CR aventuriers du bout de Drome 132km 7000m D+
Enfin le CR de cette longue Aventure
Comme chaque année, je me planifie 1 ultra par semestre et cette année, je mise sur les paysages plus que sur les distances avec le trail des aventuriers du bout de Drome en mai puis le l'ultra trail du vercors (85km) en septembre. Et donc au final, ca sera ma seule course de plus de 100km de l'année.
En terme de préparation, comme d'habitude je dois jongler avec une vie familiale ultra chargé avec 3 jeunes enfants et un boulot prenant, ce qui ne me laisse que les créneaux 5h30/7h en semaine, et le samedi matin le week end en guise d'entrainement. Et donc comme d'habitude, il manquera surtout des sorties de 8/10h dans la prépa, mais que j'ai réussi a compenser un peu avec des semaines chargées en volume (jusqu'à 13/14h)
je me retrouve donc le Jour J, avec la petite famille qui ira dans une villa avec piscine pendant que je trottinerais dans l'arrière pays dromois
J'ai réussi a embarquer un collègue avec moi, qui lui veut franchir la barre des 100km pour la première fois
Pour info, cette course est un peu à la carte avec des bifurcations sur le parcours, en fonction des choix persos ou des barrières horaires : 132km/7000 D+, 124km/6000 D+, 104km 5000 D+
Départ
La course part de Crest et sa fameuse tour. Un ami me dépose vers 23h au gymnase. Je suis surpris du peu d'ambiance et de monde mais avec 92 inscrits au départ, c'est logique. Je découvre avec horreur qu'il était possible d'avoir un sac de délestage au km 65, ce n'était indiqué nul part
. Tant pis, j'aurais pu prévoir au moins un ravito un peu réconfort pour la mi course
Première info, le speaker annonce plutot 8000m de D+ sur le 132km
Ok, on n'est plus à ca près maintenant
Je retrouve mon collègue dans cette ambiance à la bonne franquette, l'occasion de croiser Lucas Papi dans sa traditionnelle tenue jaune:il est inscrit au challenge, il va donc enquiller 132km le samedi puis 40km le dimanche
Crest Baume Cornillane (km 15)
ca monte tranquillement vers la tour puis en monotrace à bonne allure. Aucune Difficulté sur cette portion, parfait pour l'échauffement. L'objectif est de gagner tranquillement du temps sur les barrières horaires, qui connues pour être traitres sur cette course.
Baume Cornillane Suze (km 30)
L'allure est toujours cool, et j'ai même la surprise de doubler Lucas Papi sur un faux plat, entouré d'un petit groupe qui le suit comme un meneur d'allure.
J'aurais au moins la fierté de courir devant un élite durant plusieurs dizaines de kilomètre, ça n'a pas de prix
Direction la première difficulté du parcours: la montée des maquisards.
Ca monte sec au début, mais régulièrement, donc facile a gérer. Puis arrive une *$!!*£$ de passage cordée avec un pente à plus de 20%, évidemment impossible de voir le bout à la frontale, et le sol est meuble donc galère, mème avec les cordes. je perd un temps fou la dedans, content de voir le sommet. Je prend mon temps pour boire et manger un peu (car oui, il fait déja chaud à 4h du mat, mais on y reviendra).
Suze Plan de Baix (km 43)
Direction un des joli passage du parcours: la croix du plan de Baix. Ce qui m'effraie est qu'on voit la croix au loin sur un des plateaux, mais pas de chemin pour y accéder. Je redoute de nouveau le chemin "droit dans le pentu" avec des cordes.
Finalement ca sera une longue route goudronnée interminable, trop pentue pour courir mais pas trop difficile. La Croix arrive puis descente rapide vers le village, sans prise de risque dans la descente. On fait le yoyo avec mon collègue, tantot lui, tantot moi devant, mais on se retrouve toujours au ravito.
Il Commence à faire chaud, le soleil s'est levé et commence son travail de sape sur ma forme. Vérification a chaque pause pipi de la couleur, pour éviter toute déshydratation.
Plan de Baix Piegros (km 65)
Une fois passé le plan de Baix, aucune grosse difficulté pendant 20km, essentiellement de la descente et du plat, sans trop de difficultés techniques. Il faut juste gérer la chaleur, qui continue a monter progressivement tout au long de la matinée. Et toujours le controle colorimétrique du pipi de mon coté.
Au ravito du km 65, Lucas Papi nous rejoins, frais comme un gardon, et bien évidemment, il repartira avant nous et on ne le reverra plus
. Il ne visait pas la gagne, mais avait très certainement prévu le negative split sur ce parcours.
Piegros Pas de la Motte (km 78)
Je sais que ca va commencer à monter (600m de D+ sur cette portion), la deuxième partie de cet Ultra est beaucoup plus difficile que la première. La mauvaise nouvelle c'est que mon genou gauche commence à couiner un peu, je dois me forcer a etre vigilant pour plus taper sur le genou droit, surtout en descente.
Les montées commencent a être longue et difficiles, le cardio s'affole et c'est difficile d'évacuer la chaleur sur les portions en plein cagnard. Le ravito du km 78 permet de bifurquer vers le 104km, mon collègue m'annonce qu'il y va, il ne se sent pas capable d'en faire plus.
A ma grande surprise, la quasi totalité des concurrents souhaitent bifurquer, ils ne veulent pas se taper la suite du parcours en plein soleil, il est bientot 14h, il fait 32 degrés, et ils annoncent beaucoup de passage à découvert.
Evidemment, il était hors de question pour moi de bifurquer, certe la fatigue était la, mais avec plus de 2h30 d'avance sur la barrière, je n'ai aucune inquiétude.
Je refais le plein en bouffe et en eau (1L5)
Je viens de signer mon arrêt de mort sans le savoir.
Pas de la motte Ferme de Gauze (km 91)
Cette portion fait environ 15km mais 1000m de D+ (dont 600m de D+ concentré sur 5km)
Ca commence par une belle descente puis une longue portion plate, je ne cours plus, préférant économiser mes forces. J'ai surtout chaud car il n'y a plus d'ombre, le soleil est au zénith.
Puis la montée commence, elle est raide (15%) et très longue. Aucune vue sur un éventuel sommet. Et puis surtout, je suis seul, tres très seul. Je monte lentement, en faisant des pauses pour récupérer un peu, mais je suis clairement en souffrance, je comprend maintenant pourquoi les autres ont tous bifurqué.
je me fais dépassé par un senior, à bonne allure. Impossible de le suivre. Je me retrouve bientot juste en eau, je dois économiser ce qui me reste, ce qui est encore plus douloureux pour moi. Arrivée au sommet, je retrouve une pauvre table avec quelques bouteilles laissées par l'organisation pour les gens comme moi en galère, mais avec l'indication d'en laisser pour les autres derrière
. je Bois un demi litre avant d'enquiller une descentes entrecoupés de murs qui finissent de m'achever. Je me retrouve aussi juste en solide: plus de pâtes de fruits ou de patates en stock. Ma galère empire, je monte littéralement à l'allure d'une tortue, mettant péniblement un pied devant l'autre.
J'arrive à la ferme bien amoché, avec juste l'envie de boire et de manger. Pire, je vois que 2 personnes qui m'avaient doublé ont fait le choix d'abandonner
Au final, j'aurais mis près de 4h à faire ces pauvres 15km !!! Je suis tout pile à la barrière horaire du 132km, mais je ne suis plus en état de me rajouter 8km et 1000m de D+. Donc direction le 124km.
Ferme de Gauze La chaudière (km 95)
Sur cette portion, j'enrage littéralement. Jusqu'alors, le balisage était parfait et régulier. Sur ces 4km, le balisage n'était plus présent qu'aux intersections!! Mais pourquoi?
Et du coup, faute de voir un balisage, je me pose des questions, fais demi tour, puis repart dans l'autre sens (et évidemment sur des portions montantes).
Un petit groupe me rattrape (un couple et leurs deux pacers) et me confirment la bonne direction, je les suis a bonne allure. je perd une bonne demi heure et quelques km de rab avec cette histoire de balisage
La chaudière Saou (km 109)
Un bénévole m'annonce 600m de D+ sur 4km, la fameuse montée des 3 becs via le pas de Pécourère.
Je pars avec le moral dans les chaussettes, je sais bien que c'est un vrai mur vertical qui m'attend.
Je croise au passage 2 concurrents qui font demi tour, ils me disent qu'ils abandonnent
Mais pourquoi?
Arrivée au fameux mur, évidemment je souffre. Je monte très lentement, en mettant un pied devant l'autre. Le petit groupe de 4 que j'avais dépassé au ravito me dépose littéralement, je les perds de vue. Un rapide calcul dans ma tête me fait franchir la ligne d'arrivée vers 1h du matin, le coeur n'y est plus et je n'ai pas envie d'imposer ca à ma compagne qui doit me récupérer à l'arrivée. Je l'appelle pour lui dire que j’arrête les frais, que j'abandonne au prochain ravito.
Au moins la décision est prise, j'ai mis ma fierté de coté
. Reste quand même à arriver en haut du mur et a rejoindre le ravito
je finis la montée a 4 pattes, en mode escalade et surtout je profite de la vue magnifique, avec les lumière du soleil couchant.
S'ensuit une descente interminable de 6km dans un pierrier à la frontale, impossible de vraiment courir, mais envie d'en finir vite.
ce passage devait être magnifique en plein jour, un peu comme un canyon de l'ouest américain. Dommage, je le passe de nuit.
Saou (km115)
J'abandonne au ravito comme prévu, je suis pile à la barrière horaire, j'aurais pu continuer, surtout que le serre file était encore bien loin derrière et le que le groupe de 4 devant a pu continuer sans soucis.
Mais le coeur n'y était plus. J'ai juste envie de rentrer me doucher et me coucher.
En somme, ca restera un échec cuisant, premier DNF depuis plus de 10ans. Mais un ultra se termine en ne faisant pas d'erreur, et j'en ai fait plusieurs cette fois ci: pas assez d'eau l'apres midi (inadmissible à mon niveau), mauvaise gestion du balisage (surtout avec la fatigue)...
je peux juste me consoler en regardant les 35 abandons sur 84 au départ. Peu de participants à cette course, mais un très bon niveau pour ceux qui osent.
Bref, je reviendrais certainement prendre ma revanche. En attendant, je dois faire la traversée du Vercors sur 2 jours avec mon club dans 3 semaines.