guezpard a écrit :
CR Bikingman France 2022
Courant 2021, on en discute pas mal avec un pote collègue de boulot, on avait été bien motivé pendant le covid 2020 bloqué sur notre île
Décembre à l'ouverture des inscriptions on se lance, ça fera 6 mois de préparation
On a 2 profils opposés, lui fait du triathlon et est plutôt rouleur en puissance, gabarit musclé. Moi c'est D+man
C'est une découverte de la longue distance pour lui, il y va pour finir et découvrir la région (quelques diagonales des fous à son actif, ça donne quand même une idée des efforts longs ). Moi j'y vais pour chasser le chrono, après analyse du parcours je me fixe un objectif de 62h, en prenant pour référence mon Paris Brest Paris 3 ans avant et mes grosses sorties en montagne comme les 7 Majeurs On se fait pas mal de longues sorties ensemble pour se préparer, de mon côté j'arrête la course à pieds en janvier pour me focaliser sur le vélo, et je mise tout sur le D+, convaincu que c'est la capacité à toujours grimper qui me permettra de ne pas avoir à m'arrêter Ma plus grosse sortie de préparation est en mars, 440 kms @ 10000 D+, avec une météo à chier, physiquement ça passe bien, je suis confiant
Fin mai j'arrête les longues sorties pour faire du jus, et j'arrive fin juin à la course avec 10000 kms et 180000 D+ depuis janvier dans les guiboles J'arrive le samedi après midi, passage au contrôle des vélos et remise des documents, j'y rejoins mon pote déjà là. On discute avec l'orga, d'autres participants, bonne ambiance
On est invité par radiocyclo pour une petite interview rougail saucisses Dimanche matin je fais quelques kms pour reconnaître le début/fin du parcours, et on patiente avec le briefing d'avant course et en discutant avec d'autres participants
Bon, feu, c'est lundi matin, rdv vers 4h30 pour un départ par vagues de 10 à 5h00, je décide de partir dans les derniers pour être tranquille dans les premiers virages et intersections en pente Sans surprise je vois que je rattrape beaucoup de monde dans les bosses alors que je roule pépère, je double mon pote qui tousse comme un tuberculeux Un peu plus loin je discute un peu avec un jeune qui est au même hôtel que moi, il finira 10ème.
Je continue de remonter la longue file, je double un italien avec qui j'échange quelques mots, il avait gagné l'épreuve X l'année dernière, celle avec le plus de D+ : là je me dis que je dois être vraiment pas mal car je pédale super léger
Il me redouble pleine balle dans les prolongateurs dans un faux plat descendant, je le repasse plus tard dans un raidard. Je me sens bien, je ne force pas, on arrive à la fameuse route des crêtes
Je double encore du monde, et au sommet je vois Bertrand Berger, un des favoris, en sous un arbre avec un gel : parti trop vite...
Je continue mon petit bonhomme de chemin, la chaleur s'intensifie, on est dans un four, je sais que ces conditions me sont favorables Et j'ai noté 39 points d'eau sur le parcours, aucune crainte d'être à sec Des amis m'informent du classement par messages qui s'affichent sur le gps, je sais que je remonte de plus en plus au classement, je suis bien Je vois de plus en plus les motos et voitures de l'organisation, c'est que je suis près de la tête
Je m'arrête prendre un coca dans un snack à Draguignan, le serveur me tend un sac plein me prenant pour un livreur uber On m'annonce l'abandon de mon pote, il pisse du sang Grosse déshydratation, il finit avec les pompiers et un rapatriement par son assurance
La soirée arrive, un gars en voiture me double et m'encourage par mon prénom il suit la course et attend le passage de son frère .
Dernière bosse dans la nuit avant le CP1, je double un gars, ça faisait longtemps que je n'avais plus vu personne Dernière descente, on reçoit un message de l'orga pour signaler du gravier sur la route dans la forêt, j'y vais tout doucement et tant mieux car en plus il y a des sangliers qui traversent J'arrive au CP1, je suis 3eme au général, mieux que prévu Je mange, pose une pêche , m'étale 1 heure sur un matelas (pour une vingtaine de minutes de sommeil ), remplis un bidon de redbull et repars direction le ventoux dans la nuit L'approche du Ventoux est assez longue, je suis content dès que le D+ arrive Belle ascension tranquille, un motard de l'organisation m'attend un peu avant le sommet pour m'encourager, c'est plaisant avec une route et un sommet désert Pas de perte de temps, descente, à Malaucène arrêt boulangerie pour remplir les poches pour la journée, je trace Le temps est de plus en plus lourd, on nous annonce une alerte orange pour les orages pour la tête de la course Et ça ne manque pas Sur les hauteurs d'Embrun, alors que mes potes s'excitent avec les messages sur le gps car je suis revenu à 1 km de la tête de course Gros orage sur la gueule, je fais le pari de passer à travers, mauvais choix Je suis frigorifié, en à Embrun je m'arrête dans une boulangerie pour prendre un chocolat chaud, je demande si je peux rester au chaud, on m'apporte un tabouret, je prends un café pour essayer de me réchauffer, je suis avec doudoune + goretex dans la boulangerie... Je sors en urgence en glissant sur le carrelage avec les cales : sur le trottoir... Une San Pellegrino pour se réhydrater et je repars au ralenti pour une trentaine de kms jusqu'au CP2 où quand j'arrive l'orga voit que je ne suis pas frais même si toujours 3eme, ils me tiennent le vélo dès que j'en descends et de nouveau filmé pour la postérité Je prends l'option chambre individuelle et reste un bon moment sous la douche chaude. 2 heures dans le lit pour 1h de sommeil, je renfile le cuissard mouillé, mets les chaussettes en merinos pour la nuit.
1 avant de dormir et 1 au réveil, je me dis que je vais être tranquille pendant un moment Une grosse assiette de pâtes pour se refaire la cerise, l'orga est étonnée que je reparte déjà
Le gars qui était derrière moi au dessus d'Embrun a pris cher aussi avec l'orage, il s'est arrêté 1h dans un hôte pour essayer de se réchauffer L'orga vérifie mon tracker gps qui était bloqué depuis Embrun
Il est à peu près minuit, je pars pour les cols de Vars et de la Bonette, je connais quasi par cœur ce tronçon
Quelques heures avant il y a eu une énorme averse de grêle au col de Vars, mais c'est terminé et le ciel est dégagé, plein d'étoiles, c'est beau La route est encore mouillée, ça caille, mais tout va bien, ou presque : est de retour... Je sais qu'il y a des toilettes à Vars, du coup j'attends car avec 5 degrés dehors ce n'est pas très engageant Plusieurs toilettes fermées jusqu'à trouver le graal des toilettes ouvertes, éclairées et chauffées à 1h du mat à 2000 mètres d'altitude avec 5 degrés dehors En repartant j'en profite pour enfiler les couvre orteils castelli, c'est super efficace Descente du col de Vars, le sommeil me rattrape, je décide de faire une sieste à Jausiers sous un porche d'immeuble. Il y a un distributeur de pizza, j'en prends une pour me réchauffer, cette pute est froide Une vingtaine de minutes de sieste et je repars pour la Bonette, j'évite de justesse un chien sur la route, et rapidement j'ai de nouveau sommeil Sieste d'une vingtaine de minutes dans une grange en ruines, il fait 3 degrés mais avec doudoune, manchettes thermiques, goretex, chaussettes merinos et couvre orteils je suis bien
Je repars, il y a quelques patous un peu trop collants Je termine la montée, attaque la descente et prends un café dans le refuge proche du sommet. Arrêt boulangerie et café encore à St Etienne de Tinée, je poursuis tranquille dans la vallée, et de nouveau pose dans les toilettes publiques à Isola La chaleur revient, le parcours fait cap sur le sud, la suite de la journée va être encore chaude après la nuit polaire
A 100 kms de l'arrivée je m'arrête ravitailler dans un village, le gars derrière me double, il roule beaucoup plus vite
C'est de nouveau le four, et à 50 bornes de l'arrivée il y a la saloperie finale, le col du Buis, avec des passages à 14% : en temps normal aucun problème, mais là avec la fatigue et la chaleur, je mets pied à terre 4 fois En discutant avec les finishers, tout le monde en à chier à cet endroit Un peu plus tard dernier petit col tranquille, et dernier dans la forêt, envahie par les mouches C'est reparti pour finir, avec les messages je sais que la cinquième place est à peu près assurée, mais bug gps à 30 kms de la fin, obligé de le redémarrer Petit coup de stress sur le moment
Je m'approche de l'arrivée et un hfrien est là pour m'accompagner, ce forum est l'élite Je passe la ligne et m'étale par terre, 62h33 très proche des 62h annoncées, mon pote est là pour me féliciter, je suis pas trop mal physiquement mais j'ai putain de sommeil (moins de 3 heures en 2 nuits)
Une bière, un bon massage pour aider la récup des muscles, un passage sous la douche et direction Cannes pour manger une pizza et boire de la bière Très content de ma prestation, je me suis bien préparé et ça a payé 5eme c'est largement mieux qu'espéré
Pas trop entamé physiquement, j'ai enchaîné avec 1 semaine de bikepacking en montagne Motivé pour le X de 2023, j'aurai quelques petites améliorations matos à faire : j'ai pris trop de bordel
CR pas facile à faire avec le smartphone
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