90km du Mont Blanc
Grâce aux dossards "écolos" et à une bonne maîtrise du
, retour sur les sentiers chamoniards après une première expérience en 2017, forte d'une belle délégation HFRienne. Ce sera l'objectif de ce début d'année, je me dis que 13h30 est ambitieux mais possible, j'avais mis 15h15 il y a 8 ans au terme d'une belle course mais avec quelques trous d'air et de très longs ravitos.
Prépa
Je me fais un gros hiver de route pour préparer un marathon, environ 100 bornes par semaine et quelques trails pour égailler. La prépa passe bien, le marathon est ok mais pas ouf (2h47, j'aurais voulu un poil moins), et je me prévois une grosse prépa trail de 3 mois après un mois de mars de relâche à base de 50km hebdo tranquilles avec un peu de vélo.
fin mars, à M-3, sans raison flagrante, j'ai une drôle de douleur au genou qui se déclenche, et qui s'avère diablement gênante et persistante. Syndrome rotulien chaispasquoi, j'ai du mal à plier et la jambe et je peux à peine courir sur du plat. En descente c'est horrible, trop douloureux. Je me raccroche au fait qu'en montée ça va à peu près, et mon programme se transforme radicalement : à peu près rien en semaine, et des week-ends rando ou rando-trail en montagne. Je me dis qu'au moins je progresserai peut-être un peu en montée, qui est clairement mon point faible (spoiler : non). J'honore quand même un premier dossard de prépa, les 50km du Ventoux by @Poletti (2000 D+ je crois, bien roulant). C'est pas si pire mais j'ai quand même une belle douleur dans le technique, je finis en footing. Puis j'ai une semaine de vacances à la montagne, dédiée aux globules et au D+, mais là ça devient catastrophique : en plus du genou qui reste HS, je me fais un lumbago en début de semaine et je ne peux pas sortir avant 3 jours. J'ai juste la possibilité de caler une belle rando en fin de semaine, c'est le fiasco. Le moral est au plus bas
Une semaine plus tard (complètement off), S-5, deuxième dossard sur le fameux GR73, version enfant : 50km et 3000m de D+, sans difficulté technique particulière. J'ai mal au genou sur les 5km de vélo pour aller au départ, j'ose pas m'échauffer... Ça part assez vite (il y a quelques élites costauds, tous en prépa du 90 du Mont Blanc
, dont le futur 2ème qui va écraser la course), je reste un peu avec la tête de course avant de me laisser décrocher dans la première montée. Je sens un peu le genou mais à la bascule, ça va. Et en fait ça ira tout le temps. Je suis bien mollasson dans les montées où je perds pas mal de places, mais je trouve un second souffle sur les 20 derniers kilomètres et je termine très fort, à mon meilleur niveau. C'est que de la crête et de la descente mais je n'ai aucun souci physique, c'est l'euphorie la plus totale. 16ème au final pour une perf convenable et surtout un moral regonflé à bloc.
Sur le dernier mois, je reste sur ma stratégie de rien-la-semaine et rando-le-week-end, je vais voir un kiné qui me prescrit des assouplissements (
) et du renfo (
), et je recours enfin un peu sur du plat (par sorties de 5-10km qui font rire les esprits moqueurs). A S-2 je me fais quand même une vraie SL de 30 bornes dans Lyon, puis c'est l'affûtage. Au final ça donne une prépa décevante avec une 50aine de bornes par semaine, essentiellement en rando, mais avec quand même pas mal de montagne et de D+. C'est maigre mais j'ai limité les dégâts, et surtout la tendinite semble éloignée. Et le GR73 m'a énormément rassuré, à la fois sur mon genou et sur ma condition. A voir sur 90km techniques...
Avant-course
J'ai pété mes bâtons sur ma dernière rando. J'en récupère de nouveaux le mardi, in extremis, la veille de mon départ. Trajet en bus bien laborieux, on passe une plombe dans les bouchons de Genève, puis à 20 minutes de Chaomnix le chauffeur décide de prendre sa pause... qui durera 50 minutes au lieu de 30 car "il a oublié d'enregistrer la pause"
. 5h de trajet au lieu de la moitié en voiture, mais c'est pour la bonne cause
Je retrouve deskira en ville (déjà de la partie en 2017), on prend l'appart (le même qu'en 2017 ? en tout cas ça y ressemble beaucoup, sauf qu'on est 2 au lieu de 5 #embourgeoisement), quelques courses et j'enfile les crampons pour un petit décrassage de fin d'après-midi. Il fait une chaleur étouffante en bas, mais dans la forêt c'est plutôt agréable. Je monte 600m pour tester les bâtons, régler les lanières, tester le goût cerise-fraise de la poudre D4 que je ne connaissais pas. Préparation de professionnel. Je coupe la descente en 2 pour ne pas me fusiller les quadris. Les voyants sont presque au vert, mais pas tout à fait car j'ai un peu ressenti mon genou sur la descente. Et même les deux genoux. Et j'ai eu mal au bide
Pas de panique, je connais ces sensations bizarres qui précèdent la course.
Excellente nuit le soir. Ça c'est la bonne nouvelle, car la prochaine sera forcément courte (départ 4h...). Puis jeudi, RAS, retrait des dossards, glande pendant l'orage (de la pluie rafraîchissante plus que bienvenue !) et préparatifs finaux. Pour la première fois de ma vie j'aurai de l'assistance, et même une double assistance : team du club, pour moi et une M2, et team HFR avec l'ami PlayTime et un de ses amis. Je me creuse la cervelle pour agencer le truc, c'est pas évident, je me fais des nœuds au cerveau. Je finis par me décider : toute ma bouffe + des affaires de rechange à la team du club, et rien pour PlayTime
qui sera chargé du pacing. Côté nutrition, la stratégie est la suivante : recharges de poudre dans mes flasques à chaque ravito (3 flasques à 50g chacune) + pâtes de fruit/gels + tupperware mystère à mi-course + sandwiches au chocolat et cookies au goûter. Le tupperware mystère c'est une poêlée de pommes de terre et patates douces que je me prépare en amont. Jeudi soir, préparation du sac et coucher 21h (réveil 2h45...), je suis stressé comme rarement je l'ai été pour une course... je tourne dans le lit en pensant à mes ravitos, à ma stratégie de course... est-ce que je recharge 2 ou 3 flasques à Planpraz ? est-ce que je n'ai pas pris des verres un peu light pour mes lunettes de soleil ? des questions terribles. Je m'endors finalement un peu avant minuit, pour un réveil comme une fleur à 2h42. J'ai peu dormi mais bien : je me sens en pleine forme ! Petit déj habituel (céréales et lait + banane), petit caca, dernière hésitation sur le short : short de trail avec plein de poches mais un peu long, ou mini-short sexy ? je me décide pour le mini-short, mais il me gratte dans l'entrejambe, j'hésite encore... et je me dis qu'avec un peu d'huile au bon endroit ça devrait le faire
. On enfile les chaussures et c'est parti, il est 3h30 et on a 500 mètres pour rejoindre la ligne. Je fausse assez vite la compagnie à deskira car j'ai peur que le sas de départ soit déjà blindé. Et en effet il y a du monde, mais je peux me glisser sans trop de souci vers l'avant, juste derrière les élites, là où les gens ont des numéros de dossard proches du mien (j'ai le 3120, soit la 80ème côte UTMB parmi les inscrits).
Chamonix - Le Buet, 29km et 2000m de D+
Blablabla les bénévoles clap clap, 5-4-3-2-1 et c'est parti ! Les fauves sont lâchés, ça commence par 2km de route assez large pour étirer, et chacun essaye de se replacer. L'allure reste raisonnable (4'40-4'50 avec un peu de D+) mais je fais l'effort de remonter un peu car je ne veux pas être trop loin dans la montée du Brévent, le premier morceau de la course (1500m de D+ quand même). En 2017 j'avais mis 1h57 sur cette première montée, 150ème environ, et ça m'avait un peu saoulé d'être dans le paquet pour le balcon technique qui suit. Livetrail me prédit 1h45, ce qui me paraît un peu délirant car je suis convaincu qu'il faut entamer cette course trèèèès tranquillement. Je remonte un peu le peloton, je double la M2 du club avec un petit mot (elle était partie du sas élite), mais d'autres sont plus énervés que moi, dont un hurluberlu de Lyon que je connais un peu, spécialiste des défis débiles, multiple vainqueur des boucles de la Sarra, etc. Il a l'air très déterminé. On s'engage dans le sentier, c'est un single mais assez large pour deux files, on peut donc doubler quand on veut sans trop de souci. Au bout de 10 minutes je passe un élite chinois qui est dans le dur, il titube sur du 15-20%... courage mon gars
Je trouve une roue sympa, Gaëtan le dossard 3164. J'aime beaucoup son rythme, il monte un poil plus vite mais je le rejoins dès qu'il y a quelqu'un devant, puis on double, etc, et on fait plus ou moins toute la montée comme ça. A mi-montée je calcule qu'on va mettre à peu près 2h, ça me va. Mais c'est vraiment un calcul à l'arrache. Je bois consciencieusement mes 2 flasques, et je mange 2 pâtes de fruit, c'est l'avalanche de glucides. Qu'est-ce que je suis sérieux. J'ai 2 autres flasques chargées dans le dos, à remplir d'eau à Planpraz.
On débouche sur la crête au chalet de Bel Lachat (Plan Lachat ?), le Mont Blanc se détache massivement devant nous, les premiers rayons du soleil arrivent, c'est magnifique. Le chemin se fait un peu plus rocailleux, on continue de remonter régulièrement avec mon ami 3164. Au détour d'un virage je croise un vieux du club, mon ravitailleur numéro 1. Il s'est farci les 1500 mètres pour venir nous encourager. Il m'annonce 8ème fille et environ 70-80 au scratch. Il me dit aussi que la montée est finie, je suis surpris, je pensais que c'était encore loin
. Et en effet, 50 mètres après c'est le tapis de chrono : bip ! Je regarde ma montre : 1h47, wow je n'avais pas prévu d'aller aussi vite. Mais je me sens très bien. Est-ce trop présomptueux ? L'avantage c'est que j'ai vraiment pu faire la montée au rythme que je voulais, j'ai rarement été bloqué, et j'ai eu peu d'efforts à faire pour doubler. Autour de moi ce n'est déjà plus très dense, la gestion est parfaite. Je suis 81ème.
Descente vers Planpraz par les pistes de ski : il reste un micro névé de 5 mètres, le mec devant moi réussit à se casser la gueule dessus. Je me moque de lui, mais j'ai pas l'impression que ça le fasse rire. Sinon c'est de la rocaille, j'y vais pleine balle le talon en avant et je redouble une dizaine de concurrents, dont 3164 en bas de la descente. Je retrouve là un nouveau supporteur du club, à qui je demande de ranger ma frontale et de me filer mes lunettes de soleil à la place. pas besoin d'enlever le sac
Passage au ravito, je remplis mes flasques mais je m'embrouille et je ne respecte pas ce que j'avais décidé la nuit dans mon lit. Tant pis, j'ai deux flasques sucrées au gilet et une flasque d'eau à la main. La plupart des coureurs ne s'arrêtent même pas, ça m'étonne un peu car il y a du chemin avant le prochain ravito. Peut-être qu'ils ont une assistance ? Je repars et repasse devant mon supporteur qui me prend en photo devant le sympathique panorama.
79ème à la sortie du ravito.
S'ensuit la traversée vers Flégère puis la Tête aux Vents. Je connais pas cœur, j'adore ces sentiers, je cours gaiement, il n'y a personne pour me gêner, c'est le plaisir absolu. Qu'est-ce que je me sens bien. Profil légèrement montant, je remonte progressivement quelques coureurs, toujours calé derrière 3164, que je finis par passer à la Tête aux Vents (66ème). Là, je croise PlayTime et son pote qui ont bivouaqué dans le coin. Ça fait bien plaisir, et je lui demande de me sortir la casquette car je n'y vois pas grand chose avec le soleil pleine face. Puis c'est la descente au col des Montets, j'ai toujours un bon rythme et je récupère pas mal de monde, dont plusieurs féminines et Sasan, un Iranien qui me regarde avec admiration. Pour l'anecdote, je tape un caillou en bas de la descente et manque de me péter la figure... à 20 mètres des photographes, soit au même endroit que là où j'étais tombé en 2017, pour ceux qui se rappellent. Mais cette fois-ci il semblerait que j'aie gagné en agilité
On passe le col, petit passage roulant dans la forêt jusqu'au ravito du Buet, qui a changé d'endroit par rapport à 2017. J'y retrouve la famille de l'autre coureuse du club, et une fille du club qui doit me faire le premier ravito. Les consignes n'étaient pas super claires, elle m'a préparé une flasque chargé à 90g... c'était pas trop le plan, je voulais de l'eau pure dans cette flasque, et remplir 3 autres flasques (que j'ai sur moi) à 60g
Ce qui est chiant c'est qu'on n'a pas accès à l'eau des ravitos. Bon on rétablit la situation, elle me remplit 2 flasques vides, je récupère 2 pâtes de fruit (et 0 gel vu que j'en ai pas mangé - spoiler, j'en mangerai aucun de la course, c'était bien la peine d'en acheter 6...), je remercie tout le monde et je file au ravito 50m plus loin pour mettre de l'eau et manger un abricot qui traînait. Bilan : j'ai 3 flasques chargées dont 2 en eau et 1 à vide, et 2 autres flasques vides qui traînent au fond de mon sac, 3 pâtes de fruit, 2 gels... pas super optimisé mais l'essentiel est assuré
Tout ça aura pris un peu de temps, je me suis fait beaucoup doubler, et je ressors 66ème. Je reste cependant quasiment aligné avec les prévisions livetrail, calculées pour un chrono de 13h47, et qui me paraissaient un peu optimistes. 3h47 de plaisir jusque là, et l'impression d'un début de course parfait, avec intensité mais sans trop en mettre ! Cependant, la prochaine section est difficile et redoutée, il y en a pour plus de 3 heures, avec la terrible montée au barrage d'Emosson.
Le Buet - Emosson, 45km et 3500m de D+
Je ressors de la tente et c'est déjà le contrecoup, les sensations sont beaucoup moins bonnes. Je suis à bonne distance d'un petit groupe de 3, dont Sasan, mais ils prennent le large dans la grimpette vers la cascade (je ne me souviens pas qu'on était passé par là en 2017 - mais en même temps le ravito était placé plus bas). Ça va pas super fort, il y a même des portions plates (et techniques) que je ne cours pas. Mais pas de panique, il faut garder du jus pour cette mi-course qui est compliquée avec 3 montées successives, dont 2 avant le prochain ravito. Ça commence par les chalets de la Loriaz, 700 mètres en pente douce, essentiellement en forêt. J'avance doucement mais sûrement en m'appliquant bien sur les bâtons, et je me permets une petite relance sur un faux-plat où je rattrape et dépose Sasan. Ciao l'Iranien, dans le rétro ! Sauf que 10 minutes plus tard j'entends que ça revient bien derrière, avec un groupe de 3 mené par ce dernier. Les 2 autres me doublent mais pas Sasan qui finalement reperd du terrain... il a un drôle de rythme de course celui-là. Je goûte un peu la flasque à 90g mais c'est
, alors je vide plutôt l'autre. Arrivée au sommet relativement groupé, sous les encouragements d'une espèce de colonies d'enfants qui crient en boucle "Allez ! Allez ! Allez ! Allez ! Allez ! Allez ! Allez ! Allez ! Allez ! etc.". C'est gentil mais ça manque de variété pendant plusieurs minutes. Il y a une fontaine, je dilue mes 90g et je mets de l'eau plate dans l'autre. J'en ai déjà un peu marre du sucré, j'ai mes dents qui "crissent" c'est pas très agréable.
Longue descente sans histoire, elle se laisse courir toute seule mais je trouve que je manque de punch. Ça m'ennuie un peu, d'habitude j'aime bien faire les descentes à fond, ou au moins bien dynamiques, mais là ce n'est pas possible. Si je me traîne à la fois en montée et en descente ça va être long
Vers la fin je recroise ma charmante ravitailleuse du Buet qui court en sens inverse, nouveaux encouragements qui remontent un peu le moral. En bas il y a un ravito d'eau, j'en profite pour boire une flasque cul sec, et recharger une flasque sucrée, et une d'eau pure. Il fait chaud quand le soleil se pointe mais heureusement il y a quelques voiles de nuage, globalement les températures sont encore très clémentes, on a beaucoup de chance comparé aux jours précédents (et suivants).
Petit passage en forêt avant d'affronter la fameuse montée au barrage d'Emosson. Je relance un peu dans les faux-plats, je me sens mieux. Un Norvégien m'emboîte le pas et fera toute la montée avec moi. On voit le barrage, ça a l'air super loin. Je fais mes calculs de chrono, j'ai l'impression que je vais prendre un gros tarif par rapport aux prédictions livetrail (10h20 de mémoire, soit 6h20 de course). La montée est bien chiante comme prévu, raide avec beaucoup de passages sur rochers au soleil. Comme d'habitude, je suis lent mais régulier. Je propose au Norvégien de passer devant, il refuse. Une nouvelle fois Sasan revient sur nos talons, et me double. Je lui dis "You look good"
il répond "Thank you!". Il y a quelques spectateurs sur la montée qui encouragent tout le monde, et au niveau d'un passage bien chiant entre les rochers, l'un d'entre eux me rappelle quelque chose. Mais je suis vraiment un affreux physionomiste (et un peu timide). Je demande à un autre spectateur 5 mètres derrière : "C'est Xavier ?
" et il me dit que oui ! Incroyable, Xavier Thévenard qui encourage joyeusement les petits coureurs anonymes. Il avait gagné en 2017, me mettant 4 heures dans la vue. Trop cool.
Fin de la montée, je me suis fait rejoindre par quelques autres coureurs, mais j'ai encore du jus et je suis pas si mal sur le barrage (à peu près la seule portion bitumée de la course). 5'20 d'après Strava, ressenti 4'30. Il y a quelques petits lacets sur route pour arriver au ravito, que je cours bien, et rien que là je double pas mal de coureurs un peu dans le dur. On sent que la montée a fait des dégâts et que certains organismes sont bien entamés. Moi ça va franchement, et je retrouve mon ravitailleur un peu avant le ravito officiel ainsi que la famille de la M2. C'est un solide M4 du club, on sent qu'il a de l'expérience à foison. Il a disposé mes affaires sur un muret, je n'ai plus qu'à me servir. C'est l'heure d'ouvrir le Tupperware mystère, et je défonce une bonne moitié de la poêlée de pommes de terre/patates douces. Je ne sais pas ce que ça vaut nutritivement mais ça fait plaisir. Je bois beaucoup, cette fois-ci il a prévu une bouteille d'eau bien fraîche. Pendant ce temps-là mes flasques sont impeccablement rechargées (3 flasques dont 2 remplies d'eau). Je récupère un bout de cookie dans mon sac. C'est une assez longue pause (7-8 minutes ?), on papote, il me dit que je dois me forcer à bouffer mes satanés gels. Ok ok. Mais c'est relou, j'ai vraiment pas envie de manger, beaucoup de petits reflux, l'impression d'être plein... Je regarde l'heure, c'est très bon en fait ! J'ai même pas 15 minutes de retard sur Livetrail, ce qui veut dire que le sub 14h est largement jouable si j'arrive à maintenir l'effort. J'aurais cru être complètement largué (lors de certains de mes calculs foireux je me voyais à +40 minutes). Je me sens bien, le moral est remonté.
Emosson - Les Bois, 73km et 5100m de D+
Je repars du bon pied en remerciant tout le monde, et à la sortie du ravito je croise l'hurluberlu lyonnais qui me raconte sa course. Il est parti avec les premières filles (Blandine L'Hirondel, Julie Roux, Ekaterina Mitiayeva), puis est tombé au 25ème et depuis s'est mis en mode "sortie longue" pour profiter du paysage et des petits oiseaux. Je lui dis que c'est pas si mal et je l'encourage pour la fin, mais en mon for intérieur je pense surtout "tu es parti trop vite mon con, les gens de notre niveau n'ont rien à faire avec Blandine et compagnie". Allez hop je m'engage dans la descente du Châtelard, dont je me souvenais qu'elle était très technique, mais pas qu'elle était aussi longue. Ça se passe bien, c'est un terrain qui me convient mieux que la descente précédente. Je rattrape quelques coureurs, surtout au début. Seul un mec me dépasse, assez à l'aise, avec un dossard d'élite. Il a dû foirer un peu sa course. A ce moment-là on rattrape aussi deux filles, mais bizarrement je ne peux qu'en doubler une (Hélène la Belge), l'autre reprend de la distance sur le bas de la descente, moins technique. Arrivée en bas de la descente où je retrouve PlayTime et son pote Flo, qui vont me faire le pacing sur la loooongue montée aux Posettes.
Dans ma tête c'est long mais pas très raide, un peu comme la Loriaz. Mais les premières rampes en forêt me détrompent, je souffre un peu. Heureusement les deux compères sont là pour me changer les idées et on papote de tout et de rien (beaucoup de course, quand même). On ressort de la forêt, la pente s'adoucit mais le soleil se met à taper. On rattrape Paméla la Française que l'on encourage. La pente est faible, c'est de la bonne piste franchement courable, mais je suis dans le dur et je reste en marche "rapide". Après 500 mètres de montée on arrive à un petit ravito. Les flasques sont vite rechargées, je mange quelques bouts de fruits, je n'ai rien à faire de particulier mais je traîne un peu quand même... j'ai besoin de retrouver du jus. Hélène arrive, avec Dylan son compatriote avec un dossard élite. Ils ont l'air de se connaître, Dylan lui raconte qu'il n'est pas dans un bon jour (on pouvait s'en douter). je demande à Hélène si elle n'était pas sur l'Ardenne Méga Trail l'an dernier. Non ce n'était pas elle
(en même temps elle était rousse aussi...)
Je finis par repartir avec ma team. C'est pas glorieux, on se fait doubler par quelques coureurs, dont Mélanie. Mélanie la Suissesse, Hélène la Belge, Paméla la Française, à chaque fois PlayTime a de gentils mots pour elles. C'est vraiment un amoureux de la francophonie. La fin de l'ascension est interminable. On est lents mais tout le monde est lent. Le soutien psychologique de mes deux compères est précieux. Je manque de jus mais je n'ai toujours pas envie de goûter mes gels. Flo me dit qu'il a des compotes D4. Bizarrement ça me fait beaucoup plus envie, et je lui en siffle une, puis une deuxième (faites pas chier c'est vu avec l'orga). Hop ça passe nickel, 2x20g de glucide dans le gosier. On arrive enfin au sommet à 2300 mètres, suivi d'une descente et d'un mini coup de cul. C'est là que Flo et PlayTime m'abandonnent, ils doivent faire le chemin en sens inverse pour retrouver leur voiture. Merci les gars
Et ça part dans la descente au col des Posettes. C'est une descente en terre qui sinue, je suis scotché. Les cuisses sont raides. En pleine forme je pourrais aller deux fois plus vite, à grandes enjambées. C'est un peu frustrant. Le col est suivi d'un petit balcon à plat, sous l'aiguillette des Posettes. J'y récupère Paméla qui n'avance pas des masses. La descente vers le Tour est infâme. C'est un four, en plein soleil, je surchauffe complètement. La pente est pénible, un peu trop raide. Le sentier rend mal, très sablonneux. C'est super chiant. Je m'arrête pour faire pipi pour la première fois de la course. C'est bien sombre, comme je m'y attendais. Paméla me rattrape mais je repars juste devant. On arrive au Tour, il y a une grosse ambiance, plein de monde mais... pas d'assistance
Je vais donc sous la tente comme un coureur lambda, je bois, je mange des pêches qui sont bonnes, je me pose sur un banc... j'ai besoin de me refroidir un peu. Mais je repars assez vite. Je m'arrête de nouveau pour m'étirer car j'ai eu des alertes TFL sur mon genou droit dans la descente. Je vois alors la team de la M2 du club, qui m'encourage et me dit que mon ravitailleur a raté le timing mais m'attend aux Bois. Parfait. Au passage, ça ne va pas fort pour la M2, qui abandonnera un peu plus tard aux Posettes. Problèmes d'alimentation.
Je m'engage alors dans la portion en forêt jusqu'au Bois, soit une petite dizaine de kilomètres globalement descendants mais assez joueurs, avec pas mal de coups de cul. L'objectif est de tout courir, ce que je fais consciencieusement, à part 3 passages raides. On ne peut pas dire que je vole sur les sentiers, mais j'avance correctement. Le moral est bon, je croise ma ravitailleuse du club qui court en sens inverse, et je double quelques coureurs : Paméla, Dylan, Ioan le Roumain, un Français qui se pète la gueule 5 mètres derrière moi (mais je ne m'arrête pas, il y a toute une famille juste à côté de lui
), et... mon ami Sasan ! On s'échange des regards persans et je file vers ma destinée, c'est-à-dire le ravito des Bois. Cette fois-ci mon ravitailleur m'attend. Je finis mes pommes de terre, je reprends des cookies, je me fais un sandwich au chocolat, un croque dedans et je glisse le reste dans le sac, on recharge les flasques et on échange quelques mots. Il ne reste plus que la section finale, ça sent bon ! 20km et un peu plus de 3h. Il est 14h40, ça va être super chaud pour le sub 14h (arrivée avant 18h). En 2017 j'avais fait un temps canon, mais je n'arrive plus à m'en souvenir (après vérification : 3h09). Je ne suis pas sûr d'avoir la même forme aujourd'hui. Bon, on verra bien.
Les Bois - Chamonix, 92km et 6400m de D+
Je cours courageusement le long de l'Arve, le rythme est asthmatique mais on rentre vite dans la forêt pour la grimpette de Montenvers. Elle ne me fait pas du tout peur, je la connais bien, et je sais que c'est la dernière. Par contre je suis un peu déçu par l'ombrage, on se prend quand même pas mal de soleil et ça tabasse. J'avance correctement et je débouche sur la piste. Celle-ci est en plein soleil mais peu pentue, je relance en courant pour impressionner une féminine. Rapidement je récupère deux autres mecs qui sont pas loin du mode zombie, mais je me fais aussi dépasser par Ioan le Roumain qui va turbo-vite
et par... Flo, le compère de PlayTime, qui était en mode poursuite après m'avoir raté au ravito ! (embouteillages dans la vallée). Ravi de cette rencontre inattendue, je récupère donc un pacer pour la dernière montée. On continue de remonter quelques coureurs, mais à la fin de la piste on s'arrête à la buvette pour remplir les flasques. Le ravito n'est pas loin mais avec cette chaleur je ne veux prendre aucun risque. On repart dans les rochers chiants, c'est plus long que dans mon souvenir mais j'avance pas trop mal et je redouble ceux que j'avais déjà doublés dix minutes auparavant. Le moral est bon. Ça débouche sur un peu de plat, puis les petites marches pour monter à la gare de Montenvers. Ravito, je recharge en eau et je m'arrose sous un jet bienvenu.
Contrairement à la dernière fois (il me semble ?) la montée n'est pas finie, il faut aller jusqu'au Signal ce qui représente près de 300 mètres supplémentaires au-dessus de la mer de glace. C'est en plein soleil mais je suis complètement requinqué, vraiment bien, je parle beaucoup avec Flo et j'avance à grands pas (sans courir pour autant). Il me dit que je suis à 900/950 m/h (je crois que c'est un peu exagéré mais c'est une vraie période d'euphorie). Je rattrape deux derniers coureurs, quelques mots aux bénévoles en haut (qui crèvent de chaud malgré les 2300 mètres), et ça repart sur le balcon en direction du Plan de l'Aiguille. C'est très technique comme j'aime et vraiment descendant. Je cours comme je peux, mais j'ai un peu de mal à relancer. Tous les curseurs sont relativement fatigués : les cuisses, les ischios, les genoux, la fatigue générale, et je ne suis pas très loin de la fringale. Je finis un cookie, puis une pâte de fruit. Flo m'abandonne à mi-chemin pour redescendre droit sur Chamonix. Le reste de la portion est assez difficile, petits coups de cul en plein soleil. Je vois des silhouettes au loin mais il y a plusieurs minutes d'écart, et je ne peux pas vraiment mettre d'effort sans surchauffer immédiatement.
Plan de l'Aiguille, dernier ravito. J'ai besoin à la fois de boire et de manger, le sandwich au chocolat fait plaisir mais c'est un peu long à mâcher. Il ne reste que la descente mais je pars avec 1L et la bouche pleine. Il est 17h10 (13h10 de course), maintenant je ne pense qu'à une chose : est-ce que j'ai le temps de sub 14h ? Il y a 1200 mètres, ça paraît chaud. J'arrive plus à me souvenir de mon temps de descente en 2017 (vérification : 51 minutes). Le début est très frustrant, technique, presque plat et en plein soleil. J'avance pas bien, je manque de dynamisme à ce stade de la course. Je m'engage enfin dans la forêt et je mets la montre sur l'altimètre pour mesurer la descente. 200 mètres en 10 minutes, ça va être chaud... et paf, j'ai une crampe à l'estomac. Peut-être pas top le sandwich au chocolat finalement. Je m'arrête pisser et ça passe. Ça reviendra 15 minutes plus tard, mais je m'arrête 2 secondes et c'est bon. Je donne ce que j'ai, c'est assez plat et j'arrive vaguement à tenir du 9 km/h. Mes calculs sont assez pessimistes, je m'imagine 14h15 voire pire. Je serais assez déçu d'être trop proche des 15h... Je croise régulièrement des randonneurs qui m'encouragent. La descente est vraiment longue, je ne me laisse pas aller et je relance constamment (au moins dans ma tête). Tout à coup j'arrive à la partie plus raide, enfin, ça rapproche de Chamonix ! C'est vraiment la fin, on est proche du tremplin.
Enfin je débouche sur le parking. Je vois mon ravitailleur qui m'attend pour le dernier kilomètre en ville. Je regarde la montre : 13h59, la vache j'étais pas si loin ! On finit tous les deux, remontée vers la rue principale, il y a beaucoup de monde et beaucoup d'encouragements, c'est grisant. Mon compère m'ouvre la voie, quitte à siffler pour faire peur aux badauds qui faisaient pas gaffe. Le dernier virage est en vue, j'allonge bien la foulée, je suis glorieusement à 4'30. Je vois toute la clique du club qui me crie dessus
Dernier virage, et cette fois-ci c'est PlayTime, Flo et deskira qui sont là, je tape dans les mains avant de franchir la ligne énergiquement.
14h04 à la montre, 55ème place.
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Après-course et bilan
Je reçois ma banane finisher, c'est super, je n'en avais pas ! Je bois bien avant de retrouver la team HFR. On va direct se prendre un burger sur la rue principale. J'ai du mal à descendre ma pinte et je ne mange qu'un quart du burger, impossible de faire plus. Au passage on encourage les coureurs qui sont dans leur dernière ligne droite. Les Hélène, Paméla, Sasan, l'hurluberlu lyonnais, tous ces compagnons de quelques instants. Puis je rejoins la team du club qui prend l'apéro. On n'est que vendredi, la suite du week-end sera sociale (+ des siestes tout le temps) avec le Duo étoile de PlayTime et d'une fille du club, plusieurs sorties en ville où je parade avec ma banane finisher (super pratique), et une petite rando-course-récup pour aller voir les premiers du marathon le dimanche, sous un soleil de plomb. Les jambes sont étonnamment bonnes, juste les cuisses raides de courbatures, mais aucune douleur (un peu aux pieds mais ça s'est vite calmé).
Je suis super content de ma course. Un peu déçu d'avoir baissé le pied sur la deuxième moitié, mais c'est un peu le lot de la distance. J'ai faibli mais je n'ai pas du tout craqué, et globalement je crois que j'ai parfaitement optimisé la perf sur ce jour.
Le chrono est bon et correspond à mon niveau (je m'attends à environ 700 UTMB index). En 2017 j'étais 49ème en 15h15, cette fois-ci 55ème mais avec une densité accrue. Je ne suis qu'à 3 heures du vainqueur (Théo Détienne) ce qui est quand même correct.
C'est vraiment une course géniale, il n'y a rien à jeter côté sentier/paysages/ambiance. C'est beau, c'est spectaculaire, c'est varié, c'est technique, c'est joueur. Ça me correspond complètement, si ce n'est qu'il y a beaucoup de D+ où je suis plutôt limité.
Les prochaines étapes ? Pas mal de jours de course cet été dans l'Oisans (entre 4 et 10), puis du sérieux avec le Wildstrubel 110k en septembre, et les Templiers 80k en octobre.
Si j'ai pas de pépin je peux espérer gagner en forme tout au long de l'été !
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J'aurais voulu être un businessman