CR Paris Brest Paris 2023
Mon troisième Paris Brest Paris.
Après mon premier PBP en 2011, où j'avais atteint un niveau de souffrance terrible pour terminer en 75h30, je m’étais dit peut être tu en feras un autre, mais t’y chercheras le plaisir et t’interdiras la souffrance.
Je m’étais relancé en 2015, et j’avais atteint un de mes deux objectifs précédents, je n’avais pas souffert, mais n’y avais pas trouvé de plaisir. Je m’étais donc interdit de m’y relancer.
Des soucis gastriques pendant les brevets de 2019 m'avaient contraint à respecter cet engagement.
Les brevets
Le temps faisant son travail d’oubli, je me suis inscrit au BRM 200 puis 300 puis 400.
Le BRM 400 s’est pas mal passé. J’y ai testé une nouvelle stratégie, dormir la première nuit. Ca m’avait donné un coup de boost et le lundi, j’ai travaillé sans gros coup de barre.
J’ai tenté la même stratégie sur le 600 mais le parcours passait trop tôt (20h30) près de mon point de chute (chez maman) pour que je puisse trouver un sommeil réparateur.
J’ai terminé le 600 bien fatigué et avec des douleurs au dos mais compte tenu de la difficulté, avec près de 350 km en solo, j’ai pu assurer ma semaine de travail. A l’arrivée du 600 je suis déterminé à en terminer là mais dès mardi je suis à la gare pour réserver mes billets de train pour rejoindre le départ de PBP.
La période entre le BRM600 (le 6 juin) et le départ de PBP (20 août) a été très longue.
J’ai cumulé 1300 km (dont le BRM 600) en juin et et 1180 km en juillet.
Début août la préparation s’est poursuivie avec 430 km de vélo-camping avec madame sur 7 jours et un 300km comprenant les étapes Brest Carhaix-Loudéac-Tinténiac en repérage.
Arrive la dernière semaine avant le départ.
Le dimanche je cherche à prendre le billet de train pour rejoindre le départ, via 3 TER. Mais impossible de valider mon achat. J’ai déjà un billet TGV pour le retour.
Je passe mon temps sur l’appli Météo France à scruter les prévisions pour la semaine du 20 août, j'appréhende la canicule.
Le lundi je vais au guichet. L’agent m’indique qu’il y a le week-end des grèves d’aiguilleurs sur Le Mans, mieux vaut réserver le billet de train au dernier moment.
Je regarde le jeudi matin, les TER sont indiqués complets, plus possible d’acheter un billet. Et oui, c’est un gros week-end de retour de vacances en cette fin de mois d'août.
Paniqué, je fais une demande de covoiturage sur un vieux forum https://parisbrestparis2007.actifforum.com Heureusement, une personne du forum, Gérard, me propose une solution. Nous irons ensemble à Rambouillet.
Ce souci de transport m’a tout de même bien stressé. De plus, toute la semaine j’ai tourné autour de mes sacs pour m’assurer que je n'oublie rien. Cette semaine a été très longue et le sommeil très mauvais.
Le vélo
Pour le BRA (brevet randonneur alpes) j’avais modifié ma transmission. Je roule habituellement en 50/38 et 11/28 et j’avais monté 50/34 et 11/34. J’avais dû changer de dérailleur pour avoir un étagement de vitesse élargi.
Pour le PBP j’ai choisi de passer en 50/38 et de garder le 11/34 pour les bosses les dures à passer en étant bien fatigué. Avec un profil toboggan, je change souvent de plateau et le passage 50/34 est trop brutal.
La météo s'annonce assez favorable, les nuits ne seront pas fraîches et pas de pluie annoncée. Je vais donc partir très léger. Je n’ai pas de change à porter, madame viendra à ma rencontre. J’ai donc une sacoche de guidon pour les affaires de nuit, une petite sacoche au-dessus du tube horizontal pour les barres de céréales et les piles. Je porterai un petit sac à dos ultraléger pour les vêtements.
Équipement emporté
- Jambières
- Tee shirt manches longues
- Gilet jaune fourni au départ.
- Gants courts
- Batteries pour éclairage et charger le GPS.
Samedi 19
Départ à 7h pour rejoindre le domicile de Gérard qui sera suivi par son frère et son épouse pour le PBP. Gérard sera sur le départ de 17H45 pour le délai de 90h.
On arrive à Rambouillet à 11h30 et Gérard y retrouve des compagnons de route de son BRM1000 de 2022. Il s’organise une petite bouffe le soir, je suis invité à les rejoindre. Je ne passerai pas la soirée à ruminer dans la piaule du Airbnb.
Je récupère mon dossard et me balade dans Rambouillet envahi par les randonneurs en attente du départ. C’est assez sympa, surtout pour les cafetiers qui voient leur terrasse envahie par cette chaleur (~30°).
J'y retrouve Michaël, la grande figure de l'endurance vélo du topic vélo de route sur hardware.fr. On passe 2 heure à échanger sur nos expériences du PBP, il en a 3 à son palmarès, avec quelques diagonales et 2 1 tour de France cyclo !
Je passe voir l'exposition des vélos préparés pour le PBP, de très belles randonneuses aux techniques parfois originales, il y a par exemple 2 vélos en bois.
L'après midi passe vite et il faut que je passe vite fait au airbnb avant que l'équipe de Gérard y passe me prendre. On est allé à un italien "Dolce Vita", bon et copieux, parfait pour la veille du départ.
La soirée est sympa, on échange sur nos expériences, mais les 3 autres cyclistes présents sont des guerriers, ils ont fait un BRM 1000 en pleine canicule l'année dernière.
Retour au Airbnb à 21h30, coucher assez tôt.
Dimanche 20
Je n'ai pas passé la nuit réparatrice que j'avais espérée. Je vais partir avec un déficit de sommeil ce n'est pas une nouvelle. Je sens que je vais devoir faire une croix sur mon objectif de faire un temps bien meilleur qu'en 2015, 66h30.
Après le repas proposé par l'organisation, l'attente du départ va être assez longue. De 12h30 à 16h15. Je pars dans la deuxième vague.
Il fait assez chaud mais le site est super agréable et propose beaucoup d'ombre sous les arbres.
15h, on se met dans les allées pour passer le contrôle du vélo. Les allées sont à l'ombre des arbres. L'attente est rendue agréable. Les premières vagues sont composées chacune de 250 cyclistes, ça fait du monde.
16h05, on va vers le départ, l'animateur tente de chauffer l 'ambiance. Ce n'est malheureusement pas un grand succès. Je pense que ceux qui sont sur les délais de 80h sont des inhibiteurs d'ambiance .
16h15 C'est parti pour 1219km et plusieurs jours sur le vélo, Un long tunnel à traverser !
Comme d'habitude ça part très vite, je me laisse dépasser, très vite la vague de départ se sépare en plusieurs groupes. Il fait chaud mais c'est supportable, les 20 premiers kilomètres sont dans la forêt.
Sortis de la forêt, un petit vent de face nous rafraîchit. Ce petit vent m'incite à forcer pour rester dans les roues dans un rythme que je ne devrais pas tenir pour ce début de randonnée.
Au bout de 80km je commence à avoir les jambes lourdes, le rythme n'est pas bon. Je m'accroche toujours à cause du vent. Je sais pourtant que c'est idiot, il y aura bien des groupes derrière.
Devant les groupes on trouve les cyclistes équipés de prolongateurs, je ne sais pas si leurs changements de position provoquent des changements de rythme trop brutaux pour moi.
En cette fin d'après-midi il fait toujours assez chaud, au bout de 90km j'ai déjà liquidé mes bidons. Pour l'instant je n'ai pas vu de ravitaillement au bord de la route.
En haut d'une bosse, je vois un papy qui sort des bouteilles d'eau d'une glacière. Je m’arrête pour remplir un bidon avec une anglaise.
Même si l’arrêt est bref, le groupe nous a mis 500m dans la vue. On se relaie pour le rattraper, j'y laisse des plumes.
A Senonches je m’arrête à un stand pour remplir les deux bidons, mais c'est un bar, il faut payer cher la petite bouteille d'eau, et en plus je perds mon groupe définitivement.
Je roule désormais plus tranquille, à mon rythme, déjà les rapides de la 4ème vague me rattrapent, ils sont partis une 1/2 heure après moi !
Je m’accroche à deux anglais qui roulent très régulièrement, je reste avec eux jusqu'au ravito de Mortagne au Perche.
A Mortagne, 20:36, il y a du monde, le temps de manger un sandwich et de remplir les bidons, je repars après 16’. La plupart a déjà enfilé le gilet jaune pour la nuit qui s'annonce. J'attends car j'ai encore chaud.
On a de belles bosses à la sortie de Mortagne sur 10km, après ça sera du plat jusqu'à 15km avant Villaines.
Des groupes se forment et ça roule vite, à 35 km/h . La traversé de la grosse ville d’Alençon est folle, un groupe de près de 200 s'est formé et roule de nuit à 35km/h.
Je dois appeler Madame pour lui dire que je suis en avance sur l’horaire, je perds 10 min au téléphone. On convient de se rejoindre à Tinténiac.
J’arrive isolé à Villaines à 23h30, il y a un peu de monde, c’est sympa.
Je prends le temps, 30’, de m’installer pour manger un sandwich et je fais le plein d’eau.
Je repars. J’arrive à Le Ribay. Il y a un ravito officieux avec des chambres. Je surprends les bénévoles en demandant de m’allonger.
Ils n‘attendent du monde qu’au retour !
Au bout de 20’, le sommeil ne vient pas. Je repars.
A peine lancé, je vois un gars en galère au bord de la route. Il a cassé sa chaîne. Je l’aide en vain à chercher son attache rapide dans le talus, il insiste pour que je repars.
Un gros groupe se forme avec les kilomètres et j'arrive tranquillement à Fougères à 03:46.
Je m'arrête manger des lasagnes.
Je me relance vers Tinténiac après 33’ de pause. Je connais bien la prochaine étape. Le temps passe assez vité, je discute une première fois avec Guy, ça passe le temps.
On traverse le brouillard de Saint Aubin d’Aubigné à Tinténiac.
Tinténiac, Madame m’attend devant l’église. On veut se mettre à l’écart mais on arrive à se perdre de vue dans Tinténiac.
Je prends un petit déjeuner de céréales et m’allonge 20’ dans la voiture. L'arrêt m’a couté 70’
Le jour est levé, j’attaque la montée vers Bécherel. A partir de Saint Méen, nouveau parcours à travers le Méné bien bosselé. Un minine va nous accompagner jusqu’à Loudéac. Il a bien plus les jambes que nous.
J’arrive à Loudéac à 10h30, Madame m’a préparé une salade bien fraîche. La chaleur est supportable mais un repas léger et froid me fait le plus grand bien.
Je pointe en partant de Loudéac à 11h23
Je connais bien l’étape suivante, dès la sortie de Loudéac, on est face à des montagnes russes pendant 30km. c’est censé être plus plat à partir de Corlay. Mais un contrôle surprise à Canihuel nous rajoute du dénivelé. Je m'arrête 10’ à Saint Nicolas du Pelem pour manger une crêpe.
Une fois le faux plat de Saint Nicolas du Pelem passé, c’est quasiment plat jusqu'à Carhaix.
Je pointe à Carhaix à 14h51. Le rendez vous avec Madame est foireux je perds 5’ à la trouver. Heureusement que Carhaix n’est pas grand..
Je me prépare pour une longue étape sans arrêt, l’aller retour Carhaix Brest.Je me change de cuissard et mange de nouveau une salade bien fraîche. J’ai le plein d’eau fraîche et de barres. C’est parti pour rouler 8h d'affilée.
Temps passé à Carhaix 60’
Entre Carhaix et le Roc Trévezel je discute avec une jeune environ l’age de mon fils ainé (~25 ans) et un plus âgé que moi (65 ans 2 PBP à son actif). Ils ont décidé d’accompagner le Paris Brest Paris entre Tinténiac et Brest.
Je fais le plein d’eau en eau du Roc Trevezel et me retrouve tout seul pour la descente.
J’ai mal au dos. Je m'arrête 5' après Sizun pour m’étirer.
Avant la descente vers Landerneau il y a un stand de crêpes tenu par les gens du coin, c’est très sympa. Aller, une crêpe et ça repart.
Un groupe se forme. Encore un beau toboggan pour rejoindre Brest. Les côtes sont longues et assez pentues.
L'arrivée à Brest via Guipavas est désagréable, on se frotte à la circulation. Le site du contrôle, la cité scolaire Kerichen, est tout en haut de Brest, dans un quartier dense. Je le trouve vraiment mal placé. Heureusement je passe assez tard, à 19h16 le retours de travail sont passés.
Contrairement à ce que j’avais prévu, je prends un sandwich pour avoir de quoi affronter la dure étape qui se présente.
Au bout de 30’, je prends la route de Carhaix.
Je m'arrête prendre LA photo sur le pont d’Armorique avec la vue sur la rade de Brest.
Et puis c’est parti pour un toboggan de 85km.On est en toute fin de journée, le temps est très calme, il fait doux. Les conditions météo sont donc optimales.
A la troisième côté, je suis rattrapé par un autre solitaire, j'accroche sa roue, on échange nos expériences sur les 40 prochains kilomètres. Les kilomètres passent ainsi plus facilement.
A la nuit noire on s’approche de Pleyben où se trouve le deuxième contrôle surprise. De 10km avant Pleyben jusqu’à Carhaix, la route m’est extrêmement pénible. le revêtement est mauvais, la route jamais plate, jamais droite, je n’ai pas l’impression d’avancer. Ça fait 38h que je n’ai pas dormi, la machine ne suit plus.
Je me traîne jusqu'à Carhaix. L’arrivée sur Carhaix est atroce, un long long faux plat sinueux, désert. J’ai vraiment l’impression de ne jamais pouvoir y arriver.
Je pointe à Carhaix mardi à 00h04. Madame dort dans la voiture, je vais manger à la cantine. La cantine est pleine. Il y a à la fois ceux qui sont sur le retour et ceux qui vont terminer leur aller.
Pour entrer dans le réfectoire je dois slalomer entre des randonneurs qui dorment sur le carrelage.
Je prends une soupe et des pâtes. La file d’attente à la caisse est assez longue, les bénévoles ont du mal avec le terminal de carte bancaire. Tout à coup le gars qui attend devant moi s'effondre. Les secours arrivent vite, rien de grave, mais le contenu de son plateau est dispersé dans la file d’attente.
Je mange rapidement. Je tente d’accéder aux douches. Les douches se trouvent à 300m du réfectoire, pas pratique avec les chaussures à cales !. Comme je m’y attendais, il y a la queue. Je renonce. J’ai déjà perdu beaucoup de temps.
Je retourne à mon vélo et rejoint Madame sur le parking du Décathlon. Je prends ma douche avec deux bouteilles d’eau. Je me mets en pyjama, ca fait du bien de quitter le cuissard. Et dodo dans le coffre de la voiture. Le coffre de la Skoda Scala n’est pas aussi confortable que celui de la Megane 2 Estate mais la fatigue me fera dormir.
Hélas un couillon fait sonner l’alarme de sa bagnole 30’ plus tard et encore 1h
plus date encore une autre fois.
Je repars à 3h50, même si le sommeil n'a pas été long et de mauvaise qualité, j’ai récupéré.
Je file vers Rostrenen l’esprit tranquille.La montée vers Paule que je n’avais pas aimé il y a 10 jours passe toute seule au cœur de la nuit.
A Rostrenen, pause pipi. Une cycliste passe. Je repars vite et la rattrape. C’est une anglaise. On discute de nos kilomètres passés. Je m'arrête au ravito de Gouarec. Une plâtrée de pâtes avant d’attaquer la grosse côte à la sortie du village. Je poursuis seul jusqu'à Loudéac. Le jour se lève à hauteur de Pontivy.
Madame m’attend à Loudéac où je pointe à 8:15. Je tente de dormir de nouveau. Je trouve rapidement le sommeil mais Madame me réveille 30’ plus tard. Les garçons vont nous attendre à Tinténiac ! Un bol de céréales et c’est reparti. 1h30 d'arrêt.
Le moral est au beau fixe en partant. 15 km plus loin, en haut de la bosse de la Chèze, un vent de face se lève. Je suis seul face au vent et je cogite.
A Ménéac, je m'arrête chez des particuliers qui proposent un café. J’en profite pour aller aux toilettes.
Le vent va souffler jusqu'à Saint Méen.
A Illifaut je retrouve Guy, qui n’a pas trop le moral et plus les jambes. On échange quelques mots et je poursuis ma route.
Je pointe à Tinténiac à 13h33. Madame et les jeunes m’attendent. Je mange une dernière salade fraîche avec des lentilles et du riz. Je tente de dormir une dernière fois dans la voiture mais elle est mal placée le long d’une route très passante. Madame s'arrête là je terminerai en autonomie.
J’oublie de prendre la crème “à pate blanche” pour les fesses de bébé je le paierai cher demain… J’ai passé 1H à Tinténiac.
La route se passe bien jusqu’à la côte du Patis Buret, pas méchante mais je n’ai plus les jambes.
Je m’accroche et je file vers Fougères.
Fougères, 17h33.
Je pointe et je vois que le kiné n’a pas de client. Je lui parle de la petite pointe au genou. Il me masse et me fait du bien. Ça me détend tellement que je l’interromps pour lui demander d’aller m’allonger sur l’herbe pour dormir. Une fois couché sur l’herbe, mais bien sûr le train de sommeil est parti.
Je reste allongé une demi-heure. Je repars après 42’ de pause.
La sortie de Fougères est désagréable sur une sorte de rocade en faux plat mont interminable.
J’arrive à la tanière . Comme à chaque PBP, un stand bien aménagé est ouvert. Il y a plusieurs personnes en cette fin d'après-midi. Je m'arrête, on me propose une crêpe.
Mais je ne m'arrête pas pour la crêpe mais pour le riz au lait , comme en 2011 et 2015. J’insiste en évoquant le plaisir procuré par les riz au lait que j’avais mangés ici.
Le monsieur me dit qu’il en a en attente dans la cuisine. Sa femme en a préparé le matin. Il revient avec sa grosse marmite de riz au lait, quel régal, préparé avec du lait de la ferme du hameau.
Je m’engage à envoyer une carte postale en remerciement.
Je repars en cette fin de journée. A Ambrières les Vallées, des particuliers, je vais essayer de profiter de ce matelas confortable pour dormir. Mais le sommeil ne vient pas. J’ai perdu 20’.
Cette route en solitaire me plait. Je n’ai pas de force mais j’avance.
Je m’arrete pour enfiler le gilet jaune, la 3ème nuit s’annonce. Deux randonneurs me rattrapent. L’un deux porte un carton longueur sur son guidon. Je l’interroge, pourquoi s’encombrer ainsi ? Il prend le carton, le met à la verticale, le cale sur le guidon et pose son menton. Un kiné à Loudéac lui a proposé cette solution pour continuer, sa tête ne tient plus. Hors de question qu’il abandonne…
On arrive au Ribay, je veux dormir avant la prochaine étape. Il y a moyen d’avoir un dortoir où je serai isolé.
Je demande ,c’est le cas, j’ai un dortoir d’une trentaine de place et je suis seul. Je m’allonge encore 10’ mais je suis encore trop énervé pour trouver le sommeil. Encore 27’ perdues.
Je me traîne. Je suis rejoint par deux américains,. Je discute un peu avec eux, ils ont l’air de s’éclater, et sont très enthousiastes. J’en suis loin. Je n’arrive plus à tenir les roues. J’arrive à Villaines à 22h43 , épuisé, sans force et le moral en berne. Il n’y a pas grand monde à cette heure-ci. Villaines est LA ville étape du PBP. L’accueil y est extraordinaire et le village vit jour et nuit pendant la randonnée.
Je vais m’allonger au fond de la cafétéria. Mais je ne trouve pas le confort et le sommeil. Je repars en errant. Je ne sais plus quoi faire, hors de question de repartir, je n’en ai pas la force et l’étape à venir se ferait de nuit sans endroit pour se reposer. C’est la campagne profonde, à part la traversée d‘Alencon pas de repli possible. Je commence à me faire à l’idée d’abandonner.
Une bénévole me conseille d'aller manger. Je suis son conseil. En allant vers le réfectoire je suis escorté par deux enfants du village, heureusement il y a une rampe délicate à négocier pour accéder à la salle à manger et les enfants me soutiennent. Il s’occupe de mon plateau, je n’ai qu’à payer.
Je mange sans envie
, machinalement. Je ne me sens vraiment pas bien. Une bénévole se rend compte de mon état et vient discuter avec moi. Elle me conseille d’aller me faire masser, un massage pourrait me détendre et je pourrais dormir…
J’arrive à l’infirmerie, je suis encore le seul client, 5 personnes attendent pour proposer leurs services. Je leur explique ma difficulté à dormir et ma demande de massage. J’ai une requête supplémentaire : si je m’endors j’aimerais pouvoir rester sur le brancard. Les 2 personnes qui m’ont pris en charge demandent l’accord du médecin qui vient d'arriver, il donne son accord pour 15’ de sommeil sur le brancard. J’ai donc le droit à un massage à 4 mains.
Ce massage me fait un peu de bien mais je suis toujours énervé. .Au bout de 5 minutes je me lève. J’évoque mon état avec le médecin. Il me conseille de tenter de dormir au dortoir. Pour lui, et il a raison, pourquoi abandonner à Villaines la Juhel, alors que je n’ai pas de blessure et qu’il me reste 25 heures de délais pour faire les 200km pour rejoindre l’arrivée. Il me donne en même temps deux petites bouteilles de Cristalline sortie du frigo, il a un doute sur un début de déshydratation. L’eau fraîche, contrairement à l’eau du bidon, se boit toute seule et me fait le plus grand bien.
Je suis sa proposition d’essayer de dormir au dortoir. De toute façon, il est 00h30 je ne vais pas appeler Madame pour lui demander de venir me chercher maintenant. Au pire je l’appelle demain matin et je vais attendre au dortoir.
Je suis gentiment accompagné par un nouveau duo d’enfants jusqu’au dortoir. Le dortoir d’une dizaine de places est plein. Ça ronfle mais raisonnablement. Je m’allonge, et face à la résignation, je finis par me relaxer et trouver un sommeil léger.
A 2h50 je me décide à repartir.
Arret Villaine 4h21
Les sensations au départ sont correctes. A la sortie de Villaines, on a quelques bosses. Je rejoins un randonneur. On va se soutenir jusqu’à Alençon, il a des soucis de vues et souhaite profiter de mon éclairage dans les parties rapides. Il me donne un rythme pour les montées.
À Alençon on aperçoit un randonneur perdu. On a suivi les panneaux et on a la trace GPS on est sur le bon chemin. C'est un suédois, il n'a pas de lumière arrière ! Le gars qui est avec moi a de quoi le dépanner.
Quelques kilomètres plus loin, on rattrape on belge. Le gars est costaud. Dès que c'est plat il accélère fort, avec celui qui est fort en montée, je ne suis jamais à mon rythme. Je laisse filer au bout de 10 km. Je vais finir seul, tranquille au lever du jour à Mortagne au Perche, mercredi à 6h38.
Je prends mon temps pour manger une omelette et de la semoule au lait.
Je vais au dortoir, on m'annonce que je serai seul. effectivement je rentre dans un gymnase avec 400 matelas et je suis bien seul.
Je dors d'un sommeil léger, je suis même réveillé deux fois par mes propres ronflements. Au bout d'une demi-heure je me décide à repartir. J'ai passé 90' à Mortagne.
C'est toujours avec plaisir que je fais la route qui relie Mortagne à Lagny au Perche, même si le rendement est mauvais et la route très vallonnée.
Un groupe se forme pour faire les 40 derniers km vers Dreux, tiré par les deux anglais avec qui j'ai roulé à la première étape et entre Fougères et Tinténiac.
Arrivé à 11h24, on ne s'attarde pas à Dreux mais je passe 25' quand même. Il me reste 2h30 pour faire les derniers 45 km si je ne veux pas passer au-dessus des 70h, ce serait une immense déception. J'attends le départ des deux anglais .. Mais je n'arrive pas à accrocher pour la dernière cote de ce PBP à la sortie de Dreux.
Cette côte nous amène sur le plateau sur lequel pèse une forte chaleur. Je n’ai plus de force et la chaleur est de trop. Heureusement la partie en plein soleil ne fait que 15km, les 18 derniers kilomètres sont en forêt. Je me fais dépasser par deux groupes pressés de rejoindre l’arrivée. Je ne peux pas les accrocher.
Je franchis la ligne à 13h45. J’ai mis 69h27 pour faire les 1219 km avec leur 12039 m de D+
https://www.strava.com/activities/9710228151
Je vais errer deux bonnes heures autour de l’arrivée.Je prends mon repas qui nous est proposé à l'arrivée, avec des légumes (ca fait du bien) et un paris-brest en dessert. Je discute pendant une demi-heure avec Mika. Le pauvre a dû abandonner à l’aller à Loudéac et il cherche les explications à son échec.
Je retrouve aussi Vincent et Sébastien avec qui j'avais fait une partie du BRM600. Leur femme les attendent comme toujours. Vincent est en pleurs à l’arrivée. C’est une délivrance pour lui. J’ai connu cette émotion en 2011.
J’ai des soucis pour récupérer mes affaires, ma tete ne suis plus, je n’arrive plus à retrouver la bergerie où sont mes affaires en consignes.
Je prends enfin une bonne douche vers 15h30. Et pourtant qu’est ce que j’ai espéré cette douche !
Je vais aller tranquillement vers a gare pour prendre le train du retour.
Bilan arrets
- 16’ mortagne sandwich
- 30’ villaines sandwich
- 35’ Le ribay (dodo + dépannage)
- 33’ Fougeres Lasagnes
- 70’ Tinténiac Test Dodo + petidej
- 45’ Loudéac Salade
- 8’ Canihuel Controle
- 10’ Saint Nicolas du Pelem Crepe
- 60’ Carhaix Salade
- 30’ Brest Sandwich
- 10’ Pleyben Controle Eau
- 255’ Carhaix Soupe et pates, Douche Dodo
- 17’ Gouarec Pates
- 95’ Loudeac Petitdej Dodo
- 8’ Ménéac Toilettes
- 55’ Tinténiac Salade
- 42’ Fougères Repos
- 10’ La Tannière Riz au lait
- 18’ Ambrières les vallées Repos
- 27’ Le Ribay Repos
- 260’ Villaines Pates Semoule, massage Dodo
- 90’ Mortagne Omelette Dodo
- 25’ Dreux Boisson
Anecdote.
Je suis dans le TGV de 21:15, je m’installe. Mon vélo a une place réservée à proximité. Je vais enfin pouvoir dormir.
Et là, une black âgée
arrive et s’installe à côté de moi. Elle soupire et soupire encore. Elle parle seule “je suis fatiguée, fatiguée, je suis fatiguée”? Comme ça en boucle pendant 5 minutes. Imaginez mon état de fatigue au moment où j'entends ça. “je suis fatiguée, fatiguée, je suis fatiguée”. Je me dis que ça va être long et terrible ce voyage.
Et là la dame sort un papier, son billet. “On est bien dans la voiture 7 ici”. Non, madame on est dans la voiture 8 . “Ah, je n’ai plus de force pour déplacer ma valise” Ne vous inquiétez pas madame, je vais vous aider….
Récupération
J’ai mis près de deux semaines à récupérer mes forces sur tout le corps. Un mois après j’ai toujours des engourdissements et pertes de sensation sur les extrémités, petits doigts des mains et des pieds.
Conclusion
Le Paris Brest Paris est une gestion du temps, temps de roulage, temps de sommeil.
Je me suis mis une trop forte contrainte pour le sommeil j’ai perdu beaucoup de temps à le chercher. Le PBP est réservé aux bons dormeurs.
A aller j’essaie de respecter les pause à la minute.
Au retour je perds un temps fou dans les pauses.
La moyenne de roulage a été importante, 24,9km/h sur les 1219km bien que je ne roulait pas vite, et j’ai été maintes fois dépassé.