CR Trail Alsace Grand Est by UTMB - Ultra-Trail des Chevaliers 100M
Le contexte
J'ai compris qu'ici, il fallait faire des CRs alors je m'essaie à l'exercice. Désolé, je ne maitrise pas les super gif et emoticones pour illustrer mon récit
Mon premier ultra auquel je me suis inscrit pour l'amour de la région et le tracé qui me promettait du rêve entre châteaux forts, villages alsaciens et route des vignes ! Je n'ai pas été déçu.
Merci avant tout à la communauté HFR grâce à vous et vos liens j'ai beaucoup appris sur le trail (mention spéciale au MOOC que j'ai dévoré scolairement)
La préparation
En terme de prépa, j'ai fait ce que j'ai pu depuis Paris en mixant de la prépa marathon à 60-70km/semaine avec des séances de côtes (vive Montmartre et ses touristes) et du D+ quand j'étais en famille en Alsace. Deux week-ends choc en prime avec reconnaissance de parcours pour fignoler le bouzin et un super régime hyperglucidique les 3 derniers jours et me voilà paré.
Sans avoir énormément de volume, je me sentais préparé. A quoi je ne sais pas, mais je pensais avoir fait plutôt bien. Autour de moi il y avait 2 discours : ceux qui pensaient que j'allais me planter royal (parce que je passais de 20km max en compétition et 40km max en sortie la plus longue à un 100M, bref j'ignorais complètement le sacro-saint principe de progressivité...
) et d'autres qui étaient confiants car ayant déjà fait des ultras et voyant comment j'étais. Bref, je ne savais pas où me placer, mais j'avais confiance dans ma capacité à aller de l'avant et dans le plaisir que j'allais prendre à être là
Les deux grandes inconnues étaient l'alimentation/hydratation en courant (et les problèmes gastriques potentiels) et le sommeil...
Et pour terminer, je m'étais fait une aponévrose plantaire (épine calcanéenne) pas totalement guérie, donc j'espèrais que la douleur ne deviendrait pas trop vite insupportable.
Niveau équipement j'étais presque au top (j'avais même le mini sifflet), le pantalon de pluie est arrivé le vendredi matin (ouf), par contre ma veste de pluie était rafistolée d'une vilaine chute donc déclarée non conforme. J'ai dû en racheter une au village... il n'y avait que la Hoka version femme (mais la couleur était top ^^).
Il y a juste les bâtons avec lesquels je ne m'étais pas assez entrainé et leur utilisation longue a provoqué des douleurs au niveau de la nuque donc parfois je les ai laissés dans le carquois.
Lors de la prise de dossard, j'ai testé les produit Naak (boisson et barre énergétique) et ils m'ont paru bon (surtout la boisson au goût pas sucré du tout) donc j'ai décidé de les consommer pendant la course. Bref, encore une entorse au principe "Ne prenez jamais quoi que ce soit non testé pendant vos entrainements !".
Mon rêve c'était de le faire en moins de 24h "pour ne pas passer 2 nuits dehors"
Mais comme je n'avais aucune idée de l'effort, c'était un objectif en l'air que j'ai quand même inscrit dans le live trail pour avoir les idées de temps de passage. Mais comme je n'avais pas fait de plan précis de la course, j'ai tout oublié pendant que je courais !
Mon plan était donc de courir aux sensations, sans me cramer pour autant, et advienne que pourra.
Vendredi 20h, le départ
Jusque-là je trouvais l'orga au top. J'avais réservé la navette de 18h depuis Barr... Elle est bien partie d'Obernai mais n'a jamais fait le détour par Barr.
J'ai donc en urgence dû demander à ma mère de me conduire au départ et j'y suis arrivé 15min avant. Bref après les vagues et autres gimmik, le départ est donné et je m'élance de la dernière ligne (je n'ai même pas vu les chevaux s'élancer sur la ligne de départ) avec les 500 comparses de galère.
Une première partie touristique dans Colmar bien sympa, je vais à un rythme de plat et mon pote ne peut pas me suivre. "On se revoit au km 100 me lance-t-il". J'ai bien vu une casquette blanche se rapprocher de moi au km 130 mais c'était les premiers concurrents du 100k qui me rattrapaient
Je dépasse tout le monde, ce qui veut dire que je suis parti vite
Au km 10, voilà la première montée qui se profile et par orgueil je veux la faire en courant tout le temps
. A peine à la moitié voilà que je marche et sors les bâtons
!
On arrive au premier château, le Hohlandsbourg et on nous fait passer par les remparts et le chemin de ronde ! La claque ! C'est top ! Je kiffe. Premier ravito, j'ai bu mon litre et remplis mes flasques et mange un barre, un tuc pour le salé, de l'eau gazeuse pour l'estomac et les minéraux (j'ai bien appris ma leçon !). Et je repars direct m'enfoncer dans la nuit.
Dans chaque village traversé la foule nous acclame et nous salue ! Je prends toute l'énergie de ces encouragements "Bravo, courage, allez" sont les mots qui reviennent le plus souvent. Vraiment top.
La nuit
Et là, gros kif. J'ai adoré courir de nuit, la tête sous les étoiles. Bon, le ciel étai couvert donc aucune étoile en vue, mais de toute façon avec les descentes piégeuses, je gardais la tête baissée pour bien voir où poser mes pieds. Mais je me suis pris moultes pierres, racines (avec belle chute à la clé).
Les montées et descentes courtes avec relances s'enchainent, et comme le dit Pulpipi sans trop de passage alacon (genre faire le tour du chateau en ruine juste histoire de). L'effort commence à peser, je me montre raisonnable : dès que la pente s'élève je marche, par contre je relance à chaque fois qu'elle s'adoucit. Les deux gros morceaux sont la sortie de Kaysersberg et de Ribeauvillé. J'en profite pour prendre un gel (à bien diluer avec de l'eau) et à m'arrêter un peu plus longuement à Ribeauvillé (8') pour bien m'alimenter (top le bouillon chaud) et reposer mes jambes après la descente très cassante.
Au 40ème km, je finis mon premier marathon ! En 4h30, temps pourri... et surtout j'entre alors en terra incognita. Je me sens étonnamment toujours bien physiquement et mentalement.
Le trail c'est aussi courir de concert avec d'autres coureurs et avoir le loisir de leur parler (pas comme sur un 10k). Enfin tant qu'on peut tenir le rythme. Car au sortir de Ribeauvillé on repart à 3 dont 1 costaud avec des cuisses et mollets de rugbyman qui vole en montée et "se réserve pour envoyer sur les parties roulantes à la fin car il a couru le marathon de Paris en 2h33. Bref quand je suis décroché je n'essaie pas de m'accrocher, je sens que ce n'est pas mon niveau de jeu
Au final j'ai surtout été seul sur les routes et chemin, mais j'apprécie cette solitude.
Un gars assis sur une pierre me dit en passant : "Allez, super tu es 22ème". Incroyable, je n'y crois pas
; j'ai doublé du monde mais je ne pensais pas autant.
Pour me protéger du froid, je mets le coupe-vent D4 par-dessus le sac (pas le courage de m'arrêter et enlever le sac). Mais ça fait que je n'arrive plus à ranger mes bâtons dans le carquois
Donc je les garde à la main ! Quel boulet je fais
Au Haut Koenigsbourg, km 60, on est accueilli par des saltimbanques. Amusant et distrayant
Je vois un coureur hagard qui va vomir contre le mur puis revient se prostrer sur le bac à côté de sa femme. Aie aie, ça peut vraiment faire mal un ultra
A partir de là le jour se lève et je commence à ressentir la fatigue. Mon stock de glycogène est épuisé et je le ressens. Je dois maintenant m'alimenter par la boisson et les barres mais ça commence à coincer. A un moment dans une montée je veux forcer et mon estomac se tend donc je ralentis.
Le jour enfin
A Chatenois à mi-course je fais une longue pause (30min). J'enlève mes chaussures pour regarder l'étendue des dégâts. A gauche rien, par contre droite l'orteil qui a pris de vilaines pierres est tout gonflé avec l'ongle noir et une énorme ampoule. Je change de chaussettes, ai la flemme de change de t-shirt (je n'avais pas de porte-dossard donc galère d'enlever et remettre les épingles), mange et bois beaucoup et je repars.
Je resserre bien les lacets. Hourra, ça fait que je n'ai plus de douleur à droite (mon orteil abîmé ne frotte plus à l'avant), par contre je serre trop à gauche et ça me comprime au point de me créer une douleur à partir du km 110
(ça s'avérera être un tendinite des extenseurs des orteils ! Mais quel boulet je fais !).
Avec le jour et la fatigue, la lucidité s'en va. A de nombreuses reprises j'ai du mal à voir les balises et je me perds. Comme s'il n'y avait pas déjà assez de bornes comme ça...
A partir du km 110, j'arrive "chez moi". Je connais chaque sentier, chaque pierre, chaque racine. Quel crève-coeur de me voir passer à la vitesse de l'escargot là où d'habitude je vole (et dire que j'ai même des KOM
).
Je commence à n'en plus pouvoir. A Barr il reste 1/3 et je suis las. Je me force à relancer sur le plat, je monte comme un zombie l'escalier de l'église où se situe un point photo que je ne vois même pas, ni celui vidéo en haut du Mont Sainte-Odile.
Mes quadris sont morts
, chaque pas en descente, surtout sur celles raides ou roulantes de cette partie est une douleur... mais je cours malgré tout et j'accélère même
quand je vois devant moi des trailers qui galèrent autant que moi et descendent lentement pour préserver leurs membres endoloris.
Je peste contre les forestiers qui ont coupé les branches autour du Drestein et ont laissé tout sur le chemin emprunté par le trail. Dans le genre casse-gueule il n'y a pas mieux. Je plains ceux qui passeront ici de nuit !
A partir de là, les premiers du 100k me dépassent. Ca fout un coup au moral
de les voir courir comme des cabris, monter facilement les pentes raides même sans bâton
!
D'ailleurs, j'ai regardé les temps de passage de Pulpipi sur son strava et j'ai été systématiquement plus lent que lui sur tous les segments
Un sacré lièvre notre porte-drapeau.
The end
J'en peux pluuuuuuuuuuus ! Je passe 3h entre chaque ravito donc mon pauvre litre de liquide ne suffit pas et je commence à me déshydrater peu à peu. Chaque pas est une douleur. Je n'arrive plus à manger. La fatigue me prend... Quelle joie de voir la dernière tour du Heidenkopf. Il ne reste qu'une descente interminable et un plat non moins interminable qui passe par un marais fréquenté par des chevaux. Plouf plouf, voilà que je m'enfonce et ressort avec 1kg de boue sur chaque pied. Pffff j'en peux pluuuuuuuuus.
Rosheim, le dernier ravito. Je commence à décompenser (je ressens les frissons, la barre de fatigue). Allez il ne reste que 7km mais pas des plus simples. Je regarde le temps et je me dis que je peux finir en sub 23h. J'avale un dernier gel et comme Loreak je cours, je vole, j'ignore la douleur. Dernière descente ultra-raide, la passerelle et les remparts, je checke aussi les gamins qui tendent leur main... Je lève les bras, tombe dans ceux de ma famille, répond à l'interview, demande à être fait chevalier de l'ordre du bâton
et file chez les kinés avoir leur avis sur mes pépins. Oh la vilaine ampoule qui a encore triplé de volume (mais en pro ils l'aspirent et la sèche et 2 semaines après tout va pour le mieux).
Là je décompense pour de bon et m'endors presque
. Ils me font m'allonger 10min, me filent un bouillon, mais je ne m'endors pas et ça passe. Je repars en m'appuyant sur mes bâtons (ça sert bien en après-course !!!).
Bilan
Je suis finisher et à une 14ème place inespérée et en sub 24h
. Ce parcours roulant convenait bien à mes qualités, je connaissais le terrain, la météo a été clémente, je ne me suis jamais mis dans le rouge et j'ai toujours relancé même quand je n'en pouvais plus. Et je devais être bien préparé.
Surtout aucun problème d'estomac, pas trop de casse (tendinite cheville qui a énormément gonflée mais a priori pas de fracture et épanchement au genou). Il faudrait que je sois plus attentif à mon hydratation/alimentaion sur le milieu et la fin pour garder assez d'énergie. Et aussi être plus attentif et lucide pour ne pas louper les balises (bien 20' perdues au total).
Niveau matos, j'avais le short D4 recommandé par HFR et c'est passé nickel (j'avais découpé le short intérieur). Par contre mes Hoka Challenger ATR étaient un peu trop molles, il me faudrait des plus rigides. Et j'aurais dû mieux bosser le rangement des bâtons car j'ai passé un temps fou à les remettre dans le carquois, voire parfois j'ai dû les garder en main car je n'y arrivais vraiment pas. Et surtout, surtout, mieux bosser le D- et endurcir les quadris car ils ont disparu un peu trop tôt à mon goût
Sur les ravitos, j'ai passé 1h30 au total dont 30 à mi course. Un peu trop... j'aurais pu faire moins. Et aussi les pauses pipi ^^
J'ai adoré l'ambiance (gros succès populaire, l'Alsace s'est vraiment mobilisée), le parcours (même s'il n'était pas assez technique pour les montagnards, il était beau), l'organisation. Trop génial les ultras. Trop génial le trail ! Vivement le prochain
Et j'ai adoré donné du plaisir à ceux qui m'ont suivi en live, qui ont vibré
quand je progressais dans le classement ! Tous ceux qui m'ont envoyé des messages (que je ne lisais pas car j'étais focus sur ma course et quand la lassitude est venue j'ai limité chaque geste non nécessaire, mais chaque bip de mon téléphone me transmettait cette énergie du message d'encouragement comme si je l'avais lu).
Lien strava
https://www.strava.com/activities/9116104531