Mieux vaut tard que jamais, le résumé de mon objectif 2025:
CR Ultra Trail des Montagnes du Jura 2025
Le contexte
Comme tous les ans, je planifie 1 ultra par semestre. Au mois de mai, j'ai affronté le très difficile 110km du Grand Raid 73 (CR a retrouver dans mon historique) qui finalement a servi de préparation au 170km 7700m D+ de l'UTMJ d'octobre.
Rien à signaler en terme de prépa, du grand classique avec beaucoup de volume, l'intégration du travail de force pour améliorer les perf en montée et dans la durée, et un week end choc dans les bauges passé sans aucune alerte, et même plutôt encourageant avec une allure de 8h30 au 50km
J'arrive donc dans le Jura Affutée comme jamais, en pleine forme et sans bobo, prêt pour la bataille
Je réussit même l'exploit de gérer plutôt bien ma fatigue de la dernière semaine, malgré une vie pro et familiale ultra chargée
3 objectifs :
- Terminer
- Terminer en moins de 30h
- Faire Top 40 (optimiste mais jouable)
- Faire Top 30 (quasi impossible mais si jamais les planètes s'alignent...
)
L'avant course
Récupération des Dossards la veille en fin d'après midi sur la ligne d'arrivée à Métabief, Aucune attente, ca sent l'organisation bien rodée. Retour à l'Hôtel pour finaliser les sacs. Puis bonne nuit de sommeil.
L'UTMJ n'est pas une boucle, c'est une traversée du Jura du Sud (dans l'Ain) au nord (dans le Doubs). Donc pour moi départ de Métabief à 8h30 avec la navette bus destination Lancrans.
Il fait 4°, ca caille
mais dans le bus il fait chaud. C'est vraiment long ce trajet (plus de 2h), j'essaie de fermer un peu les yeux pour entrer dans ma bulle.
Arrivée à Lancrans un peu avant 11h pour un départ à 12h, il fait doux comme prévu, la météo est annoncée douce toute la journée et toute la nuit mais avec de bonnes pluies le lendemain après- midi (j'y reviendrai). A moins de jouer la victoire de la course
, je sais déjà que j'arriverais très certainement trempé
Lancran / Menthieres 17km 1280 m D+
Beaucoup de monde et une bonne ambiance au départ c'est cool, 350 partants sur le 170 solo. Le début de la course est très simple, c'est 1300m de D+ direct sur environ 10km vers le point culminant de la course: le crêt de la goutte. Objectif: ne pas se laisser embarquer par la masse tout en ne trainant pas.
Au final, je pars a plutôt bonne allure, je galope sur les quelques portions plates. On arrive très vite sur les sentiers que je connais par cœur car ce sont celles de l'ultra01 qui passe aussi ici. L'arrivée vers le sommet est toujours aussi magique avec une vue sur le Léman et sur la chaîne des alpes
On redescend vers la station de ski de Menthieres avec quelques passages techniques. c'est encore la foule, un monde de dingue. En fait je comprends vite que la plupart des concurrents autours de moi ont une assistance en mode Pit Stop de formule 1
, moi je n'en ai pas, partant de la ca va être compliqué de rivaliser (j'y reviendrai aussi).
Passage en 2h20 a une belle 87eme place
Menthieres / Chezery 24km 1350 m D+
Portion 100% descente, Je me fais plaisir. Par contre j'ai vite la sensation d'avoir le T-shirt mouillé, c'est bizarre. Je sors la flasque pour regarder: elle est percée, après seulement 20km de course
Merci Salomon, Mais heureusement j'avais prévu une 3eme flasque dans le sac pour les portions longues
Chezery /Lelex 37km 1890 D+
Portion hyper agréable ou on longe la rivière de la Valserine, je m'accroche à la cadence d'une relayeuse pour vite la dépasser et vivre ma vie.
Lelex / La Joux 52km 2520 D+
A partir de là, je pars dans l'inconnu, je ne connais plus du tout le parcours. Une grosse montée mais plutôt courte puis on rentre dans une grande portion roulante du parcours ou je sais qu'il faut avoir une bonne allure pour tenir l'objectif. Je n'arrête jamais de courir tant que c'est possible.
Après 50km de course, les écarts se creusent et surtout la nuit tombe. Et en automne, on part pour 10h de nuit, c'est long.
La Joux / La Frasse 63km 2840m D+
Je commence a avoir une sensation bizarre au pied droit, une douleur qui me fait penser à une tendinite du releveur. Ca m'inquiète, car la dernière foisvou j'avais chopé ca, ca avait mis un temps fou à se remettre. Je reste vigilant sur mon pied et je me dit que je vais faire le point à la base de vie des Rousses ou je compte changer Tshirt, Chaussette etc...
Arrivée à La Frasse, accueil par des chevaliers en costume, en train de chanter, manger et boire près d'un feu de bois. Merci à ces bénévoles d'avoir mis autant d'ambiance. A l'UTMJ, il y a du fromage et de la charcuterie jurassienne à tous les ravitos
, je résiste à ne pas en prendre rester mon plan nutrition, c'est dur. je pense plutôt à mes brioches aux pépites de chocolat et caramel beurre salé qui m'attendent aux Rousses
La Frasse / Les Rousses 74 km 3200 m D+
À cause de coureurs ayant fait des recos pré courses sur des parcelles privées, certains propriétaires n'ont pas donné leur accord pour la course. Conséquence: quelques kilomètres en plus pour accéder à la base de vie, avec un pied qui me fait quand même bien mal.
A la base, je change de chaussettes et je comprends le problème: je n'ai pas assez serré ma chaussure droite, qui flotte donc très légèrement et qui tape le haut de pied des milliers de fois depuis le départ, d'ou l'hématome qui est apparu. Erreur de débutant qui aurait pu me couter un abandon stupide.
Je corrige et ça va mieux en effet. Mais l'hématome est là et me fait coucou de temps en temps.
Après 1L d'orangina et 3 brioches, je repars le ventre plein à la 80eme place.
Je pose mon sac dans le camion et je constate qu'il y en a à peine 10! je comprends donc que 60 personnes devant moi ont une assistance et gagnent des minutes puis des heures au final au fil des ravitos! Dur de se battre pour un top 40 dans ces conditions.
Je repars plus motivés que jamais, en ne perdant plus de minutes aux ravitos
LesRousses / Bellefontaine 100 km 4400 m D+
La nuit c'est long, c'est dur, surtout en solo. J'ai trouvé un compagnon de route qu'on appellera "Lumière rouge" car de dos, je ne vois que sa LED rouge qui clignote. On restera ensemble très longtemps, il me passe en montée, je le passe sur le plat pendant des heures. Ma Petzl Réactik + rendra l'âme après 9h de nuit, au moins je connais l'autonomie de la batterie maintenant, il serait peut être temps d'opter pour un modèle un peu plus adapté à l'ultra. Changement de batterie et ça repart.
Bellefontaine / Chaux Neuve 120 km 5200m D+
Chaux Neuve est un passage emblématique de la course car on doit normalement descendre les escaliers le long du tremplin de saut à Ski, ce qui est plutôt impressionnant. Mais alors qu'on approche du ravito, je vois qu'on s'écarte de la trace. J'ai l'impression de faire de nouveau un long détour et surtout, déception, on ne descend pas le tremplin: on arrive en bas directement. Pourquoi? Pas d'explication, la seule raison valable c'est la pluie fine de la nuit qui aurait pu rendre ces escaliers glissants surtout après 120km de course.
Chaux Neuve / Mouthe 128km 5350 m D+
Un coucou à la caméra en sortie du ravito. Lumière rouge est de nouveau en ligne de mire, ça va être de nouveau le jeu de le rattraper avant le prochain ravito de Mouthes. c'est vallonné au début, compliqué de gratter des mètres, puis tres longue portion plane jusqu'à Mouthe, je serre les dents car les jambes sont bien raides, je garde mon allure entre 6'30 et 7min au kilo et je rattrape Lumière rouge juste avant de bifurquer sur des sentiers bien gras.On arrive ensemble au ravito surchauffé, mais je ne m'attarde pas, lui un peu plus. Je file vers la grosse montée qui nous attends directement après (une sorte de piste de ski a priori)
Mouthe / Mont d'Or 142km 6000m D+
Je me fais dépasser par un duo dans la montée, gros coup au moral, mais je m'accroche, à une intersection ils filent à gauche, je les suis quelques mètres, mais selon ma montre c'est pas ça. Je leur crie que c'est dans l'autre direction, mais ils insistent. Je fais mon chemin, je retrouve le balisage, je ne le reverrai plus jamais de la course. Hop, 2 places de regagnées.
En traversant un pré, un troupeau de vache se décident à se mettre juste devant le portique de sortie, je me retrouve à leur demander gentiment de se pousser pour que je passe. Expérience humaine très intéressante ce débat avec les vaches
La lucidité commence à partir, j'étais persuadé d'arriver au Mont d'Or après 10km, mais non, il y a un ravito intermédiaire aux Granges Ranguin (départ du 60km), Dépité, je suis comme un Zombi à ce Ravito, je mange dans mon coin, tout seul. Puis je repars, dans le mal.Le Mont d'Or n'est pas loin, mais ça grimpe de nouveau. Je serre les dents. Plus on monte, plus on sent le vent qui souffle. En arrivant au sommet c'est pire. Les rafales sont à 60/70km, c'est dur d'avancer, heureusement il ne fait pas froid
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Mont d'Or / Jougne 150km 6250m D+
On longe les crêtes puis On bascule sur la descente, sur une portion Suisse. La descente est horrible, ultra technique, boueuse et très raide. Je glisse, j'ai failli me tordre une cheville, je maudis tous les dieux de la Terre à me demander ce que je fous là après 24h d'effort.La difficulté se calme par la suite, je reprends mes esprits et je pense à la base de vie ou je pourrais me remettre à neuf
Jougne/ Grange neuve 163km 7000m D+
On doit passer 2 fois à Jougne, le temps de faire une boucle en Suisse.Je récupère mon sac pour changer chaussette et t shirt, m'enduire de Nok là ou il faut, manger de nouveau mes brioches et mon litre d'orangina. 25min chrono pour faire tout cela, sans assistance. Pendant que je mange, je discute avec la femme en face de moi, elle attend son mari qui est sur la boucle suisse, pour terminer la course avec lui, et qu'elle le suit depuis la veille. Cela confirme mon sentiment de première base de vie, je suis un OVNI car je suis bien classé (45eme) malgré le fait d'être tout seul. J'enrage car au lieu de mettre 25 min je pourrais en mettre 15 avec une assistance (à multiplier par tous les ravito principaux), mais tant pis, c'est le jeu. Je repars quasiment en même temps que Lumière rouge, qui n'a pas d'assistance non plus, mais qui ne s'attarde pas (pas de sac de délestage pour lui j'ai l'impression).
La Boucle Suisse est le dessert de la course. 20km et 1000m de D+ avec la montée au Col du Suchet.
Ca monte rapidement très raide, mais mes jambes répondent encore un peu.
Puis c'est plat, mais lumière rouge m'avoue qu'il a trop mal au pied, il marche et trottine. Je l'abandonne et je ne le reverrai jamais (une nouvelle place de gagnée).
Ça monte régulièrement, en faux plat surtout, mais impossible de courir en général. C'est à ce moment que je me fais dépasser par les 1er du 100km, leur allure est juste impressionnante,
Jamais je ne pourrais avoir leur allure avec tant de kilomètres dans les pattes.
Dans la montée du Suchet, la pluie débute et augmente doucement, je sors la veste Bonatti, ça sera son premier vrai test en conditions réelles. La météo se dégrade très rapidement, le vent souffle en tempête (80km/h en rafale) et la pluie fouette le visage, la sensation de faire parfois du surplace.
La transition entre la douceur des températures jusqu'alors et la tempête est juste phénoménale. Je continue à me faire dépasser par des coureurs du 110km (qui sont juste monstrueux) mais je monte à mon rythme, dans la boue, sous le déluge et le froid, car la température descend, et avec le vent c'est pire. Autant dire que la vue au sommet du Suchet est inexistante, c'est certainement très beau mais la on n'y voit rien, et vu les conditions, j'entame au plus vite la descente. La descente est folklorique, de la boue partout, une patinoire permanente
je ne veux surtout pas tomber pour éviter une blessure inutile à 20km de l'arrivée. Arrivée à grange neuve complètement trempé mais je ne m'attarde surtout pas, le risque est de se refroidir et de ne jamais repartir. Mais beaucoup d'autres finiront leur course à ce ravito, complètement frigorifiés voire en hypothermie sévère pour certains (étaient-ils bien équipés?).
grange ranguin / Metabief 170km 7700m D+
De la boue partout, et la pluie redouble d'intensité, les conditions deviennent dantesques. mais la descente devient relativement douce au bout d'un moment, en sous bois, avec une rivière de boue au milieu. je débranche le cerveau, je descends en courant sans jamais m'arrêter pour rester chaud. J'ai le sub 30h à portée de jambes, pas le moment de fléchir.
Petite anecdote, je découvre la douleur de sentir l'eau remplie de sueur couler sur les zones de frottement irritées. Un vrai plaisir, heureusement éphémère.
Les derniers sentiers techniques vers Jougnes sont interminables, il faut rester vigilant pour ne pas tomber dans les fossés, j'en ai marre et j'ai envie d'en finir. A jougnes, je ne comprend pas par où passer, entre ceux qui entament leur boucle Suisse et moi tout seul qui veut aller à Métabief, je suis perdu. Je retrouve mon chemin, je ne m'arrête pas et je file pour les 3 derniers kilomètres vers la ligne d'arrivée en mode Champion du monde de la COGIP.
Je la franchit tout seul, sans public, sans accueil, tout le monde est à l'abri sur la ligne d'arrivée
Mais je fini super satisfait, je viens de finir mon 100 miles en moins de 30h, à une belle 45eme place.
Le fait d'arrêter de courir fait que je suis complètement frigorifié à l'arrivée, je mettrais 3h à réguler correctement mon thermostat.
Bilan
Les 2 premiers objectifs sont atteints: course terminée et en moins de 30h. Le 3eme (faire top 40) aurait été atteint sur la base des résultats 2024, donc je n'ai pas à rougir, j'ai fait une superbe course, la meilleure de ma vie de Trailer.
Pour la petite histoire, la course a été neutralisée environ 2h après mon arrivée, c'était le carnage avec des personnes frigorifiée et en hypothermie de partout. Tous les participants ont été arrêtés aux ravitos et rapatriés à Metabief. Je m'étais quand même dit durant la course que passer une deuxième nuit dans ces conditions, à baigner dans la boue, aurait été vraiment difficile pour les derniers de la course.
je ne peux que vous conseiller cette course, une belle aventure humaine, des paysages magnifiques, une organisation au top.j'ai presque envie d'y retourner, mais cette fois ci pour profiter du fromage et de la charcuterie des ravitos
Place maintenant à 2026, avec un Grand Raid du Queyras en ligne de mire!