Allez c'est parti : CR X-Trail Courchevel 54km (attention pavé
)
Avant course
Petit rappel : je voulais faire un trail de 50km suit à mon abandon aux trail des Glières l'an dernier et ayant fait le 33km de Courchevel l'an dernier qui était superbe, j'ai logiquement jeté mon dévolu sur cette course. L'objectif est de me faire plaisir sans me mettre minable et sans blessures, peu importe le classement. Niveau temps je pense mettre autour de 8h (estimation au pif sur la base du temps mis pour le 33km sans même regarder le classement de l'an dernier
) et j'espère également que la distance et surtout le dénivelé seront plus faibles qu'annoncés (toujours sur la base du 33km 2200m d+ qui fait en réalité 31km et 1800m d+).
Le plan est de partir tranquille, de gérer jusqu'au 3ème ravito au km30, et d'accélérer sur la fin que je connais en partie si j'en ai les moyens.
J'arrive sur place samedi en fin d'après-midi, juste à temps pour voir le Vertical Trail (course de côte qui part du bas des tremplins de saut à ski et qui arrive au sommet par les escaliers). Il y a que 15 gugus au départ, un podium doit donc être jouable même s'il y a quelques costauds dans le lot et chez les filles c'est encore plus facile : une seule concurrente donc victoire assurée !! C'est assez marrant à regarder, le parcours est pas si évident car les marches sont un peu merdiques (soit très petites soit immenses genre 50cm de haut) et c'est quand même super raide
et ça se gagne en 3'40 à peu près donc pas de séquelles pour le lendemain, la prochaine fois j'arrive plus tôt et je le fais.
Je récupère mon dossard et le cadeau, il y a des manchettes, un bonnet et des gants, on peut choisir 2 accessoires parmi les 3, je prend le bonnet et les gants (important pour la suite) et j'ai même droit à un ticket repas, je pensais pas y avoir droit, tant mieux !
Je file ensuite planter la tente dans le champ prévu par l'orga (après avoir essuyé un bon orage), je mange et je me couche vers 19h30, réveil réglé sur 2h30 pour un départ à 4h.
Après une nuit correcte bercé par les boum-boum de m@c en train de mixer dans la boîte de nuit de Courchevel, je suis réveillé à 2h30 non pas par le réveil mais par la pluie qui commence à tomber
, je mange et me recouche en espérant que ça va s'arrêter. A 3h30 il pleut toujours, je me prépare, replie la tente en boule dans le coffre et c'est parti pour la ligne de départ. A 3h58 il n'y a personne dans le sas, tout le monde est entassé dans la tente à coté et sort à 4h pile, du coup on part avec un peu de retard, toujours sous la pluie mais il ne fait pas froid donc le moral est pas trop mauvais.
Départ - CP1 : 9km 1200m d+ 1h50
Je pars tranquille à un rythme de randonnée, il n'y a quasiment que de la montée dans des singles bien boueux, il fait nuit, il pleut et il y a du brouillard, bref pas grand chose à dire, je met le cerveau sur off et je suis le gars devant sans réfléchir. J'ai vraiment hâte que le jour se lève et là je pense aux ultras où il faut passer 1 à 2 nuits dehors
.
Au ravito je bois un coup, je fais le plein des flasks non sans mal vu que j'ai les mains gelées (je n'ai pas pris les fameux gants, ne pensant pas que 1500m plus haut que le départ il y ferait forcément plus froid
).
CP1 - CP2 : 16.5km 2200m d+ 3h26
En repartant du ravito je suis gelé, je me demande ce que je fous là, j'ai qu'une envie : arrêter. Il y a encore un peu de montée avant la première grosse descente, j'accélère un peu pour me réchauffer puis on bascule au moment où le jour se lève, on peut ranger la frontale. La descente est bien sympa en single assez roulant, je déroule bien et remonte quelques concurrents, la pluie se transforme en averse. Arrivé en bas je mange une barre et c'est parti pour 700m de montée. Je garde toujours mon rythme de randonnée tranquille et je monte environ à la même vitesse que les autres coureurs. Cette portion n'est pas très agréable, le chemin est très caillouteux et large et sur la fin on se retrouve sur les pistes de ski sous les remontées mécaniques. On arrive au ravito, j'ai de nouveau les mains gelées mais pas question d'abandon, ça commence à aller mieux donc je remplis les flasques (2 sur les 3 contrairement à mon plan, note pour plus tard : ne pas remettre en cause le plan en pleine course quand on n'est pas lucide) et j’enchaîne rapidement.
CP2 - CP3 : 32km 3500m d+ 6h15
On descend 5min toujours sur la piste et on réattaque un nouveau sommet pas très long avant d'entamer la vraie descente. On quitte donc le domaine de ski et on se retrouve en pleine montagne entourés par les sommets du parc naturel de la Vanoise, déjà là c'est beau mais avec du soleil ça doit être superbe. La descente est bien technique, tout en pierrier avec des rochers bien glissants, impossible de courir et même en marchant on avance pas bien vite. Ça dure un petit bout de temps, la montre me confirme qu'il reste encore un bon bout à descendre mais le chemin devient plus praticable, la terre boue remplace les cailloux et on peut accélérer un peu dans un single en lacets fort sympathique. On arrive dans une grande plaine entourée de sommets qu'il faut traverser, tout en plat montant. Je prend une barre et je trottine doucement mais c'est pas la grande forme, je pense qu'avec le froid j'ai pas assez mangé aux ravitos et je le paie ici. Il commence à faire plus chaud, je quitte la veste vu qu'il n'a pas plu depuis 20min en espérant que ça la fasse pas revenir mais il ne pleuvra plus de toute la course
Au bout de la plaine se trouve une fontaine "eau non contrôlée", tu m'étonnes qui va venir contrôler une eau en plein milieu de la montagne, comme j'ai fait le boulet à ne pas prendre assez d'eau au ravito j'en profite pour faire le plein ici. Une bonne montée en étapes nous attend, les paysages sont vraiment jolis malgré les nuages, on est imprégnés dans l'ambiance haute-montagne. Sentant la faim arriver, je reprend une barre et mon rythme de randonnée mais cette fois je commence à remonter pas mal de coureurs qui commencent à faiblir alors que je suis toujours bien physiquement. La dernière partie du col du Rateau est technique, un peu en hors trace dans un pierrier, il faut chercher son chemin en suivant le balisage (très bien fait, au top), du coup je monte pas bien vite mais je ne veux pas accélérer pour ne pas me cramer. Un bénévole nous indique "Col du Rateau à 25min et ravito dans 45min", mais comme tout traileur averti je me doute bien que c'est une info foireuse. Le col est atteint en 30min (pas si mal finalement, je commence à croire les dires du bénévoles et espère le ravito bientôt), j'attaque la descente pleine balle pendant environ 1min avant que ça devienne à nouveau bien technique entre la neige, la boue et les rochers. Sur les névés il y a de beaux toboggans tracés par les fesses des coureurs me précédant mais je décide de les passer tous debout en glissant et pas de gamelles à déplorer
(c'est probablement pas le bon smiley mais c'est celui auquel j'ai pensé pendant ce passage, se faire le CR pendant la course ça aide à faire passer le temps). Mes jambes encore bien fraîches m'aident bien à progresser dans la descente, je double encore des coureurs. Au bout de 20min de descente, aucun ravito en vue, finalement les infos du bénévoles étaient pas si justes
) , il me faudra un bon 1/4h de plus pour l'atteindre. Je me fais doubler un peu avant le ravito sur une portion plus plane, trop prudent sur la gestion de mon effort, j'aurais pu aller plus vite.
Au ravito je rempli mes 3 flasques (pas 2 fois la même erreur
) et je m'alimente beaucoup, je récupère également une barre, une pâte de fruit et une pompote que j'emporte vu que mes réserves sont presque à sec. Un regard à la montre : 6h15, hum bon ben pour les 8h on repassera une autre fois ...
CP3 - CP4 : 50km 4700m d+ 9h20
Au ravito on a récupéré le parcours du 33km donc il y a plus de monde, mais les coureurs sont plus rapides que moi à ce moment, j'ai un 2ème coup de moins bien, et j'ai un peu mal à la tête, dans la montée sur un chemin large avec 10cm de boue, un tracteur nous dépasse et laboure encore plus le chemin
. Arrivés à un petit col on quitte le parcours du 30km pour attaquer l'ascension du passage de la Plassa, point culminant du trail à 2760m. Je mange une barre et la pompote avant le dernier raidard où je double 3 coureurs, les calories ingurgitées depuis le CP3 commencent à faire effet, au sommet je prend la pâte de fruit et j'attaque la descente avec un vétéran. Cette portion est assez épique, des névés, de la boue, pleins de cailloux, autant dire que l'on ne vas pas bien vite et mes bâtons me servent bien pour pas trop me gameler, ce qui n'est pas le cas de mon compagnon qui se prendra 4 ou 5 tôles dans la descente, insultant copieusement "ces putains de rochers de merde qui glissent" (sic). A un moment on arrive devant des dalles trempées avec 30° de pente, heureusement un bénévole a installé une corde pour descendre en "rappel". En bas quelques centaines de mètres de plat dans l'herbe permettent de décontracter les jambes avant de récupérer à nouveau le parcours du 33km et d'attaquer le petit coup de cul qui se profile.
Je commence à avoir vraiment de bonnes sensations et cette fois ci les coureurs du 33km sont moins bons que moi donc je double beaucoup, les gens sont vraiment sympas et me laissent bien passer avec un petit mot d'encouragement (que je leur renvoie), on voit bien que l'on est entre montagnards, pas de parisiens sur cette course
. Au sommet, je vide un gel caféine et regarde la montre : 8h et 39km, pour le coup c'est vraiment rapé pour les 8h et même 9h je peux oublier. C'est parti pour les crêtes du Montcharvet, le meilleur passage de ce trail et de tous les trails que j'ai pu faire jusqu'ici, 3km de crêtes sur un chemin étroit bien lisse et qui slalome, le tout en légère descente. J'avais un peu peur d'arriver ici cramé et de pas en profiter mais au contraire j'ai de super jambes et on a même un petit rayon de soleil à ce moment, bref le kiffe total
, je double plein de concurrents du 33km, j'ai l'impression d'être un avion c'est trop bon. J'avais déjà mis cette vidéo dans le CR de l'an dernier mais je la remet, on ne s'en lasse pas.
Au bout de la crête on quitte le parcours du 33km et on enchaîne sur la dernière montée du parcours, 2 bénévoles sont en bas avec de l'eau. Ce passage est très sauvage et il n'y pas presque personne, vu que l'on était 200 au départ le peloton est maintenant bien étiré. Je double encore 3 coureurs et j'ai envie que cette montée dure encore plus longtemps vu que je suis bien. Au sommet je range les bâtons (que j'ai gardé dépliés tout le long depuis le départ, première fois qu'ils me servent pour quelques portions de descente), je mange encore une barre et c'est parti pour le sprint final, il n'y a plus que de la descente et du plat. Enfin une descente roulante
, je déroule à grandes enjambées, c'est vraiment agréable et j'arrive vite au ravito au bord d'un lac où on récupère pour de bon cette fois le parcours du 33km.
J'arrive pleine balle avec la banane et j'entend un spectateur dire à son collègue "Et ben c'est le plus frais que l'on a vu jusque là celui-là." Et il a raison, j'ai l'impression d'avoir à peine 5km dans les jambes.
Je remplis vite fait une flask, des morceaux de banane et c'est parti pour l'arrivée, je regarde la montre : 9h20 et 50km, je sais qu'il reste 6km, le sub 10h me semble jouable.
CP4 - Arrivée : 56km 4750m d+ 9h49
Une première partie en descente sur un chemin large et un peu boueux me permet de bien avancer, je double pas mal de coureurs du 33km mais seulement 2 coureurs du 54km (je me retourne à chaque fois pour voir si j'ai gagné une place ou non, premier moment de la course où je me préoccupe du classement même si j'ai aucune idée de ma place actuelle). Ensuite c'est un chemin vallonné à dominante descendante, dans mon souvenir il y avait de bonnes montées mais je les sens pas du tout, je cavale tout du long et je suis frustré de me dire que je suis bientôt arrivé. L'arche est en vue, je rattrape une féminine du 54km à 50m de la ligne mais je la laisse finir devant, je suis gentleman
, je la félicite et elle me répond "Ah non mais j'ai pas passé la BH du CP3 et j'ai pris le raccourci pour finir"
Au final donc 9h49 et 42ème sur 198 partants (26 abandons et 40 coureurs déviés ne passant pas la BH du CP3).
Note pour la prochaine fois : mieux regarder les résultats de l'année précédente, j'aurais vu que 8h c'est le temps du 10ème, un certain Erik Clavery ...
Au final je comprend mieux le départ matinal vu la difficulté de la course, il ne faut pas négliger les BH, j'avais moins d'une heure d'avance au CP3.
Lien Strava, la montre a merdé dans les derniers kms, pourtant ce n'est pas une Garmin, bizarre
Post course
Je récupère le cadeau finisher (un tapis de sol pour voiture, ça ne s'invente pas
), je bois un coup au ravito puis file prendre la douche et le repas dans le tout nouveau gymnase situé à 100m de l'arrivée, parfait.
En retournant à la voiture garé dans le champ je cherche un itinéraire pour en sortir, il y a 10cm de boue dans toutes les allées, avec mes pneus je vais rester tanké à tous les coups là-dedans, je me dis que j'aurais du prendre les chaînes à neige ! Finalement il y a une autre sortie à l'autre bout du champ qui est moins labourée et je peux m'en extraire sans trop de mal.
Bilan
A part les 2 premières heures de course j'ai vraiment pris beaucoup de plaisir, le parcours est superbe (à part le petit passage dans la station) et avec du soleil ça doit être le rêve. Par contre c'est beaucoup plus technique que ce à quoi je m'attendais, à mon avis c'est pas un trail à prendre à la légère. L'organisation est au top, le balisage est impeccable, aucune chance de se perdre, des signaleurs placés aux endroits stratégiques et tous les bénévoles très sympathiques. Je recommande vraiment ce trail, que ce soit le 33km plus roulant ou le 54km, ça reste une épreuve à dimension humaine avec moins de 300 coureurs par course.
Côté réflexion personnelle, je pense avoir un peu trop géré pendant la course vu que j'appréhendais pas mal la distance, mais ça m'a permis de ne jamais être dans le dur et de me faire plaisir tout du long. Par exemple j'ai pris beaucoup plus de plaisir que pendant les courses plus courtes où je suis au taquet en permanence. Niveau alimentation je pense ne pas avoir assez mangé dans la première moitié de course et ça m'a valu 2 coups de mou.
Je suis vraiment content de n'avoir ressenti aucune douleur, étant sujet aux tendinites c'était ma grande peur mais finalement ma montée en charge progressive depuis 2 ans et mon premier trail a été très profitable.
Pour la suite ça me donne envie de continuer sur ce type de trails, voire un peu plus long mais moins technique (j'ai globalement peu couru). Par contre je suis plus réservé sur les ultra où il fait passer 1 ou 2 nuits dehors, déjà 2h ça m'a bien calmé.
Voilà, bravo d'avoir eu la patience de lire jusqu'ici