fraa a écrit :
Bonjour à tous,
Je retarde d’une semaine, mais voici un CR du Trail du Cagire dans les Pyrénées, 35km / 2500D+, que j’ai couru dimanche dernier.
Ma contribution à ce topic trail et au topic running que je lurke de temps à autres pour la motivation. (l'épopée de Catalan sur les dernières pages, on se sent petit ) Cette course, c’était ma première expérience sur un format proche du « trail marathon », et c’était l’objectif de ma saison estivale. 4 mois de prépa, une course intermédiaire début aout qui s’est transformée en off pour cause d’annulation, plusieurs sorties de 25-30km dans les Pyrénées pour manger du D+… Je pense que j’ai les moyens d’accrocher le milieu du classement, mais j’ai quand même des incertitudes sur la gestion de l’alimentation et sur une possible explosion passés les 25 premiers km.
L’orga a fait le plein sur ses deux courses, 350 inscrits sur le 35km, et 250 sur le 17km. On sent que les gens sont morts de faim. On prend le départ du 35km à 8h du matin. Il a plu la veille mais ce matin la météo est au beau fixe. Un petit tour du stade du village pour étirer un peu le peloton et on monte déjà dans les chemins.
La première partie est une succession de bosses avec des % pas très élevés, donc j’ai laissé les bâtons dans le sac pour le moment. Il y a 8,5km et 450D+ à parcourir pour arriver au pied de la principale difficulté : l’ascension du Cagire. Donc ça ne s’énerve pas trop dans le peloton. Je double de temps à autre mais je reste le plus souvent au chaud dans le troupeau pour ne pas m’entamer avant le début des hostilités. Je mets de temps en temps le cligno et commence à déboiter, mais un coup d’œil sur la FC à la montre me ramène à plus d’humilité , et je reprends bien sagement ma place.
Au premier ravito au pied du Cagire, je pointe à la 135ème place. Je sors les bâtons et on commence à monter. Il s’agit d’enquiller 1300D+ en 7km. Je découvre les longues montées en procession sur des sentiers monotraces. C’est pas évident d’avoir un rythme différent du reste du peloton : à moins d’être largement au-dessus, doubler réclame un gros surplus d’énergie pour monter sur le bas-côté, et je sens le souffle chaud des mecs derrière sur ma nuque dès que je baisse un peu le rythme. Heureusement le rythme général me va pas mal là où je suis placé. Je suis un poil plus haut en FC que sur mes sorties solo mais, pour un jour de course, je m’accorde ces quelques bpm en plus.
On se fait doubler par quelques fusées et je me demande ce que ces mecs-là faisaient derrière . J’apprendrai plus tard qu’un plaisantin a débalisé une partie du parcours autour du 4ème km pendant la nuit, et que la tête de course est partie dans le mauvais sens. Les gars et les filles qui nous doublent ont donc fait 3km de plus (et finiront loiiin devant).
Je passe le Pic de Cagire après 1h54 d’ascension, soit du 650-700 D+/heure. C’est un peu plus rapide que le rythme travaillé sur ma dernière sortie en montagne mais je me sens pas trop entamé. Surtout, pendant quelques centaines de mètres sur la ligne de crêtes, on profite d’une vue complètement dégagée au nord sur la plaine toulousaine . Malheureusement c’est plus nuageux vers le sud : on devine la station du Mourtis mais on ne voit pas du tout les 3000 pyrénéens derrière.
C’est déjà le moment de redescendre, avec 2km de pente bien raide sur des mini sentes de brebis qui nous emmènent au second ravito, où je pointe en 134ème position. On est pile poil à la moitié de la course en distance, mais il ne reste plus que 600D+. On repart alors sur 5,5km de descente bien roulante sur des pistes plus larges.
J’essaye de gérer la descente en me décontractant le plus possible, sans trop accélérer. Je me fais doubler par quelques mecs et filles qui descendent très fort, mais je ne veux vraiment pas me détruire les cuisses avant les deux dernières montées, que j’ai déjà passées en reco, et je sais qu’elles piquent bien. Je veux surtout en garder pour la descente finale de 6km vers le village. Le plan se déroule plutôt bien, je viens de passer le 22ème km et je me félicite intérieurement de cette grande sagesse quand, sur une foulée à priori complètement anodine, j’ai le pied gauche qui part dans un sens et la cheville dans l’autre. Un crac retentit, et je me retrouve à sautiller sur le pied droit en beuglant des insanités. Je me suis déjà tordu la chevilles plusieurs fois en sortie, mais je ne me suis jamais blessé. Là, le son et la douleur me laissent peu de doute. Je m’arrête quelques secondes pour reprendre mon souffle, puis j’essaye de marcher un peu. Je boite, mais j’avance. De toute façon, dans ma tête, il est clair qu’il faut au minimum que j’aille jusqu’au ravito suivant, et je vais attaquer une nouvelle montée dans quelques centaines de mètres donc pas très grave si je ne cours pas pour le moment.
Je ressors donc les bâtons et je constate avec soulagement que je n’ai quasiment pas mal à la cheville en montée. C’est bien, et ça me détourne un peu l’esprit de ce coup de cul infâme de 150D+ en 500m. Je suis au milieu d’un petit groupe, ça souffle fort et personne ne dit un mot, mais on monte pas trop mal. Je sais que c’est l’affaire de 15-20 minutes donc je tente de garder un rythme correct.
Une fois parvenu en haut par contre, les mecs autour de moi repartent et je vois que je ne vais pas pouvoir suivre. J’arrive à trottiner mais je ne peux pas allonger la foulée sous peine de grosse douleur. Je prends donc un rythme de footing tranquille pour parcourir les 4km de descente jusqu’au 3ème et dernier ravitaillement, où je pointe en 166ème position.
Je pose mes fesses par terre pour la 1ère fois, et je reste 5 bonnes minutes au ravito à boire beaucoup et à discuter avec quelques mecs un peu amochés. Il reste 8km à parcourir. Ca attaque par 2km de bonne montée pour finir les derniers 300D+ du parcours, puis la longue descente finale vers l’arrivée sur des pentes assez douces. Je me dis que vu que la cheville ne me fait pas souffrir en montée, autant enquiller le dernier raidillon et, une fois en haut, je serai de toute façon sur le chemin le plus court à vol d’oiseau pour rallier l’arrivée.
Donc je repars et je ressors les bâtons une dernière fois. Comme attendu par rapport à ma préparation, je ne suis plus vraiment dans la maitrise passé 2000D+… et je monte dans un style dégueulasse proche de la serpillère étendue sur deux bâtons de trail, mais la montée passe quand même. Je suis avec deux mecs qui tirent la langue aussi et, ce coup-ci, on ne se prive pas de conchier un peu cette dernière montée et ce sport de cons.
Sur les premiers mètres de descente une fois en haut, c’est la douche froide. Je peux à peine poser le pied gauche par terre. L’un des deux gars me propose même de me prendre mon matos pour m’alléger jusqu’à l’arrivée, mais je préfère garder ma flotte et ma bouffe avec moi vu que je sais pas pour combien de temps j’en ai. Je les laisse partir et j’essaye de remettre très progressivement du rythme. Avec le temps, j’arrive même à trottiner quand la pente est peu importante. J’alterne les moments de footing en mode « si vous voulez ma place, venez la chercher ! je ne me rendrai pas sans combattre ! » à 9km/h et les moments de marche où j’ai l’impression de cueillir les champignons pendant que je me fais doubler par des fusées qui passent à 15 à l’heure. Je mettrai 54 minutes pour parcourir ces 6 derniers km, mais enfin je me présente devant la ligne d’arrivée. Je vois un grand tapis rouge qui mène sous l’arche et je me demande si c’est vraiment pour moi et ma foulée d’éclopée, mais dans le doute j’y vais et je passe la ligne en 6h15. A la montre, j’ai 35,4km et 2460D+. Classement final : 180/322.
edit, le strava : https://www.strava.com/activities/6023995126
Bilan : bein je suis content. Forcément la blessure est venue ternir le tableau mais, quand je me suis lancé dans la prépa il y a 4 mois, je pensais faire cette course en touriste pour une première expérience sur cette distance et ce D+. Au final, je pense que j’avais ma place.
Concernant la course elle-même, je la recommande très fortement à tous ceux du coin. 1h15 de route depuis Toulouse à peine, mais déjà un vrai trail de montagne avec un pic de 1900m à cocher, et quasi 100% chemin. Bon par contre il faut espérer qu’il ne pleuve pas parce que, dans la boue, ce serait pas la même ascension…
Epilogue, après quelques examens médicaux le lendemain de la course, je m’en sors avec le minimum syndical : déchirure partielle d’un ligament, 1 semaine d’attelle, 4 semaines de repos et de kiné. Au moins je vais avoir le temps de récupérer…
Merde à vous pour les échéances à venir ( perrout)
|