CR Ultra 01 170km 8800m D+
Le contexte
Après de nombreuses expériences sur des formats 100 à 130km, je me sentais prêt à passer sur la distance reine du 100 miles.
L'ultra 01 cochait pas mal de cases pour une première: proche de Lyon, de nombreux points d'eau et ravitos, plutôt moyenne montagne, la présence de casquette verte (oups
)...
La prépa
Pour une fois, la prépa sans encombre malgré un planning pro et familial bien chargé.
Je me suis fortement inspiré du livre Ultra Finisher d'Eric Bonnotte, Dont l'humour est d'ailleurs HFR Compatible. Je conseille le livre à tous, a minima pour rigoler un peu.
Rien de révolutionnaire
es cycles progressifs pour une augmentation régulière du volume, du renfo, de l'entrainement croisé...
J'ai tout pu découvrir quelques nouveautés : faire régulièrement du bi quotidien (entrainement à 5h30 puis à midi), faire régulièrement des séances de type "Mimille" (1000m de D+/D-, en ponçant Fourvière). Mine de rien, ces séances m'auront permis à la fois de progresser et de relativiser ce que représente 1000m de D+
J'ai pu faire en reco au moins la moitié du parcours notamment le KV prévu à mi parcours et les 2 grosses montées qui suivent incluant des pistes de ski.
Le départ
Départ prévu à 18h, je bosse en télétravail jusqu'en début d'aprem, départ de Lyon vers Oyonnax prévu vers 15h30/16h pour 1h de route environ.
Mais évidemment, je me tape les travaux et les bouchons (et les pauses pipi à force de m'hydrater) et j'arrive sur place à 17h20. Je grille tout le monde dans la file d'attente pour récupérer mon dossard (avec gentillesse et bienveillance) et je fini de me préparer en express.
J'arrive dans le Sas à 17h50, ca va , c'est LAAARGE
Oyonnax / Lac de Nantua (33km 1500m D+)
J'ai découpé l'épreuve en 4 marathons. L'objectif du 1er marathon est de garder son calme et de ne pas partir trop vite. J'ai appliqué le conseil d'Eric Bonnotte à ce sujet en partant le ventre bien rempli pour que cette gêne oblige à partir plutôt lentement. Et ça marche.
Rien de transcendant sur cette partie, ca monte gentiment, essentiellement sur des chemins calcaires.
Je connais le parcours à partir de Charix (au km 7) et ma crainte ce sont les chenilles suspendues, il y en avait des milliers lors de la reco. Heureusement, il n'y en a plus.
Descente vers Nantua à la frontale pour le 1er ravito. Changement de Tshirt pour enlever enfin celui de l'orga.
Spoiler Alert: les premières gouttes de pluie commencent à tomber, ça sera l'élément clé de la nuit.
Lac de Nantua / Neyrolles 43km
J'avais aussi fais la reco de cette partie en WE choc. Grosse montée vers les Monts d'Ain, puis plateau et resdescente vers Neyrolles
Les écarts se creusent à partir d'ici, je me retrouve déjà seul. Je suis content de commencer à dépasser certains concurrents, ce qui valide ma stratégie initiale.
Je déroule tranquillement sur des sentiers qui piquent un peu mais que je connais (quel confort!) et toujours quelques gouttes mais pas la peine de sortir la veste. Fin du premier marathon
Neyrolles / Le Poizat 56km 2900m D+
Je ne connais pas le 2eme marathon, je n'y ai pas fait de reco, mais sur le papier ca n'a pas l'air le plus compliqué. On commence par monter à l'aide de cordes, c'est marrant j'aime bien. Puis rapidement, les quelques gouttes commencent à devenir de la pluie continue. C'était prévu, en gros de 2h à 5h du matin c'est censé être le déluge, avec un peu d'orage. Ce sont exactement les même pluies qu'ont connu les coureurs du TDHG. La seule "chance" que nous aurons, c'est de ne pas avoir de froid, car plus bas en altitude (1000m pour moi, mais les premiers de la course ont eu un peu plus froid à 1600m).
ça devient très vite un véritable déluge,
j'essaie tant bien que mal de préserver mes pieds de la boue mais c'est pas la peine, les sentiers se transforment vite en piscine. Ce n'est pas encore la mer de boue, j'arrive a gérer sans difficulté, même en descente.
Par contre je sens bien que ca va être bien long, le mental et les jambes étant la, j'arrive sans problème au ravito complet du Poizat, dans un gymnase ou entend les trombe d'eau tomber sur le toit. Il y a foule, en fait la plupart des coureurs attendent que le déluge passe pour repartir. Pour moi, c'est la meilleure idée pour etre frigorifié et au final ne pas repartir.
je recharge en boisson, pain d'épice, banane et je me casse fissa.
Les bénévoles et les autre coureurs me regardent avec des grands yeux, comme si j'étais un grand fou.
Le Poizat / Montange 79km 4000m D+
Je sors du gymnase sous un véritable déluge et avec des rafales de vents , je plains les bénévoles présents aux carrefours, mais moi ca va mais trempé jusqu'à l'os
.
Ca monte tout de suite mais les sentiers sont de véritables rivières, ça coule de partout. En haut, je pense qu'on est sur une sorte de crête (il doit etre 3h du mat, on ne voit pas grand chose). C'est craignos, le vents souffle en rafale, le sentier est hyper escarpé, et avec la frontale je devine des choses qui ressemblent a de sacrés ravins.
je m'en vais vite de la, en me disant que la neutralisation de la course ne serait pas étonnante vu les conditions.
La longue descente qui suit est folklorique, je pense que tout le monde est tombé à cet endroit. La rivière coule au milieu du sentier, de la boue partout, heureusement c'est safe, c'est plutôt du cailloux en sous bois.
Le jour se lève enfin juste avant mon arrivée à la base de vie de Montange!!! la pluie s’arrête aussi. Je recupere mon sac de delestage et je me change complétement. Que c'est bon d'avoir les pieds au sec!
A ce moment j’apprends que la tête de course a été neutralisée pendant 2h à cet endroit, pour ne pas les envoyer sur les crêtes pendant l'orage, mais casquette verte et son poursuivant (et quelques relayeurs) ont pu passer et ont été stoppé au ravito suivant.
J'apprend aussi que je tourne autour de la 35eme place, ce qui me surprend mais j'ai certainement du dépasser une foule dans le gymnase
Montange/Chezery 104km 5400m D+
début du 3eme marathon, le plus dur de la course, que j'ai pu reconnaitre en amont. Le fameux kilomètre vertical arrive vite, je sais qu'il n'est pas compliqué car il s'étale sur 7km essentiellement en foret et sous bois puis final sur les crêtes. Au final, je gère très bien, j’arrive au point d'eau ou j’apprends qu'on ne passera pas par les crêtes à cause de la météo. Pourtant il ne pleut plus, il fait beau et chaud maintenant, mais je comprend qu'ils ne veulent pas prendre de risque (le balisage avait été couché à cause du vent + pluie + brouillard).
du coup ça enlève 4km de course environ et 400m de D+
Descente rapide vers Chezery avec des champs de bataille labourés par les coureurs du 100km qui sont passé avant. De la boue partout
, même sur les troncs ou j'essaie de m'accrocher, il faut essayer de ne pas perdre de chaussure ou esquiver. Je vais retrouver à Chezery un pote du club qui va faire une trentaine de km avec moi en tant que PACER
Chezery/Lelex 132 7300m D+
Première montée longue mais sans encombre, a 2 ca passe plus vite.
Les quadris couinent mais je cours encore en descente et en plat
2eme montée de la station de ski de Lelex jusqu'au Montoisey. C'est rude, je déteste les pistes de ski mais je serre les dents, et je déteste encore plus ces P... de pistes de ski. La redescente vers Lelex est plus facile qu'en reco, on passe par les pistes de ski de fond et pas par la piste de VTT qui était vraiment dangereuse.
Lelex / borne au Lion 142km 7800m D+
3 kilomètres de plat que j'arrive encore a courir puis très très long faux plat montant sur prés de 10km, pas dur mais terriblement long. Mon Pacer est admiratif de mon état avec plus de 100km mais je sens bien qu'il s'ennuie un peu. Au moins il profite du paysage.
Mon Pacer me quitte à la borne au lion. Il ne reste "que" 35km, mais je sais maintenant que je passerai la ligne d'arrivée, le plus difficile est derrière moi.
Je sais déjà que je ferai pas moins de 30h qui était l'objectif optimiste, mais je devrais finir entre 30 et 36h, ce qui était le vrai objectif.
Au passage je suis toujours a une belle 23e place.
Borne au Lion/Giron 154km 8000m D+
Essentiellement du long faux plat descendant sur des chemins calcaires, je me dis qu'il faut enquiller les km et serrer les dents malgré la douleur. Et au final, le mental fait que j'arrive à dépasser la douleur physique. J'arrive même a dépasser quelques personnes mais surement du 100km. La nuit commence a tomber et je me surprend a parfois sentir mon esprit qui s'en va
, comme si je m’endormais debout mais ça passe . Je commence la deuxième nuit, ce qui est l'inconnu total pour moi.
Giron/ Oyonnax 170km 8800m D+
très simple, ça descend (dur pour les quadris) puis ca remonte vers le rocher d'Orvaz. Cette montée est horrible, boueuse a souhait et très pentue, merci l'orga
. Et comme il fait nuit, on n'en voit pas la fin. Ensuite direction Belleydoux, dernier point d'eau avant l'arrivée.
Je pointe 19eme à la sortie du ravito et je compte bien continuer a courir autant que possible. Jusqu'à 7km de l'arrivée, tout va bien. Mais de nouveau, je sens que mon esprit s'en va, c'est la première fois de ma vie que je ressens ca. J'essaie d’écouter un podcast, de la musique pour me ressaisir mais ca ne passe pas, je sens que pourrais flancher si je continue
.
Plan B, je demande à un mec de continuer avec moi et de me parler pour me ressaisir. Ca ne marche pas trop, il me conseille de me coucher 10min sur le coté en me couvrant, j’essaie, je met un réveil au cas ou. Puis j'essaie de repartir mais c'est rude
Deuxième tentative avec un autre mec, il me raconte qu'il a mal au genou et qu'il galère donc ca lui va bien de continuer avec moi, entre eclopés on se comprend. Mais rebelote, le corps suit mais pas l'esprit. Je me recouche encore un peu frustré que mon corps me lâche à moins de 10km de l'arrivée après plus de 30h d'effort.
Je me lève de nouveau en warrior eclopé , comme si j'étais bourré
, en me disant quand même qu'il vaudrait mieux que je fasse les 5 km de descente qui arrive avec quelqu'un par sécurité.
Je retrouve l'éclopé au début de la descente, il est surpris de me revoir debout. Je lui que je vais descendre en marchant et qu'il peut s'accrocher avec moi. Il me suit super content.
je l'entend qui couine un peu derrière moi mais il s'accroche. Moi je marche en mode Zombie
Je retrouve mon Pacer juste avant l'arrivée, il s’inquiétait de ne pas me voir vu mes temps de passage.
Je quitte l'éclopé, je sais qu'il finira aussi.
Je termine mon tour de stade en trottinant, hyper content d'avoir terminé, I DID IT
Mais je récupère juste mes sacs et je vais pioncer dans la voiture, la tête ne suit plus.
Bilan
je termine à une belle 25eme place, ce qui me surprend vu les cotes ITRA des partants, mais il y a eu beaucoup de casse avec 50% d'abandon sur la course
je suis très content de ma perf, je pense avoir franchi un cap, en terme de capacité d'entrainement et de mental, c'est encourageant pour la suite.
Gestion parfaite de l'alimentation et de l'hydratation, de belles urines bien claires jusqu'à l'arrivée
Je sais que ma limite sans sommeil est entre 40 et 45h. J'aurai préféré avoir des hallucinations plutôt que me sentir bourré
Prochain objectif, les grands trail d’Auvergne 130km, où j'avais fait un DNF au bout de 80km a cause d'une déshydratation
Je compte bien prendre ma revanche