juste devant moi (les féminines 2 et 3). En bas de la montée je sors les bâtons et attaque la montée à bon rythme, en essayant de forcer sur les bras pour économiser les jambes. Je double régulièrement des coureurs, et je rejoins la première féminine au sommet, je suis content, quand je suis avec la tête de course femme ça me fait des bonnes courses d'habitude.
Je passe au sommet de Sous-Dine en 1h32, 5min de moins que l'an dernier et 8min en avance sur le plan, tout va bien
10km - 12.5km 400md-
Je range les bâtons, range la frontale, admire le lever de soleil et j'enquille la descente. J'y vais prudemment, c'est des lapiaz un peu mouillés mais je continue à doubler donc tout va bien, j'arrive sans encombre au premier ravito en 1h51, 9min d'avance sur le plan.
Je mange un coup, je bois un verre (non fourni, si t'as pas de gobelet ben tu restes avec ta soif, en même temps c'est dans le matos obligatoire
heureusement j'ai ce qu'il faut avec moi).
12.5km - 18km 250d+ 400d-
Je repars avec la première fille, que je dépasse vite dans la descente qui continue, c'est maintenant très roulant et on avance vite, les écarts se creusent aussi, en dominant une petite plaine où passe le parcours, je vois 2 gars devant chacun séparés de 200 mètreeeeeeeuuu... En regardant au loin j'ai pas vu une bouse de vache et je surfe sur 1m manquant de me prendre une belle gamelle, elles sont farceuses les vaches ici
La montée qui se profile est raide mais courte, je décide de ne pas ressortir les bâtons, je gère tranquillement en maintenant ma position, une dernière petite descente permet de rejoindre le 2ème ravito, et je me fais un ami juste avant d'y arriver. On nous annonce aux environs de la 40è place, plutôt pas mal.
18km - 28km 700d+ 500d-
Au ravito 2 enfants remplissent mes flasques pendant que je sors les pastilles à mettre dedans, le grand luxe
Je repars avec mon ami juste devant la première fille, on discute pas mal sur le parcours, la météo, ... C'est assez vallonné sur des pistes bien larges au début puis on attaque la montée de 600d+ sur des lapiaz (oui encore
), je décide de ne pas sortir les bâtons, 600m c'est peanuts et puis c'est pas trop raide et j'ai la flemme ... ERREUR ... je sens les cuisses chauffer, je suis pas au mieux mais je me fais pas dépasser et je parviens à suivre mon nouvel ami. A la moitié je sais que j'aurais dû les sortir mais bon là c'est trop tard, je continue, la première fille nous rattrape au sommet, puis nous passe dans la descente "Bon les gars je prend de l'avance, je suis nulle sur le plat donc faut que je m'active en descente
" et hop elle nous dépose
Ça fait un peu mal à l'amour propre mais bon je me dis qu'on la reprendra par la suite.
Bon jusque là ça s'est pas trop mal passé mais ça va se gâter un peu
En cherchant à dépasser 2 gars qui se traînent un peu je dérape, je fais un sauvetage de tout beauté et après un magnifique 360° je retombe sur mes pieds
Je jubile 1s avant de sentir une douleur au genou droit qui croit de manière exponentielle, il s'avère que j'ai pas si bien réussi mon coup que je croyait et le genou a tapé assez fort. Au bout de 3s je peux plus marcher et je suis obligé de m'asseoir pour récupérer. Mon ami me demande si ça va, je le rassure c'est juste un choc et lui dit d'y aller, je rester immobile 2min, j'en profite pour pisser un coup et boire un bon coup. Je peux ensuite repartir presque sans conséquence mais je sens la rotule qui bouge "Hum ça sent le pâté ça...", bon un rapide coup d'oeil me permet de comprendre que c'est le manchon qui a glissé dans la chute et ballote sur le genou
Je continue donc sur le chemin un peu merdique, assez technique avec des rochers couverts de boue et 5min plus tard je trébuche à nouveau et cette fois pas de rattrapage miraculeux, je m'étale de tout mon long
, je reste sonné 2s, les autres coureurs me demandent si ça va, j'arrive à me relever pour un état des lieu et c'est l'autre genou qui a pris cette fois, re-2min d'arrêt en attendant que la douleur soit supportable pour pouvoir continuer, j'en profite cette fois pour manger une barre, on s'occupe comme on peut
Je suis dégoûté, je finis cette descente de merde en marchant avant de retrouver un bon chemin à vache en plat descendant ou je peux recourir sans risque mais j'ai plus vraiment l'envie. J'arrive au 3ème ravito où je retrouve un collègue qui est bénévole et badge les coureurs, du coup il me donne ma place : 50è, j'ai perdu beaucoup moins de places que je pensais, ça me remotive un peu, si je m'accroche ça peut faire une perf correcte quand même et puis on a fait le gros du dénivelé.
28km - 35.5km 250md+ 600md-
Juste après le ravito il y a une montée raide mais très courte de 100md+, j'ai plus de cuisses, ça brûle et je titube même un peu par moment, manquant même de me gaufrer en montée
Je commence à comprendre la raison de les gamelles : mes cuisses sont cramées et j'ai plus la force d'être assez vif sur les appuis. Bref je continue et à mon grand étonnement je recolle un petit groupe juste avant de basculer sur une portion en plat descendant en single assez technique. Je décide prudemment de rester derrière le groupe, rester sur mes 2 pieds serait déjà une victoire
Je me concentre au maxi pour éviter les pierres et autres racines, et ça passe, on rejoint enfin un gros chemin forestier bien roulant et tout le groupe ralentit à mort sauf un coureur. Étonnamment si j'en chie en montée, je suis plutôt à l'aise sur le plat et en descente roulante, le travail de prépa du 10k a bien payé je pense. J'emboîte donc le pas du coureur, on discute un peu, il me dit faire cette course tranquille sans faire monter le cardio, il prépare le GRR dans 3 semaines et il me sort "D'ailleurs c'est fou comme avec de l’entraînement un 50km ça passe aussi facilement qu'un 10k". J'ai même pas le temps de protester qu'il accélère et me dépose, si je le retrouve à l'arrivée je l'embroche sur mes bâtons
On enchaîne sur une descente assez roulante mais longue, longue, j'en vois pas le bout surtout que ma montre a décidé de rester bloquée sur une altitude de 1440m. A tous les coups le magasin m'a refilé une Fenix2 maquillée en Ambit
Je suis également tout seul, pas un coureur à l'horizon
Arrivé en bas, dès les premiers mètres de plat montant, je n'envisage même pas de courir, je sors les bâtons du sac et m'appuie bien dessus en essayant de soulager les cuisses qui crient pitié à chaque pas. J'arrive assez vite au 4ème ravito placé sur une route, il y a donc tous les suiveurs vu que c'est le seul point accessible facilement et je reçois une standing ovation à mon arrivée, ça fait plaisir. La 2è féminine m'y rejoint, je repars juste avant elle dans la montée, j'apprendrai par la suite que c'est la femme de Séb Chaigneau.
Je suis au ravito en 5h02 pour 5h prévu, encore en phase avec le plan
35.5km - 41km 600md+
Je repars donc dans la montée pas très raide en marchant, je sais que la montée est longue et que si je cours maintenant je vais me payer des crampes et ça j'en ai pas envie
Rapidement la 2ème fille me double en trottinant, EASY comme dirait Tyler, je l'encourage, admiratif et continue mon chemin de croix, montant plus grâce aux bâtons qu'avec mes cuisses. Dans les lacets je vois un coureur qui me rattrape doucement en courant, puis me double mais en marchant et 200m plus loin il s'arrête victime de crampes, extérieurement je suis
"Allez accroche toi mon gars !" mais intérieurement
"Yes une place de gagné !"
Je décide de prendre un gel caféine (ça m'avait bien réussi à Courchevel) et sur la fin de la montée moins raide j'arrive même à courir un peu, je sens que les forces reviennent
.
Arrivé au 5ème ravito je retrouve Tyler et 2 autres membres du fan club (donc le membre de l'équipe d’Allemagne d'ultramarathon qui nous mettait minable sous Strava avant que je le vire du club HFR
Bon je lui ai pas dis que c'était moi
).
J'y passe en 6h05, 5min de retard sur le plan.
Ça me fait du bien de les voir étant presque tout seul depuis 1h30, ils me reboostent bien et Tyler me dit même que comme il reste que 9km principalement en descente je peux viser le sub7h, oui oui c'est ça t'as pas vu mon état toi
41km - 50km 50md+ 900md-
Après avoir replié les bâtons et fait le plein de fromage et de tucs, je repars avec les 3 loustics sur le porte bagage et dès les premiers pas, surprise !! J'ai plus mal aux jambes
J'attaque donc à bloc sur le sentier en balcon un peu étroit qui est tout sec, c'est un vrai régal, on rattrape les derniers du 22km mais ils s'écartent très gentiment. Au bout de 2km la descente s'élargit et devient plus raide, ça se passe toujours bien avec mes supporters qui m'encouragent et me font le décompte des kms restants et de l'heure prévue d'arrivée, on est toujours dans les temps pour le sub7h. Le marathonien allemand se plaint d'avoir mangé trop de fromage au ravito en m'attendant
, pas sûr que ce soit très bon à une semaine de sa course ...
Les 3 derniers kilos sont plus durs, les cuisses piquent un peu et je sens les crampes au mollet qui pointent le bout de leur nez, je me force à courir tout le long, si je marche je suis pas sûr de pouvoir recourir ensuite. Tyler lance un magique "Mais il va nous faire péter dans les montées" qui m'a bien fait rire.
Finalement la fin est bien roulante et bien motivé j'ai gardé un bon rythme et je termine en 6h54, soit 5min de moins que l'objectif optimiste
Après course
On discute un peu puis je file à la douche et au repas très bon d'ailleurs. En sortant j'ai 2 options : d'un côté l'affichage du classement à 100m et de l'autre la voiture à 50m
Considérant les 2 bouts de bois qui me servent de cuisse je prend la 2è option et je rentre direct à la maison, je connais donc pas le classement final, entre 40 et 50 je suppose.
Un grand merci à Tyler et aux 2 autres pour leurs encouragements sur la fin qui m'ont vraiment fait du bien au moral et aux bénévoles toujours souriants et connaissant très bien les distances entre ravitos
Lien Strava qui me gratifie d'un magnifique "Meilleur effort estimé de Marathon (5:55:52)" 